HOSPICE DES ORPHELINS. — ENFANTS TROUVÉS
Cet hospice est une des plus anciennes institutions de charité de Strasbourg. Il a été fondé en 1534 par des donations en urgent , en biens-fonds et en bâtiments , et établi dans l'ancien couvent de Sainte-Catherine où il demeura jusque dans ces derniers temps. En 1836 cet édifice fut abandonné au gouvernement, qui céda à l'administration des orphelins le couvent de la Madeleine , local actuel de l'hospice. Les vastes bâtiments de la Madeleine furent restaures et la division intérieure appropriée aux besoins de l'institution. Les dépenses faites pour cet objet furent supportées en partie par la ville et en partie par les fonds de l'hospice ; elles ont dépassé la somme de cent mille francs. Aussi cet établissement est-il aujourd'hui un des plus beaux , des plus commodes et des plus sains qui existent. Dans les belles salles du premier étage sont les dortoirs et la lingerie, avec les couturières de la maison ; au rez-de-chaussée se trouvent les réfectoires , la cuisine , la buanderie , les bains et une salle d'études.
Les deux sexes sont séparés et ont une entrée particulière dans la grande cour ; plusieurs vastes et belles cours avec une plantation d'arbres sont destinées à la promenade et aux jeux des enfants. L'infirmerie etrle-logement du directeur sont dans un bâtiment séparé ; là tous les malades sont reçus et traités par le médecin attaché à la maison , et en cas d'absence ou d'empêchement par son adjoint.
L'administration appartient à la commission administrative des hospices , dont le maire , comme il a été dit plus haut , est président de droit. La population moyenne de notre hospice des orphelins est d'environ cent quatre-vingt-dix individus ; quelquefois il y en a plus, parce que les enfants trouvés et abandon-
nés sont momentanément mis en subsistance dans des salles destinées à cet effet , pour être placés ensuite en pension à la campagne.
Les élèves sont reçus dans la maison à l'âge de sept ans. Avant cet âge ils sont mis en pension en ville ; le nombre de ces derniers est d'environ soixante , y compris les garçons en apprentissage ; de sorte que le nombre total , tant des internes que des externes, est de deux cent cinquante. Les enfants restent dans l'hospice jusqu'à ce que les garçons puissent être placés en apprentissage et les filles en condition. Pendant leur séjour dans la maison ils suivent les écoles primaires et reçoivent l'instruction religieuse dans les paroisses de leur canton , selon la confession à laquelle ils appartiennent. Ils sont en général forts et bien portants ; la mortalité est très peu considérable et se réduit, depuis une dizaine d'années , à environ deux pour cent de la population. La maladie scrophuleuse est beaucoup moins fréquente qu'anciennement , car elle est combattue avec succès par le régime alimentaire, la propreté, la salubrité d'un local bien aéré, et par un traitement convenable. Le régime intérieur de la maison est doux et paternel ; tout , en général , y répond aux vœux de nos concitoyens, de sorte qu'il est vivement à désirer que ce legs respectable de la charité de nos pères soit conservé et transmis intact à la postérité.
Quant aux enfants trouvés et abandonnés , leur entrelien est à la charge du département et non pas à celle de la ville. Comme cette charge menaçait d'augmenter les dépenses publiques , en même temps que la moralité en eût souffert si on avait accueilli avec trop de facilité les enfants abandonnés , il a fallu songer à concilier les devoirs de la société envers ces êtres malheureux, avec le devoir non moins grave de ne pas sembler favoriser le crime de l'exposition. Dès 1748 les enfants trouvés de Stras-
bourg étaient recueillis dans l'ancien couvent de Saint-Guillaume ; leur nombre allant de jour en jour en augmentant , on dut construire , vingt ans après , un local plus vaste au quartier Saint- Nicolas (l'Académie actuelle). Plus tard on les transféra dans les bâtiments de la commanderie de Saint- Jean et de là enfin à Stépbansfeld qui fut destiné à servir d'asile aux enfants trouvés de tout le département. En 1820 on les en retira pour les mettre en pension chez des cultivateurs ; six ans après on soumit à la même mesure ceux qui étaient restés au dépôt particulier de Strasbourg. Cette mesure eut aussitôt pour résultat quelques retraits et a fait diminuer depuis le nombre des enfants abandonnés dans une proportion fort considérable. C'est le mode encore suivi aujourd'hui ; de sorte que , par la sagesse et la fermeté de notre administration départementale , le nombre des enfants trouvés, qui en 1834 était encore de 1059 , n'a plus été en 1841 que de 501 ; la proportion avec la population est pour le Bas-Rhin de 1 à 517, tandis que dans le reste de la France elle est encore de 1 à 255.
On n'admet pas d'enfants naturels, à prix d'argent; ils sont à la charge des hospices.
3. SOCIÉTÉ POUR L'EXTINCTION DE LA MENDICITÉ. — ÉTABLISSE- MENTS CRÉÉS PAR ELLE , ADOPTÉS ET ÉTENDUS PAR LA VILLE.
Comme toutes les grandes vi%s , Strasbourg se voyait depuis longtemps exposé à la plaie du paupérisme et à tous les dangers dont elle menace l'ordre social ; des influences locales , l'aftluence de nombreux ouvriers étrangers, la facilité d'être reçu en ville, jointe a la difficulté de trouver toujours de l'ouvrage, faisaient grandir cette plaie dans une progression inquiétante , dont les esprits sérieux se sont de bonne heure préoc-
eupés. Déjà en 1767 on bâtit une maison des pauvres (Armenhaus) , dans l'avant-cour de la maison de force , pour servir de lieu de re/uge aux mendiants. Mais bientôt cet asile fut abandonné, et les bâtiments destinés à servir d'annexé à l'hôpital. En 1801 on tenta un nouvel essai , en fondant , sur les propositions du maire Herrmann , et d'après le plan de M r André Ulrich, une maison de travail, pour arriver à l'extinction de la mendicité.Près de trois cents mendiants y trouvèrent du travail ; on y joignit une école pour près de trois cents enfants pauvres. Cependant les préoccupations guerrières de l'époque firent suspendre celte utile institution : on eut besoin d'une succursale de l'hôpital militaire , et on y affecta les bâtiments de la maison de travail (l'académie actuelle). En 1815 elle fut rétablie sur une échelle plus vaste , sous le nom d'atelier de charité, c'està-dire que dans la mauvaise saison la ville se chargea de procurer du travail aux ouvriers manquant de pain. Mais les dernières guerres, et surtout les disettes dans les premières années de la restauration avaient porté le mal à un degré trop haut , pour que ce rémède eût pu l'extirper. L'atelier de charité avait été établi dans l'ancien bâtiment des enfants trouvés , il renfermait près de douze cents pauvres , et s'il était insuffisant sous beaucoup de rapports, il permit au moins de traverser sans désordre les années si malheureuses de 1816 et 1817 ; il subsista jusque vers la fin de 1818. Dès lors la mendicité fit de nouveau des progrès effrayants ; il su«rint en outre l'hiver rigoureux de 1829 à 1830 , qui nécessita des moyens extraordinaires pour le soulagement de la classe indigente. L'administration provoqua des quêtes et nomma une commission de distribution. Cette même commission reçut aussi la mission de proposer des moyens pour parer à l'avenir aux inconvénients de la mendicité ; M. de Kentzinger, à cette époque encore maire de la
ville, publia un excellent mémoire sur cette matière K Après la révolution de juillet , le nouveau maire , M. de Tûrckheim , secondé par le préfet, M. Nau de Champlouis, élabora de nouveau le projet; un arrêté du 18 septembre 1830 institua un comité qui , dès le 2 octobre , présenta un rapport indiquant les mesures les plus propres pour arriver à l'extinction de la mendicité à Strasbourg. Ces mesures avaient pour but de réprimer la mendicité el d'en prévenir le retour. Comme moyen de répression , on indiqua l'expulsion des mendiants étrangers , l'application rigoureuse de la loi quant aux mendiant» de la ville et la création d'une maison de refuge. Comme moyen de prévention , on indiqua les secours en nature et en travaux , et l'amélioration morale de la classe indigente par l'éducation et l'instruction des enfants pauvres , ainsi que par la création d'institutions de prévoyance.
L'autorité donna son approbation à ces idées , et organisa définitivement la Société pour l'extinction de la mendicité , en lui indiquant trois principaux cercles d'action , l'éducation et l'instruction de la jeunesse indigente , la maison de refuge , et les secours à domicile.
Quant à l'administration de la Société , le rouage en était très-simple ; on partagea la ville en quarante sections égales à peu près quant au nombre d'indigents , trois inspecteurs des pauvres furent désignés par section. Ces cent vingt inspecteurs réunis aux cent vingt plus forts souscripteurs , nommèrent entre eux un comité de vingt membres , qui reçut la direction et l'administration de la Société. Ce comité se partageait en trois commissions , correspondants aux trois cercles d'ac-
1 Des Moyens de remédier à la mendicité à Strasbourg. 1830. In-8 0 .
tion de la Société : commission de la maison de refuge , commission d'instruction , commission des secours à domicile. Chaque commission nommait dans son sein un secrétaire-rapporteur qui , dans les réunions mensuelles du comité central , faisait son rapport sur les travaux de sa commission , et chaque année au mois de mai , le comité rendait un rapport public des travaux de toute la Société et de l'administration des fonds. Ces fonds provenaient de souscriptions volontaires , recueillies par les inspecteurs des pauvres dans leurs sections respectives : elles rapportaient la première année de 30 à 40,000 fr. ; la ville donnait une subvention d'environ 15,000 fr. , qurç par la suite , augmenta dans la proportion de la diminution du produit des souscriptions particulières.
Nous allons donner à présent un aperçu rapide des différents établissements créés par la Société pour l'extinction de la mendicité.
1° Écoles communales gratuites et Salles d'asile.
Le principal moyen de prévenir la mendicité , consistant à mettre l'homme à même de soutenir sa famille, le comité central dut nécessairement diriger ses vues vers l'enfance indigente , et chercher à l'instruire et à la moraliser pour lui inculquer de bons principes de travail et d'économie.
Strasbourg, il est vrai, ne manquait pas d'établissements d'instruction gratuite; les écoles paroissiales admettaient un certain nombre d'enfants pauvres , pour lesquels la ville donnait des subventions ; une société protestante avait depuis quelques années créé une salle d'asile et des écoles de garçons et de filles avec ouvroir ; une association catholique instruisait, sous la direction des sœurs de la Providence , un certain nombre d'enfants. Mais ces établissements, qui portaient le bonheur
dans les familles admises à en profiter, ne pouvaient suffire aux besoins généraux , et au principe qu'on s'était posé de donner l'instruction gratuite à tous ceux qui n'étaient pas à même de payer l'écolagè;
Le plan général que la société adopta , et qui fut exécuté et poursuivi jusqu'au bout , fut le suivant :'
Des salles d'asile pour les enfants de trois à sept ans; après
Des écoles de garçons , et par promotion
Des écoles supérieures et des écoles industrielles.
Pour les filles sortant des salles d'asile , on établit des écoles de filles avec ouvroirs.
L'école communale industrielle ayant reçu bientôt après une organisation toute municipale, resta en dehors de l'action de notre Société, mais toutes les autres furent établies et existent encore aujourd'hui.
Dans les salles d'asile, les élèves ne reçoivent qu'une instruction enfantine ; l'éducation qu'on y fait est le point principal ; beaucoup de pauvres enfants ne sont pas à même de recevoir chez eux de bons principes , le physique et le moral est négligé, tout est souvent à refaire , et après peu de temps une révolution complète a lieu dans ces petites familles; l'ordre, la propreté, l'obéissance , l'amour de s'instruire et de plaire à ceux qui la guident, donnent des récompenses douces aux dames qui se vouent à celte instruction.
Au début , on créa six salles d'asile ; plus lard , on les porta à dix dans l'intérieur de la ville, une à la citadelle et une à la Kobertsau. La population moyenne de ces établissements est la suivante :
Cinq salles protestantes 550 élèves
Cinq salles catholiques 590 »
Citadelle (catholique) 120 élèves.
Robertsau (mixte) - 220 »
Dans les salles d'asile , dans l'intérieur de la ville, les cultes sont séparés, les enfants des deux sexes sont réunis dans la J même salle.
Chaque salle est dirigée par une directrice qui a sous ses ordres une aide et une sous-aide.
Chaque salle , de plus , est sous la haute surveillance et le patronage d'un comité de six dames qui se partagent entre elles les jours de la semaine. Tous les enfants sont, d'après leur demeure , sous le patronage direct d'une de ces six dames inspectrices. Ce sont ces comités de surveillance de dames qui ont mis les salles d'asile de Strasbourg dans un état si florissant. Il est vraiment touchant de voir ces dames des premières familles de la ville, passer alternativement la journée dans ces salles, surveiller l'ensemble, instruire elles-mêmes les enfants, leur enseigner le tricot ou leur raconter des histoires, et non contentes des soins donnés à ces élèves, les visiter dans leurs familles, exhorter leurs parents, leur porter des secours , et toujours de bons conseils. Ces fusions des différentes classes de la société produisent les meilleurs effets sur toute la population.
Les salles d'asile de Strasbourg acquirent bientôt une telle réputation que de tout côté on demanda ses statuts , et surtout de ses directrices: grâce au zèle et au dévouement de plusieurs de nos ecclésiastiques et de nos pédagogues qui créèrent une espèce d'école normale pour l'instruction des jeunes demoiselles qui veulent se vouer à l'instruction , le nombre de celles qui pouvaient se présenter aux examens , fut tel , de pouvoir satisfaire aux demandes de l'Alsace.
Tous les ans il y a examen vers Pâques ; les enfants des salles d'asile passent alors dans les écoles respectives ; les garçons dans les écoles dites intermédiaires , les filles dans les écoles des filles.
Dans les écoles des garçons toutes les parties de renseignement primaire , y compris le chant , sont enseignées ; les élèves ont quatre heures par jour : deux le matin et deux l'après-diner. Les garçons restent quatre à cinq ans dans ces écoles. Ceux qui veulent se pousser plus loin, peuvent, après examen, être admis dans les écoles supérieures , qui cependant ne sont que des écoles primaires renforcées.
Pour ceux des élèves qui de bonne heure vont en apprentissage on a établi deux écoles du soir , appelées écoles des jeunes ouvriers ; elles sont mixtes , les élèves sont dirigés vers l'une ou l'autre d'après leur force.
La population moyenne de ces écoles est la suivante :
Deux écoles supérieures 50
Quatre écoles intermédiaires ........ 380
Deux écoles déjeunes ouvriers 130
Total. . . 570
Dont 260 protestants et 310 catholiques.
Les filles, en sortant des salles d'asile, passent dans les écoles de filles, où elles reçoivent deux heures d'instrution donnée par un instituteur, et trois heures d'ouvroir sous la direction d'une directrice et d'une maîtresse lingère; elles y apprennent à tricoter, à filer et à coudre.
La population moyenne des écoles des filles et ouvroirs est :
Écoles protestantes 215
Écoles catholiques 160
Total. . . 375 Les écoles de filles et ouvroirs sont , comme les salles d'asile ,
sous l'inspection d'un comité de dames inspectrices au nombre de cinq, puisque les jeudis il n'y a pas de classe; ces dames exercent sur ces élèves la même surveillance , le même patronage que leurs collègues des salles d'asile.
Chaque comité particulier de dames nomme dans son sein une présidente et une secrétaire ; et toutes les dames présidentes et secrétaires réunies forment le comité central des dames inspectrices , qui se réunit assez fréquemment pour délibérer sur les besoins et le bien-être des établissements confiés à leur surveillance.
Jusqu'ici les comités de surveillance étaient mixtes , c'est-àdire que les dames qui les composaient étaient indistinctement des divers cultes; depuis peu seulement les comités se sont séparés, et les salles et les écoles d'un culte n'ont plus que des inspectrices du même culte.
La récapitulation moyenne de la population des écoles communales gratuites et des salles d'asile est donc :
. Salles d'asile 1480
Écoles de garçons 570
Écoles de filles 375
Total. . . 2425 Le budget d'idstruction se monte à environ 35,000 fr.,
savoir :
Personnel d'instruction 21,000 fr.
Loyers des établissements d'instruction. . . 4,000 »
Chauffage, éclairage.' 2,500 »
Matériel d'instruction 2,000 »
Matériel pour les ouvroirs et salles d'asile. . 4,000 »
Dépenses imprévues . . , 1,500 »
Total. . . 35,000 »
Tous les ans , vers Noël , il y a une distribution solennelle
de prix, qui se composent exclusivement d'objets d'habillements, dont une partie est confectionnée dans les écoles mêmes ; le reste provient des dons des dames charitables de la ville, et surtout des dames inspectrices, qui prennent, avec un amour maternel, soin de leurs jeunes élèves; la commission des ouvrages, dont nous parlerons plus loin , envoie ordinairement 1200 chemises pour les enfants. Après la distribution des prix a encore lieu , dans l'intérieur des salles d'école, une distribution de dons, à laquelle tous les enfants participent. On y distribue le restant des objets qui dans le courant de l'année ont été confectionnés dans les salles d'asile et les ouvroirs.
Après que dix années d'existence eurent démontré l'importance et la nécessité de ces établissements, on sentit qu'ils ne devaient plus dépendre de la bonne volonté des souscripteurs ; du resle , la nouvelle loi sur l'instruction primaire met à la charge des communes l'instruction des enfants pauvres ; il devint donc rationnel de donner de la stabilité à une si belle création. C'est ce que lit la ville , en adoptant les établissements de la société pour l'extinction de la mendicité. Elle érigea les salles d'asile et les écoles gratuites au rang d'établissements municipaux , payés et entretenus par le budget de la ville. L'administration a formé le projet de construire un vaste local pour y réunir toutes les écoles gratuites et toutes les salles d'asile , où plus de 2000 enfants pauvres doivent recevoir l'instruction élémentaire. Si la réalisation de ce beau projet se trouve momentanément retardée , c'est par des raisons indépendantes de la volonté du corps municipal.
2° Maison de refuge. — Colonie agricole d'Oslwald.
Il est une classe de malheureux que ni police, ni prévoyance ne pourront jamais totalement extirper d'une ville populeuse :
ce sont les fainéants , les mendiants de profession , les gens sans aveu , qui se parent de la livrée de la misère pour spéculer sur la charité ou la crédulité des passants. Ces mendiants sont, ou valides ou invalides ; les derniers doivent être reçus dans les hospices, les autres deviennent la plaie d'une cité si elle ne sait s'en affranchir. C'est dans ce but que la société pour l'extinction de la mendicilé créa la maison de refuge , pour y recueillir les mendiants valides, nés ou domiciliés à Strasbourg. Ce n'est pas une prison , ils sont libres de quitter la maison ; tant qu'ils y sont on les loge, on les nourrit , et on les contraint au travail ; on leur ouvre un compte courant pour y porter le produit du travail ; on leur fait contracter l'habitude de s'occuper , et beaucoup de ces malheureux, après y avoir passé quelque temps, ont quitté l'établissement et sont rentrés honnêtes gens dans la société, pouvant suffire à leurs besoins. Ceux au contraire, qui sortent de la maison de refuge pour s'adonner de nouveau au vagabondage ou à la mendicité , sont traduits en police correctionnelle. La maison de refuge , sous ce rapport, sert de complément à la loi du 24 vendémiaire an II sur l'extinction de la mendicité, et aux art. 269 à 276 du Code pénal.
La population de la maison de refuge varie de cent à cent vingt personnes. Elle est toujours plus forte en hiver. Dans les premières annéè*s elle fut bien inférieure, et la moyenne de l'année était d'environ quatre-vingts individus, dont un tiers de femmes et deux tiers d'hommes. L'augmentation provient de ce qu'on y reçut aussi des individus étrangers à la ville.
La dépense totale de la maison de refuge est d'environ 18,000 fr. par an , sur lesquels il convient de déduire les produits du travail des pensionnaires , qui profitent à la caisse de l'établissement , et qui peuvent se monter à environ 8,000 fr., de sorte que la réelle n'est que de 10,000 fr. à peu près : ce qui
fait aller la dépense journalière pour un individu reçu dans la maison , tous frais compris , de 25 à 30 c.
Cependant , il faut le dire, cet établissement ne remplissait encore que les conditions d'un dépôt de mendicité : et l'on connaît suffisamment les graves inconvénients de cette sorte de dépôts. Un régime plus large devenait de plus en plus désirable. Il paraissait urgent de ne point s'arrêter à un simple palliatif, comme on l'avait fait jusqu'à présent, mais de tenter une guérison complète en mettant les pensionnaires en état de lutter contre la misère en leur apprenant un métier. Cependant la maison de refuge allait tomber , d'année en année les souscriptions volontaires avaient diminué, la caisse municipale y avait suppléé par un concours toujours plus important, et en 1841 la dépense intégrale, environ 14,000 fr., retombait à sa charge. L'administration reculait devant cet engagement; une .commission avait même proposé la suppression de la maison à partir du 1 er janvier 1840. Et pourtant l'établissement était indispensable, sa suppression aurait eu pour conséquence immédiate le retour de la mendicité avec tous ses dangers et tous ses vices.
Dans ces circonstances M. le maire Schûtzenberger proposa l'adoption par la ville de la maison de refuge et sa fusion avec une colonie agricole à fonder sur les terrains appartenant à la ville dans la banlieue d'Ostwald , où les pauvres seraient employés aux travaux des champs 1 .
* Voy. le rapport de M. Schiilzenberger sur tes causes du paupérisme et les moyens les plus convenables d'en prévenir et d'en corriger les effets; 23 décembre 1839. Strasbourg. 1840. C'est un des travaux les plus remarquables sur cette grave question.
Pour faire comprendre toute l'importance de cet établissement, il faut, dire d'abord de quelle nature étaient, encore il y a deux ans , les terrains qui y ont été affectés. Les fonds inférieurs, exposés à des inondations périodiques, . formaient des marais infects, produisant tout au plus quelques plants d'osier ; une partie importante se composait de pâturages, c'est-à-dire de çouches de gravier à peine recouvertes d'un gazon chétif. La forêt était la seule portion productive ; elle présentait d'épaisses broussailles , communément appelées taillis, entremêlées de vieux chênes dont les cimes mutilées et les branches rabougries attestaient les habitudes dévastatrices des délinquants. Le rapport des coupes ne dépassait pas 1,300 fr. par an.
L'année dernière de grands travaux apportaient la vie dans ce canton écarté. Le chemin de fer avait déjà taillé une large brèche dans la forêt ; et M. Schutzenberger, avec l'intelligence qu'il déploie dans la direction des travaux publics , y faisait remanier le terrain. Les marais comblés se changeaient en prairies , les pâturages , recouverts de l'humus fécondant des bas-fonds , se transformaient en terres labourables. L'ordonnateur de ces travaux , avec le sens pratique qui a fait sa réputation d'administrateur, avait entrevu le parti que la ville pouvait tirer de cette acquisition.
Propriété forestière , exposée aux dégâts des délinquants , grevée de frais de garde , de contributions spéciales, elle n'offrait qu'un produitminime. Une exploitation agricole à la proximité d'une ville populeuse , présentait au contraire toutes les chances de léussite et de prospérité. La seule conversion du sol forestier en terres labourables et en prés assurait un bénéfice évident; car la location morcelée des terrains aurait pu produire un fermage annuel de 12,000 fr.
Considéré sous ce point de vue , le défrichement était une
bonne affaire; M. Schutzenberger voulut faire mieux ; il tenta une bonne œuvre et proposa la fondation de la cotonie agricole.
« Les travaux de l'agriculture et de l'éducation des bestiaux , « dit M. Schutzenberger dans le rapport que nous venons de «citer, conviennent, par leur variété, à chacun des deux « sexes , à tous les âges , à toutes les forces , et ils offrent une «variété que n'ont pas les travaux de l'industrie. Ilss'exécu- « tent en plein air, ils influent favorablement sur le physique « comme sur le moral , ils sont attachants par eux-mêmes, ils « rapprochent l'homme de la nature et retrempent insensiblece ment son moral. Il suffira d'une discipline sévère pour vâin- « cre les premières répugnances , l'attrait naturel de ces trace vaux fera le reste pour donner aux pensionnaires des habi- « tudes d'ordre et de travail. Ils les retrouveront partout dans « nos campagnes , auxquelles nous pourrons renvoyer ces pau- « vres qui auront cessé de l'être,
« La population de la colonie , durant la saison morte , pource rait être utilement employée aux travaux d'entretien des che- « mins vicinaux et aux travaux relatifs à l'entretien de la pro- « prêté de nos rues. Peut-être le département y trouverait -il « un jour une ressource avantageuse pour y placer, à des prix « plus modérés , les enfants trouvés et abandonnés. Cet essai ce pourrait même servir à faire faire un progrès notable au sys- « tème pénitentiaire , qui depuis si longtemps flotte entre les ce exagérations d'une philantropie sentimentale et les rigueurs « du système de l'isolement , etc.
ce L'établissement servirait tout à la fois et de* maison de rece fuge et de ferme-modèle ; convenablement dirigé , il exerce- « rait une influence heureuse sur l'agriculture en général, sur ce l'amélioration des races bovines et pourrait donner l'exemple ce des meilleurs systèmes de culture. »
Le conseil municipal s'empressa de s'associer aux intentions éclairées du maire , et le gouvernement approuva la fondation de la colonie agricole d'Ostwald.
Pour compléter le programme , nous donnons les extraits suivants d'un second rapport de M. Schûtzenberger, du 7 février 1841 , sur l'organisation de la colonie.
« La colonie d'Ostwald étant une fondation communale , il « n'appartiendra qu'à l'administration municipale de détermi- « ner les conditions d'admission et de décider s'il y a lieu ou non ((d'admettre, sans être lié à des règles trop rigoureuses. Ceux « qui sont admis dans l'établissement y trouveront un refuge « et du travail ; mais comme on se propose de changer les ha- « bitudes vicieuses des colons , de les habituer à l'ordre et au a travail , de retremper leur moral , il faut les relever de leur « situation dégradée en leur inspirant la conviction qu'il dépend « d'eux de se créer une situation convenable , de s'assurer une « part croissante dans les bénéfices des travaux communs , de «conquérir enfin certains droits. La dignité de l'homme est « dans le sentiment de ses droits , dans l'amour de ses devoirs, « il faut que les colons arrivent à l'une par l'autre. Il faut qu'ils « considèrent leur admission dans la colonie comme un pre- « mier et précieux avantage.
« Je propose de conserver les localités et l'organisation ac- « luellc de la maison de refuge comme maison de dépôt provi- « soire. La colonie lui fournira ce dont elle a besoin. Le principe (( disciplinaire continuera à y prédominer, mais ce principe se «combinera cependant déjà avec celui de l'émulation. Les « hommes de ce dépôt qui se conduiront bien pourront espérer « être admis dans la colonie , dont le régime alimentaire, même « au dernier degré , sera supérieur à celui de la maison de re- « fuge.
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• ii î î
« Dans la règle adoptée pour la colonie agricole d'Ostwald , « le principe disciplinaire sera secondaire , et le principe d'é- « mulalion et d'excitation devra dominer toutes les dispositions « réglementaires. Je propose trois degrés dans le régime ali- « mentaire des colons. Le moindre vaudra sensiblement mieux « que celui de la maison de dépôt. L'admission à une table su- « périeure se fera sur la proposition du directeur, qui prendra « à cet effet l'avis des deux valets de ferme en premier, des a deux surveillants, et celui des colons les mieux notés de la « table à laquelle le récipiendaire doit être admis, réunis un (( dimanche en commission consultative. La même forme sera a observée pour faire descendre un colon d'une table supérieure « à une table inférieure.
« Le même classement aura lieu dans la quotité du salaire. « Les colons admis aux deux premières tables auront seuls une « part proportionnelle à leur classement dans les bénéfices de « l'établissement. Les bénéfices se composeront de la moitié de « l'excédant des recettes sur les dépenses , l'autre moitié sera « capitalisée au profit de l'établissement et formera un fonds « de réserve.
« Les travaux dans les jardins , dans les champs , sur les prai- « ries , dans les étables , dans l'office , etc., seront distribués de « manière que leur exécution continue se combine avec une « grande variété dans les travaux individuels. Tout colon qui , « par son application et sa bonne conduite , aura mérité cette « faveur, jouira d'une plate-bande qu'il pourra cultiver en « fleurs de son choix , et, s'il le préfère, il lui sera assigné une « plaie-bande dans les pépinières. Le produit de ces plates- « bandes pourra être vendu par chaque colon à l'établissement, « au prix fixé par l'économe , qui se chargera , soit d'en effec- « tuer la vente sur les marchés de la ville, soit d'en faire tel
« emploi utile qu'il jugera convenable. Le produit de la vente a est mis immédiatement à la libre disposition des colons; si le « prix obtenu au marché est supérieur à celui payé au colon , « l'excédant sera réparti par tête entre les colons vendeurs. Le « travail des plates-bandes a lieu dans les heures de loisir 4é- « terminées par les statuts ; il est entièrement libre.»
Les exigences de la comptabilité, et les travaux préparatoires ne permirent pas d'exécuter immédiatement les projets annoncés, et les constructions ne furent commencées que vers la fin de l'été de 1841. En ce moment elles sont à peu près achevées. Les frais ont été couverts en grande partie par le produit des bois coupés par suite du défrichement. Malgré l'économie rigide qui a présidé à l'arrangement des bâtiments , leur disposition élégante et simple présente un aspect presque monumental; c'est le système des fermes anglaises. La charpente est couverteavec des voligesde peu de largeur, superposées les unes aux autres , l'intérieur est muré avec dès briques sèches et récrépies. Elles se composent d'un bâtiment d'économat , de deux bâtiments latéraux servant de dortoirs , de deux étables , de quatre pavillons et d'autres constructions ;d'une moindre importance.
Il ne peut être question de juger dès à présent l'établissement par ses résultats. L'exploitation est à peine commencée; une petite partie seulement des pensionnaires a pu être employée aux travaux ; l'organisation et les règlements ne sont que provisoires. Néanmoins, cette première expérience fait naitre les espérances les plus fondées.
Les terrains ont été appropriés à la culture , la plus grande partie est déjà ensemencée , et les meilleures méthodes d'agronomie sont employées. Un grand esprit d'ordre et un zèle digne de tous les éloges distinguent le directeur. Les nombreux tra-
vaux qu'il a exécutés avec de faibles ressources témoignent de son aptitude.
Le personnel des colons est dans un état satisfaisant. Ceux qui , à la maison de refuge , étaient affaissés au moral et flétris au physique , se retrouvent , aux champs, pleins de vigueur et animés de la meilleure volonté. Leur activité égale celle des bons journaliers de la campagne ; une direction à la fois ferme et paternelle a su jusqu'à présent les retenir dans l'obéissance et la subordination. Si la paresse et les habitudes vicieuses des mendiants faisaient naître des craintes fondées , ces faits suffisent pour rassurer les esprits les plus prévenus.
La question financière a été l'objet de calculs très— détaillés dans le rapport de M. le maire (budget de 1841 , p. 231) , qui est arrivé à un excédant de recette de 8,847 fr., après déduction des frais d'entretien et de salaire. Jusqu'à présent ces prévisions ont été pleinement confirmées.
En résumé , cette colonie est une création à laquelle se rattachent des intérêts sérieux et des espérances généreuses. Son succès contribuera à résoudre l'un des grands problèmes que présentent les complications des sociétés modernes.
3° Secours à domicile et service des inspecteurs des pauvres. —
Caisse d'épargne.
Nous avons déjà dit au commencement de cet article , que l'hiver rigoureux de 1830 donna la première impulsion à la société qui plus tard fut formellement organisée. Il ne s'agissait d'abord que de soulager des infortunes momentanées, involontaires. Cette spécialité fut maintenue dans la société pour l'extinction de la mendicité; une commission spéciale est chargée des secours à domicile; elle a de plus pour mission de régler tout ce qui a rapport aux fonctions des inspecteurs des
pauvres , et à s'entendre avec les autres sociétés de bienfaisance qui existent à Strasbourg. Nous allons en parler en peu de mots.
Comme chargée de la distribution des secours à domicile , la commission fixa quelques principes généraux. Les secours ne furent jamais permanents ; ce n'est qu'au fort de l'hiver qu'on en accorda ; elles consistèrent en soupes économiques et en bois ; si la saison n'était pas très-rigoureuse on suspendit la distribution de bois, tout comme les soupes ne furent données qu'en cas de cherté des vivres. Peu à peu , et par suite de la création des caisses de prévoyance et d'épargne, on put discontinuer entièrement ces sortes de distributions, que l'on réserve pour des temps exceptionnels de calamité.
Un autre genre de distribution furent des caries de soupes que l'on remit aux dames inspectrices , qui dans leurs tournées de patronage les donnèrent aux familles les plus nécessiteuses qui envoyaient leurs enfants aux écoles. On remit aussi aux médecins municipaux un certain nombre de cartes de bouillons pour les malades pauvres traités à domicile. Ce service continue et est alimenté surtout par le bureau de bienfaisance.
Le service des inspecteurs , confié à la même commission , consistait à tenir constamment au complet le personnel des inspecteurs des pauvres, à les réunir par canton pour conférer avec eux; à faire dresser des titres d'indigents avec les observations sur la moralité et les ressources de ces familles et à faire les quêtes annuelles.
Un premier recensement fait par les inspecteurs des pauvres en 1831 produisit les résultats suivants :
Ménages catholiques 1382 \
Ménages protestants 880 > 2350
Ménages mixtes et Israélites. . 88 )
Composés de 6,002 individus.
Le recensement fait en 1832, marque 3312 ménages avec 7040 individus. Celte augmentation, cependant, n'avait rien d'effrayant ; car elle provenait d'une autre base , on fit porter sur la liste toutes les familles qui recevaient un secours quelconque , notamment l'instruction gratuite des enfants , ce qui n'avait pas eu lieu antérieurement. Les grands travaux d'utilité publique que la ville fit entreprendre depuis 1830 , attira à Strasbourg une foule d'ouvriers, qui pendant la saison d'hiver augmenta le nombre des indigents; cependant une suite de bonnes années , l'économie et par suite l'aisance qui se répandit sur toutes les classes de la société , produisirent une révolution heureuse qui diminua le nombre des nécessiteux, dont le chiffre moyen peut être porté à 6,000.
Ce sonttes inspecteurs des pauvres qui délivrent aux parents les certificats d'admission dans les écoles gratuites et salles d'asiles.
Une des belles missions de cette commission était encore de provoquer d'autres institutions philanthropiques , et de se mettre en relation avec celles existantes. Elle remplit dignement sa mission. C'est dans le comité central de la société pour l'extinction de la mendicité, que furent élaborées les bases des slatutsde la caisse d'épargne , qui fut établie à Strasbourg en 1834. Cette utile institution est exclusivement consacrée à recevoir les économies journalières que les particuliers veulent y placer, en offrant à ceux-ci le moyen de retirer un intérêt de leurs moindres épargnes et de se préparer ainsi des ressources pour l'avenir. L'intérêt que paye la caisse est de 4 p. 100 l'an ; elle verse ses fonds au trésor pour lui être restitués sur sa demande , dans un délai de dix jours; elle restitue les dépôts, à quelque époque que ce soit et à la volonté des déposants , au plus tard dans la quinzaine de la demande ; elle ne perçoit enfin ni commission ,
ni rétribution quelconque. Ses bureaux sont établis dans les bâtiments de Saint-Marc , et elle est administrée par un conseil de treize membres choisis parmi les citoyens de la ville ; les fonctions de ces administrateurs sont entièrement gratuites. En donnant au pauvre , à l'artisan , au soldat l'occasion de placer leurs épargnes d'une manière sûre , et au père de famille celle de préparer à ses enfants un petit fonds pour l'avenir, cette institution a déjà fait beaucoup pour propager les habitudes d'ordre et d'économie.
Les tendances de la société pour l'extinction de la mendicité la rapprochaient naturellement de l'administration du bureau de bienfaisance ; l'union la plus parfaite existe entre ces deux établissements dirigés par des citoyens qui font partie des deux administrations. Le bureau de bienfaisance , par ses grandes ressources , est une véritable providence pour les pauvres , surtout pour les pauvres honteux et les vieillards. Aucun secours n'est accordé par le bureau que sur la recommandation et l'avis motivé de l'inspecteur des pauvres , préposé à la demeure du réclamant. Les listes des deux sociétés servent réciproquement de renseignements.
Une autre société charitable à laquelle le service des inspecteurs des pauvres se trouve affilié, c'est la Société de la Maternité. Ce n'est que sur un certificat de moralité , délivré par l'inspecteur, que le secours de la Maternité est accordé par cette société bienfaisante , dirigée avec un zèle évangélique par un comité de dames.
Nous avons déjà mentionné la commission des ouvrages. Cette société de bienfaisance est dirigée par des dames de la ville , et a pour but de procurer du travail pendant l'hiver à la classe laborieuse : des fileuses, des tricotteuses, des couturières et des tisserands y trouvent de l'occupation ; la société occupe
tous les ans de trois à quatre cents ouvriers. Le produit des objets confectionnés sert de nouveau à des actes de bienfaisance.
C'est par la caisse de la société pour l'extinction de la mendicité que passent les fonds qui alimentent la commission des ouvrages, et les inspecteurs des pauvres reçoivent tous les hivers un certain nombre de cartes , pour reccommander des ouvriers de leurs sections.
Tels sont en abrégé le cercle d'actions de la société pour l'extinction de la mendicité et les établissements qu'elle a créés et qu'en partie la ville a adoptés. Cette adoption de la part de la ville était devenue indispensable. Une société privée , par son zèle, par son activité, par les sacrifices qu'elle s'impose, est très-à même de créer ; car , elle n'entreprend une pareille tâche que lorsque les besoins de l'époque l'exigent, et lorsqu'elle se trouve aidée et soutenue par la voix publique ; mais il est assez naturel que les sacrifices que l'on porte à la chose publique doivent avoir un terme , et que le soulagement des classes pauvres est une dette de la société tout entière. Les souscriptions qui , dans le principe , approchèrent 40,000 fr., étaient tombées, dans les dernières années, au-dessous de 20,000 fr.; la ville était appelée tous les ans à parfaire le surplus. L'administration n'hésita donc pas un instant à céder aux instances du comité central , lorsqu'en 1840 il l'engagea à adopter les différents établissements qu'il avait fondés. Nous avons vu comment la ville les a étendus.
Quant au service des inspecteurs , il existe comme par le passé ; la société garde son organisation complète et ses relations avec les autres sociétés de bienfaisance ; on a suspendu provisoirement les collectes , puisque la ville paye les écoles et les maisons de refuge , et que , grâce à Dieu , les secours à
domicile sur une large échelle n'étaient pas nécessaires , le bureau de bienfaisance pouvant suffire au service ordinaire. Mais si nous dussions avoir le malheur d'une cherté excessive des vivres , ou d une grande calamité quelconque , nos inspecteurs des pauvres frapperont de nouveau et avec ùn courage redoublé aux nombreuses portes charitables , et le service des secours serait sans retard en acticité.
4. SOCIKTKS ET ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE, EN DEHORS DU CERCLE DE LA SOCIÉTÉ POUR L'EXTINCTION DE LA