‹ Notice sur la ville de StrasbourgChapitre 27 sur 53 · COMMERCE ET INDUSTRIE · texte numérisé non relu

COMMERCE ET INDUSTRIE

Strasbourg est, par sa position topographique, une des villes les plus avantageusement situées pour un grand mouvement d'affaires. C'est surtout sous l'empire et pendant la durée du système continental que son commerce avait pris beaucoup de développement.

Comme place forte de guerre, elle n'a jamais pu prétendre à devenir ville de fabrique; cependant quelques industries , telles que la tannerie, la corderie, etc., s'y distinguent et livrent au dehors des produits très-estimés. Parmi les articles qu'à Strasbourg on produit en grande quantité, et qui jouissent d'une certaine répulatiorf, il faut compter aussi quelques comestibles, comme les pâtés de foie d'oie , la choucroute, etc., et la bière fabriquée dans plus de quatre-vingts brasseries.

Le commerce de la place consiste principalement en productions du pays , telles que grains, graines, huiles , chanvre, amidon , garances , etc.

Le genre d'affaires qui s'y traite encore sur une échelle trèsétendue , est celui de la commission et de l'expédition tant par terre que par eau. Son bureau de douanes est un des plus importants de ceux de terre, tant sous le rapport des acquittements que sous celui du transit. Son port a une navigation des plus actives. Celle du Rhin a été pendant de longues années une des principales branches d'industrie, et la batellerie strasbourgeoise jouissait sur toute la ligne du fleuve d'une réputation justement acquise.

Cependant après 1820, les expéditions depuis le port de Strasbourg allaient sans cesse en diminuant; elles menaçaient même plus tard de devenir à peu près nulles par suite de la barrière opposée de tous côtés à- nos débouchés par le système dédouanes prussiennes, lorsque l'ouverture du canal du Rhôncau-Rhin est venue donner une nouvelle impulsion au commerce de transit.

D'une part les garances d'Avignon , pour la consommation des villes manufacturières de la Prusse rhénane arrivèrent par le Rhône , la Saône et le nouveau canal pour descendre le Rhin depuis Strasbourg; d'autre part les marchandises hollandaises ou autres, en destination de la Suisse, remontèrent le fleuve jusqu'à ce port , el de là à Bàle par l'embranchement du canal sur Huningue.

Ce virement, qui dans les dernières années a été des plus considérables , produisit pour Strasbourg , et particulièrement pour les classes ouvrières, les plus heureux effets. La batellerie du Rhin se réorganisa complètement , de tous côtés de nouveaux bateaux furent mis sur chantier , et à l'heure qu'il est, l'on peut dire que les bateliers strasbourgeois sont de nouveau au premier rang pour la navigation dans la partie supérieure du fleuve.

Aux transports effectués par la batellerie ordinaire du Rhin, il faut ajouter ceux des bateaux à vapeur , dont le mouvement augmente chaque année. Précédemment Strasbourg ne jouissait qu'imparfaitement des avantages que cette navigation apporte à toutes Jes localités auxquelles elle peut toucher ; mais aujourd'hui, grâces au magnifique canal de jonction del'Illau-Rhin , les pyroscaphes pénètrent jusque dans nos murs , et viennent ainsi déposer et prendre sur nos quais même , voyageurs et marchandises.

Sur le canal du Rhône-au-Rhin, l'exploitation du service des transports se trouve entre les mains de plusieurs compagnies, et des quantités considérables de marchandises arrivent et partent journellement par ces différentes entreprises.

A ces belles voies de communication est venue se joindre encore celle si importante des chemins de fer d'Alsace. Chaque jour voit s'augmenter le nombre des voyageurs et les quantités de marchandises qui parcourent cette ligne. Il faut espérer qu'une exécution vigoureuse, imprimée aux travaux de la ligne directe de Paris , amènera encore sous peu d'années de nouveaux éléments de prospérité. •

Le traité de commerce , conclu avec la Hollande , a déjà produit quelques résultats. Quoiqu'ils ne soient pas encore bien marquants, ils permettent cependant de préjuger que ces rapports, une fois mieux réglés et assis, pourront acquérir une certaine importance.

L'avenir commercial de Strasbourg apparaît en général sous un jour très- avantageux , et sa position sur le Rhin , le canal du Rhône-au-Rlrin , celui de la Ma*rne dont les travaux avancent rapidement ; enfin , deux lignes importantes de chemins de fer , dont l'une est déjà entièrement livrée à l'exploitation , lui donnent la perspective de devenir dans un temps très-rapproché une place de transit des plus importantes.

Une des principales industries de Strasbourg était jadis la fabrication du tabac; en 1787 il y avait en notre ville trentesept fabriques de tabac à carottes et seize fabriques de tabac à fumer, faisant travailler plus de douze cents*ouvriers. Cette industrie fut tuée par le décret du 29 décembre 1810 , qui accorda à la régie des droits réunis le droit exclusif d'acheter, de fabriquer et de vendre du tabac ; la fabrication de tout le tabac qui entre dans lé commerce devint ainsi le monopole du gou-

vernement; malgré les réclamations les plus vives et les plus fréquentes, cet état des choses existe encore toujours. Sous l'ern pire du monopole , Strasbourg possède une manufacture royale de tabacs et deux grands magasins de tabacs en feuilles ; la ville est en outre la résidence de l'inspecteur du service de la culture et des magasins de feuilles de tabac dans le département du Bas-Rhin ; celui-ci fournit sur la récolte de 1842 quatre millions de kilogrammes de feuilles.

Comme les autres grandes villes commerciales , Strasbourg a une chambre de commerce , instituée par la loi de 1802, et composée de plusieurs des principaux négociants , sous la présidence de M. le préfet. Ses fonctions consistent à présenter au gouvernement des vues sur les moyens d'accroitre la prospérité du commerce , de surveiller l'exécution des travaux publics relatifs au commerce , etc.

Un autre établissement d une haute importance pour le commerce de Strasbourg , comme pour celui de toute l'Alsace , est la monnaie, établie en notre ville et dirigée par une de nos premières maisons de banque. Elle fournit sept à huit millions par an; en 1832 elle en a fourni neuf. Trois fonctionnaires, nommés parle ministre des finances , résident dans l'hôtel avecla charge de surveiller la bonne confection des espèces fabriquées , sous le double rapport du poids et de l'empreinte : ce sont un commissaire du roi, un contrôleur au change et un contrôleur au monnoyage. L'émission des pièces n'a lieu qu'autant que les échantillons envoyés à Paris ont été trouvés coutonnes à la loi. Les pièces sont marquées du chiffre JBB ; elles ont celte marque depuis plus d'un siècle, c'est-à-dire depuis qu'à Strasbourg on ne fabrique plus que des monnaies françaises ; la capitulation avait laissé à la ville le droit de battre monnaie en son propre nom , mais elle n'usa plus de ce droit

que jusque vers 1716. Il a été question pendant quelque temps de la suppression de notre monnaie ; il faut espérer que cette mesure , très-préjudiciable à notre commerce , ne sera pas exécutée.

Page 1