‹ Notice sur le CambodgeChapitre 8 sur 14 · EAU DU SERMENT · texte numérisé non relu

EAU DU SERMENT

La cérémonie qui consiste à boire l'eau du serment {phdk tuk sebât) a lieu deux fois par an, aux mois de Chet et Phâtrâbot, dans Une pagode de la capitale, généralement celle du Louk sang Kréech.

Pour la circonstance sont préparées de grandes jarres neuves remplies d'eau, près desquelles les bonzes récitent des prières pendant trois jours. Au jour fixé, tous les mandarins de l'intérieur de tous les sâmrap, tous les gouverneurs, les mandarins de l'extérieur, aussi ceux qui ne sont plus en fonctions, doivent se rendre à cette pagode, où sont portées les armes royales par les pages préposés à leur garde (Krômoseng) .

Lés Bakou invoquent les génies, récitent les formules inintelligibles qui leur sont propres, en agitant, à l'aide des armes royales l'eau préparée et bénite. Les mandarins entrent boire l'eau; d'abord les Khnâng Pos, puis les Châdo sedâm, les sdach Tranh, les mandarins à 9, 8, etc. pâhn, sans distinction de snmrap. Par petits groupes de trois, quatre, cinq, ils entendent un alahk réciter la formule du serment (satra pram théem). Ils en répèt :nt les paroles au fur et à mesure de la lecture, et des mains des Bakou reçoivent l'eau dans de petites tasses en bronze {sdmriet), métal auquel les Cambodgiens attribuent la vertu de donner force virtuelle aux paroles qu'a proférées la bouche^ ce qui dispense de s'inquiéter des rectrictions mentales, de la mauvaise foi de celui qui jure.

Après la cérémonie, la liste de tous les mandarins présents est dressée et remise aux ruon liiong qui sont, pour le sâmrap êk, le mâha tép et le mâha muntrey, pour le sâmrap tou, le thiréech vongsa appelé vulgairement réech ânsa, et pour le sâmrap trey le thiréech miintrejr.

Si un mandarin fait défaut, les ruon luong sont chargés de lui faire porter Teau et d'exiger de lui autant de dâm lâng, c'est-à-dire autant de fois seize ligatures que sa dignité comporte de pâhn.

Cette amende est partagée entre les ruon luong et le suzerain [chau- J'ai Kâmnân) du mandarin puni.

Si un mandarin, malade, prévient à temps, l'eau lui est portée à domicile ; il n'a rien à payer.

Pendant que les mandarins boivent à la pagode, au palais, dans la salle du trône, boivent l'obbain réech, l'obbarach et tous les princes, membres de la famille royale. La cérémonie a lieu exactement comme au dehors. L'eau est apportée de la pagode.

On sait que plusieurs corps de bâtiments sont pour ainsi dire coupés en deux par le mur qui^ sur toute la largeur du palais, sépare la partie de réception de la partie réservée. La salle du trône a ainsi une partie intérieure où le roi donne audience à ses femmes. Dans cette salle du trône intime boivent d'abord la prea voreechini, toutes les princesses, puis toutes les prea menéang, prea néang, et les saulek qui se groupent à quatre ou cinq pour un alahk. Sans doute, pour une grande partie de ces femmes, le serment de fidélité a ici une double portée, politique et conjugale.

A l'occasion de ces cérémonies, les gouverneurs font au roi des présents traditionnels par l'intermédiaire du mâha tép et du mâha muntrey. Ces offrandes sont proportionnelles au nombre de sahk. Par exemple, un mandarin à 7 pâhn offrira 70 krechas de riz (le krechas est une mesure pesant 4 livres cambodgiennes) ; 70 livres de coton ko (en annamite gôn) ; 70 livres de coton koka (autre espèce, gros arbre à belles fleurs rouges) ; 70 livres de safran [romiet] ; 70 livres de bois de teinture jaune (khnor, jaquier, ou klé, autre bois de teinture); 70 livres d'orties de Chine [khechey] ; 7 livres d'amandes de Thelok, pour faire de l'huile, 3 livres 1/2 de cire végétale {kremnon châmbâk)^ et divers autres présents tels que poules, canards, etc. Un gouverneur à 10 pâhn donnera 100 krechas de riz, etc., 5 livres de cire végétale.

La plus grande partie de ces présents ne s'offre qu'une fois dans l'année, généralement en Chêt. Alors, les mandarins qui ont rempli ce devoir n'apportent en Phâtrâbot que le riz, les canards, les poules.

Les gouverneurs font encore au roi des présents traditionnels de riz aux deux fêtes .^e Kâdak et de Méahk (voir fêtes et réjouissances)

i3° REVENUS.

Les revenus du royaume du Cambodge s'élèvent actuellemeni à

trois millions de francs. Ils peuvent être classés en quatre catégories selon le mode de perception.

La première catégorie, et la plue, importante, comprend les grandes fermes, adjugées annuellement, des douanes, de l'opium, des jeux, de la loterie, de quelques pêcheries. La douane prélève le dixième en nature ou en espèces sur toutes les marchandises apportées.

La deuxième catégorie comprend divers revenus qui ne sont pas affermés et que le roi fait percevoir par de petits mandarins que d'autres contrôlent.

Ainsi, les terrains cultivables en coton et en mûrier, qui ne sont autres que les rives du Grand-Fleuve et de ses îles, depuis les rapides jusqu'à Banam. Les lots sont mesurés par brasses (phiéem) courantes de rive ; leur profondeur n^est pas fixée et dépend de la nature du terrain. Des lots de 12 brasses sont adjugés jusqu'à 60 ligatures par an. La location est faite en mai et en juin par les petits mandarins, serviteurs personnels du roi, qui transmettent les listes aux alahk. Ceux-ci contrôlent ces listes et perçoivent l'argent, soit immédiatement, soit après la récolte en mars ou avril.

Les maisons en briques que le roi fait construire à Phnôm-Penh. Elles sont par lots ou quartiers de vingt compartiments à rez-dechaussée et étage. Le compartiment est loué de 12 à i5 piastres par mois, selon la position. Les alahk chargés de la location sont ici contrôlés par d'autres employés du palais.

La cote personnelle des Chinois et Annamites varie de 10 à 3o ligatures par an. Elle est également perçue par de petits mandarins du palais, contrôlés par d'autres, selon le choix du maître.

La troisième catégorie comprend certaines redevances, en nature, exigées de quelques provinces, tels que le fer de Compong Soai, le cardamome, la gomme-gutte. La rentrée est assurée par les soins des gouverneurs de ces provinces.

Ainsi, à Pursat, les habitants qui veulent aller récolter le cardamome en font la déclaration et apportent annuellement 20 livres (néel) de cette graine. S'ils ne peuvent, par suite de mauvaise récolte, ils doivent en livrer 40 l'année suivante.

Dans cette catégorie peuvent rentrer les présents que les gouverneurs offrent au roi (voir eau du serment), ainsi que les 10 coudées (hat) de toile de coton qui sont tissées par les familles des hommes du peuple qui sont exempts de corvées pour infirmités.

Dans la quatrième catégorie, nous placerons les revenus que le roi partage traditionnellement avec certains mandarins chargés d'en assu-

rer le recouvrement. La plupart de ces revenus (par exemple, plu sieurs pêcheries) sont affermées par les soins du mandarin qui, sur trois parts, en garde une et offre les deux autres au roi.

Dans cette catégorie sont deux impôts qui méritent une étude spéciale, par suite des particularités qu'ils présentent ; l'impôt du riz et le rachat des corvées.

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