ÉTYMOLOGIE. — ORIGINE. — SAINT ARMEL
Dans la première moitié du vie siècle, une troupe de Bretons insulaires abordait à son tour sur les côtes du pays de Léon. On ne sait au juste de quel quartier de l'île ils venaient, mais ils étaient moins poussés par le fer des Saxons que par le souffle divin et le désir de se consacrer plus entièrement aux choses célestes dans les solitudes de l'Armorique. Leur chef se nommait Armel. Il était de race noble; il avait de bonne heure embrassé la vie monastique, et sa sainteté s'était déjà manifestée par des miracles. Ils s'établirent non loin de la rive, en un lieu qui se nomme encore aujourd'hui Plou d'Armel (Plouarzel). Leur vie se partageait entre les pénitences et les contemplations des anachorètes, et les prédications des missionnaires. La réputation de leurs vertus et du mérite supérieur de leur chef parvint aux Francs qui possédaient alors les pays de Rennes et de Vannes, et Childebert manda Armel à sa Cour. Le saint
homme y passa six années entières; après quoi il obtint à grand'peine la permission de revenir à ses solitudes. Childebert lui donna un petit territoire dans le pays de Rennes; et quelque problématique que fut la suprématie des Francs dans les pays de l'ouest, qui seuls étaient alors réellement soumis aux Bretons, il lui octroya en même temps la propriété de deux plous déserts en Bretagne. Le saint abbé fit dès lors sa demeure la plus ordinaire dans son domaine du pays de Rennes ; mais il allait d'un de ses monastères à l'autre, multipliant les prédications et les miracles sur son passage. Il mourut le lendemain de l'Assomption, et l'on vénère son tombeau dans l'église de saint Armel des Boschaux, sur la rivière de Seiche, paroisse qui n'est autre que le territoire du pays de Rennes que Childebert avait donné à Armel lorsqu'il quitta sa Cour : « Quemdam in Redonensi pago locellum, » pour employer les propres termes de l'hagiographe (1).
On doit reconnaître Plouarzel dans l'un des deux plous bretons où Armel établit des monas-
(1) Cette légende, sur laquelle ont écrit le P. Albert Le Grand et D. Lobineau, est tirée des très-anciens propres de Léon. Elle est conservée dans la collection des Blancs -Manteaux, et m'a été communiquée par mon savant ami M. de la Borderie.
tères; l'autre ne peut être que Ploërmel. Car l'hagiograhe écrit que le roi donna au solitaire « duas plèbes in Britannia désertas, quse in ejus nomine vocitantur usque in hodiernum diem. »
Ainsi, au vie siècle, le lieu où est aujourd'hui Ploërmel était une solitude à la lisière de cette fatidique forêt de Brocéliande, immortalisée par nos poètes. Saint Armel y bâtit un monastère, autour duquel se groupèrent quelques familles ; et telle fut l'origine du flou qui, placé sous le patronage du saint, a gardé son nom, Plou- Armel.
Une tradition locale, consacrée par un monument qui remonte à la fin du xvie siècle (1) et par le nom d'un quartier de Ploërmel, n'admet pas que le lieu ait été complètement désert lorsque saint Armel vint s'y établir. Ce quartier se nomme encore aujourd'hui le Guibourg, ce qui revient manifestement à l'indication d'un bourg appartenant à un homme nommé Guy. D'après la légende locale de saint Armel, cet homme, riche et vertueux, aurait été l'hôte du saint à son arrivée dans le pays, et lui aurait donné son bourg pour bâtir le monastère.
(1) Légende de saint Armel mise en vers français par Messire Baudeville, prêtre et maître d'école à Ploërmel, publiée pour la première fois par S. Ropartz. Un vol. in-folio. L. Prudhomme, 1852.
Cette tradition ira rien qui répugne ni aux données de l'histoire, ni au texte de la légende primitive; car il est clair, comme je l'ai dit, qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre la donation faite par Childebert dans un pays qui n'était pas soumis à sa puissance effective.
La même tradition veut que saint Armel soit mort à Ploërmel. Rien ne l'indique dans notre légende, qui du reste est brève et n'est pas contemporaine; mais rien n'y répugne non plus. Le légendaire nous montre le saint parcourant les diverses parties de la Bretagne, allant d'un de ses monastère à l'autre, prêchant l'Évangile, guérissant les malades sur son passage : « Quotiens ex uno ad alium oratorium pergeret, diversi languentes eum per compita viarum et ante monasteria expectabant; » et il ajoute presque immédiatement, sans marquer qu'Armel fut revenu à sa maison des bords de la Seiche : « Die autem post Assumptionem B. Mariae Virginis B. Dei confessor Armagilus ad alta Cœli palatia migravit. »
Nous pouvons donc prendre pour vrai ce qu'écrivait messire Baudeville à la fin du xvf siècle :
Il s'en vint demeurer, ici proche, en un bourg, Qui lors appartenoit au bon seigneur Guibourg. Il y lut l'Évangile avec tant d'énergie Qu'il força nos parents de quitter leur folie :
Enfin, il reforma ce pays de façon
Qu'il sera désormais appelé de son nom.
Ploërmel, en effet, honorable assistance,
C'est le pays d'Armel, en la langue de France :
C'est où mourut le saint, d'où, par ordre d'en haut,
Son corps, pour inhumer, fut conduit au Bosch aut.