‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 10 sur 25 · M. BAUDUS · texte numérisé non relu

M. BAUDUS

J'ai parlé, par occasion, d'un laïque de Cahors, M. de Laroche, que l'on peut regarder comme martyr de sa foi. — La ville de Cahors en compte un second, dont la vie et la mort sont trop précieuses aux yeux du vrai chrétien pour que je les passe sous silence.

C'est M. Hugues-Joseph-Guillaume Baudus, né en 1735, d'une des familles les plus distinguées de la ville. La vertu était comme héréditaire dans cette maison. M. Baudus, dont nous parlons, reçut une éducation très soignée. Ayant été fait lieutenant particulier du sénéchal de Cahors, il exerça cette charge avec l'intégrité d'un magistrat éclairé, prudent et désintéressé. Sa charité le portait à terminer à l'amiable les discussions qui divisaient les familles. Ceux même qu'il condamnait rendaient un si grand hommage à sa probité^ qu'il ne fut jamais soupçonné delà moindre partialité dans ses jugements. Ayant été nommé commissaire des prisons, qui étaient au nombre de cinq, il les visitait toutes chaque semaine. Il parlait de Dieu aux prisonniers, il priait avec eux; on eût dit qu'il était leur père; il ne se contentait pas de leur rompre le pain spirituel, il fournissait abondamment à tous leurs besoins; il ne s'accomplissait pas de bonne œuvre dans Cahors à laquelle il ne prit une grande part; il n'y avait pas d'association religieuse dont il ne fût membre ; bon époux, bon père, il élevait sa famille dans la crainte de Dieu ; sa vie était une prière continuelle : à la ville, à la campagne, en voyage, il s'entrete-

nait presque toujours avec Dieu. La compagnie même ne lui était pas un obstacle pour ce saint exercice. Tel était M. Baudus lorsque la révolution éclata; on pense avec juste raison que les ennemis de la religion et des gens vertueux ne le laissèrent pas tranquille ; il supporta tout avec patience, et même, afin de mieux se soustraire à tant d'avanies^ il quitta Cahors pendant un certain temps.

Lorsqu'on donna l'ordre de mettre en réclusion tous les suspects (sous ce nom on comprenait tous les amis de la religion et du roi), M. Baudus fut emprisonné comme tel. Quelque temps avant, il avait écrit à un ami, et, au bas de cette lettre, il le conjurait de prier pour le roi qui, venant d'être mis en jugement, courait de grands dangers. Cette lettre fut découverte par hasard dans une visite domiciliaire faite chez cet ami. Il n'en fallut pas davantage pour le dénoncer au comité de sûreté générale. Sur cette accusation, l'ordre fut donné de le traduire à Paris.

Il jugea bien que sa dernière heure était venue ; aussi il ne songea plus qu'à se préparer à paraître devant le souverain juge; il partit de Cahors le dimanche de la Trinité, 15 juin 1794.

M. Baudus comparut le 5 juillet devant le tribunal révolutionnaire. Le président ayant commencé, suivant l'usage, par lui demander son nom, il répondit comme les anciens martyrs : « Je suis chrétien ! » Le président lui ayant demandé son prénom, il continua sur le même ton et dit : — Catholique romain ! — Avez-vous, lui fut-il dit, aimé le roi ? — J'ai toujours, ajouta-t-il, reconnu en lui le fils aîné de l'Eglise ! — Bonhomme, lui observa l'un des juges, si vous répondez ainsi, l'on vous fera mourir. — Je ne crains pas la mort, dit avec fermeté M. Baudus, il n'y a que les lâches à qui cette crainte puisse empêcher de confesser la foi !

M. Baudus avait un neveu député à la Convention (Monmayou, de Cazillac près Lauzerte) qui, à la prière de tous ses parents, avait disposé les juges à l'absoudre pourvu qu'il niât avoir écrit la lettre qui formait le principal chef d'accusation.

Monmayou alla rapporter à son oncle ce qu'il avait fait en sa faveur. Celui-ci lui répondit qu'il ne pouvait pas mentir. Monmayou, après avoir beaucoup insisté pour combattre sa

tenace résolution qu'il traitait de ridicule, le laissa enfin, persuadé qu'il y serait assez déterminé par la crainte d'une mort prochaine; mais lorsque le président lui demanda s'il reconnaissait la lettre qu'on lui représentait : « Oui, répondit-il^ elle est de moi ! » Son neveu^ qui était présent, dit alors aux juges que ia frayeur de la mort avait fait perdre la tête à son oncle. M.lBaudus, l'entendant, repartit sur le champ : « Plût à Dieu que vous l'eussiez aussi tranquille que moi I » Il fut donc condamné à mort et exécuté le même jour, mourant martyr de la vérité, de la foi et de ia royauté. Le respectable, — j'ai dit presque le saint, — M. Rigal, dont nous parlerons plus bas, lui attribue, dans une notice sur sa vie, quelques guérisons miraculeuses.

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