‹ Notice sur le CambodgeChapitre 10 sur 14 · RELIGION · texte numérisé non relu

RELIGION

La religion des Khmers est le Bouddhisme méridional ou de Ceylan, doctrine sur laquelle ont paru tant de publications de mérite que nous nous bornerons à donner ici Pexplication de quelques-uns des principaux termes religieux usités chez les Cambodgiens, et à exprimer quelques réflexions que nous suggère cette religion tolérante qui s'est propagée uniquement parla prédication, la persuasion. Son action est énorme sur tous les peuples de l' Indo-Chine qui, avec Ceylan pou, foyer, ont le mieux conservé la pureté de l'enseignement du maître

que les Cambodgiens appellent Prea Pwf ou simplement Prea (divin, sacré), et qu'ils distinguent des autres Bouddha par le nom de Samonokouddm ( Çramana gaoutama, Tascète des Gotamides).

Le lieu de 1 éternelle félicité est le Nirpéen (Nirvana). Le triple joyau est le trejr rot (triratna) qui se compose du Bouddha, Putthéd, de la Loi, Thomméa (Dharma), et de l'assemblée du Clergé, Sangkhéa. La triple Corbeille est le Prea Trey Beydâk (tripitaka), dont les trois parties sont les Discours Prea Saut (soutra), la Discipline Prea Viney ( Vinaya), et la Métaphysique, Prea Apithom (Abhidharma). La montagne au centre des quatre mondes [thvép ou loukey, monde, île) bouddhiques est le Préa Somé, ayant à l'est le Boviti thvip (vidchâ), au nord le Uddr Koro thvip ( Kourou ), à Touest V Amarokouiani thvip (godani), au sud le Chumpou thvip (Djambou), celui-ci étant le monde habité par notre planète^

Les grands ascètes, anachorètes, sont les Mdha Rosejr ou Eysey (Mâha rischis).

Les bonzes ou talapoins appelés loûk sdng, neak buos, nedk Jœûng, phikou ( Bhikshous, mendiant ) demeurent dans des bonzières ( Vdht Kédey), Ils portent l'habit jaune, ont la tête rasée, vivent d'aumônes et ne font qu'un repas, quelquefois deux, avant midi. Ils enseignent aux enfants la lecture et l'écriture de la langue cambodgienne. Ceux-ci, avant l'âge de douze ans, sont appelés ^e/r (perroquets). Dès cet âge ils peuvent prendre l'habit et observer certaines prescriptions, afin, disent les Cambodgiens, de payer par les mérites qu'ils acquièrent la dette de reconnaissance contractée envers leur mère. ,Ils sont alors appelés nen ou samnê, A vingt-et-un ans, pour acquitter la même dette envers le père, ils entrent dans les ordres pour un temps qui varie de quelques Jours à toute la vie.

Il faut convenir que le monacchisme bouddhique est favorisé par le misérable état social et politique de toutes ces contrées; au milieu des troubles et des perturbations, ces religieux sont dans une tranquillité relative. Et il nous semble que dans nos possessions, leur nombre tend à diminuer, la population jouissant d'une sécurité, d'un bien-être plus considérables.

Dans notre province de Travinh, libres de toute influence séculière, les bonzes, réunis en assemblée générale, élisent un chef appelé louk Opechhéa, Il surveille la conduite de tous les bonzes, leur donne l'autorisation de quitter les ordres, et chasse les indignes. Audessous de lui, également élus pour un temps indéfini, sont les loûh aup, dont le nombre n'est pas déterminé. Ils donnent l'autorisation

d'entrer en religion et conduisent à ÏOpechhéa les bonzes qui demandent à quitter. Les loukkru saut, bonzes réputés instruits, ont à peu prés les mêmes fonctions. Ils sont nommés par l'opechliéa de-même que les chefs de pagode appelés louk sàngkréech ou mé vàht.

Au Cambodge, deux hauts dignitaires : le louk sang krèch ou louk sdach et le PréaSocon, choisis par le roi, sont très-honorés, mais ont une autorité assez bornée. En définitive, la seule autorité est renseignement du Bouddha dont l'esprit est contraire aux institutions de ce genre tentées avec plus ou moins de succès dans les divers pays où est suivi le Bouddhisme de Ceylan.

La piété fervente des Cambodgiens leur fait respecter et vénérer grandement leurs bonzes ; à condition toutefois que ceux-ci observent leur règle dont les principaux préceptes sont connus de tous. Les respects sont pour le caractère sacré de celui qui porte l'habit jaune et nullement pour sa personne. Le pouvoir séculier, tout en leur témoignant des égards, peut s'armer contre eux de leur propre règle s'ils s'avisaient de se mêler de politique. Ajoutons que depuis longtemps les bonzes cambodgiens sont exemplaires à cet égard. Nous n'avons jamais oui dire que ceux de nos possessions aient eu même l'apparence d'un conflit avec nos autorités.

Le soin avec lequel ils obsèdent leur vœu de continence est aussi très-remarquable. La loi cambodgienne ajoute, il est vrai, le châtiment du bras séculier à Tanathème du Maître, mais dans nos provinces où cet appui fait défaut, la conduite des bonzes est cependant irréprochable. Peut-être justice est-elle faite à Pinsu de nos magistrats auxquels jamais un Cambodgien ne dénoncera des faits de ce genre. Le mieux, du reste, serait de paraître les ignorer jusqu'à un certain point.

Malgré Tabsurdité des dogmes de leur doctrine, il est difficile de se défendre du sentiment de respect qu'inspirent la douceur et le désintéressement de ces religieux. Mais uniquement et égoïstement occupés de leur salut, ils ne se considèrent nullement comme ayant charge d'âmes; là est la cause des principales qualités de ce clergé comme de ses défauts.

En dehors de cette puissante religion, pour ainsi dire officielle, il faut tenir compte de la croyance à toutes les divinités du Brahmanisme, croyance que le Bouddhisme a laissé subsister en l'altérant, il fauttenir compte, surtout, d'un cultequi se confondavec cette croyance, le culte. des génies, des ancêtres [areak, mimoût, neak ta) qui a pour autels les arbres, les forêts, les montagnes, surtout les ruines, les dé-

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bris où se manifeste aux yeux des Khmêrs la puissance de ces génies, et où nous autres reconnaissons une civilisation dont le voile est à soulever.

Le serment, très-usité, ainsi que nous l'avons vu, en administration, est aussi fréquemment employé en justice. Pour jurer, les Cambodgiens répètent parole par parole une formule, lue par un lettré, le Sacha pranithéen, ou vulgairement satra pramthéen, longue énumération de tous les génies redoutés du Cambodge désignés par le lieu de leur résidence. Celui qui prête serment invoque leur aide s'il est sincère, et appelle leurs châtiments s'il manque à sa parole.

i^ ESCLAVAGE.

• En dehors des hommes libres {jieak chea, préy ngéar)^ il y a au Cambodge trois catégories d'esclaves bien distinctes : 1° Les serviteurs, Khnhôm^ esclaves pour dettes, ont, en principe, le droit imprescriptible de se racheter en éteignant leur dette, ou de changer de maître toutes les fois qu'ils en trouvent un nouveau qui consent à désintéresser l'ancien. Quelquefois ils ne sont pas liés à un service personnel et se livrent à une profession, avec l'assentiment du maître qui se réserve une part léonine des bénéfices, leur laissant à peine l'espoir de réaliser suffisamment pour se racheter. La faculté du rachat devient de plus en plus impossible, si l'esclavage se prolonge et que le maître ait soin de faire augmenter la dette du montant de la valeur des eiffets d'habillement, par exemple, qu'il remet à son esclave. L'esclavage n'est censé compenser que les intérêts de la dette, et n'éteint pas le capital. L'esclavage est en général assez doux, grâce à la paresseuse apathie des maîtres^ aussi ce fléau est moins grave en lui-même que par les abus et la démoralisation qu'il traîne à sa suite. Il se lie intimement à la grande plaie du Cambodge : l'administration de la justice. La plupart des esclaves proviennent d'une condamnation ou vente {lok) judiciaire.

2° Les sauvages-, Penong ou Stieng, dont la traite est faite par les Laotiens qui les dirigent sur Sâmbok. Ces malheureux regrettant leurs forêts et leur liberté, meurent en grande partie dans les premiers temps de leur séjour au Cambodge. Accoutumés à leur condition, ils sont plus fidèles et plus serviables que les Cambodgiens.

3° Les esclaves royaux héréditaires [Pol ou neak ngéar) sont des parents des descendants de grands criminels, de rebelles, soit que ces condamnés aient eu leur peine de mort commuée en une confiscation

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à perpétuité d'eux et de leurs descendants, sôit que, après leur mort, par aggravation, leur famille ait été réduite à cette condition. D'autres proviennent de prisonniers de guerre, par exemple, une petite colonie de Laotiens à Péem Sedey, au nord de la limite de nos -provinces de Tatian et de Chaudoc.

La plus grande partie est au setvice du roi. Plusieurs servent de grands mandarins auxquels ils ont été donnés par le roi. D^autres sont affectés à l'entretien de certaines pagodes.

Tous les neak ngéar du royaume sont inscrits nominativement dans des registres spéciaux. Ils doivent par an, à leur maître, trois ou quatre mois de service en dehors desquels ils demeurent où bon leur semble et disposent de leur temps à leur guise. Ils peuvent prospérer, acquérir une certaine aisance sans qu'il leur soit plus facile de se racheter, leurs chefs (chaufai) particuliers, devenant alors plus exigeants. Le maître n'a aucun droit sur leurs propriétés ; il ne peut que disposer de leur personne ou d'un remplaçant pour le temps fixé, mais alors leur service est très-dur, on a peu de pitié pour eux ; les satellites du maître sont d'autant plus impitoyables que le neak ngéar a la réputation de n'être pas complètement réduit à la dernière misère.

Leurs femmes mêmes sont tenues de tisser des pièces de coton, pour le maître qui doit leur fournir les matériaux, rarement suffisants pour la tâche.

Quelquefois les neak ngéar contractent des alliances avec des familles libres ; les enfants sont alors répartis de la manière suivante dès qu'ils arrivent à l'âge oîi ils sont commandés : les i*% 3% etc., etc. suivent la condition du père; les 2% 4® celle de la mère. En nombre impair, la valeur du dernier est évaluée par un chaufai pol, une part est attribuée au père, deux à la mère, et l'enfant est racheté en payant le tiers ou les deux tiers de l'estimation, suivant que c'est le père qui est esclave, ou la mère. De même pour un fils unique. Ces enfants issus de mariages mixtes et dont le sort n'est pas encore décidé portent le nom spécial de pàhnh kôt.

iS^ MŒURS ET COUTUMES.

Très-apathiques et indolents, les Cambodgiens sont moins fourbes que les Annamites quoique aussi joueurs. Ils sont moins hospitaliers. Sur les routes fréquentées, des maisons de repos pour les voyageurs, appelées sala, ou bien des postes de relai [tram ou prêchant cMn), abritent les passants. Ailleurs ceux-ci doivent se présenter au Mé srok

qui les fera héberger. Si les habitants sont prévenus de Tarrivée d'un mandarin, ils lui construisent un abri provisoire. Mais du haut de sa case, le Cambodgien, en général, ne voit pas avec plaisir l'arrivée d'un hôte.

I^s fils de ceux qui sont dans l'aisance sont élevés à la pagode dès l'âge de six à huit ans (voir Religion). La jeune fille élevée à la maison mène une vie très-retirée dès qu'elle est nubile, d'où l'expression pittoresque de jeune fille qui entre dans l'ombre {Kremôm châul molôp)^ pour jeune fille nubile. Grâce à de nombreux préceptes moraux inculqués de bonne heure par la mère à sa fille, peut-être aussi grâce à des lois sévères, les mœurs des Cambodgiennes, surtout en faisant abstraction de la capitale, sont bien moins dissolues que celles des femmes des peuples voisins. Les Khmérs aiment la musique et la poésie. Leurs chants, qu'ils accompagnent d'instruments, jouant une mélodie simple et gracieuse, quoique un peu monotone, sont souvent des dialogues improvisés par un homme et une femme se donnant la réplique amoureuse, et grandement considérés sont les habiles dans ce. genre d'exercice. Obsessions, prières de l'amant, feinte résistance de la jeune fille plus ou moins prolongée, et enfin aveu d'un amour mutuel partagé, tel est naturellement le programme. Des images tirées de la lune, des étoiles, de la brise, des fleurs, des arbres, du tonnerre même ornent ce thème toujours nouveau que depuis six mille ans, en tous pays, le jeune homme répète à la jeune fille.

Le vêtement national est le langouti [sâmpot), commun aux deux sexes de même qu'à Siam et au Laos. L'habit des hommes est une tunique étroite se boutonnant au milieu, sur le devant, avec de nombreux boutons. Les femmes portent un étroit fourreau un peu évasé à la gorge. A Phnom Penh, moins fidèles à l'habit qu'au langouti, les hommes et les femmes se drapent dans une écharpe aux vives couleurs qui laisse les bras nus. Ou bien les hommes, pour être habillés, portent un gilet à manches, appelé habit européen {aubareang).

Ils ont en outre pour les grandes circonstances l'habit de cérémonie appelé au phai.

Pour la chevelure les usages siamois sont adoptés à la cour. La tonte du toupet a lieu à 1 1 ou à 1 3 ans pour les jeunes filles, avant 1 5 ans pour les garçons. Les hommes, les femmes et les filles se raseîit la tête laissant sur le sommet les cheveux pousser de deu^; à trois centimètres de longueur. Suivant le vieil usage cambodgien, encore généralement observé dans les provinces, les hommes et les femmes mariées doivent porter les cheveux courts, mais non rasés, les jeunes fiUeis

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tombant sur la nuque, à la Ninon, mode infiniment plus gracieuse. Là Qii les deux races sont mélangées, souvent elles les portent longs comme les femmes annamites, tout en les tordant d'une manière un peu différente.

. La nourriture est à peu près celle des Annamites, mais inférieure comme mode de préparation. Les Cambodgiens emploient beaucoup, cotnme condiments, les fruits aigres, non mûrs. Ceux qui se servent de baguettes au lieu de leurs doigts pour manger, sont aussi rares chez eux qu'ils sont nombreux chez leurs voisins les Cochinchinois.

Leurs maisons élevées sur pilotis sont construites d'après les règles fixes des vieux traités (Kebuon), ils y dérogent peu. Elles sont à trois compartiments (/ov^ng-). Un toit élevé, à pente aiguë, abrite ThabitationintimeappeléeAro. Quatre fermes soutiennent ce toit qui, sur un, deux ou trois côtés, est prolongé, mais en pente douce pour couvrir un espace qui sert aux fonctions du ménage et dont le treillis en bambous servant de plancher est un peu plus bas que celui de Thabitation proprement dite. Cette partie inférieure de leurs maisons est appelée chhnleng.

Mariages, Si la polygamie, favorisée par l'état social actuel, est pratiquée par les grands, par les riches, elle est cependant contraire à l'instinct de ce peuple, dont les femmes sont fières, jalouses et vindicatives. D'ailleurs la première femnie {propon dom) jouit de beaucoup plus d'autorité et de considération ; pour elle seule ont lieu des cérémonies qui varient quelque peu selon les localités, mais que nous présentons ici dans leur ensemble.

Une femme qui, pour la circonstance, porte le sobriquet de chéchau, est envoyée par les parents du garçon sonder ceux de la jeune fille et savoir si la demande sera agréée. Assurés du consentement, ils font faire la demande [dàndeng) officielle par quelques envoyés, hommes et femmes. Ceux-ci sont les neakphlau (ceux du chemin, les conducteurs). Ils sont munis de présents appelés sla Kâmchàhp péak (arêc pour fixer la parole, pour conclure). Ces présents consistent en cent noix d'aréc, deux cents feuilles de bétel, une livre de gambier, une gourde de vin, une livre de tabac. Entre aussi dans ces présents la maison qui doit abriter le jeune couple près de celle des parents de la jeune fille ; le fiancé doit s'occuper de la faire construire avant le mariage.

A l'arrivée des neak phlau, le père et la mère de la fiancée convoquent les parents, les voisins et leur disent : « Voici les neak phlau qui viennent demander notre fille. » Les présents sont consommés par

tous les assistants, et alors un envoyé prend la parole : « Vous tous avez accepté nos présents, donc cette jeune fille est la femme de celui qui nous envoie, dorénavant il viendra vous servir, vous les parents de sa fiancée; ne soyez pas durs à son égard. » Puis un repas commun est servi, après lequel le mariage est considéré comme conclu. A partir de ce moment, si la jeune fille prend un autre mari, fait des infidélités à son fiancé, celui-ci a sur elle les droits que la loi accorde au mari.

Avant de se retirer, les neak phlau demandent aux» parents de la fiancée de prescrire les préparatifs du festin [bàngkâhp pê rebàs rihpkar). Si la famille du garçon peut en supporter la dépense, on suit généralement la vieille coutume qui les fixe à cinq pikuls de viande de porc, soit trois cents kilos environ, cinquante poules, trente canards, cent bouteilles d'eau-de-vie de riz, et trente gâteaux appelés phlê ahhœû(ÏTuixs).

La célébration suit à une époque très- variable, depuis un jour jusqu'à plusieurs années. Quand le moment approche, la famille du jeune homme fait chercher un homme expert versé dans la connaissance des jours heureux ou malheureux, pour lui demander de désigner un jour favorable; et ils députent un neak phlau offrir (chûn) ce jour à l'autre famille. Celle-ci indique un emplacement propre à construire l'abri sous lequel aura lieu le festin, et, la veille du jour désigné, les parents du fiancé y conduisent ce dernier.

A la nuit, les bonzes viennent réciter des prières. La fiancéese ceint la tête d'une espèce de turban appelé rebai. Le jeune homme met ses plus beaux habits et tous deux s'accroupissent à côté l'un de l'autre et écoutent les prières. Ensuite un homme, côté du fiancé, appelé neak mâha^ interroge les parents de l'autre côté en disant : « Pour votre fille combien faut-il d'argent Kansla? » Il lui est répondu : « Notre fille mange (coûte) de l'argent Kansla, selon l'usage, ly dâmlâng, lo slâng (i). »

Cette même nuit, à la première veille, a lieu en quelques endroits une cérémonie originale que les Cambodgiens appellent bihm thvœu thménh (mâcher pour se faire les dents). —, Elle se fait de deux manières : à la laotienne et à la cambodgienne. Pour le mode de mastication laotien {bihm lêv) on prend un peu d'un certain vernis

(i) Cette somme est estimée d'après une monnaie de compte très-ancienne, appelée prak takoûng takong, et dont il n'est question qu'en cette circonstance à notre connaissance, du moins. De cette monnaie un dâmlâng vaut 4 bat, I bat 4 slâng; et 6 slâng valent une ligature de sapêques de la monnaie actuelle. La somme demandée ci-dessus équivaut donc à 52 ligature 6 tiens.

* ' -ta

appelé ampul leahk, que l'on étend sur du coton égrené; le coton est placé sur un morceau de feuille.de tenôt (flabellus borassus) et le tout est appliqué sur les dents de l'épousée. Le mode cambodgien de mastication {bihm khmêr) a lieu de même, mais en outre, le matin arrivé, un homme expert [acha) place sur la jarre (kàdm) qui contient le3 ingrédients une pioche, fait chauffer cette jarre sur le feu, et prend le liquide qui transsude pour enduire derechef les dents de l'épousée. Ce feu doit être surveillé et entretenu par quatre jeunes filles.

La fiancée passe cette dernière nuit dans la nouvelle maison. Le fiancé couche sous Tabri. Dès le matin celui-ci revêt un habit de cérémonie (auphai), généralement de couleur rouge, et monte chez les parents de sa femme. Un jeune garçon l'attend au sommet de l'échelle, le conduit sur une natte, et en reçoit, comme salaire, un dâmlâng en argent ou en sapêques. Le marié se prosterne seul d'abord; puis de vieilles femmes amènent à son côté l'épousée, et tous les deux se prosternent ensemble.

Autour de trois morceaux de tronc de bananier ont été fichées quelques fleurs d'aréquier maintenues par des fils de coton. Ceci e^t •'<!*

appelé Tarée de la bénédiction {slaprepo). Le jeune homme en offre .'>^

un au père de sa femme, un autre à la mère et le troisième aux frères ■ ^^'

ou autres parents. A cette offrande il ajoute : deux flambeaux gros ^' ••

comme le bras, appelés flambeaux de la salutation [tien sâmpea) ; une autre paire de flambeaux gros comme le pouce, appelés tien Kâmnâht; l'argent kansla, c'est-à-dire une barre d'argent et cinq piastres; et le prix du lait de la mère {preak snâp tuk dô), c'est une piastre cambodgienne (bat). Il y a une différence considérable entre la somme kan sla demandée traditionnellement, 52 ligatures, et celle qui est donnée aujourd'hui qui équivaut à 1 35. ligatures.

Les deux mariés encore assis sur la natte, un neak phlau homme leur attache les poignets [châng day) avec un fil de coton tenu partons les assistants pendant que les parents, les flambeaux à la main, font sept fois le tour des mariés. Ensuite les invités, selon leur fortune, font aux nouveaux époux des cadeaux en argent ou en sapêques. Le mari suit sa femme, en la tenant par le bout de son écharpe, dans l'intérieur de la maison où la conduisent les vieilles femmes. Il enlève son habit de cérémonie. Puis tous les deux descendent à l'abri veiller au festin, prendre soin des invités. Le marié sert son beaupère, lui verse à boire ; chez le peuple souvent celui-ci ordonne à son gendre déchanter. Le festin fini, les invités, toujours très-nombreux^, s'en vont emportant des gâteaux.

A la nuit les vieilles femmes préparent la chambre à coucher. Là mère du jeune homme y rejoint sa bru qui, assise près de son mari, prend une espèce de gâteau appelé nômier, en introduit un peu dans la bouche de celui-ci, qui, à son tour, fait la même chose pour sa femme. La mère du mari d'une main saisit la tête de son fils, de lautre celle de sa bru, fait choquer les deux têtes Tune contre Tautre jusqu'à trois fois eti disant : « Restez unis, ne vous querellez pas. » Les vieilles femmes placent sur les bras de Tépousée une courge (trelach) en disant : « Que douce comme ce fruit soit votre union, que nombreux comme les brins d'herbe soient vos enfants, et comme les balles de riz vos petits-enfants. Soyez heureux. » Puis elles se retirent laissant seuls les nouveaux mariés.

Trois jours après, toute la famille de la mariée conduit le couple saluer les parents du mari.

Le gendre habite près du père et de la mère de sa femme et les aide, les sert quelques mois, ou quelques années, ou même toute la vie. Selon les bonnes femmes, cet usage est dû à une victoire qui, une fois de plus, établit la supériorité du beau sexe sur l'autre. Le fait est rapporté par une naïve légende très-répandue au Cambodge. Partout on la répète là oîi a lieu une œuvre pie considérable, mare creusée ou montagne artificielle élevée. Les jeunes gens d'un côté, les jeunes filles de l'autre se sont partagé la tâche pieuse, efpar un mutuel défi rivalisent d'ardeur à qui aura plus vite terminé. Celles-ci entendent les garçons s'exciter mutuellement, promettant de ne se reposer que pendant le peu d'instants qui s'écoulent entre le lever de l'étoile du matin et les premières lueurs du jour. Nos espiègles Cambodgiennes suspendent un fanal' au sommet d'un arbre dans la direction de cette étoile. Trompés par cette ruse, les jeunes gens se reposent une grande partie de la nuit, et sont vaincus par les jeunes filles qui redoublent d'efforts (i).

Il est vrai que cette détestable engeance des esprits forts, dont le Cambodge même n'est pas exempt, prétend que cet usage provient simplement du sentiment de l'obligation que le gendre contracte en-

(i) Nous entendîmes pour la première fois cette légende à la mare de Prea Trepeang (mare sacrée) qui a, donné son nom cambodgien à notre province de Travenk. C'est une vaste excavation rectangulaire de deux à trois cents mètres de côté, dont les terres ont été rejetées sur les bords. Elle est située à l'extrémité de l'une de ces allées ombreuses qui faisaient de Travcnk l'un dûs lieux les plus agréables delaCochinchine française avant le terrible ouragan du 24 octobre 1872.

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vers ceux qui lui donnent une femme après l'avoir mise au monde, nourrie et élevée.

Naissances. Les sages-femmes (iéy chhmdp) cambodgiennes jouissent d'une grande réputation. Sur un réchaud, un feu ardent est allumé près de la mère, de même que chez les Annamites. Un homme expert, savant {kru), entoure l'endroit où elle repose d'un fil de coton formant une barrière qu'elle ne doit pas franchir a^vant quelques jours. Cette barrière sacrée (sema) écarte les mauvais esprits. Lorsque le feu n'est plus nécessaire, le réchaud est renversé. Quelques cadeaux sont faits à Taccoucheuse.

Funérailles. Lorsqu'un Cambodgien est en danger de mort, la famille invite les bonzes à venir réciter la prière appelée Bâng sekaul. Du commencement de l'agonie jusqu'à la mort bien constatée, tous les laïques présents répètent à haute voix : araheang, araheang (le saint, le juste). Le cadavre est lavé, puis enveloppé dans une pièce de cotonnade blanche. On lui place dans la bouche une petite pièce d'argent ou un anneau d'or ou d'argent. On le met dans le cercueil et les bonzes récitent la prière bâng sekaul trois fois ce jour et trois fois la nuit suivante. La femme et les enfants se vêtissent de blanc.

La crémation a lieu presque immédiatement après chez les pauvres qui, s'ils ne peuvent payer un cercueil, le remplacent par des paillottès appelées chœung kâk. Ceux qui sont moins pauvres brûlent généralement le corps au bout de trois jours. Les riches le conservent chez eux plusieurs mois, plusieurs années même. Ils Tinjectent de mercure, et du cercueil un tube s'élève jusque sur le toit de la maison^ donnant en haut issue aux gaz ; la précaution suffit aux indolents Cambodgiens. D'autres enterrent le corps pour l'exhumer et brûler les os quelques années après.

Lors de la crémation, un laïque expérimenté, connaissant les vieax usages, est choisi pour préparer et ordonner la cérémonie avec le titre de iouki. Il choisit deux enfants dans la famille du défunt : l'un sera le neakprai léech (celui du riz blanchi et dispersé), sans doute pour enseigner combien a peu de valeur notre corps dont tout disparaît jusqu'aux ossements blanchis et dispersés; l'autre le neak nâm phlau (le conducteur) a la tête ceinte d'une tresse de l'herbe, sebau (herbe qui souvent sert à couvrir les cases). Par l'autre bout cette tresse est attachée au cercueil. Le neak nâm phlau doit conduire l'âme (prelung) du défunt droit dans le lieu de félicités, sokote phâp'

Cinq bonzes ont été invités pour réciter des prières jusqu'au lieu choisi pour la crémation. L'un est porté en palanquin en tête du

certége, les autres avec le cercueil dont ils tiennent les quatre coins* Le ioûki se place près des porteurs devant le cercueil. Il tient d'une main la pièce de cotennade blanche appelée la bannière, l'oriflamme de lame {tong prelung), de l'autre il porte suspendue une petite marmite en terre neuve par un cordon blanc passé autour du col de cette marmite. En outre, dans une sacoche, il porte en bandoulière les présents que lui a faits la famille : ciseaux pour couper Tarée, un vase à chaux à bétel, enfin tout ce qu'il faut pour chiquer le bétel, opération dont il s'acquitte consciencieusement pendant la cérémonie. La marmite, dit-on, symbolise la fragilité de l'existence, la pièce de cotonnade, la vanité des humains sans cesse occupés à se parer : il faut quitter tous les ornements et entrer nu dans la tombe.

Tout ainsi préparé, le cercueil est d'abord déplacé, puis tiré au dehors. D'autres bonzes, plus ou moins nombreux suivant que le défunt est riche ou pauvre, récitent à la maison une dernière fois la prière bâng sekâul ; on leur fait les présents accoutumés. Le cortège se met en marche, le bonze en tête, puis les deux enfants nâm phlau et prai léech. Ensuite le ioûkî et les quatre autres porteurs tous v^tus de blanc, ainsi que la famille qui marche derrière le cercueil. Les quatre porteurs, appelés neaA:^^/«/f, arrivés au lieu désigné pour la crémation, fichent en terre quatre poteaux entre lesquels ils placent du bois. Les bonzes récitent le bâng sekâul ; le cercueil est placé sur le bûcher après avoir été promené trois fois autour. Le feu est mis par le ioûki à la tête, par les porteurs aux quatre coins, par la famille aux pieds, ensuite par tous les parents, amis, voisins, les uns propageant le feu, les autres allumant des baguettes odoriférantes {thûk) qu'ils jettent dans le cercueil dont le couvercle, massif et sculpté, est enlevé pour servir à nouveau. De grosses pièces de bois, placées en travers, empêchent les contractions trop violentes du cadavre.

C'est lorsque le feu est en pleine activité qu'il est loisible aux pleurs de couler; aux regrets, aux gémissements, aux sanglots de se faire entendre.

Le bûcher consumé, le ioûki et les porteurs, debout chacun à leur place, tiennent à la main une petite jarre pleine d'eau avec laquelle ils éteignent le feu. Puis ils projettent leur jarre de l'autre côté du foyer, de manière à la briser violemment , pour donner à entendre que l'homme, après sa mort, n'a pas plus de valeur que cette poterie brisée et jetée au loin.

Le foyer est laissé intact jusqu'au lendemain matin, heure à laquelle les fils ou petits-fils s'y rendent portant un coco, de l'eau dans

une petite jarre, et des vases en terre ou en porcelaine. Ils rassemblent les cendres, le charbon, les ossements de manière à figurer un corps humain étendu sur le sol. L'eau du coco *coupé en deux est recueillie; une moitié de Técorce est placée de chaque côté des cendres.

Les os non consumés sont lavés avec Teau du coco mêlée à Teau de la jarre et déposés ensuite dans les vases. Autrefois ils étaient conservés à la maison; aujourd'hui ce n'est plus guère Tusage. La plupart les enterrent sous les temples des pagodes, d'autres n*importe où.

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