F. ÉTABLISSEMENTS DE PÉNITENCE
Anciennement on enfermait les prisonniers dans plusieurs des tours du mur d'enceinte; ces tours servaient même encore à cet usage dans les premiers temps du siècle actuel; on y enfermait les prévenus de crimes et les condamnés. Les mendiants et les vagabonds étaient enfermés dans une maison de travail (Raspclhaus) , établie en 1575 dans l'ancien couvent des Auguslins, où se trouvait en même temps l'hospice pour les pauvres passants (Elendc Herberge). A peu près un siècle plus lard, vers 1660, le magistrat réorganisa cet ctablissement, et le transféra dans l'ancien couvent de Saint-Guillaume; outre les vagabonds, on y enferma aussi dès lors les enfants désobéissants; les femmes de mauvaise vie furent placées dans une maison de filage (Spinnhaus). En 1740, la prison du Raspclhaus fut établie dans l'ancienne commanderie de Saint- Jean dans l'île verte, dont les vastes bâtiments constituent aujourd'hui la maison de correction et la maison de refuge. La nouvelle maison d'arrêt et de justice fut ouverte en 1823; ce n'est qu'à celte époque que les tours incommodes , sombres
1 Voy. Notice sur les prisons de Strasbourg, par J. L. A. Mabchal, docteur en médecine, médecin en chef des prisons, etc. Strasbourg 1841.
et malsaines furent évacuées. Désormais, les prisons civiles de Strasbourg consistent par conséquent en deux corps de bàliments spéciaux , dont l'un forme la maison d'arrêt et de, justice , et l'autre la. maison de force et de correction.
La maison d'arrêt et de justice est située au nord de la ville, et présente une surface de 2577 m ,50 carrés ; elle se compose de deux bâtiments parallèles, dont l'un renferme le corps-de-garde, le» logement du concierge, la cuisine, les bûchers, etc., et l'autre les salles de travail , les dortoirs , les réfectoires , les cachots de sûreté. Ce bâtiment est entouré de beaux et vastes préaux , en partie ombragés d'arbres , et communique par une galerie souterraine avec le Palais-de- Justice.
La maison de force et de correction est situé e à l'extrémité occidentale de la ville, sa superficie est de 9484 m ,8i carrés ; elle se compose de trois corps de bâtiments principaux, séparés l'un de l'autre, et présentant une surface de 4635 m ,70 carrés ; ils limitent une vastecour, un jardin et un préau clos de murs, dont l'ensemble offre une étendue de 4859 m ,70 carrés. Dans le premier de ces bâtiments se trouvent les logements du directeur, de l'aumônier catholique , du concierge et du portier , les bureaux de l'administration , les cuisines, les buanderies , les magasins, les logements exceptionnels des détenus pour dettes ; le second bâtiment renferme les ateliers des jeunes détenus, leurs dortoirs et leurs salles d'études ; dans le troisième bâtiment, enfin, sont les différents quartiers , dortoirs , ateliers , réfectoires et infirmeries des détenus adultes. Entre ces différents bâtiments .se trouvent les cours et préaux des diverses catégories de détenus.
La maison d'arrêt et de justice est destinée à recevoir les individus arrêtés par la police, ou conduits par la gendarmerie, les personnes mises en état d'arrestation en vertu de mandats
d'arrêt ou de mandats de dépôt décernés par les autorités judiciaires, les détenus mis en état d'arrestation en vertu d'arrêts de la cour royale pour être traduits devant la cour d'assises, les condamnés aux travaux forcés ou à la réclusion qui ont formé pourvoi en cassation, ou qui attendent leur translation dans les bagnes ou dans les maisons centrales de détention.
La maison de correction reçoit les condamnés des deux sexes, dont la peine n'excède pas une année de détention, les condamnés à la réclusion ou à plus d'une année de détention qui attendent leur translation dans les maisons centrales et qui auraient été jugés susceptibles par leur conduite et leurs capacités d'être appliqués aux travaux dans les ateliers de cette maison ; les prévenus , les accusés extraits de la maison d'arrêt et de justice d'après leurs demandes et avec l'autorisa tion des magistrats pour être employés dans les mêmes ateliers; les détenus pour dettes envers l'État, les jeunes détenus des deux sexes , âgés de moins de seize ans , soit qu'ils se trouvent en état de dépot provisoire d'arrestation ou d'accusation , soit qu'ils aient été l'objet de jugements , les détenus pour dettes envers particuliers , les détenus des deux sexes de toutes catégories , qui pour cause de maladie ont été jugés, par le médecin en chef des prisons , susceptibles d'être transférés à l'infirmerie pour y être traités ; enfin , les femmes prévenues ou accusées.
L'administration des prisons est confiée , sous l'autorité du préfet et la surveillance d'une commission composée de sept membres, à un directeur, secondé d'un garde-magasin comptable ; deux ecclésiastiques , l'un catholique , l'autre protestant,, remplissent les fonctions d'aumôniers; un médecin en chef est Chargé du service sanitaire.
La discipline intérieure des prisons est établie d'après la circulaire du ministre de la justice du 10 mai 1839. Tout individu
condamné et retenu en la maison de correction , est astreint au travail, à moins qu'il n'en soit exempté par le directeur sur l avis du médecin. Des chefs d'atelier sont admis dans la maison ; ils travaillent et font travailler les détenus pour leur compte, d'après des tarifs arrêtés contradictoirement. Tout % particulier est admis à fournir de l'ouvrage aux détenus ; le prix du travail est réglé à l'avance par l'administration, et réparti de la manière suivante : un tiers pour la maison , un tiers à la disposition des prisonniers à titre d'encouragement, et qu'ils ne peuvent employer qu'avec autorisation ; un tiers pour un fonds de réserve qui est remis au prisonnier après sa sortie, ou transmis à son domicile pour lui être compté à son arrivée.
Les détenus pour dettes envers particuliers ne sont point confondus avec les autres prisonniers. Les mineurs, enfermés à la demande de leur père , de leur mère ou de leur tuteur, en vertu d'ordonnances du président du tribunal civil , sont dès leur entrée isolés dans une chambre particulière ; le directeur entre en relation avec les familles pendant toute la durée delà détention de l'enfant; l'isolement ne cesse que pour le travail en silence et pour l'étude. Les dispositions relatives à l'amélioration morale des jeunes détenus , pendant leur séjour en prison , émanent de la commission de surveillance sous l'autorité et l'approbation du préfet. Le directeur et les aumôniers vouent une attention toute spéciale à cette partie de la population ; des relations continuelles sont entretenues par l'administration des prisons et la société pour le placement en apprentissage des jeunes détenus. Les prisonniers prennent part aux prières du soir et du malin et à celles qui se font aux heures de repas ; ils assistent à l'office divin les dimanches et fêles , et aux instructions religieuses , en observant chacun ce qui touche à l'essence du culte auquel il appartient.
Dans la maison de correction ont été établies successivement trois écoles: une pour les jeunes gens, une pour les jeunes filles, une pour les adultes ; celte dernière n'est tenue que les dimanches , les deux autres le sont tous les jours. Les élèves apprennent à lire et à écrire , les langues française et allemande , le calcul , le cathéchisme , le chant. Chez les enfants les efforts du maître sont très-souvent couronnés d'heureux résultats ; chez les adultes ces résultats ne s'obtiennent que rarement et avec beaucoup de peine.
La journée des détenus est de quinze heures en été et de quatorze en hiver; le temps du travail , celui du repos ainsi que celui de la promenade dans les préiuixest fixé parle règlement. La nourriture se compose d une ration de soixante-quinze décagrammes de pain pour les hommes et de soixante-dix pour les femmes et d'un litre de soupe économique , le tout pris en deux repas. On leur accorde le dimanche une portion de viande de bœuf avec de la soupe grasse.
Les condamnés ne peuvent recevoir d'autres aliments du dehors que ceux permis par le règlement du 10 mai, et ils doivent les consommer au réfectoire. Le régime des malades est réglé chaque jour par le médecin en chef. Les prisonniers sont convenablement couchés et vêtus; les soins de propreté sont particulièrement surveillés.
Les travaux auxquels sont appliqués les prisonniers sont le lissage , le filage, l'épluchage de la laine ; ils sont en outre employés aux travaux de la maison. Les femmes filent, tricotent, lavent, fourrent des chaussons et fonlde la ganterie ; les jeunes filles sont occupées à peu près aux mêmes ouvrages , surtout à la lingerie ; les jeunes détenus sont formés à des métiers , tels que ceux de menuisier, de baquetier, de cordonnier, de tailleur, etc.
La population de nos prisons est , terme moyen , de trois cents individus; le 31 décembre 1840 elle était de trois cent vingt.
La prison militaire se trouve dans une des anciennes tours près des Ponts-Couverts , et dans un bâtiment annexé à cette tour et construit en 1768.