HÔPITAUX
1° Hôpital civil K
Une ancienne tradition fait remonter la fondation de l'hôpital de Strasbourg jusqu'au duc d'Alsace Etticon , père de sainte Odile ; mais aucune preuve historique ne vient à l'appui de ce fait, et il est plus vraisemblable que notre hospice fut . fondé originairement par la ville. Ce qui est certain , c'est qu'au douzième siècle, il avait déjà des biens assez considérables; en U43, l'évêque Burcard confirma les biens et les revenus dont il avait été doté par son prédécesseur Cunon , ainsi que par des habitants de la ville 2 ; l'année suivante, le 11 juillet 1144, l'empereur Conrad III, présent à Strasbourg, le prit sous sa protection immédiate, et l'affranchit de tyute
1 Voy. M. J. L. A. Mabchal, Essai de topographie médicale de l'hôpital civil et de son annexe. Strasbourg 1829.
«Cette charte a été publiée pour la première fois par M. Strobel , t. I , p. 380.
juridiction étrangère. En 1263 , par la transaction de la ville avec l'évéque Henri de Geroldseck, l'hôpital passa tout entier au pouvoir du sénat, qui dès lors en nomma les administrateurs. Il reçut encore souvent des privilèges d'empereurs et de papes; le concile de Bàle l'affranchit de toute taille et gabelle.
Cet ancien hôpital était situé du côté occidental de la cathédrale , non loin du château de l'évéque ; la petite rue de l'Hôpital en conserve encore aujourd'hui le souvenir. Mais par suite d'une épidémie qui décima la population en 1316 , il fut transféré hors de la ville à la plaine des Bouchers. Dans la guerre de la ville avec l'évéque Frédéric de Blanckenheim et ses alliés, il fut démoli comme beaucoup d'autres édifices situés hors des murs; on jugea convenable de l'établir de nouveau dans l'enceinte même de la ville , et en 1397 , on le rebâtit à l'endroit même où se trouvent les bâtiments actuels de l'hospice. Ceux-ci ne datent que du commencement du dernier siècle ; ils furent érigés de 1718 à 1724, après que l'ancien hôpital eut péri par un incendie en 1716. C'est aujourd'hui un vaste édifice à trente-cinq croisées , bien exposé et bien aéré , ayant deux jolis portails dans la cour , un beau rez-de-chaussée , deux étages et des mansardes.
On a incorporé à sa dotation les fonds provenant de plusieurs autres hospices que possédait jadis notre ville, et dont nous mentionnerons les suivants : le petit hôpital dédié â sainte Barbe , appelé aussi hôpital de Phyna , fondé en 1311 , par le chevalier Jean de Kalbesgasse et sa sœur Phyna , sur un terrain qui leur appartenait ; cette maison était destinée pour dix pauvres infirmes et un prêtre; comme elle était située dans la paroisse de Saint-Thomas , ce prêtre relevait de ce chapitre. Depuis la fondation de cet hospice, celui de la
ville fut appelé hospitium majm , le grand hôpital, et en allemand, par corruption, unsermerrespilal ; -—l'hospice fondé on 1370, près de la commanderie de Saint-Jean , par le chevalier Cuntzelin zuderMegede, pour douze femmes; — l'hôpital pour les galeux , les teigneux , les vénériens , etc. , établi en 1495 dans les bâtiments occupés aujourd'hui par l'aumônerie de Saint-Marc (Blaterhaus ou Bossenhaus); — l'hospice pour les pauvres passants, ou les voyageurs pauvres et malades, die elende Herbergc, fondé en 1360 parOettelin, prébendier de la cathédrale, dans la rue Sainte-Êlisabeth; d'où il fut transféré successivement au Vieux-Marché-aux-Vins et aux Au-
gustins ; — la léproserie ou la maison zu den guten Leutcn (aux bonnes gens) , située hors de la ville , non loin de l'ancienne église dite Rolhe Kirche ( église rouge), là où est aujourd hu 1 le cimetière de Saint-Hélène.
L'hôpital est situé vers la partie méridionale de la ville , au pied du rempart entre la porte dite de l'Hôpital et le quartier des Pont-Couverts. Il est bâti sur un terrain sec et élevé , et se compose de plusieurs corps de bâtiments différents, séparés par des cours, une promenade et des jardins. Le bâtiment principal se trouve à la gauche de l'entrée, et est parallèle au rempart. Sa longueur est de 147 mètres , sa hauteur de 28 mètres ; sa largeur très-inégale est de 17 mètres aux extrémités et de 23 mètres au centre. A l'extrémité antérieure, et hors de l'enceinte de l'hôpital se trouve une petite chapelle gothique , destinée anciennement au service divin ; mais servant aujourd'hui aux cours d anatoraie , de médecine opératoire , etc. Les salles de dissection pour les élèves et le caveau des morts sont dans une construction derrière la chapelle ets'avancant vers le rempart. Le bâtiment se compose d'un rez-de-chaussée , d'un premier, d'un second étage, de mansardes et de greniers. Les
salles du rez-de-chaussée ont4 m ,67de hauteur ; celles du premier 4 m ,25 ; celles du second 3 m ,35 ; celles des mansardes 3 m ,08; leur largeur est partout à peu près de 15 à 16 mètres , leur longueur varie. Les salles du rez-de-chaussée et celles du premier sont généralement belles ; seulement il est à regretter que le chiffre élevé de la population indigente donne lieu à un encombrement qui ne satisfait pas tout à fait aux exigences de l'hygiène. Le rez-de-chaussée de ce bâtiment contient deux salles d'incurables et de pensionnaires malades, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes, chacune de quatre-vingts lits ; une • petite salle pour les pensionnaires utilisés ( employés à différents travaux pour rétablissement), quatorze lits; le réfectoire des pensionnaires, la pharmacie, le laboratoire, la dépense, la* cuisine ; une salle de femmes malades, trente-huit lits ; l'église catholique et une salle d'hommes malades , trente lits. Il faut surtout remarquer la cuisine qui est toute neuve , et construite avec un soin particulier ; elle fait le plus grand honneur à la commission administrative et à l'architecte.
Au premier étage se trouvent les services des cliniques externe et interne, la première pouvant disposer de trente-six lits, n'a que la salle des hommes ; celle des femmes est au second. La clinique interne se compose d'une salle d'hommes et d'une de femmes , ensemble quarante-quatre lits. Deux salles de conférences réunissent le professeur et les élèves après le service. Le réfectoire des sœurs , la lingerie , le logement du prévôt , Téglise protestante , les chambres des internes , et le service de chirurgie de l'hôpital , trois salles avec cinquante-quatre lits complètent cet étage. Le second est composé de la salle des femmes de la clinique externe et du service des femmes enceintes. Ce service est divisé en deux , l'un pour les sagesfemmes, l'autre pour la clinique de la faculté. Le premier a
vingt-trois lits. Il y est annexé le logement de la sage-femme en chef et le pensionnat des élèves sages - femmes , composé d'une salle d'études et d'un dortoir commun de trente lits. Le service de la clinique se compose de la salle des accouchées, vingt-six lits , d'une petite salle de travail et d'opérations et du logement de la sage-femme en chef attachée à la clinique. Cet étage renferme en outre une salle de femmes pensionnaires, soixante-trois lits , et le logement du pharmacien en chef. Les mansardes contiennent quatre salles de pensionnaires , ensemble deux cent trente Jits.
Derrière ce bâtiment, et adossées contre le rempart, se trouve une série de salles basses , contenant les bains , les ateliers des cordonniers et des tailleurs, l'éplucherie des légumes, différents magasins , etc. Au fond de l'enclos de l'hôpital et au bout du bâtiment que nous venons de décrire , se trouve une place spacieuse , plantée d'une allée de quatre rangées de tilleuls. A gauche on remarque le chantier très- spacieux. En face est un bâtiment dont le rez-de-chaussée sert d'atelier et de logement du second prévôt ; le premier renferme les salles destinées aux affections syphilitiques et cutanées, trente-six lits. A l'extrémité de ce bâtiment et à angle droit s'en trouve un autre où sont, au rez-de- chaussée, le dépôt d'aliénés jusqu'à leur admission à Stéphansfeld ; deux salles de femmes incurables , trente-six lits , et les bains pour les affections vénériennes et de la peau , et au premier deux salles pour les femmes syphilitiques et celles qui ont des affections de la peau, quarante-six lits.
Entre ce bâtiment et le second bâtiment principal se trouvent le logement du directeur avec un jardin, et dans la rue du Bouc deux maisons contigucs à l'hospice et qui contiennent les services des épileptiques , la clinique des enfants et le dispensaire. Ce second bâtiment principal est parallèle au grand qui
a été décrit en premier lieu. Il est composé au rez-de-chaussée du logement du curé et du porlier , de la chambre de garde , des bureaux de la direction , des archives, des magasins , d'une cuisine de secours et de la buanderie. Le premier renferme la salle des séances , les bureaux du secrétariat , les logements des sœurs , celui du dépensier et la sécherie.
Les caves sont très-spacieuses et peuvent contenir quatre mille cent soixante hectolitres.
Le service de santé est fait par deux médecins en chef, un chirurgien en chef, un accoucheur et trois professeurs de clinique pour chacune de ces différentes branches de l'art de guérir.
Depuis quelques années on a créé deux cliniques , l'une pour les maladies des enfants , l'autre pour les affections syphilitiques et cutanées, qui, toutes les deux , sont desservies par des agrégés de la faculté de médecine. Le service intérieur de la maison est confié à des sœurs de charité, qui ont sous leurs ordres des servantes et des infirmiers. La population de l'hôpital est divisée en différentes catégories : une première comprend les malades; une autre les incurables; une troisième les pensionnaires malades; enfin, une quatrième, les pensionnaires. Ces derniers sont encore divisés en cinq classes, selon la somme qu'ils payent pour se faire recevoir en cette qualité. La cinquième classe est de beaucoup la plus nombreuse, c'est celle des pauvres reçus gratis. Voici la situation de ces catégories, le 31 décembre 1841 : malades , 359; incurables , 30; pensionnaires malades, 84; pensionnaires, 343 ; ce qui fait un total de 816 personnes. Le terme moyen de la population a été de 783. '
Le mouvement de population et de mortalité des malades, a été pendant les cinq dernières années le suivant :