‹ Notice sur la ville de StrasbourgChapitre 25 sur 53 · COLLECTIONS SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

COLLECTIONS SCIENTIFIQUES

1° Bibliothèques de la ville et du séminaire "protestant.

En 1531 , sur la proposition de Jacques Sturm , le magistrat de Strasbourg dota les écoles qu'il venait de fonder, d'une bibliothèque qui est devenue le noyau des collections dont se glorifie aujourd'hui notre ville , et qui , après les bibliothèques de la capitale , sont les plus belles et les plus riches de la France. Soixante années après sa création , en 1590 , cette bibliothèque était déjà si considérable, qu'il fallut lui assigner un local plus vaste ; on lui destina, au-dessus de l'auditoire du Temple-Neuf, une grande et belle salle , qu'elle occupe encore aujourd'hui. Cette bibliothèque de l'ancienne université de Strasbourg, augmentée successivement par des legs et des achats considérables, est aujourd'hui celle du séminaire protestant; elle est continuée principalement dans la direction de la théologie , et - dans celle de la philologie et de l'histoire.

La fondation de la bibliothèque de la ville ne date que de 1765 ; avant celte époque , Strasbourg n'avait eu d'autre bibliothèque publique que celle de l'université protestante. Mais dans ladite année Schœpflin fit donation à la ville de ses magniliques collections, que l'université, à laquelle il les avait offertes , n'avait pu accepter, faute de revenus suffisants pour les

continuer sur le vaste plan adopté par l'illustre historien. Celle bibliothèque, riche surtout en ouvrages historiques et diplomatiques, fut augmentée, pendant la révolution, de plus de cent mille volumes. Par les soins infatigables du professeur Oberlin , les bibliothèques du collège des jésuites , de l'ancien séminaire catholique et de plusieurs couvents de l'Alsace , déclarées propriétés nationales , furent incorporées à la collection de la ville. Ces richesses littéraires, après avoir été successivement déposées , on plutôt entassées dans différents locaux , reçurent enfin un emplacement digne d'elles , dans le chœur du Temple-Neuf, nouvellement disposé; elles furent classées avec un zèle et une intelligence qui font le plus grand honneur à notre bibliothécaire , M. Jung. Les deux bibliothèques , de la ville et du séminaire protestant, possèdent ensemble plus de cent trente mille volumes.

Dans la salle du rez-de-chaussée se trouvent d'un coté les manuscrits , et de l'autre les vieilles impressions du quinzième siècle. Les volumes provenant de la bibliothèque de l'ancienne œmmanderie de Saint- Jean , riche en curieux manuscrits du moyen âge et en incunables , occupeat la principale place dans cette précieuse collection.

Pour ne pas être obligé d'y revenir deux 'fois , nous citerons ici les principaux des manuscrits que possèdent nos deux bibliothèques ; un des plus remarquables est le Horlusdeliciarum de Herrade de Landsberg , abbesse du couvent de Sainte-Odile ; ce grand volume, écrit vers 1280 , se compose d'extraits de différents auteurs donnant une instruction très-variée, rattachée à la série des événements de l'histoire biblique. Les nombreuses miniatures dont le Horlus est orné, sont de la plus haute importance pour l'histoire de l'art et des costumes. Notrecompatriote, M. M. Engelhardt, en a donné une description accompagnée de

planches qui représentent les miniatures les plus curieuses ; une partie de ces dernières se trouve aussi reproduite dans le grand ouvrage de M. le comte de Bastard. — Le recueil des lois canoniques , fait par i'évèque de Strasbourg Rachio , et écrit en 788 ; c'est une des plus anciennes copies de la collection de décrétâtes , commencée par Isidore de Séville, précieuse surtout parce qu'elle ne contient aucune des Causses décrétales insérées dans les recueils postérieurs. — Un recueil de prières , écrit en caractères d'or et d'argent sur du velin pourpré, du huitième ou neuvième siècle. — Un dictionnaire ou une clef très-complète des notes tyroniennes ou caractères sténographiques usités dans la chancellerie des rois carlovïngiens. — Un missel magnifique avec les armes de Louis XII et signé par l'archevêque François de Lyon, du commencement du seizième siècle. — Un bréviaire avec des miniatures remarquables, entourées d'arabesques d'un goût parfait. — Un corpus juris avec la glose de Bologne , ayant appartenu au célèbre Reuchlin. — Des manuscrits

plusieurs auleurs classiques , des mathématiciens grecs , de différents Codes de lois barbares , de plusieurs prédicateurs et poètes allemands du moyen âge, parmi lesquels nous citerons surtout les sermons du profond maitre Eckart et ceux de Jean Tauler ; te poëme de la guerre de Troie , composé de 60,000 vers , par Conrad de Wûrzbourg ; les poésies de Gotfried de Haguenau; les fables de Boner, etc. — Les chroniques de Kœnigshoven dans une version allemande et dans une version latine. — La collection des différentes constitutions que Strasbourg s'est données au moyen âge, depuis le treizième siècle, -r- Les actes du procès de Gutenberg avec les héritiers de Dritzehn , et le titre par lequel le chapitre de Saint-Thomas prête à l'inventeur de l'imprimerie quatre-vingts livres, etc.

Au premier étage on passe par un cabinet de lecture aussi

spacieux que bien éclairé , dans la grande salle d'histoire, où , sur de nombreux rayons sonl placés des milliers de volumes provenant en grande partie de la bibliothèque de SchœpOin; dans plusieurs branches des sciences historiques , notre collection est à peu près complète ; elle possède entre autres la série des volumes publiés par la Record- Commission ; c'est un don qu'elle doit à la munificence du gouvernement anglais. Un cabinet au fond de cette salle renferme, outre une collection d'antiquités, les manuscrits de la bibliothèque du séminaire protestant, ainsi que les manuscrits concernant l'histoire de l'Alsace et de Strasbourg en particulier.

La salle du second étage, au-dessus de laquelle ont été conservées les voûtes si légères de l'ancien chœur, et où l'on voit encore dans les ogives quelques vitraux peints, contient les ouvrages d'histoire littéraire , de littérature , de pîulosophie , de théologie, ainsi que ceux sur le droit et les sciences. D'après les stipulations de l'acte de donation de Schœpflin , les fonds alloués par l'administration municipale doivent être principalement consacrés à l'agrandissement de la bibliothèque historique ; d'ailleurs , comme plusieurs facultés de notre académie, de même que le séminaire protestant , possèdent des bibliothèques spéciales nombreuses , celle de la ville peut se dispenser d'entrer dans les détails des autres sciences. Cependant depuis quelques années le conseil municipal fait augmenter aussi la collection des ouvrages industriels et usuels , pour fournir aux ouvriers et aux artisans les moyens de se familiariser avec ce qui est écrit sur leurs différentes branches.

A la tète de la bibliothèque sont deux bibliothécaires, rétribués par la ville; une commission de surveillance, nommée par M. le maire, préside à l'administration et au choix des livres. Par une transaction qui est toute en faveur de la ville,

les bibliothécaires de cette dernière sont choisis parmi les professeurs du séminaire protestant , dont la bibliothèque est entièrement à la disposition du public 1 . Pour se conformer aux vues du ministre de l'instruction publique , nos bibliothèques sont aussi ouvertes le soir ; le grand nombre de personnes qui viennent y travailler à cette heure , prouve suffisamment l'utilité de cette mesure.

2° Musée d'histoire naturelle.

Le musée d'histoire naturelle de la ville de Strasbourg occupe un des premiers rangs parmi les musées des villes de province, non-seulement par le développement harmonique des diverses branches de l'histoire naturelle , mais aussi par la disposition des objets qu'on a cherché à rendre à la fois agréable à la vue et favorable à l'étude.

Il doit son origine à Jean Hermann, qui professa pendant trente -six ans l'histoire naturelle à l'ancienne université de Strasbourg , de 1764 à t800. Les collections que ce zélé naturaliste avait réunies à ses frais , dans l'intérêt de son enseignement, furent achetées par la ville pour une somme de 44,000 fr., et mises, en 1818 , à la disposition de l'académie , pour servir plus particulièrement aux leçons du professeur d histoire naturelle de la faculté des sciences.

Une commission mixte , composée de six membres, nommés moitié par la ville , et moitié par l'académie, et présidée par le professeur d'histoire naturelle, fut chargée de la conserva-

1 La bibliothèque est ouverte au public les lundis , mercredis . jeudis et vendredis , de deux à cinq heures. Les étrangers peuvent la visiter tous les jours, en s'adressanl à M. Piton , relieur, demeurant à côté du collège de Saint-Guillaume.

lion et de l'administration du nouvel établissement , et la ville * inscrivit chaque année dans son budget une somme destinée à ses augmentations 1 .

Les relations que le musée établit avec d'autres établissements contribuèrent beaucoup à l'enrichir ; il s'accrut surtout d'une manière notable à partir de l'année 1827 , par suite des envois nombreux que lui fit le muséum du Jardin-des-Plantes, à la sollicitation de M. Duvernoy, alors titulaire de la chaire d'histoire naturelle.

Au commencement de 1826 , les collections, beaucoup trop à l'étroit dans les bâtiments de l'ancien séminaire, furent transférées dans le nouvel hôtel de l'Académie , dont elles occupent aujourd'hui tout le second étage.

Ces collections sont réparties dans sept salles convenablement éclairées. Deux de ces salles, situées dans les ailes du bâtiment, sont consacrées aux collections zoologiques; les cinq autres renferment , Tune les collections de botanique, une seconde les squelettes et les préparations d'anatomie comparée , et les trois dernières, les collections de minéralogie et de géologie.

La première salle à gauche, en entrant par le grand escalier, appelée salle des ovipares , renferme les oiseaux , les reptiles , les poissons, les molusques, les arachnides, les annélides et les zoophytes. Les oiseaux constituent sans contredit le plus bel ornement de cette salle. Leur nombre s'élève à deux mille trois

cents , formant onze cents espèces. La plus grande partie de la collection vient d'être remontée à neuf, en sorte qu'elle présente maintenant un air de fraîcheur qu'il est rare de trouver dans les musées qui ne sont pas d'origine tout à fait récente. Les reptiles, distribués dans les six armoires qui se voient

» Celle somme est aujourd'hui de 6000 fr.

au fond de la salle, comprennent environ troiscent vingt espèces. La collection des sauriens et celle des ophidiens sont les plu* nombreuses.

Le nombre des poissons que possède notre musée est considérable : il s'élève à plus de six cents espèces , occupant huit grandes armoires.

Les reptiles ont été classés d'après l'ouvrage de MM. Duméril et Bibron ; les poissons, d'après celui de MM. Cuvier et Valenciennes. La plupart sont conservés dans l'esprit de vin , et tous portent des étiquettes , indiquant, comme cela a lieu pour toutes les parties des collections , le nom latin systématique , le nom français , quelquefois le nom allemand , puis la patrie , la date et le mode d'acquisition.

A la suite des poissons , le long des fenêtres qui donnent sur la petite cour, nous voyons trois armoires garnies de bocaux : l'une renferme les crustacés conservés dans l'esprit de vin , les arachnides et un certain nombre d'insectes et d'annélides ; la seconde, des mollusques et des rayonnés (échinodermes et acalèphcs) , et la troisième , les vers intestinaux.

Les petits crustacés, les aranéides et les scorpions ont été exposés sur des cartons blartcs ou noirs , renfermés dans des Imcaux d'alcool. Les pièces un peu grandes sont fixées par des fils , les petites sont collées sur le carton avec de la gomme. Ce dernier procédé a été particulièrement mis en usage pour les araneiaes, dont le musée possède en ce moment une collection d'espèces du pays, dont le nombre s'élève environ à 150. C'est M. Lercboullet, auquel nous devons cette notice, qui a imaginé ce moyen, et il le trouve préférable à la dessiccation. Les araignées sont étendues sur un morceau de carton préalablement gommé;, les pattes et le corps sont fixés avec de la gomme; lorsque celle-ci est sèche, la préparation est mise

dans de l'alcool à vingt-cinq degrés. Les araignées perdent à la vérité quelques-unes de leurs couleurs (le vert et quelquefois le rouge) , mais elles conservent leurs formes , et se voient parfaitement.

Les vers intestinaux sont , la plupart , étendus sur des morceaux de cire recouverts de drap noir.

Le milieu de la salle est occupé par des tables recouvertes de vitrines , dans lesquelles sont disposées des coquilles. Le nombre des espèces , classées d'après Cuvier et Lamarck , s'élève environ à deux mille cinq cents.

Les polypiers et les éponges, dont la collection est assez con sidérable, occupent des armoires placées entre les fenêtres qui donnent sur la grande cour. Ces productions d'animaux , que leur petitesse et leur fragilité ont fait disparaître , sont représentées par des exemplaires bien choisis, dont quelques-uns sont d'un volume remarquable.

La salle parallèle à celle que nous venons de parcourir rapidement , renferme les mammifères et les crustacés. Une double rangée-d'armoires adossées les unes aux autres, occupe le centre de la salle ; d'autres sont placées entre les fenêtres ; enfin , on a disposé au fond de la salle, une* armoire très-vaste dans laquelle ont été placés les grands mammifères.

Quoique cette collection qui atteint à peine le chiffre de trois cents espèces , présente encore beaucoup de lacunes , elle offre cependant plusieurs espèces rares, parmi lesquelles nous citerons le prolèle de Delalande , la viscache , le cou'ia^myopolamus coïpus) , le musc , les bouquetins du Piémont , des Pyrénées et de la Nubie, le rhinocéros de Sumatra, etc. On voit, dans cette salle , un magnifique éléphant d'Asie , haut de plus de deux mètres, sur plus de trois mètres de longueur, monté avec une rare perfection.

Des tables à vitrines , disposées comme dans la première salle , renferment les rayonnes et les crustacés desséchés , ainsi que les insectes. Parmi ces derniers , nous ferons remarquer une très-belle collection de lépidoptères, achetée en 1832, par la ville , à la veuve de feu M. Franck. Cette collection renfermée dans des buffets en acajou , se compose de plus de deux mille espèces, tant indigènes qu'exotiques.

Les collections de botanique comprennent un herbier renfermé dans des cartons , une collection complète d'épis de céréales et de graines de plantes agricoles cultivées en Europe , une collection de fruits et de graines de différents pays, diverses espèces de bois sciées en travers ou en long , et plusieurs autres produits du règne végétal : ces collections sont disposées dans la première des cinq salles qui font partie du corps du bâlimen t.

On a exposé dans la même salle , faute de place suffisante dans les autres , une collection nombreuse de fossiles de vertébrés.

On a consacré aux squelettes et aux préparations d'anatomic comparée une salle qui précède celle des mammifères. On y voit des squelettes de mammifères, d'oiseaux , de reptiles et de poissons ; une belle série de crânes de mammifères , et des préparations des principaux organes des animaux conservés dans des bocaux d'alcool . Ces collections, d'un intérêt peut être moins général , en ce sens qu'elles n'offrent aux curieux que des objets peu attrayants, sont , au contraire, d'un haut intérêt pour la science et pour l'enseignement.

Les trois salles , dont ii nous reste à parler , sont consacrées à la minéralogie et à la géologie. Ces branches importantes de l'histoire naturelle sont dignement représentées dans notre établissement. Les collections minéralogiques sont placées dans la grande salle qui occupe le centre de l'édifice , salle décorée

des bustes de J. Herrmann , de G. Cuvier, de M. Levrault , ancien recteur de notre académie , et du portrait de M. Esmangart , ancien préfet du Bas-Rhin , sous l'administration duquel l'académie a été transférée dans le bâtiment actuel.

Treize tables portant chacune six vitrines , renferment la collection d'étude , composée d'environ quatre mille exemplaires choisis provenant de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Russie , de la Suède, de la Sibérie , etc. Chaque échantillon est placé sur un morceau de carton blanc , taillé d'après des dimensions uniformément proportionnées ;»Jes cristaux libres sont fixés sur des aiguilles ou sur de petites pyramides en bois. Celle disposition permet d'étudier facilement les pièces , sans qu'on soit obligé de les déplacer, en même temps qu'elle plait à la vue par l'ordre et la propreté qui en résultent. Les échantillons de grande dimension et un nombre considérable de doubles , qui s'élèvent à environ deux mille pièces , sont exposés dans des armoires vitrées , de chaque côté de la salle, ou renfermés dans de nombreux tiroirs.

Contre le mur on a suspendu quatre grands cadres dans lesquels on a réuni près de trois cents échantillons de marbres taillés et polis , de différentes contrées.

La salle de géognosie , située à droite de la précédente , renferme les pièces destinées à l'étude de la composition de la croûte de notre globe. On voit, dans les vitrines , des roches de différentes contrées disposées d'après les formations : c'est la * collection générale d'étude composée d'échantillons nombreux, taillés d'après des dimensions assez uniformes et placés dans des boites en carton. Les armoires vitrées renferment une collection spéciale dés roches des Vosges, les minerais de fer de l'Alsace, les filons des Vosges et une suite complète du Kaisersluhl.

D'autres séries de roches qui n'ont pu être exposées , remplissent les tiroirs dont son garnies les armoires et les tables-vitrines, entre autres une suile complète des formations jurassiques du Jura suisse et du Jura français et une suite complète des montagnes de la Hesse.

Le long des fenêtres commence la collection des fossiles, disposés d'après les terrains, à partir des plus anciens , les terrains de transition. Cette collection se continue dans la salle des fossiles proprement dite , et occupe de nombreuses vitrines disposées le long des fenêtres et au centre de la salle. Dans les armoires sont étalés les végétaux fossiles, disposés d'après les terrains et secondairement d'après les systèmes de classification botanique. On remarquera parmi ces débris du règne végétal les plantes fossiles du grès bigarré dont les carrières de Soultz-les- Bains fournissent de si beaux échantillons, plantes que M. Schimper a eu l'heureuse idée de figurer et de décrire dans la beHc monographie qu'il publie sur cette flore intéressante. Les liroirs renferment , entre autres , de grandes suites de fossiles du bassin tertiaire des environs de Paris , ainsi que les suites du Jura allemand , les filons de la Saxe, etc.

Plusieurs fossiles ou débris de fossiles de grande taille ont été fixés au mur , soit dans cette salle , soit dans d'autres : tels sont une mâchoire inférieure de dinolhcrium, de grandes défenses d'éléphant fossile ? le tronc d'un cétacé fossile décrit par M. Duvernoy , sous le nom de Dugong de Rasdersdorf; un trèsbel ichthyosaure, un plésiosaure, reptiles gigantesques de l'ancien monde, un magnifique Penlacrile Br tarée , un crâne du grand reptile de Maastricht , etc.

Les collections géologiques du musée de Strasbourg méritent , sans contredit, de figurer au premier rang parmi les collections de ce genre. Elles doivent, en grande partie, leur

extension à l'activité et au zèle de M. Voltz, dont les nombreuses relations avec les géologues les plus distingués de tous les pays , lui permettaient de faire des échanges toujours fructueux pour nous. Aussi , lorsque la nouvelle de la mort de ce citoyen utile et dévoué fut arrivée à Strasbourg , le comité actuel d'administration du musée et la société du muséum d'histoire naturelle dont M. Voltz était l'un des fondateurs , exprimèrent unanimement le vœu que le nom de ce savant fût affecté aux collections géologiques et qu'une simple plaque en marbre perpétuât son souvenir. 11 est à regretter vivement qu'on n'ait pas, jusqu'à présent, donné suite à cette demande dictée par

L'emploi des fonds du musée est réglé par un comité d'administration , qui détermine en même temps les. échanges et décide les acquisitions nouvelles. Un conservateur est chargé de surveiller l'état des collections , de confectionner les catalogues et de classer les objets nouvellement acquis. Sous ce dernier rapport , on a toujours soin de tenir les collections au courant des travaux les plus modernes. A la fin de chaque année , le conservateur dresse un état détaillé des augmentations , pour être adressé au maire de la ville et au recteur de l'académie K

5° Jardin botanique.

Ce jardin , situé vis-à-vis de l'école de pharmacie et près de l'académie, a environ un hectare de contenance. Sa position est assez défavorable entre la manutention et quelques mau-

l Voy. M. Lbrbboullbt , professeur d'histoire naturelle à la faculté des sciences , Notice sur le Musée d'Histoire naturelle de Strasbourg, dans la Revue d'Alsace, t. Fil , p. 133 et suiv. , et t. IV, p. 5 et suiv.

vaises barraques ; un mur de trois mètres de hauteur le sépare de la rue , et y projette une ombre très-préjudiciable.

Le jardin a été fondé en 1619 par le sénat, sous l'ammeister Storck , alors Scolarque , sur des terrains cédés par le couvent de Saint-Nicolas-aux-Ondes. J. R. Saltzmann en fut le premier directeur. Les premières serres datent de l'an 1638; elles durèrent jusqu'en 1800 , époque à laquelle on construisit celles qui existent encore. En 1691, le professeur MarcMappus, mort en 1701 , publia le premier catalogue du jardin ; il y énuméra déjà seize cents espèces. En 1766 , J. R. Spielmann fit paraître son Prodromus florœ Argentoratensis qui n'est qu'un catalogue desplantes cultivées dans notre jardin, et qui constate deux mille deux cents espèces. R. Spielmann publia un second catalogue en 1781 , avec deux mille neuf cents espèces.

En 1807 , Villars publia un catalogue du jardin de l'école de médecine ; mais cet ouvrage contient plutôt des plantes fictives que réellement cultivées.

En 1818, C. G. Nestler fit paraître un catalogue alphabétique des plantes cultivées dans le jardin. Leur nombre s'élève à près de trois mille espèces. Enfin , le catalogue du musée de 1836 renferme quatre mille sept cents espèces , mais qui en grand nombre sont fictives.

Sous la direction de R. Spielmann , les plantes étaient classées d'après la méthode de Ludwig; J. Herrmann préféra le système Linnéen ; Villars, enfin, introduisit la méthode de Jussieu dite naturelle. Cette classification a été conservée jusqu'à nos jours. Aujourd'hui il y a tout au plus trois mille espèces de plantes cultivées réellement au jardin. Ce nombre est d'ailleurs suffisant pour les besoins de l'instruction.

Les serres laissent encore beaucoup à désirer; elles auraient l>esoin d'une reconstruction complète. Elles sont divisées en

deux ailes séparées par un pavillon. L'aile droite est consacrée à la serre chaude, l'aile gauche à l'orangerie. Parmi les plantes de serres chaudes, nous citerons principalement le cafetier , la canne à sucre, le camphrier, les orchidées tropicales , plusieurs Ficus , Euphorbia , Juslicia , Cactus , etc. L'orangerie est garnie de très-beaux pieds d' Acacia de la Nouvelle -Hollande, de Banksia, de Casuarina , d'Eucalyptus , de Métrosideros, de Rhododendron de palmier dattier et palmier nain. *

Dans le jardin nous admirons un magnifique Gymnocladus canadensis , de vingt-cinq mètres de hauteur , des Laurus sasafras, des Halesia, un Ginko à feuilles bilobées, de la Nouvelle-Hollande; des Érables, des Kœlreulera, des Catalpa, un beau Quercus cerris , de l'Europe méridionale. Le botaniste y rencontrera en outre chaque année de très-belles plantes rares en fleurs ; ainsi en 1842 on y vit fleurir les Morinia persicactsarracenica, un Amomum Cardamomum, des Cymbidium pendulum, le Dionœa muscipula, YHedysarum gyrans, etc. Malheureusement chaque année le jardin perd beaucoup de plantes herbacées vivaces , par les alternatives de dégel qui ont lieu en janvier et en février.

Un jardinier en chef est chargé de la culture, et le professeur de botanique à la faculté de médecine , de la direction.

De nombreuses améliorations ont eu lieu en 1842, telles que la construction d'une serre chaude succursale, pavage de l'allée d'entrée, nouvelles palissades à clairvoie , construction d'un bassin pour les plantes aquatiques 1 .

1 Voy. M. Fée , professeur de botanique à la faculté de médecine , Histoire du Jardin botanique de Strasbourg, dans la Revue d'Alsace , 1. 1, p. 396 et suiv.

4° Musée d'analomie.

Ce musée , conservé dans le bâtiment de l'académie , est tel qu'il existe aujourd'hui , de création tout récente. Lors de l'institution dfts écoles de santé , il contenait à peine quelques centaines de pièces dont les principales provenaient des prosecteurs May et Hommel , qui vécurent vers le milieu du dernier siècle. II éprouva un premier agrandissement considérable d'un don généreux fait par Thomas Lauth , alors professeur d'anatomie, qui réunit son cabinet particulier à celui de l'école. Grâces au zèle des divers prosecteurs attachés à la faculté et surtout à 1'activilé de M. le professeur Ehrmann , directeur du musée, la collection s'est enrichie de pièces nombreuses et rares, qui se montent aujourd'hui à près de quatre mille Les préparations sont de diverses espèces , les unes sèches , d'autres conservées dans l'alcool ; enfin des pièces moulées en cire ou en plâtre. Dans des cartons se trouve l'histoire détaillée d'un grand nombre des maladies qui ont donné lieu aux pièces conservées ; de plus on y a joint des dessins représentant l'état primitif des altérations.

Toutes ces pièces ont été classées par M. Ehrmann d'une manière aussi simple que méthodique ; les divers appareils organiques lui ont servi de base pour établir les divisions , et il les considère successivement: 1° par rapport à l'état physiologique chez l'homme et chez les animaux ; 2° sous le rapport de leurs anomalies de forme , de position et de développement ; 3° par rapport à l'état pathologique, avec altération de tissu. Parcourons rapidement ces différentes divisions pour en signaler les pièces les plus importantes.

Parmi les préparations qui se rapportent à l'appareil osseux on remarque une tête désarticulée , préparée par le célèbre Al-

i84 STATISTIQUE

binus ; une belle série d'os injectés ; toutes les variétés de forme et de direction du bassin chez la femme ; le bassin d'un homme de quarante-cinq ans , atteint d'extro version de la vessie avec absence de la paroi antérieure de ce réservoir ; ce bassin est séparé dans la symphyse , et les deux pubis offrent là un écartement de quatorze centimètres. Parmi les pièces d'anatonric pathologique se trouvent le squelette d'un homme adulte, ayant presque tous les os plus ou moins affectés de carie vénérienne ; celui d'une femme rachitique de soixante-trois ans , d'une taille de soixante-seize centimètres ; enûn des pièces d'anatomie pathologique du système osseux d'animaux.

On admire surtout une belle série d'injections des vaisseaux ) y mphathiquesde tous les organes de l'homme etde quelques animaux. Plusieurs de ces pièces démontrent d'une manière évidente la communication directedeslypmhathiques avec les veines dans l'intérieur des glandes. Une belle collection de pièces sèches faites avec le plus grand soin et une patience extrême , démontre la distribution de toutes les artères du corps ; quelques-unes de ces préparations sont admirables par le nombre de vaisseaux et de nerfs qui ont été conservés ; ainsi , sur quelques têtes on a préparé à la fois l'artère vertébrale avec ses rameaux , la carotide interne avec ses inflexions et toute la série des branches, rameaux et ramuscules de la carotide externe. Parmi les diverses injections veineuses il faut citer plusieurs préparations de la veine cave supérieure, et surtout une suite d'injections des veines superficielles et profondes de la tête et du rachis. Parmi les nombreuses anomalies d'origine et de distribution des vaisseaux sanguins , le musée possède une pièce très-curieuse dont on ne connaît que deux exemplaires. A deux centimètres du cœur l'aorte se divise en deux grosses branches qui se recourbent pour former la crosse , et après un trajet de cinq centi-

mètres se réunissent pour constituer l'aorte descendante. Elles circonscrivent une espèce d'ovale à travers lequel passent la trachée-artère et l'œsophage. Des pièces d'anatomie pathologique démontrent toutes les maladies du cœur et des vaisseaux. La structure intime du poumon est rendue évidente sur quelques préparations , dont l'ane a une certaine valeur historique, puisqu'elle a servi de type aux dessins de l'ouvrage de Reisseisen : de Structura pulmonum. Une autre pièce historique provient du célèbre anatomiste Ruysch ; c'est une portion d'intestin grêle admirablement injecté, sur lequel on observe surtout des glandes de Peyer, entourées d'un lacis de vaisseaux considérable. On remarque de plus un grand nombre de pièces démontrant l'anatomie physiologique , les vices de conformation et les altérations pathologiques des organes de la respiration , de la digestion et de l'appareil génito-urinaire.

Le musée est très-riche en préparations de l'appareil cérébrospinal et des nerfs ; toutes les dernières découvertes des anatomisles sur le système nerveux s'y trouvent préparées , soit sur des pièces sèches, soit sur des exemplaires conservés dans l'alcool ; la plupart en ont été préalablement injectés , de sorte que les rapports des artères et des nerfs avec les organes ont été soigneusement conservés. La collection est également riche en pièces d'anatomie pathologique du système nerveux. Les maladies des organes des sens ont fourni deux exemples de pétrification des yeux avec atrophie des nerfs optiques , et un troisième d'ossification de la choroïde et du cristallin. Un des principaux ornements du musée est la collection de testicules injectés au mercure , au nombre de quarante-six , préparés par feu Al. Lauth ; ils ont servi à la rédaction de son travail sur la structure du testicule ; on y voit de la manière la plus évidente la disposition des canaux séminifères , dans leur état de

simplicité , puis réunis et formant peu à peu les différentes parties que Ton distingue à cet organe sécréteur. Parmi les anomalies des organes génitaux de la femme , il faut signaler plusieurs matrices bicornes , et surtout une pièce où la vulve , le vagin et la matrice sont divisés en deux moitiés distinctes par une cloison intermédiaire. Une suite de cioquante-deux embryons et fœtus , depuis Vâge de six semaines jusqu'à la maturité, montre le développement progressif du produit de la conception. On peut étudier la plupart des anomalies de forme et de développement du fœtus sur une collection considérable de monstres humains et d'animaux , et dont quelques-uns offrent des dispositions rares et singulières. Enfin l'étude des maladies des organes génito-urinaires de la femme est complétée par de nombreuses pièces, représentant la plupart des altérations dont ces organes sont susceptibles.

Dans cet exposé se trouvent compris seulement les objets les plus saillants; mais il suffît pour montrer que le musée d'anatomie est pour les élèves qui fréquentent la faculté de médecine de Strasbourg une source d'instruction qu'on ne trouve que rarement aussi complète , et qui s'étend encore tous les jours par les soins des médecins de l'hôpital et le zèle de ceux delà ville.

5° Cabinets de physique de la faculté des sciences et de celle de

médecine,

La faculté des sciences a un cabinet de physique assez bien monté ; cependant comme elle ne possède , outre quelques excellents instruments de précision , aucun appareil digne de frapper l'attention par sa perfection particulière ou sa rareté , nous ne nous arrêtons pas à donner des détails sur cette collection , que la modicité des ressources de la faculté ne permet pas

«l'enrichir autant qu'il serait à désirer. Il en est de même du cabinet de physique de la faculté de médecine , où se trouvent surtout lés appareils qui démontrent les applications des lois physiques à l'économie animale.

* 6° Collection d'antiquités.

Strasbourg possède une collection assez considérable d'antiquités , trouvées soit dans la ville , soit dans le reste de l'Alsace. Elle est conservée à la bibliothèque , en partie dans le vestibule, et en partie dans un cabinet au fond de la salle d'histoire. On y a joint en outre une foule d'objets curieux du moyen âge.

La plupart des monuments antiques ont été recueillis par Schœpflin, et proviennent de sa donation. Ils appartiennent aux époques celtique et romaine; ce sont des autels, des basreliefs représentant des divinités romaines ou gallo-romaines ; des pierres miliaires, des pierres lumulaires, des cercueils, des urnes , des vases , des médailles , des bronzes , des armes 1 , des ustensiles , etc. Parmi les objets déposés dans le vestibule , nous remarquons plusieurs autels et bas-reliefs du dieu que les anciens Gaulois appelaient Teutatès , et dont le culte très-répandu se confondit sous les Romains avec celui de Mercure?. Un bas-relief qui représente un homme un peu grotesque , revêtu d'un sagum et d'une espèce de collier, et tenant en main une bourse , avec l'inscription Glabro , paraît aussi se rapporter au culte du Mercure celtique , plutôt que de rappeler la

1 Entre autres plusieurs haches gauloises , tant en bronze qu'en fer.

2 Tout récemment on a découvert dans la rue des Frères plusieurs figures de Mercure ; il est à présumer qu'en cet endroit se trouvait l'atelier d'un sculpteur ou tailleur de pierres .

mémoire d'un affranchi , comme on le croit communément Un autel trouvé à Horbourg , est consacré à Apollon sous le nom gaulois de Gb annus (soleil ) ; d'autres le sont à Diane , à Pallas , à Vesta , à Vénus , à Neptune , à Hercule , à la déesse de la santé, etc. Deux beaux autels quadrilatères portent #ir chacune de leurs quatre faces la figure en bas-relief d'une divinité romaine. Une des principales parmi les pierres tumulaires , est celle qui représente un guerrier gallo-romain , dans son armure complète , avec l'inscription Leontius.

Les urnes , les vases en verre et en poterie , les bronzes , les médailles romaines et grecques , sont renfermes dans des armoires vitrées dans le cabinet du premier étage. Parmi les bronzes il y a plusieurs petites statues, entre autres une Vénus d'un travail parlait. Une des pièces les plus curieuses de toute * la collection , est un beau calice en verre , entouré d'une espèce de réseau en verre de couleur avec l'inscription Salve Maximiane Auguste; cette pièce, dont il n'existe une semblable qu'en Italie , a été trouvée dans un cercueil en pierre hors de la ville, devant la porte Nationale.

Une grande table de pierre , couverte d'emblèmes d'animaux et d'ornements fort remarquables , et déposée dans le

i Presque toutes les Ggures de Mercure , trouvées dans les Gaules, le représentent avec une bourse (voy. Montfaccon, Y Antiquité expliquée, t. IV, p. 414). Dans la poésie celtique de la Bretagne flgure un personnage mystérieux , appelé Gwion qui, sans aucun doute, est identique avec l'ancien Mercure gaulois. Il est représenté sous la forme d'un nain tenant une bourse à la main ; les Bardes l'appelaient le nain à la bourse. (Voy. M. de UVrlkmlabqub, Chants populaires de la Bretagne t. I, întrod., p. LUI. Paria , 1839/.

vestibule, parait provenir d'une des plus anciennes constructions chrétiennes. La période franque est pauvre en monuments; aussi notre collection n'en possède-t-elle qu'un cercueil en pierre, grossièrement travaillé, et ayant une excavation particulière pour la tête.

En entrant dans le vestibule, ce qui frappe d'abord la vue, ce sont deux statues colossales placées aux deux côtés de la porte conduisant à la salle du rez-de-chaussée. L'une représente l'évêque Arbogast , comme le fait supposer un dessin très-ancien qui donne la série de nos évêques. L'autre, est Rodolphe de Habsbourg , qui , avant de monter au trône impérial , était capitaine des Strasbourgeois. Un ancien bas- relief polychrome , représentant les gardes endormis auprès du sépulcre du Seigneur, est attaché au mur de gauche.

Sur le palier de l'escalier conduisant au premier étage , on voit les anciennes armoiries de la ville, en bas-relief, sur une grande table de pierre , qui , suivant une inscription de 1440 , se trouvait jadis au-dessus de l'entrée des greniers publics de la ville. C'est une des plus anciennes représentations de nos armoiries que nous possédions aujourd'hui. Les armoiries étaient d'argent à bande de gueules, l'écu soutenu par deux lions ; au-dessus se trouvait un casque ouvert, comblé d'une couronne d'or, d'où s'élevaient deux ailes de cygne , chargées également d'une bande de gueules , le tout surmonté d'un lis épanoui d'argent.

La riche collection des médailles de Strasbourg et de l'Alsace , déposée dans le cabinet du premier étage, contient quelques pièces de la période franque , très-curieuses ; une monnaie d'or, portant une tète d'homme, entourée des mots: Arm lfus mon., et sur le revers, Argentorato fit , prouve qu'à cette époque Strasbourg avait un monetarius ; une autre en argent , avec R et P (Rex Pipinus) , porte autour d une

croix une légende qu'il nous est impossible de lire autrement que civ Arguât. Il est hors de doute pour nous que cette pièce, extrêmement rare, que M. de Berstett 1 croit devoir rapporter à Arras , tandis que d'autres la rapportent à Arques , appartient à Argentorat. Les autres monnaies de Strasbourg sont ou épiscopales ou municipales ; les plus anciennes sont des brac téates. Sur celles de la ville , celle-ci se nomme toujours respublica; elles n'ont jamais l'aigle impériale, mais les armes de la ville. Ordinairement elles n'ont d'un côté que le lis strasbourgeois avec la légende : Gloria in excelsis Deo, et de l'autre soit une croix , soit l'écu des armoiries de la ville , avec les mots: Monela argentoratensis. Quelques-unes ont aussi les armoiries complètes. Parmi les monuments qui se rapportent au passé de notre ville , il faut encore citer , dans le même cabinet, les bannières de plusieurs de nos corporations , le grand Schwœrbrief (constitution) , lu et juré chaque année devant la cathédrale, et au second étage , le plan en relief de la ville et de ses fortifications , fait en 1574 par Specklin. Dans ce même second étage , se trouvent quelques autres pièces précieuses : la petite bannière de la ville de Strasbourg 2, en soie , peinte des deux côtés , et représentant la Vierge assise, étendant les bras , et tenant l'enfant Jésus sur ses genoux , et un grand tableau avec une date presque illisible (1248 ou 1288) , représentant la même Vierge, et dans les angles inférieurs les armoiries de la ville. Ce tableau remarquable est peint sur une table de bois , couverte d'une étoffe sur laquelle est portée une

iVersuch einer MUnzgetchichte des Elsasses. Frib. 1840, in-4» p. 52.

2 La grande a été déchirée lors du pillage de l'Hôtel-de- Ville en 1789.

couche de craie, qui a permis à l'artiste d'y graver les contours ; le fond est d'or, et les couleurs sont encore très-vives. C'est d'après cette peinture , en style byzantin , qu'ont été faites nos anciennes bannières ; la même Vierge, patronne de Strasbourg et de sa cathédrale, se trouvait aussi sur les sceaux de la ville. Strasbourg avait deux sceaux , un grand pour les affaires publiques , et un petit pour les affaires privées et secrètes. Sur le grand , dont nous donnons ci-joint le modèle , se voit la Vierge avec l'enfant Jésus , assise sous le portique d'une église à cinq tours; la légende extérieure est : Sigillum Burgensium Ârgenlinensis civilalis (sceau des bourgeois de la ville de Strasbourg) ; les mots abrégés au-dessus de la Vierge signifient : Virgo roga prolem quod plebem servet el urbem (Vierge , prie ton fils de protéger le peuple et la ville).

Une collection de vitraux , provenant de l'ancienne Chartreuse de Molshcim , fait aujourd'hui un des plus beaux orne-

ments du magnifique second étage de notre bibliothèque. Elle a été exécutée de 1620 à 1632 par Léonard et Laurent Linck , d'après Martin de Vos d'Anvers , et se compose de deux séries de petits tableaux : les sujets de Tune sont tirés de l'histoire sainte, ceux de Vautre des légendes des pères du désert ; toutes les deux se distinguent autant par la pureté du dessin que par la richesse du coloris.

Parmi les portraits conservés à la bibliothèque , et dont la plupart rappellent les traits des savants de l'ancienne université* , mais sans avoir de mérite artistique, les plus remarquables sont : celui de Gutenberg, celui en pied du stettmeister Jacques Sturm et celui de Keppler , le seul qui existe de ce célèbre astronome.

Sur les paliers de l'escalier , on a incrusté dans les murs différentes inscriptions , dont nous mentionnerons celle de l'imprimeur strasbourgeois , Jean Mentelin de Schléstadt , contemporain de Gutenberg, ainsi que celle du poète Sébastien Bran t.

La bibliothèque possède enfin quelques autres curiosités , qui méritent un instant d'attention ; comme , par exemple , une toilette du temps de Louis XIII , incrustée de mosaïques de Florence ; un obélisque en bois , imitant celui de la place de Saint-Jean-de-Latran à Rome ; des modules de bâtiments et de fortifications, entre autres un modèle en plâtre de la Bastille, envoyé par le gouvernement à la commune de Strasbourg , en souvenir du 14 juillet 1789; quelques vieux instruments de musique; deux tableaux représentant des réunions de Minnescenger et de MeisCersœnger ; le pot en bronze des Zurichois ; le bonnet rouge dont était coiffée la cathédrale du temps de la terreur; le sabre de Kléber, etc.

1 Comme de Schœpflin , d'Oberlin , etc.

7° Archives.

Aux collections qui intéressent l'historien, il faut aussi joindre nos archives. Celles du département , conservées dans un vaste bâtiment situé derrière la préfecture et ayant servi anciennement de grenier public, sont un riche trésor de documents pour notre histoire locale. On a réuni en ce dépôt tous les titres * qui se rapportent à l'ancienne province d'Alsace ; beaucoup en sont déjà publiés dans les recueils de SchœpQin et de Grandidier; cependant il en est encore un grand nombre d'inédits, infiniment curieux. Dans ces grandes collections ecclésiastiques, féodales et civiles , se trouvent les chartes relatives à l'ancien évêché , au pouvoir spirituel fit temporel des évêques , aux grands chapitres et abbayes de l'Alsace , aux églisès et couvents de Strasbourg ; les bulles pontificales et les lettres impériales conférant des privilèges ou des bénéfices à des villes , des couvents, des seigneurs, des bourgeois, des membres du clergé ; les diplômes de différente nature provenantdes grandes seigneuries de la Basse-Alsace ; les documents relatifs à l'ancienne ad- . vocatie impériale de Haguenau; ceux qui tiennent à l'ancien duché de Deux-Ponts et au ci-devant comté de Hanau -Lichtenberg , etc. Parmi les documents postérieurs au moyen âge, . répartis en deux grandes classes, ceux de l'intendance et ceux qui sont postérieurs à 1789 , il y en a qui ne sont pas moins remarquables. La collection de l'intendance renferme des pièces importantes sur les droits et les revenus des communes . sur les cours d'eau , les eaux et forêts , les fiefs , les ponts et chaussées, le cadastre, les fortifications, les manufactures, les usines, les haras, la monnaie , la navigation du Rhin , l'état des jésuites à l'époque de leur suppression en Alsace , l'état des procès intentés dans le bailliage de la Basse-Alsace , des tableaux s ta tis-

i 94 STATISTIQUE

tiques sur le produit des récoltes, l'état des juifs, etc. i . D'après de récentes instructions ministérielles, on procède à de nouveaux travaux de dépouillement , de triage et de classement ; ces travaux sont dirigés avec beaucoup de zèle et de succès par M. Louis Spach.

Les archives de la ville de Strasbourg , conservées à l'Hôtelde- Ville , sont un dépôt également précieux. Elles conliennent les documenls des différentes magistratures qui ont gouverné la ville , et se divisent en plusieurs grands corps qui correspondent à ces magistratures , et qui sont encore désignés sous les noms des caveaux où ils étaient conservés dans l'ancien Hôtelde-Ville. Ainsi le Vorder Dreizehn Gewôlb et le Inneres Dreisehn Gewôlb (caveau extérieur^ caveau intérieur des Treize) renferment les documents de la chambre des Treize , instituée en 1433.

Dans le premier de ces caveaux , sont déposés les nombreux privilèges successivement accordés à la ville par les empereurs (l'Allemagne; le plus ancien est celui de Philippe II, donné à la ville le 16 juillet 1205; le dernier est de Ferdinand II , pour convertir l'académie de Strasbourg en université.

Il s'y trouve en outre des bulles pontificales, se rapportant soit à des privilèges accordés à la ville , soit à des excommunications lancées contre elle ou tel de ses habitants , etc. Dans le même caveau sont aussi déposés les documents qui ont trait aux (dations entre Strasbourg et ses évèques, et surtout aux fréquentes querelles entre la ville et ses prélats; ceux qui sont relalifs aux églises , fondations , maisons ecclésiastiques de la ville. C'est aus i là que se trouve la collection des nombreux docu-

1 Voy. les rapports de M. Spach à M. le préfet , de 1840 et

mu

ments concernant les relations entre Strasbourg et le gouvernement français avant la capitulation ; un certain nombre en a été publié par feu ML de Kentzinger, maire de Strasbourg. Enfin , les protocoles de la chambre des Treize , commençant avec l'année 1599.

Le caveau intérieur des Treize contient les documents relatifs aux monnaies , aux rapports de la ville avec l'empire germanique, les actes et la correspondance des députés slrasbourgeors aux diètes. Dans une armoire particulière sont conservées les lettres écrites à la ville par les empereurs , les impératrices , les rois des Romains depuis Frédéric II (1212).

Le caveau de la chancellerie (Verschlossen Cantzley Gewôlb et le caveau sous l'Hàtel-de-Ville {Gewôlb unler der Pfalls) , renferment des documents venus de la chambre des Quinze et de la chambre des Vingt-et-un. Les protocoles du collège des Quinze commencent avec l'année 1571 ; ceux des Vingt-etun , avec l'année 1 5î>9.

Dans le caveau de la chancellerie se trouvent les documents relatifs aux monnaies , au commerce , aux libertés accordées aux commerçants tant strasbourgeois qu'étrangers, au casernement, aux taxes du pain et de la viande, aux pharmacies ; aux terrains acquis pour agrandir les fortifications; à la médecine, à l'université et à l'administration intérieure; une partie de la correspondance avec Louvoisetles agents de la cour de France, de 1675 et des années suivantes, moins, toutefois , celle relative à la reddition de la ville ; la correspondance que la ville a entretenue avec les villes de Francfort et de Spire , relativement an commerce et à la navigation sur le Rhin ; avec les autorités du roi pendant le dix-huitième siècle; les lettres - patentes . adressées à la ville par Louis XIV et Louis XV. Dans ce corps sont également réunis les arrêts du conseil d'État et du conseil

souverain d'Alsace. Ces pièces concernent les dettes et les biens de la ville , la nomination des gouverneurs , les forliûcations , les affaires judiciaires , les notaires , la police ; enfin , ce qui est relatif à la propriété et à l'administration des bailliages et des communes qui dépendaient de la seigneurie de Strasbourg. Il y a de plus quelques chartes impériales qui remontent à la fin du treizième siècle. Une des collections les plus curieuses de cette partie, est celle des pièces relatives aux vingt tribus.

Le caveau sous l'Hôtel-de-Villc , comprend les actes des procès administratifs , les correspondances administratives , les documents sur la défense des droits et des libertés de la ville , les traités de paix et d'alliance avec les nobles du pays , les Suisses et les villes de l'empire (ils remontent à 1246 et finissent à 1493) ; les actes sur les francs-juges et tribunaux vvestphaliens; les pièces concernant les juifs (1348), les Armagnacs (1440), etc.

Les archives de la ville possèdent enfin les protocoles des différents collèges et tribunaux inférieurs qui dépendaient des chambres suprêmes; les titres de l'ancienne université de Strasbourg; une collection de mandats ou lois de la magistrature, en quarante et un volumes in-folio, commençant en 1412; une autre collection de documents du même genre , conservée dans des cartons, et commençant à 1356 , est continuée jusqu'à nos jours.

Dans la révolution , on a réuni aux archives de la ville, les archives du prétorat; elles contiennent les actes relatifs aux rapports des préteurs royaux avec la ville et le gouvernement du roi. Ces documents remontent à 1685 , époque de l'institution des préteurs.

DE LA VILLE DE STRASBOURG. 197 4. SOCIÉTÉS LITTERAIRES ET SCIENTIFIQUES.

Dans les dernières années du quinzième siècle, Jacques Wimpheling fonda à Strasbourg la première société littéraire en Europe. Malheureusement elle périt dans les mouvements de la réforme. Ce n'est qu'en 1633 qu'il s'en forma une nouvelle , dite société philoleutonique ; elle* était semblable aux congrégations littéraires qui , à cette époque , étaient en Allemagne si nombreuses ; mais elle ne fut que de courte durée; une société de poêles , dite la feuille de trèfle (das Kleeblatl) n'eut pas un meilleur sort. Il faut arriver jusqu'en 1799 pour trouver une association vraiment scientifique : c'est la société libre des sciences et des arts, qui comptait parmi ses membres les Brunek, les Koch , etc. Bientôt se formèrent aussi des sociétés de médecine, d'agriculture, d'économie intérieure, qui , en 1802, se réunirent en une seule , sous le nom de société des sciences . d'agriculture et arts du département du Bas-Rhin. Cette société subsiste encore aujourd'hui ; les mémoires qu'elle a successivement publiés , contiennent des travaux d'un grand intérêt. Elle est divisée en deux sections : 1° agriculture ; 2° sciences , lettres et arts. La première est la plus importante, elle prend à tâche l'encouragement de l'agriculture, en mettant chaque année au concours des questions relatives aux statistiques agricoles des différents cantons, et en faisant essayer à ses frais les instruments nouveaux et les autres découvertes en agriculture pratique. Les travaux de la seconde section ont principalement pour objet la médecine. La littérature et les arts ne comptent que peu de représentants dans la société.

Il existe en outre une société du muséum d'histoire naturelle, et depuis le commencement de l'année 1842 , une société historique d'Alsace; les objets des travaux et des recherches dont

s'occupent ces deux associations, sont suffisamment indiqués par leur nom.

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