TOPOGRAPHIE ET DESCRIPTION DE LA VILLE DE STRASBOURG
A. SITUATION. CLIMAT. METEOROLOGIE.
Strasbourg est situé sous le 5° 25' de longitude du méridien de Paris , et sous le 48° 35' de latitude nord. Son élévation audessus du niveau de la mer est de 145 m ,70.
La ville est située dans une plaine accidentée à peine par quelques collines de peu d'élévation ; elle est entourée et en partie traversée d'un grand nombre de rivières, canaux, fossés, et dans sa proximité sont des marais et des prairies marécageuses assez considérables. Le sol aux alentours de Strasbourg ne présente que deux sortes de bases géologiques : une alluvion caillouteuse sur les bords de 1*111 , du Rhin et de la Bruche , et une alluvion argilleuse dans tout le pays situé entre la Bruche et quelques rivières descendant des Vosges ou venant du Kochersberg.
La situation de Strasbourg non loin du Rhin , dans le voisinage de tant d'eaux courantes et stagnantes et au milieu de la vallée formée par les Vosges et la Forêt-Noire , exerce naturellement une grande influence sur son climat. Ce qui distingue ce climat de celui des autres villes situées dans la même zone,
ce sont d'abord les étés chauds et les hivers froids, et surtout les variations brusques de température. La situation de l'Alsace entre les deux chaînes de montagnes rend parfaitement compte de ces particularités. En effet ces deux chaines se trouvent l'une à l'est , l'autre à l'ouest , de sorte que les Vosges réfléchissent dans la plaine les rayons du soleil du matin , tandis que la Forèt-Noire a la même influence le soir, de sorte que le bassin reçoit la chaleur directe et la chaleur réfléchie. En hiver les neiges accumulées sur les deux montagnes augmentent le froid et le font durer longtemps : le printemps et l'automne se ressentent de ces mêmes influences ; car les neiges qui tombent de bonne heure sur ces cimes assez élevées , refroidissent rapidement la température de l'automne , et amènent souvent au printemps des journées et surtout des nuits fraîches , accompagnées fréquemment de gelées qui viennent quelquefois jusque dans le mois de mai anéantir la végétation que la chaleur du jour avait activée. L'hiver est ordinairement long et rude; il commence déjà vers la ûn d'octobre pour finir vers la mi-mars ; c'est au mois de janvier que les froids sont le plus intenses; souvent ils ne sont pas de longue durée : il est rare qu'ils se soutiennent sans interruption pendant plus de quinze jours. Rien n'est plus commun que de voir plusieurs dégels se succéder les uns aux autres. Vers la fin de février, la température devient plus douce ; mais le mois de mars ramène des gelées avec le vent du nord. Le printemps ne commence que vers le mois de mai ; l'été est court et souvent très-chaud ; la grande chaleur commence au mois de juin et se continue souvent jusqu'en septembre : alors la température décroît rapidement ; les brouillards paraissent en octobre; néanmoins l'automne est une des saisons les plus agréables de notre contrée. Ces variations subites de température, qui sont un caraetere
spécial du climat de l'Alsace, s'observent pendant toute l'année. Il faut en chercher la principale cause dans les déboisements considérables qui aujourd'hui laissent nos montagnes presque nues. Il en arrive que les vents ne sont pas arrêtés à léur passage sur les crêtes dégarnies , et qu'alors ils viennent fondre sur la plaine avec leur température et leur impétuosité originaires; or, comme les vents du nord sont dominants chez nous , l'atmosphère doit être exposée à des refroidissements subits, de même que les vents du sud amèneront des élévations de température subites. C'est là une des circonstances qui rendent notre climat difficile à supporter pour bien des personnes ; les étrangers à constitution délicate doivent se prémunir contre ces vicissitudes , sous peine de voir se développer les maladies nombreuses qu'elles entraînent et qu'elles rendent presque endémiques chez nous.
D'après les observations faites pendant plus de cinquante ans par M. le professeur Herrenschneider , les moyennes de la température à Strasbourg, sont les suivantes :
Janvier 0,79
Février -+- 1 ,40
Mars 4,20
Avril 7,25
Mai +12,43
Juin -t-13,45
Juillet -f-15,20
Août -4-14,55
Septembre -M 1,52
Octobre ■+■ 8,18
Novembre ■+■ 4,00
Décembre -h 1,20
La moyenne de l'hiver est — 0,94
» du printemps 4- 7,96
» de rété -+-14,30
» de l'automne -+- 8,00 ;
Le maximum de la chaleur a été de -+-28,7 ,
Celui du froid —20,0.
Quant à la pression atmosphérique , la moyenne barométrique est , suivant les observations de M. Herrenschneider , de 0 m ,752 (les observations réduites à 10° R). Les limites entre lesquelles se trouve cette moyenne sont assez éloignées ; ainsi , chose singulière, c'est dans la même année 1821 qu'a été remarquée la plus grande hauteur, 0 m ,772, et la plus grande dépression 0 ra ,714. La variation moyenne du baromètre est de 0 m ,02t. Comme pour le thermomètre, les hauteurs barométriques éprouvent des variations fréquentes et subites , et sans doute les mêmes causes sont ici encore en jeu ; c'est surtout aux environs du solstice d'hiver et de l'éqoinoxe du printemps qu'ont lieu les plus grands écarts.
L'hygromètre de Saussure donne une moyenne de 80°,39 obtenue dans une période de quatorze années (1812 à 1826). C'est la fin de l'automne et le commencement de l'hiver qui donnent les mois les plus humides : ce sont les mois de novembre , décembre et janvier, tandis qu'avril , mai et juin offrent la plus grande sécheresse. Le degré d'humidité assez élevé ne doit pas étonner , vu la grande quantité d'eaux courantes et stagnantes dont la ville est entourée , et dont il se fait une évaporation énorme et presque continue. Les vapeurs sont surtout sensibles le soir après le coucher du soleil ; aussi est-ce alors qu'il faut prendre toutes les précautions pour ne pas s'exposer à l'influence pernicieuse de cette masse d'humidité dont l'air est chargé.
Les pluies sont assez fréquentes à Strasbourg ; la hauteur moyenne des eaux de pluie qui tombent dans Tannée est de 685 millimètres, 121 millimètres de plus qu'à Paris, et ce sont encore les déboisements qui nous rendent raison de ce phénomène ; non-seulement ils produisent les changements brusques de température et rendent les saisons plus inconstantes, variables et irrégulières , mais encore ils ont de beaucoup adouci le climat , en rendant les hivers moins longs et rudes , et de plus ils augmentent considérablement la quantité des eaux de pluie. Ce dernier effet est facile à concevoir ; car les nuages ne se trouvant plus retenus le long des montagnes par les forêts élevées qui les couronnaient, sont chassés aussitôt dans la plaine , où ils se déchargent alors de toute la masse d'eau qu'ils contenaient et dont une grande partie aurait été absorbée par les montagnes elles forêts. C'est dans les mois de juin, juillet, août et septembre qu'il tombe le plus d'eau ; non que ces mois présentent le plus de jours pluvieux , mais à cause des orages fréquents qui s'accompagnent toujours d'averses abondantes.
Déjà en novembre il commence quelquefois à neiger ; les jours les plus neigeux sont dans la seconde moitié de décembre et en janvier : toutefois il n'est pas rare de voir encore de la neige en mars et en avril.
11 résulte d'une série d'observations faites pendant de longues ajinées, qu'à Strasbourg on compte, année commune, 1 19 jours de pluie , 36 de brouillards , 16 de neige , 16 de tonnerre, 2 de grêle et 59 de gelée. Les brouillards sont fréquents en automne; cependant il est bien rare qu'ils ne se dissipent pas vers midi , et qu'ils sont alors suivis d'une belle soirée. Les orages, comme il a déjà été dit, sont fréquents en été ; leur direction presque constante est du sud -ouest vers le nord-est, des Vosges vers la Forêt-Noire. Tous les ans la
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foudre éclatait plusieurs fois sur la cathédrale ; mais depuis qu'un paratonnerre est posé sur cet édifice , ces accidents ne se sonl plus renouvelés ; l'influence de ce paratonnerre se fail même sentir plus loin , car il paraîtrait que depuis cette époque les orages éclatent moins souvent sur la ville, et surtout sont moins violents ; et la raison en est bien simple , c'est qu'une pointe élevée de 142 mètres soutire une quantité considérable de fluide électrique aux nuages qui passent dans son voisinage; et comme Inaction d'un paratonnerre s'étend sur un cercle dont le rayon est deux fois l'élévation de la tige au-dessus du sol , il est clair que son influence se fait sentir an loin et produit des effets que nous n'observons pas sur les paratonnerres ordinaires. Les orages sont ordinairement accompagnés de grêle ; le 22 juin 1840 il est tombé, lors d'un orage qui éclala subitement au-dessus de la ville, vers cinq heures du soir , des grêlons de la grandeur d'un œuf de poule.
Les vents qui régnent dans la plaine de Strasbourg sont trèsvariables et participent jusqu'à un certain point de l'instabilité de la température ; ils changent quelquefois à plusieurs reprises dans la journée et amènent alors des changements notables dans la température et l'état hygrométrique de l'atmosphère. Quant à la fréquence de chacun des huit vents principaux , on a calculé les chiffres suivants :
Sud 280 fois. Nord . . . . 101 fois.
Nord-est. . 255 » Sud-est. . . 97 »
Sud-ouest .138 » Est 57 »
Nord-ouest. 118 » Ouest. ... 42 »
Ce sont donc les vents du sud et du nord-est qui sont les dominants. Ceux du nord sont froids et secs , surtout ceux du
nord et du nord-est ; celui de nord-ouest , sans être humide et pluvieux, amène cependant quelquefois des nuages, ou du moins ne chasse pas ceux qu'il trouve déjà existants ; en hiver il donne souvent de la neige. Les vents du sud et du sud -ouest sont extrêmement doux en hiver et très-chauds en été : ils sont . toujours accompagnés de pluie , surtout le dernier ; le vent d'ouest participe des mêmes propriétés , tandis que celui d'est est constamment sec.
Des tremblements de terre se sont fait sentir à différentes époques à Strasbourg ; jamais cependant ils n'ont eu assez de force pour donner lieu à des accidents. Dans notre siècle on en a observé deux , le 8 novembre 1802 et le 23 décembre 1825; tous les deux n'ont duré que peu de temps et ont été peu sensibles.
B. DESCRIPTION', i. PONTS. PORTKS. CHEMIN DE FER.
Strasbourg, l'ancienne capitale de l'Alsace, aujourd'hui le chef-lieu du déparlement du Bas-Rhin , distant de Paris de 46 myriamètres 6 kilomètres, est situé sur MI, à 4 kilomètres du Rhin. L'III , après avoir reçu les eaux de la Bruche tout près de la ville, traverse celle-ci en deux grands bras, qui vont se rejoindre en sortant pour se jeter dans le Rhin , près du village de la Wanzenau, à 12 kilomètres au-dessous de Strasbourg. Le bras droit de la rivière se divise encore en • quatre canaux , qui de nouveau se rejoignent , après avoir desservi les moulins établis sur les Ilots qu'ils forment. La plus
1 Voy. Silbkrmaxn , Locahjcschichle der Stadt Strasburg. Strasb. 1775, fol. — IIbrrmann , Notices sur la ville de Strasbourg, 2 vol. Strasb. 1817.
grande largeur de 1*111 , dans l'intérieur de Strasbourg , est de 60 mètres , sa profondeur varie de 2 à 4 mètres , la vitesse du cours des eaux est environ de 48 mètres par minute. Là où la rivière entre en ville , les deux rives sont réunies par un grand bâtiment , construit par Vauban en 1686 , destiné à servir de magasin à farines, et renfermant les écluses destinées à faire refluer les eaux à l'extérieur, afin de remplir, en cas de guerre, les fossés des fortifications et d'inonder même une partie des environs. Un grand nombre de ponts sont jetés sur les bras et les canaux de l'Iil ; beaucoup de ces ponts ne sont encore qu'en bois; plusieurs sont en pierre, mais sans présenter un aspect monumental ; ce n'est que depuis quelques années que l'administration a aussi établi des ponts en fonte, d'une seule arche; nous en comptons deux jusqu'à présent, celui de Saint-Thomas et celui du Corbeau 1 , distingués autant par leur solidité que par leur élégance. Les ponts sur les quatre canaux du bras droit de l'il) étaient jadis couverts 2; construits en 1300 et flanqués de tours trèsélevées, ils formaient une partie de l'enceinte de la ville; ils ont été démolis en 1774, mais le nom leur est resté, et les sombres tours sont conservées comme monuments des anciens temps.
Plusieurs fossés traversaient jadis la ville ; aujourd'hui ils sont tous comblés ou surbâtis; le plus considérable, celui des
'Anciennement appelé Schindbriicke , pont du supplice, parce que c'est do là que certains criminels , comme les parricides, les blasphémateurs, etc., étaient jetés dans la rivière, après avoir été enfermés dans un sac.
2 Die bedeckten Brucken.
Tanneurs i, qui traversait la ville dans presque toute sa largeur , et qui jusque dans les dernières années infectait l'atmosphère par les mauvaises exhalaisons de ses eaux stagnantes , n'est plus aujourd'hui qu'un égout , dont l'étranger n'aperçoit plus à l'extérieur les traces.
Depuis des siècles un canal joignant 1*111 au Rhin , entre à Strasbourg non loin de la citadelle , et se jette dans FIA un peu au-dessus du pont de Saint-Guillaume (Rheingiessen). Le grand canal du Rhône-au-Rhin traverse maintenant la ville ; des travaux considérables ont été exécutés pour canaliser le bras gauche de la rivière, et en même temps pour joindre le canal au Rhin , par un embranchement qui traverse la promenade de la Robertsau où un pont-levis en fonte , de l'aspect le plus gracieux , réunit les deux bords. Le nouveau canal de la Marne-au-Rhin , dont les travaux n'avancent encore que lentement , doit également aboutir en notre ville.
Strasbourg avait jadis un assez grand nombre de portes , dont aujourd'hui il ne reste plus que sept , outre les deux de la citadelle. La plupart de ces portes , surmontées de tours , sont très-anciennes. Le voyageur qui arrive par la roule royale de Paris , entre à Strasbourg par la porte Nationale, jadis appelée la porte Blanche (Weissenlhurmthor) , et consistant en une tour extérieure et une tour intérieure , reconstruites toutes les deux au seizième siècle ; la tour extérieure porte sur ses deux avances l'inscription : hoslibus arcendis, civibus tuendis 2 ; .
1 Anciennement Rindsutergraben {Rindskœuter, tanneurs); il fut creusé en 1292.
2 Une inscription immédiatement au-dessus de la porte de cette tour , indique la date de la restauration : Carolo V Aug. copias e Germania in Turcam Pannonias invadentem ducente.
sur l'autre on remarque , au-dessus de la porte , une meurtrière en forme d'une énorme gueule de lion. Une inscription , datée de 1418, monument curieux de l'esprit satirique du moyen âge , se voit sur la partie du mur qui joint les deux tours :
« Gottes barmherzikeit
der pfaffm grytikeit
und der bauren bosheit
ergriindel nUmand by minem eid i . »
En suivant les remparts à gauche de la porte Nationale , on arrive d'abord à la porte de Saverne (Kronenburgerlhor) 2, dont une des tours a été bâtie dès 1349 ; la voûte sombre , qui passe sous le rempart, date de 1532. A cette porte, sous laquelle passait jadis la route deParis , succède la porte de Pierre {Steinthor) , une des anciennes tours de l'enceinte bâtie en 1374. C'est par là que l'on passe pour se rendre non-seulement dans la Bavière et la Prusse rhénanes , mais aussi pour aller à Paris par Bitche et Metz. La porte des Juifs, également une des anciennes tours d'enceinte, reconstruite en 1562, et portant l'inscription : prœsidio civibus, terrori hostibus, ne sert aujourd'hui qu'aux promeneurs qui se rendent au Contades et aux habitants de l'Ile du Wacken ; celle des Pêcheurs, qui date
Resp. Arg. portam hanc aggere et fossa muniri fecit , a. MDXXXIL
1 aPar ma foi! personne ne saurait sonder la miséricorde de Dieu , la cupidité des ecclésiastiques , et la méchanceté des paysans. »
2 Ainsi appelée , parce que jadis on passait par là pour aller au Kronlhal. où était le château de Eronenburg.
de 1541 , ne conduit qu'à la promenade et au village de la Robertsau. La grande route d'Allemagne , comme celle de Suisse et de Lyon, passe par la porte d'Austerlilz ! , appelée jadis la porte des Bouchers, bâtie en 1400 et agrandie en 1545 ; la porte de l'Hôpital, sous une haute tour qui a servi pendant quelque temps d'observatoire , date de la même époque que celle d'Austerlitz ; elle ne sert plus qu'aux habitants des campagnes et aux promeneurs.
Le chemin de fer de Strasbourg à Bâle , terminé et inauguré en septembre 1841 , et s'arrêtant aujourd'hui à la station provisoire de Kœnigshofen , à 1 kilomètre de Strasbourg , ne tardera pas d'avoir son entrée en ville ; le débarcadère sera établi non loin de la Halle-aux- Blés et donnera une nouvelle vie à un quartier jusqu'à présent presque déseri. Le chemin direct de . Paris , qui en 1841 a été réclamé avec un si vif enthousiasme et avec de si grandes offres de sacrifices , non-seulement par la ville de Strasbourg, mais par les moindres communes du département , vient d'être voté par les chambres ; il partira du même point que celui de Bâïe.