‹ Notice sur la ville de StrasbourgChapitre 26 sur 53 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

Jusqu'à nos jours , le culte des beaux-arts ne comptait à Strasbourg que de rares partisans. Ce n'est que depuis quelques années que des efforts dirigés avec zele et intelligence , ont éveillé chez la population le goût pour les jouissances artistiques. Une société s'est formée en 1832 , sous le nom de société des amis des arts, dans le but de propager et d'encourager l'amour des beaux-arts. Celte société a organisé des expositions périodiques de tableaux, de gravures, de statues, etc. Mais, isolée qu'elle était dans une ville qui , sous ce rapport , n'offrait que peu de ressources, elle ne pouvait répondre qu'imparfaitement à sa destination. Elle se joignit donc, en 1837, aux villes de Darmstadt , Mannheim , Carlsruhe et Mayence , pour former une association rhénane des beaux- arts. Depuis ce temps, de grandes expositions annuelles ont lieu successivement dans les cinq villes associées. Par ce moyen , les amis des arts ne procurent pas seulement aux Strasbourgeois des jouissances plus variées , ils contribuent aussi à faire connaître à l'Allemagne les ouvrages des artistes français.

La même année 1837 vit se former une seconde association artistique : la société pour V encouragement des artistes alsaciens. Elle fait également des expositions annuelles-, mais exclusivement consacrées aux objets d'art produits par des artistes de notre province. Ces expositions sont publiques moyennant une légère rétribution, dont une partie est destinée à une came de secours pour les artistes pauvres.

La ville ne resta pas en arrière des particuliers, dans ce mouvement généreux. Depuis longtemps elle possédait quelques

lableaux ; en 1838, sur la proposition de M. Schûtzen berger , le conseil municipal décréta de les réunir en une galerie \ el d'y affecter les belles salles du rez-de-chaussée de l'Hôtel-de- Ville. Cette galerie fut ouverte au public en 1840. Elle n'est pas encore très-riche , mais , l'administration votant annuellement une somme pour acquisition d'objets d'art , notre Musée prendra peu à peu plus d'extension. Outre un certain nombre de copies , le musée 1 possède encore quelques tableaux de l'ancienne école allemande , parmi lesquels se distingue un Christ couronné d'épines , par Martin Schœn de Colmar ; plusieurs jolis sujets flamands, quelques toiles originales de maîtres italiens et français dont nous citerons : sainte Apolline , par le Pêrugin; saint Jérôme dans le désert, par Le Corrége; une Vierge avec l'enfant Jésus el saint Jean-Baptiste , par le Guide; une Madeleine aux pieds du Christ, par Carlo Dosso ; une Adoration des mages, par Philippe de Champagne; Bar- Jésus devant Sergius Paulus , par Lemoyne ; le général Kléber, par Regnault ; Servius Tullius , par M. Gabriel Guérin , actuellement directeur du musée ; Polynice mort , par le même; m pâtre buvant à une fontaine , par M. Heim. On a placé dans les salles une collection de plâtres , d'après des antiques , donnée par le gouvernement ; la copie en plâtre de la belle statue de Pradier, représentant la ville de Strasbourg sur la place de la (xmcorde à Paris , et quelques bustes , dont ceux du pasteur Oberlin par Ohmacht, et de Kirstein , par son fils , méritent une mention particulière.

Les pièces capitales du musée sont deux délicieuses statues

i Ouvert au public les dimanche , mardi et jeudi de chaque semaine, de deux à quatre heures de l'après-midi; el aux étrangers tout les j ours et à toute heure.

on marbre par Ohmacht, représentant Vénus et Flore et un Icare s'élançant dans les airs pour essayer ses ailes, en bronze, par M. Grass.

Il serait à désirer que l'on songeât aussi à recueillir dans le musée, des œuvres d'artistes strasbourgeoisdes derniers siècles, et à former ainsi un musée historique d'un grand intérêt pour notre ville. Car celle-ci a été la patrie de plusieurs artistes renommés. Déjà au quatorzième siècle elle avait un peintre célèbre , Nicolas Wurmser, qui un des premiers peignit à l'huile et auquel l'empereur Charles IV, pour l'attacher à sa personne, donna de grands privilèges ; un de ses tableaux , Jésus-Christ crucifié , se trouve encore dans la galerie de Vienne. Nous citerons en outre : Wendelin Dielerlin, mort en 4599, peintre et architecte, qui, à ce que l'on prétend , a inventé le dessin au pastel ; Guillaume Bauer, mort en 1640 , peintre habile et fécond ; les graveurs : Isaac Brunn, de la première moitié du dix-septième siècle, J. A. Seupel, mort en 1714 et J. M. Weiss; Sèb. Slosskopf, peintre de fruits, de vases, de paysages, au milieu du dix-septième siècle; G. F. Mcyer, mort en 1778, dont on a de jolis paysages à l'huile; J. Wcyler, mort en 1791 , qui a laissé de beaux portraits sur émail ; Ph. Laulherburg, mort en 1815 à Londres , peintre d'histoire; Benj. ZiXy mort en 481 1 en Italie, graveur et dessinateur plein de génie, dont les caricatures sont très - recherchées ; Jean Guèrin, mort en 1836, distingué dans la miniature. Le sculpteur Nahl, qui au dernier siècle a fait le fameux tombeau de l'épouse du pasteur Langhans a Hindelbank (canton de Berne), était natif de Strasbourg.

Deux de nos principaux artistes ne sont morts qu'il y a quelques années : le statuaire Landelin Ohmacht, qui , né dans un petit village de la Souabe, avait adopté Strasbourg pour sa

seconde patrie , où il mourut en 1834; et le ciseleur F. J. Kir- Hein, décédé en t838 , dont tout le monde connaît les délicieux sujets de chasse ciselés en argent. Les convenances nous interdisent de parler des artistes vivants dont notre ville s'honore; du reste , la plupart d'entre eux sont assez connus par leurs œuvres.

La musique est plus généralement cultivée à Strasbourg que les autres arts. Avant la révolution, la cathédrale et le Temple- Neuf avaient des chapelles parfaitement organisées; François- Xaxier Richter et Ignace Pleyel étaient maîtres de chapelle de la cathédrale. En 1798 on construisit pour les concerts que l'on donnaitdepuis quelques années, la salle de la Rèunion-des-Arls , tout récemment restaurée à neuf. Différentes sociétés s'organisèrent successivement, et donnèrent des concerts soit dans* ce local , soit dans d'autres. En 1830 et en 1836 les artistes et amateurs de l'Alsace se réunirent pour donner au théâtre de grands concerts alsaciens, dont le premier surtout a laissé de beaux souvenirs. En 1832 se forma une société philharmonique, dans le but de donner annuellement une série de concerts; elle réussit pendant plusieurs hivers ; mais de nombreuses difficultés l'obligèrent de cesser , au grand regret des amateurs. En 1841 s'est alors reformée Y académie de musique, dont la première organisation datait de 1828, et qui donne des exercices publics de chant.

La ville, pour conserver le goût pour la musique, et pour encourager les talents peu favorisés de la fortune , a institué une école de violon , dirigée par un professeur habile , auquel est assuré un traitement de 1,200 fr. Reconnaissant en outre l'influence heureuse du chant sur les progrès moraux de la jeunesse, le conseil municipal accorde une subvention annuelle de 3,000 fr. à une société de citoyens , qui a établi au-

près de toutes les écoles primaires de la ville des écoles de chanl.

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