‹ Notice sur le CambodgeChapitre 9 sur 14 · H'» IMPOT DU RIZ · texte numérisé non relu

H'» IMPOT DU RIZ

Au mois de Méahk Thôm (février), partent de Phnom Penh, pour chaque province, un délégué royal [achnha luong) et un délégué des magasiniers qui, au nombre de deux, se partagent le royaume, le pohuletép (sedam), le phipheak saler (chhvéng). Leur délégué, appelé Méhàng, et l'achuha luong, munis de l'ordre royal (prea bàntûl), se rendent chez le gouverneur de la province qui leur adjoint un autre délégué (bàmro) et, les trois réunis, font la tournée de tous les villages de la province.

Dans chaque village, les habitants ont construit d'avance un abri (roùng) près duquel est élevé un petit tréteau en bambou sur lequel les envoyés pourront se laver à grande eau (réen ngut tuk). Dès leur arrivée, ils font la lecture de l'ordre royal au mé srok qui fait serment de les conduire dans toutes les maisons et de ne rien celer. Traditionnellement, il est tenu de leur offrir une ligature en paiement de cette lecture (i).

Autrefois,, payer la lecture de Tordre royal était facultatif pour les hommes du peuple. Ils en discutaient le prix avec les délégués auxquels ils offraient, en outre, une pièce d'étoffe. Ils rachetaient ainsi la fixation de l'impôt qui n'était pas faite chez eux. Ceci n'existe plus.

Le mésrok paye le prix du serment [thlay sebdt] fixé à une ligature des;ipèques, à une pièce de coton de cinq coudées hat , à quatre Chom , morceaux de tronc de bananier dans lesquels sont fichées quelques noix d'arék et quelques feuilles de bétel. Selon le vieil usage, l'un des envoyés, après s'être lavé sur le tréteau, s'enveloppe de cette pièce de coton.

L'abri joùng\ construit pour les trois délégués, appartient à

ê exigées de cer-

te époque.

mandarins de

l'Achnha luong qui peut en exiger le transport chez lui à Phnom Penh. Aussi le mé srok qui a intérêt à racheter ce peu de paillottes et de bambous, en discute le rachat avant le départ de l'achnha luong. Le prix varie entre trois et dix ligatures.

Bien entendu, le mé srok va prêter serment là où existe un génie redouté (neak ta, areak pûke).

Enfin, tous ces préliminaires achevés, il conduit les trois délégués évaluer la récolte, et déterminer le dixième que chaque habitant doit porter aux magasins royaux.

Ainsi sur dix thang (gia annamite) de récolte, le roi prélève un thang.

En outre pour un thang qui revient au roi, il y a à donner: i° Un tau (1/2 thang) de paddy pour les chefs des Bakou (srau Bakou),

2° Un khsok (mesure valant trois à quatre livres cambodgiennes) de paddy pour la nourriture (la part) des rats (srau bai kândor)

3° Un khsok de riz appelé riz pied de l'impôt (àngkâr chœûng pon).

4° Une livre de riz (néel) ; appelé riz d'ouverture des portes des magasins, (àngkâr bok thvéar).

5° Une livre pour la rature sur le catalogue (du nom du contribuable, après versement de l'impôt), (àngkâr lup bânhchi).

6° Cinq gerbes (kàndâp) de feuilles de palmiers (slâk tenêt) ou de chaume (sebau) pour couvrir les magasins.

70 Cinq lattes de bambous (châmrâhk rusey) pour le treillis (ronéep) du magasin.

8° Cinq tiges de rotin (dom phdau) pour servir de liens.

9° Une poule, quatre œufs, une bouteille d'eau-devie de riz.

Tous ces articles, sauf le paddy des Bakou, sont pour les magasiniers qui généralement n^exigent en nature que le riz, n°* 2, 3, 4, 5 ; le prix des autres articles est débattu entre le Mékâng et les habitants.

La part des chefs des Bakou varie de 1/2 tau à un thang; ils ne perçoivent rien si le roi amoinsde 1/2 thang; s'il a plus de deux thang, leur part reste fixée à un thang.

10° En outre, tous les habitants qui payent au roi moins de deux thang, c'est-à-dire qui ont moins de vingt thang en magasin, sont tenus d'offrir aux délégués trois écuellées (tok) de riz, chaque tok de trois livres (néel). Ceux qui payent plus de deux thang en sont exempts.

On voit donc que l'habitant pauvre^ dont la récolte est, par exem-

pie, de cinq thang, c'est-à-dire d'environ deux pikuls de 60 kilog. , paye un impôt très-lourd: un tau au roi, 1/2 tau aux Bakou, et tous les articles qui suivent jusques et y compris 1 angkâr chumnum ; si l'habitant a dix thang, sa charge est relativement plus légère; seules, la part du roi et celle des Bakou s'élèvent proportionnellement à son avoir. Et s'il a plus de vingt thang, il ne paye plusl'ângkàr chumnum, la part du roi seule suit la proportion du dixième, les autres articles restent fixes.

La tournée achevée, les trois délégués en font connaître le résultat au gouverneur. Celui-ci a droit au dixième de la part du roi. Il est à présumer que, dans la plupart des provinces, il a une source de produits en la mission de son délégué: celui-ci ayant sa part du riz de l'assemblée, des ligatures et pièces de coton prix du serment.

Le dixième du gouverneur prélevé, les neuf dixièmes restants sont à la destination de la capitale. Ici encore un nouveau dixième est prélevé pour les magasiniers. Ceux-ci, à leur tour, depuis quelques années, sont tenus de remettre au loûk veang, le dixième de leur part.

Le transport à Phnom Penh est complètement à la charge des contribuables, charge lourde pour beaucoup de provinces. On loue des hommes faisant métier de ce transport et qui, très-connus. Jouissent à juste titre de la confiance publique. Ceci n'est pas indifférent; s'ils s'enfuyaient, si le riz n'était pas versé à l'époque, il en résulterait de grands inconvénients pour le contribuable responsable. A ces porteurs les habitants des provinces quelque peu éloignées de la capitale donnent pour salaire une quantité de riz égale à celle qu'ils doivent transporter à Phnom Penh.

Une partie considérable de la récolte est exportée pendant les quelques mois qui séparent le commencement de la moisson de l'époque fixée pour la tournée du Mékâng. Le loûk veang afferme des douanes devant prélever le dixième sur ce riz qui échappe à la fixation de l'impôt. Le fermier de chaque province établit, oti bon lui semble, des postes dédouanes jusqu'au jour oti la tournéedu mékang est terminée.

Le gouverneur entretient un agent qui tient compte, pour mémoire, des recettes de ce fermier.

La province de Baphnôm, qui, avec celle de Pursat, est la plus productive en riz, est adjugée, pour ces douanes de trois mois, selon les années, de deux à trois mille thang, payables en nature ou en espèces suivant stipulation du Veang. Celui-ci a une part sur trois, du produit de ces douanes, les deux autres sont au roi.

Les Bakou, les Prea Vong, autrefois dispensés, payent maintenant l*impôt du riz. Les exemptions très-rares, délivrées parle Veang, sont présentées aux trois délégués par ceux qui en sont possesseurs, et dont les noms sont inscrits pour mémoire.

Par ce rapide aperçu de l'organisation du Cambodge, on peut juger de l'étendue et de l'importance des attributions du Veang actuel, particulièrement secondé par l'Akara Chenda, chef des secrétaires royaux.

Toutes ces attributions ne sont pas inhérentes à la dignité du Veang, et il est certain que le titulaire actuel en conserverait la plupart s'il devenait Chauféa, haute position qui lui paraît réservée. Exigeant et avare des deniers de l'État, doué d'une grande entente de tous les détails multiples de son administration, ce serviteur précieux pour le roi du Cambodge résume à lui seul au plus haut degré les qualités d'ordre, de régularité et aussi de prudente lenteur que, sous son impulsion, ses subordonnés apportent dans leur comptabilité financière. L'impopularité qui s'attache à tout, bon surintendant des finances ayant à surveiller la rentrée d'impôts onéreux, ne lui fait pas défaut d'ailleurs, et a, paraît-il, déjà arrêté une fois la volonté du roi de lui conférer la dignité de Chauféa.

i5« KAMLANG. - RACHAT DES CORVÉES.

Selon un usage très-ancien^ tous les hommes du peuple étaient répartis en forces [Kâmlang] des mandarins grands ou petits. Ils choisissaient comme chQÏ (Chauf ai, néey Kâmlang) n'importe quel mandarin à leur gré. Et étaient compris, dans le kâmlang d'un grand mandarin, outre les hommes du peuple qui l'avaient choisi personnellement, tous les kâmlang des mandarins inférieurs ses subordonnés. De sorte que les divers kâmlang venaient tous se fondre en quatre grands dont les chefs (chaulai) étaient les Châdô sedâm. Ces quatre kâmlang n'en formaient eux-mêmes qu'un seul reconnaissant le Chauféa pour chef. Ce premier ministre avait en outre son kâmlang particulier, formé des hommes qui Tavaient choisi lui-même et des kâmlang des mandarins sous ses ordres tels que les alahk.

Les mandarins suos dey, chargés des registres de la population et des corvées, demandaient les hommes aux grands chefs (chaufai). Ceux-ci ordonnaient aux chefs en sous-ordre (nééy) de lever des hommes selon l'importance de leurs kâmlang respectifs. Les corvées pouvaient durer jusqu'à trois mois par an.

Souvent les hommes du peuple {reas) apportaient à leur nééy kâmlang quelques présents en nature, tels que riz, poules, canards. Celui-ci en gardait une part et offrait les deux autres au chaufai. Beaucoup d'hommes du peuple, grâce à ces présents, échappaient aux corvées. Les gouverneurs, chargés en définitive d'assurer la levée des hommes de la province, voyaient dans cette opération une source de revenus assurés : les corvéables, autant que possible, cherchant à se racheter.

Depuis une demi-douzaine d'années, des modifications considérables ont été apportées à cette institution. Le kâmlang subsiste, mais il est personnel, ou tout au plus remonte aux chefs inférieurs. Ainsi les divers kâmlang des alahk entrent dans celui de l'akara Chenda, leur chef, mais ne viennent plus se fondre dans celui de l'Oknha veang, le chef supérieur. Les grands mandarins n'ont que leur kâmlang personnel.

Tous les trois ans, les catalogues de la population valide sont révisés. De Phnom- Penh, pour chaque province, part un délégué royal (achnha luong)^ accompagné d*un délégué des mandarins chargés de ces catalogues {bdmro'suos dey) et d*un délégué du suzerain de la province [bâmro' chaufai kâmnan khêt). Ces trois personnages se rendent chez le gouverneur de la province qui, après avoir pris connaissance de l'ordre royal (prea bâniûl), désigne, pour les conduire, Tun de ses sous-ordres (kromokar), connaissant bien la province.

Dans chaque village, lecture de Tordre royal est faite aii mé srok, qui en paye le prix ici fixé à un bat (pièce d^argent cambodgienne de quatre ligatures), une pièce de coton de cinq coudées, et deux bougies. Ensuite le mé srok prête serment de ne rien celer, de se conformer en toute sincérité à la parole du maître des existences. Tous les hommes du village sont convoqués au lieu oii est construit l'abri de l'envoyé royal. Il est pris note de leur nom, de leur âge, de leur condition : libre, esclave ou neak ngéar; et du mandarin, objet de leur préférence comme chef de kâmlang. De quinze à dix-huit ans et audessus de cinquante ans, ils sont inscrits pour mémoire; de même s'ils sont infirmes. Les hommes valides de dix-huit à cinquante ans sont les corvéables qui rachètent aujourd'hui la corvée moyennant vingt ligatures de sapèqups, plus deux ligatures pour le déchet ; en argent, dix piastres mexicaines pour trois hommes, ou une barre [nên) pour cinq. Les esclaves des mandarins en général ne payent pas. Ceux des hommes du peuple sont taxés à dix ligatures que leur maître paye pour eux ; ils sont inscrits dans le même kâmlang que celui-ci.

Les esclaves royaux héréditaires (pôl, neak ngéar) ne peuvent demander comme chef de kâmlang que leurs chefs (chaufai) particuliers. Les hommes libres {neak chéa) peuvent choisir entre tous les mandarins du royaume grands ou petits.

Copie du registre de la population inscrite du village est laissée au mé srok. La province entièrement parcourue, les trois délégués rentrent à Phnom Penh oii le gouverneur fait prendre copie des listes de sa province. Les catalogues de tout le royaume sont chez les suos dey, 011 les mandarins peuvent prendre connaissance de leur kâmlang respectif. Tous en ont, depuis le Presor Saurivong qui a près d'un millier d'hommes, jusqu'au dernier néey qui en aura trois, deux, un même, ne fût-ce que dans sa famille.

Chaque chef est responsable du payement de Timpôt des hommes de son kâmlang; il paye à leur place en cas de fuite ou de mort pendant les trois ans qui s'écoulent d'une révision à l'autre. Il est vrai qu'on lui laisse une part, généralement le -tiers, dix hommes sur trente, par exemple ; toutefois, il est à supposer que cette part varie suivant la position personnelle de ce mandarin.

L'argent du rachat des corvées n'entre pas dans la comptabilité financière de l'Oknha Veang et est employé à louer des ouvriers, à acheter des matériaux pour élever des constructions de toute espèce.

Toutefois les corvées ne sont pas entièrement rachetées. Selon les besoins présumés de la cour, chaque année sont désignées deux ou trois provinces dont tous les corvéables sont tenus de venir travailler ou de se faire remplacer. Ils ne peuvent éviter leurs trois jours de corvées à peu près complets : les registres étant nominatifs et bien tenus. Pour les habitants des autres provinces, il y aurait progrès si le rachat était effectif; mais nous avons quelques raisons de croire qu'ils ont, en général, de nombreuses corvées à faire, après avoir payé les vingt ligatures.

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