‹ Notice sur la ville de StrasbourgChapitre 35 sur 53 · MENDICITÉ · texte numérisé non relu

MENDICITÉ

En dehors du cercle de la société pour l'extinction de la mendicité, la sollicitude charitable des Strasbourgeois a fondé plusieurs institutions destinées soit à procurer aux enfants pauvres l'instruction et l'éducation dont ils ont besoin pour arriver à une position honorable, dans la société, soit à soulager les indigents et les malheureux. Une des plus anciennes de ces institutions est l'établissement protestant du Neuhof, où un grand nombre d'enfants pauvres de la ville et du dehors apprennent soit des métiers , soit l'agriculture. Deux instituts s'occupent de l'éducation de jeunes filles pauvres qui se vouent à l'étal de domestiques; l'un est catholique, l'autre protestant ; ious les deux sont subventionnés parla ville. L'établissement catholique des dames du Bon-Pasteur est ouvert aux filles repenties, qui veulent revenir au chemin de la vertu. Une Société pour l'instruction et le placement en apprentissage .de garçons pauvres , fondée en 1840, par quelques membres de l'ancienne loge maçonnique des Cœurs-Fidèles , reçoit en son école des jeunes gens de tous les cultes; des citoyens généreux leur donnent gratuitement des leçons dans les heures du soif; la religion leur est enseignée par des ministres de

leurs cultes respectifs. Cette institution est aujourd'hui dans l'état le plus prospère; elle compte en tout à peu près soixante dix élèves ; lcdévouement personnel des membres de la société supplée à la faiblesse de ses moyens pécuniaires.

Une des plus belles institutions de notre ville est la Société pour le patronage des jeunes libérés du département du Bas- Rhin. Ces sociétés de patronage ne remontent en France pas au delà de 1823. C'est la ville de Strasbourg qui , la première, en a donné l'exemple, et en plusieurs localités, comme à Paris, à Bordeaux, à Lyon , à Marseille se sont formées depuis des sociétés du même genre.

L'œuvre de la régénération morale des jeunes détenus a eu son premier germe dans le sein de la commission des prisons civiles de Strasbourg, instituée en 1819. Jusqu'alors les jeunes malheureux que leur ignorance , leur abandon ou le mauvais exemple de leurs parents avaient conduits en prison ,'y étaient encore confondus avec les malfaiteurs les plus consommés, et ne pouvaient recevoir dans cette triste position qu'un funeste exemple et se perdre davantage. On convint ayant tout de les séparer en établissant un quartier distinct pour les • jeunes détenus , âgés de moins de seize ans. Après ce premier acte, que la saine raison commandait, il fut possible de mettre à profit la détention de ces jeunes malheureux pour les pré- .parer à apprécier l'immense bienfait que l'on méditait en leur faveur.

Une société se forma en 18*23 , sous la présidence du vénérable professeur Herrenschncider ; la première idée en était due à l'aumônier protestant des prisons, M. Hessel. Un appel fui fait à la bienfaisance publique, et toutes les âmes généreuses s'empressèrent d'y répondre, soit par leur souscription aux charges de l'entreprise, soit au moins par une approbation

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qui fut générale. En quelques jours, la société fut formée, et se trouva en possession d'un premier capital de 1195 fr. 80 c. , susceptible de se renouveler par les souscriptions annuelles.

' Déjà, en 1824, la société put placer cinq jeunes gens chez d'honnêtes artisans. Des lors l'œuvre prospéra d'année en année. La marche progressive se trouve constatée dans les dix-huit rapports que la société a fait imprimer jusqu'à ce jour. Dans les dix-neuf années de son existence , elle a étendu sa sollicitude sur cent vingl-huil jeunes libérés , leur a procuré les bienfaits d'une instruction morale et religieuse , de renseignement primaire cl de la pratique d'un art industriel ; elle leur a inculqué des habitudes de travail , d'ordre , d'économie, de propreté, et les a dotés, en un mot, de tout ce qui constitue l'honnête et l'utile artisan. Sur le total de ces cent vingt-huit jeunes libérés, plus des deux tiers ont répondu aux vues généreuses de la société.

Le comité contracte un engagement avec le maître qui fixe la durée de l'apprentissage à trois années, et accorde pour ce temps une somme de 200 fr., dont 100 sont payés la première, 00 la seconde, et 40 la troisième année. Pendant ce temps, les élèves sont habillés aux frais de la société, mais nourris et logés chez le maître. Tous les apprentis sont obligés de fréquenter l'école et leurs églises respectives.

Outre ses souscripteurs , la société a trouvé au sein de nos cours d'assises et du conseil général du département un appui justement mérité. De 1823 à 1833, le patronage exercé sur les jeunes gens adoptés par elle, avait été collectif. Le cercle d'action s'élargissant avec l'accroissement des ressources, on sentit la nécessité d'établir des moyens de surveillance plus simples et plus efficaces, et l'on résolut de rendre désormais

le patronage spécial et individuel. Depuis cette époque , chaque enfant est confié au patronage d'un membre particulier.

Autrefois, la société ne vouait ses soins qu'aux jeunes libérés : par une ordonnance ministérielle du 3 février *1 841 , les détenus, ayant agi sans discernement fart. 66 du Code pénal) , tombent également sous sa tutelle avant leur libération; seulement ils demeurent à la charge de l'État; c'est le comité qui désigne les maîtres , mais c'est l'État qui traite avec eux.

Les ressources qui , tlans les premières années , n'avaient été que de 1,100 à 1,200 fr. par an, se sont élevées plus tard par des dons, des legs et des collectes faites dans certaines localités à 2,400 et à 3,000 fr. environ , année moyenne. Depuis 1832, le conseil général a l'habitude de voter une subvention régulière de 400 fr. par an , et les colleclcs au sein des assises s'élèvent de 500 à 600 fr. par an.

Le total de la dépense depuis la fondation de la société jusqu'au 7 novembre 1841, pour les jeunes gens adoptés jusqu'alors , monte à 31,143 fr. 95 c. , c'est-à-dire pour chacun d'eux une dépense moyenne de 245 à 250 fr.

La société a aujourd'hui en caisse un solde de 6,000 à 7,000 fr. .

Les heureux résultats obtenus par celte société parlent plus haut que toutes les apologies; ils doivent engager les membres du comité à persévérer dans leur généreuse entreprise , en même temps qu'ils font naître le désir de voir des sociétés semblables s'établir sur tous les points de notre patrie.

Nous mentionnerons encore la Société privée de bienfaisance parmi les prolestants (Privai Armen-Anslall) , fondée déjà en 1780. Elle a pour but de secourir et de soulager les malades, les vieillards, les veuves , les pères et «les mères de

famille, frustrés du faible revenu que dans le cours d'une vie laborieuse ils ont pu se ménager pour l'entretien de leurs vieux jours. Cette société leur fournit du bois, des vivres, des médicaments, de l'argent. Elle s'occupe aussi de l'instruction de leurs enfants et les place en apprentissage. Elle a un fonds de 18,000 fr. provenant de dons et de legs, et une recette annuelle de 3,000 fr.

Il existe en outre , parmi les ouvriers de différentes professions , des caisses de secours mutuels.

Les israélites de Strasbourg ont également plusieurs associations charitables, placées sous la surveillance de leur consistoire; telles sont les sociétés de secours pour les pauvres malades, pour les veuves et orphelins , pour les pauvres étrangers , etc. La Société d'encouragement au travail en faveur d'israèlites indigents du Bas-Rhin se distingue à juste titre parmi ces œuvres philanthropiques, et obtient d'année en année des succès plus marquants. Le but qu'elle poursuit , la propagation de l'amour du travail , est entouré de garanties qui lui épargnent des déceptions souvent douloureuses. Pour être admis à l'internat dans l'école qu'elle a créée, l'élève doit produire des certificats de fréquentation non interrompue d'une école primaire, et subit un examen sur les matières qui lui ont été enseignées dans celte école. Après l'âge de quatorze ans et demi , aucun jeune homme ne peut plus être admis , parce que l'on craint qu'il ne se soit livré déjà au brocantage. Les élèves reçus à l'établissement y sont nourris , logés, habillés et instruits. Ils apprennent le français r l'allemand , le calcul , les premières notions de la chimie industrielle, le dessin linéaire; en même temps on leur fait apprendre des métiers, en les mettant en apprentissage chez des artisans de la ville, où ils continuent d'être sous la surveil- „

lance de la société. En 1841 , le comité a aussi décidé d'admettre des élèves externes. Celte institution si éminemment utile , appuyée des vœux et des dons de personnes de toutes les confessions, reçoit du conseil-général du département un secours annuel de 1,000 fr. , et une somme pareille du conseil municipal de Strasbourg. Par une ordonnance royale, elle \ient d'être reconnue comme établissement d'utilité publique, ce qui l'autorise à accepter des legs et des donations.

A cet endroit nous devons enfin mentionner le mont-depie tè (Leihhaus), qui fut établi, en 1827, dans le local de l'ancienne commanderie de Saint- Jean, pour mettre un frein à l'usure qui pesait sur la classe indigente. On y fait des avances en argent contre des gages déposés parles emprunteurs. Lors de la création du mont-de-piété , le taux de l'intérêt à payer par ces derniers fut fixé à 12 p. 100, mais avec la clause expresse de le réduire à mesure que la situation financière de rétablissement le permettrait; le 9 juin dernier , il a été réduit par décision du conseil municipal à 9 p. 100. Le mont-de-piété a déjà fait beaucoup de bien , en mettant une barrière à l'usure; mais si, pour répondre au but moral de son institution , il doit être la banque du pauvre , il faut arriver à en abaisser le taux encore davantage , bien qu'il soit à craindre de favoriser par là les mauvaises habitudes de ceux qui ne profitent de ce moyen de se procurer de l'argent que pour satisfaire leurs vices ou leurs passions K

Avant de terminer ce chapitre , n'oublions pas la loge maçonnique des Frèrcs-Rèunis , formée en 1841 de la fusion des trois loges qui depuis longtemps existaient à Strasbourg. La

1 Voy. le rapport de M. Boersch, au conseil municipal, ilans le Courrier du Bai-Rhin » 12 juin 1842 et jours suivants.

pratique de la philanthropie sur une large échelle, est le but principal de cette association qui ne se cache sous le voile du mystère que pour mieux exercer sa bienfaisance; beaucoup de malheureux ont appris à la bénir sans la connaître; le besoin du particulier, comme la calamité publique, la trouvent toujours prête à porter des secours.

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