SBUVICE MÉDICAL
Le nombre des médecins qui exercent à Strasbourg est trèsconsidérable ; il l'est même beaucoup trop pour la localité ; aussi les débuts sont-ils pénibles, et se prolongent souvent pendant de longues années. Mais d'un autre côté , une fois que la position du médecin est faite , elle se conserve facilement; car en général , les habitants de Strasbourg ont une confiance illimitée dans l'homme de l'art qui a su la gagner, et il s'établit aisément cette intimité qui rend le médecin l'ami de la famille.
S'il y a abondance de médecins, il y a surabondance de médicastres de tout genre , avec et sans patente , qui font de la
médecine au rabais , et n'ont pas honte de mettre en jeu tous les moyens pour se faire une clientelle ou plutôt de l'argent. Malheureusement il faut bien le dire , la basse classe et même beaucoup de personnes qui ont la prétention d'être plus élevées dans la hiérarchie sociale , s'adressent de préférence à ces industriels ignares. Sous ce rapport , la police médicale est encore assez imparfaite à Strasbourg ; pour y remédier, il ne faudrait pas seulement en charger les quatre médecins communaux, qui , vu leur isolement , sont débordés de tous les côtés et ne peuvent guère s'opposer au torrent ; mais former une association générale de tous les médecins de la ville , et réclamer alors un appui plus ferme de la part des autorités compétentes.
Les accouchements sont faits presque exclusivement par les sages-femmes ; d'ordinaire on ne réclame les secours du médecin que dans les cas difficiles; toutefois, depuis quelques années on s'habitue à commencer par s'adresser aux accoucheurs. Chez beaucoup de gens, les sages-femmes sont encore, mais illégalement , les médecins des nourrissons et même d'enfants plus âgés ; on conçoit de quel résultat doivent être les ordonnances de personnes , qui le plus souvent n'ont aucune nation de science médicale. Cette circonstance, jointe au préjugé populaire , qu'on ne peut rien faire dans les maladies des enfants en bas âge , explique la grande mortalité qu'on remarque jusqu'à l'âge d'un an.
Strasbourg , ainsi que tout le département du Bas-Ilhin , possède en outre une institution éminemment philanthropique, due au préfet Lézay-Marnésia : c'est celle des médecins cantonaux. Par arrêté du 31 octobre 1810, cet administrateur, dont la mémoire nous sera toujours chère, divisa le département du Bas-Rhin en trente-quatre circonscriptions médicales , dont chacune fut confiée à un médecin qui reçut le titre de médecin
cantonal. Les obligations imposées à ces fonctionnaires sont tellement nombreuses, qu'il faut un véritable dévouement pour s'en charger, surtout dans les campagnes.
En effet, les médecins cantonaux sont tenus: 1° de traiter gratuitement les indigents sur un certificat du commissaire de police; à Strasbourg les médicaments sont délivrés gratis à la pharmacie de l'hôpital civil ; 2° ils sont chargés de faire administrer les secours nécessaires aux noyés, asphyxiés, gelés, etc., de traiter les blessés par accidents graves et imprévus, tels qu'incendies, morsures de chiens enragés, etc.; 3° ils sont chargés de visiter les morts et de constater les décès ; aucune inhumation ne peut être faite sans leur permission écrite ; c'est encore à eux de veiller à l'exécution de certains règlements sur les sépultures; 4° ils doivent faire observer les règlements de police sur la propreté et la salubrité publiques ; 5° ils ont à surveiller l'exécution de la loi relative à l'exercice de la médecine, de la chirurgie , de la pharmacie et à la vente des remèdes secrets; 6° ils doivent aider les sages-femmes de leurs conseils ; 7° au premier indice d'une mortalité extraordinaire dans une commune, le maire doit aussitôt en avertir le médecin cantonal, qui doit se rendre dans les vingt-quatre heures sur les lieux , organiser le service médical nécessaire , et, en un mot , prendre toutes les mesures exigées en cas de maladie contagieuse ou épidémique ; 8° ils sont enfin chargés de la vaccination de bras à bras.
Le traitement qui leur est al loué , est de 600 fr. Celui des médecins cantonaux de Strasbourg, qui ne sont plus à la charge du département comme les autres , mais qui dépendent de la ville , et portent par conséquent le titre de médecins communaux, est depuis quelques années de 1,200 fr. Ils sont au nombre de quatre, pour les quatre cantons de la ville; comme
ceux-ci comprennent aussi des portions assez étendues de la campagne , on a été obligé de nommer deux médecins adjoints, chargés du service de la campagne, l'un pour la Roberlsau , l'autre pour le Ncuhof et la partie exlra-muros du canton Est. Comme ces deux adjoints doivent avoir leur domicile dans leurs localités respectives, on a élevé leur traitement à 1500 fr.
D'abord la nomination des médecins communaux de Strasbourg dépendait du préfet, plus tard du maire; aujourd'hui, pour laisser moins de chance à l'arbitraire , on a institué pour leur nomination le concours public; en même temps la durée de leurs fonctions , qui jusque-là était à vie , a été réduite à huit ans , et Tordre de succession a été établi de manière que le plus ancien des médecins adjoints , remplace la vacance qui s* est faite en ville, sans que le temps qu'il a passé à la campagne lui soit déduit de la durée de son service.
Cette institution porte les plus heureux fruits; plus de trente années d'expérience en ont démontré la nécessité et l'utilité ; on s'étonne donc avec raison qu'il n'y ait encore que si peu de départements qui, sous ce rapport , aient suivi l'exemple du Bas- Rhin.
Il existe de plus à Strasbourg un chirurgien communal , chargé du traitement des affections chirurgicales, et exécutant en même temps les opérations de petite chirurgie, ordonnées par les médecins communaux , à l'exception des ventouses qui sont appliquées gratuitement dans un des établissements de ce genre.
C'est enfin à Strasbourg que réside le conseil de salubrité publique pour le département , ayant sous sa dépendance tout ce qui concerne l'hygiène publique. Ce conseil , composé de dix membres , docteurs en médecine , pharmaciens et médecins vétérinaires , s'assemble à la demande du préfet , qui en est le
président. Quoiqu'il ne soit pas dissous de droit , il a presque cessé d'exister de fait , surtout depuis que le conseil général du département a supprimé les prix de vaccination que le conseil de salubrité était chargé de décerner tous les ans. Cet état de choses est à déplorer, car il se présente souvent des questions d'hygiène publique dont la solution est très-importante , en ce qu'elle intéresse plus ou moins vivement la santé et le bienêtre des habitants. Il est également à regretter que les prix de vaccination ne soient plus décernés , parce que dans une foule de localités celte opération est accompagnée de beaucoup de tracas et de perte de temps.