‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 11 sur 25 · PRÊTRES MORTS A LA DÉPORTATION, EN RÉCLUSION, EN EXIL · texte numérisé non relu

PRÊTRES MORTS A LA DÉPORTATION, EN RÉCLUSION, EN EXIL

Si le récit de la mort des saints prêtres égorgés en haine de la religion nous remplit d'admiration et de respect envers ces héros du christianisme qui ont obtenu la palme du martyre, de quel œil regarderons-nous ces confesseurs qui^ abreuvés d'opprobres, traînés de prisons en prisons, chassés dans des terres étrangères, ont terminé leur honorable carrière par une mort plus ou moins cruelle, dans des ports de mer, sur des vaisseaux et surtout sous le ciel brûlant de la Guj'anne. Ils n'ont pas versé leur sang tout à la fois pour leur Dieu^ mais n'est-il pas vrai de dire qu'ils l'ont répandu goutte à goutte en suivant les traces de la sainte antiquité ? Leur mort ne doitelle pas nous apparaître comme un mart3Te d'autant plus glorieux que leurs supplices ont été plus prolongés ?

Le diocèse de Cahors compte un grand nombre de prêtres qui ont soulïert ce genre de martj^re dans les deux persécutions de 1794 et 98. Nous nommerons, dans l'ordre des dates de leur mort, tous ceux qu'on a pu savoir au juste être décédés à ces époques, et par suite de leurs souffrances.

Cependant nous mettrons à la tête de cette liste trois prêtres qui sont les seuls du diocèse de Cahors morts en déportation à Cayenne en 1798.

M. ALANIOU

Le premier est Pierre Alaniou, de Frayssinet-le-Gêlat, prêtre attaché au Chapitre de Cahors. Il avait été déporté en 1793 à Blayes et ensuite sur un vaisseau. Il y avait éprouvé les soufifrances communes à tous les prêtres qui avaient subi le même sort, et dont les mémoires du temps font une si horrible peinture. Après sa délivrance, il revint dans son diocèse où il exerça le saint ministère avec une ardeur proportionnée aux

besoins de l'Eglise, jusqu'au 18 fructidor ou 4 septembre 1797. Son zèle l'ayant rendu odieux aux révolutionnaires, ils cherchèrent alors à se saisir de sa personne. Il se réfugia dans un asile champêtre ; il y fut surpris et on l'amena à Cahors, d'où il fut bientôt envoyé à Rochefort^ avec un autre prêtre, pour être déporté à la Guyanne et avec deux autres détenus, conduits à Périgueux pour être fusillés. Après la première journée de chemin, on l'attacha comme un malfaiteur. 11 ne put retenir ses larmes à la vue du collier de fer qu'on voulait lui mettre ; cependant la religion lui faisant surmonter la nature, il reprit presque aussitôt courage en se rappelant la première strophe de l'hymne des vêpres de St Pierre-aux-liens, tirée de Santeuilj et qui commence ainsi : Qui christiano gloriantur nomine, œnea frustra vincla captivos tenent ... Alors il baisa ce collier et se crut heureux d'avoir quelque ressemblance avec son glorieux patron; il aurait pu s'évader dans la route comme fit le prêtre qui était avec lui ; mais il ne voulut pas abandonner les deux autres détenus conduits à Périgueux, auxquels il prodigua tous les soins de la religion pour les aider â bien mourir. Arrivé à Rochefort, après être resté quelques jours en prison (à St-Maurice), il fut embarqué le 1" août 1798 sur la frégate la Bayonnaise, mais il ne put résister aux fatigues de la traversée et aux tourments de cet espèce de cachot où il était enfermé. Il mourut le 4 septembre 1798, avant d'arriver à Cayenne, comme l'attestent J. J. Aimé (Guillon), qui l'appelle Allagnon, et L. A. Pitou, qui lui donne le nom d'Allagon, dans leurs Voyages à Cayenne. — Le corps d'Alaniou fut privé des honneurs de la sépulture, ayant été jeté à la mer.

M. LAFAURIE

Jean Lafaurie, de Flaugnac, vicaire de Flottes, eut le malheur de prêter le serment à la constitution civile du clergé au commencement de nos troubles et de persister pendant longtemps dans le schisme. Déchiré par les remords de sa conscience et ramené à Dieu par l'horreur des crimes si affreux et si multipliés que la révolution avait enfantés, il se rétracta enfin et tâcha de faire rentrer dans le sein de l'Eglise tous ceux qu'il avait pu pervertir par son mauvais exemple ou par ses conseils.

Il s'était caché pour éviter la persécution du 18 fructidor; mais il fut pris, conduit à Rochefort et embarqué sur la corvette la Bayonnaise le 1«' août 1798, qui le déposa sur la rive de Cayenne le dernier jour de septembre. De là onl'envoj^a de suite dans le désert de Synnamari qui bientôt introduisit la peste dans ses veines. Les progrès en furent lents et paraissaient vaincus par sa robuste constitution, lorsqu'une cruelle dyssenterie vint se joindre à cette première cause de mort. Les vers eux-mêmes voulurent avoir part à la destruction de cet ecclésiastique. A demi dévoré par eux et dans le plus misérable état de dépérissement, il fut porté à l'hôpital. C'était le porter au tombeau. Il y mourut en effet le 7 février 1799, à l'âge de 56 ans.

M. CAILHAT

Calixte Cailhat, de Lauzerte, eut le malheur de se laisser entraîner dans les erreurs de la révolution : il prêta le serment et fut quelque temps curé intrus. Il avait été choisi pour administrateur du département du Lot, tant il avait montré de dévouement au nouvel état de choses ! Néanmoins il se conduisit dans cette charge avec humanité, l'on peut même dire en honnête homme, ce qui le fit regarder de mauvais œil par les Jacobins. Ayant reçu la commission de réformer la gendarmerie du département, il fut accusé auprès du Directoire, après la réaction du 18 fructidor, d'avoir favorisé dans cette opération le parti royaliste. Des ordres furent immédiatement donnés pour le déporter ; en conséquence, il fut arrêté à Lauzerte, conduit à Cahors, et de là à Rochefort pour être embarqué avec autres 192 personnes dont plusieurs étaient prêtres. La frégate la Décade^ qui devait porter tant de victimes à la Guyanne, partit de Rochefort les premiers jours d'avril 1798 et arriva à Cayenne le 7 juin suivant.

M. Cailhat, ayant fait un retour sur lui-même et ayant horreur de sa faute, rétracta son serment au moment où il allait partir pour la Guyane. Trop heureux d'avoir ainsi pu réparer tant de scandales dont il s'était rendu coupable en abandonnant la religion par le renoncement entier à ses fonctions de prêtre. Nous avons cru devoir insérer dans cette notice cette rétractation littérale, comme un monument de la grâce, qui retire du

plus profond des abîmes les élus que Dieu a laissés égarer pour mieux faire éclater sa miséricorde, mais les ramenant à lui toujours par les épreuves les plus rudes et par les afflictions les plus grandes :

« A bord de la frégate la Décade, en pleine mer, le 25 avril

» Je soussigné, prêtre du diocèse de Cahors, déclare, devant » les supérieurs ecclésiastiques de mon diocèse, que je rétracte » le serment ou adhésion que j'ai prêté à la constitution civile » du clergé. Je me repends d'avoir accepté et occupé des pla- » ces, en vertu de cette même constitution; j'en demande » sincèrement pardon à Dieu; je désire que la présente décla- » ration que je fais au moment où je vais être déporté à la » Guyane, soit connue de ceux que j'ai dirigés pendant le » temps que j'ai préféré mon opinion particulière à celle des » évêques de France et aux décisions du Saint-Père. Je désire » pareillement qu'elle soit connue de ceux que ma conduite a » scandalisés à la même époque. J'espère que, moyennant ma » pénitence, Dieu pardonnera à mon égarement. »

Signé : Calixte CAILHAT.

Arrivés à Cayenne^ la plupart des déportés se trouvèrent réduits à la plus affreuse misère ; les habitants du pays vinrent au secours de ces malheureux en leur offrant un asile et de la nourriture.

M. Cailhat fut placé chez un colon d'Approuague^ qui le traita avec générosité ; mais il n'y avait pas de refuge assez assuré contre les fléaux du climat; Calixte Cailhat ne put lutter plus longtemps; il mourut en octobre 1798, à l'âge de 36 ans.

Prêtres morts à la déportation

Les prêtres du diocèse de Cahors qui furent déportés ne 1793 (il faut noter qu'on déporta tous ceux qui n'avaient pas atteint l'âge de 60 ans) furent d'abord conduits à Bordeaux au fort du Hâ pour la plupart; d'autres à Blayes, d'où on les transporta sur des vaisseaux. Nous allons donner la liste des prêtres morts dans ces différents endroits pendant les années 1774 et 1775. Mais avant nous citerons quelques fragments d'une Ion-

gue lettre écrite deBlayes^ le 9 octobre, par M. Alaniou^ dont nous avons déjà parlé, afin de se former une idée des souffrances qu'endurèrent en ces tristes prisons les confesseurs de la Foi, dont nous voulons mentionner la mort.

« De la citadelle de Blayes, 9 novembre 1794.

» Malgré le poids de mes chaînes, je prends la plume pour » m'adresser à vous comme à une personne de confiance. Vos » sentiments religieux ont banni de mon âme toute crainte... »

Ici il rend compte d'une visite faite, le P"" août, dans leur prison, par le comité de surveillance de Blayes, qui dura depuis dix heures du matin jusqu'à huit heures et demie du soir, et dans laquelle on leur enleva tous les livres, bréviaires^ images, croix, chapelets, brisant et profanant tout avec des blasphèmes exécrables, tandis qu'on les avait consignés dans la cour, exposés à un soleil ardent toute la journée; puis il ajoute :

« Quant à notre manière d'être, la voici en peu de mots : On » ne nous a fourni, depuis près de seize mois, qu'environ deux » onces de pain par jour; il est vrai de dire que, depuis le » 4 août, on en a donné le double à ceux qui ont voulu tra- » vailler cinq heures, et quatre mois après, on a ajouté autres » 4 onces, ce qui fait une demi-livre pour ceux qui travaillent » les dites cinq heures. Jugez comme nos vieillards ont dû » être et sont en souff'rance ; néanmoins, à prix d'argent, on » leur en a procuré un peu de celui des soldats qui le vendent » tantôt à raison de 10 sols et quelquefois à 20 sols la livre. » Ces jours-ci, plusieurs centaines de nos confrères ont été » mis sur des barques à Bordeaux; malgré notre proximité, » nous n'avons pas encore pu savoir leur destinée. Cent » quinze qui sommes ici, ni nos confrères qui sont au Pâté, » fortification qui se trouve située au milieu de la rivière, » n'avons encore été prévenus de rien.

» Ces derniers ont souff"ert tout ce qu'on peut imaginer ; » couchés sur du foin devenu presque du fumier par la pluie » qui coule des voûtes, ils sont dans des casemates obscures où » l'on ne voit rien en plein midi qu'à la lueur des flambeaux. » De l'aveu de tout le monde, ce n'est pas un lieu propre même

» à loger des chevaux, et les prêtres y sont depuis cinq mois » dévorés par la vermine.

» Le séjour du fort du Hâ n'a pas été plus favorable à nos » autres chers frères. Plus de cent y sont morts d'une épidémie » terrible et la mortalité continue à y faire d'affreux ravages. »

Après avoir exprimé la part qu'ilprend, ainsi que ses frères, à l'affliction profonde qu'éprouvent les fidèles serviteurs et servantes de Jésus-Christ qui sont à Cahors et les avoir remerciés des secours qu'ils ont tâché de leur envoyer, M. Alaniou termine sa lettre par ces sublimes paroles qui nous prouvent bien que la religion chrétienne fait des héros dans tous les temps ;

« Sans doute que Dieu, qui est un bon père, après nous avoir » châtiés pour notre salut, vous rendra vos pasteurs pour ne » pas vous laisser errer incertains. Nous avions mérité le chà- » timent qui nous est infligé; mais plus il est cruel, long et » sensible, plus il augmente nos espérances.

» Que nos cœurs gémissent sans cesse, que nos yeux fondent > en larmes, que nos mains soient continuellement dirigées » vers le ciel, nous ferons violence à Celui qui l'a créé pour y » fixer notre demeure et nous verrons le calme succéder à la » tempête î »

En 1794, moururent au fort de Hà, MM. :

Martin, de Cahors, prébendier du Chapitre de Cahors.

Auricoste, curé d'Escamps.

Beaufort, curé de Concorès.

Bessières, curé de Saugeac et Montbrun.

Bessières, Cyrille, (grand) Carme.

Besson, curé de St-Germain.

Boyer, de Marminiac, vicaire de Concorès.

Bufïan, Jean, de Grézels, curé de Cavagnac.

Delsol, curé de Mérignac-le-Franqual (c"*^ de Roc-Amadour, canton de Gramat).

Chaboissié, de St-Etienne d'Auvergne^ chartreux de la maison de Cahors.

D'Auterive, bénédictin, né cà Figeac.

Escalié (Père Martin), récollet, de Sales.

Antoine Fouillac, de PadiraC; chanoine de Roc-Amadour.

Lacombe, de Caussade, prébendier de St-Anton;n.

Larribe, de Sousceyrac, curé de Frayssinhes.

Gabriel Marep, de Gramat, curé de St- Amans.

Mazet, de Cavagnac, curé de St- Amans de Molières.

Sylvestre, de Cavaillon (Provence), curé de Lentillac du Causse.

Yiscam, de Cahors, curé de Mondoumerc.

M. Alaniou, dont j'ai parlé et qui était détenu à Blayes, dit, dans une lettre datée du 9 novembre 1794, que dans un rien de temps il était mort au fort du Hà plus de cent prêtres d'une épidémie terrible; il ajoute qu'à l'époque où il écrivait, la mortalité faisait toujours des ravages.

En 1794, furent enfermés au fort du Hà et de là conduits à l'hôpital St-André où ils moururent, MM. :

François Cambon, de Cahors.

Hugues Vibeau, de Cahors.

En 1794, furent arrêtés et conduits à Rochefort, puis embarqués sur les Deux Associés, où ils périrent, MM. :

Jacques Poujol, né à Cassoulès, vicaire de Lherm.

Mathieu Poujol son frère.

En 1795, périrent à Blayes sur les vaisseaux Le Gentil et Le Républicain, MM. :

Pouzoulet, curé de Ganic.

Souradou, curé de Payrac.

Veyssières, curé de Ville-Brumat.

Delvert, de Martel, curé de Strenquels.

Larnaudie, de Dégagnac, curé de Fargues.

Ce vénérable prêtre fut toujours la consolation et l'exemple de ses confrères : « Vous avez tort, disait-il un jour à quelquesuns d'entre eux, de vous chagriner. Les hommes auront notre corps, mais Dieu aura notre àme. » Étant sur le point de mourir, il étendit ses bras vers le Ciel et prononça ces paroles remarquables : « Bon, je ne pécherai plus ! »

En 1795, François Gayet, né à Sept-Fonds, en Quercy, arrêté, conduit à Bordeaux, enfermé dans l'ancien couvent des Catherinettes, eut tellement à souffrir dans cette prison, qu'il ne put y résister et rendit son âme à Dieu le 19 janvier 1795.

Les cinq prêtres dont les noms suivent moururent sur le vaisseau Le Washington, étouffés par l'odeur du goudron qu'on faisait fondre pour purifier l'air, mais sans prendre la moindre précaution.

MM

Géraud Pébeyre, vicaire de Boissières, (né au Roc.)

Delile, (de Cazoulès), vicaire de Lherm (c'est Bouyol de Tlsle).

Delile cadet.

Gignoux^ de Moissac, doctrinaire.

Constans, (né à Fajoles, ou plutôt neveu du curé de Fajoles.)

Ce qui est à remarquer sur ce dernier ecclésiastique, c'est qu'avant la persécution il avait tenu une conduite très repréhensible^ ce qui avait dû inspirer des craintes sur sa persévérance dans la foi. Néanmoins, la grâce toute puissante, qui conduit les élus, le soutint au milieu des plus rudes épreuves et lui fît trouver douces toutes les souffrances qu'il eut à endurer, jusqu'à ce qu'il consomma son sacrifice, à l'âge de 33 ans, étant rempli de joie de pouvoir mourir pour Jésus-Christ, en expiation de ses péchés.

A la fin de 1795, moururent au port de Brouages, en débarquant, ou bientôt après avoir débarqué^ MM. :

Delbourg, (de Figeac), curé de Planioles (le 16 octobre 1795).

Delbourg, dominicain^ frère du précédent.

Guillaume Bosc, (de Beaumont), cordelier, gardien du couvent de Gourdon.

Cugnac, (de Dégagnac)^ vicaire de Scelles"(mort à Rochefort).

Jean-Pierre Fraysse, (de Gourdon), lazariste (mort à Marennes).

En 1798 mourut, déporté à l'île de Ré^ M. Bessières, curé de Sept-Fonds ; il pouvait éviter la déportation en se servant de l'extrait de naissance de son frère, qui avait plus de 60 ans, tandis que lui n'en avait que 59; il rejeta ce moyen comme indigne d'un chrétien et d'un prêtre.

Prêtres morts en exil, surtout en Espagne

MM

Pons, Charles Fontalbe de Bécave, neveu de celui dont nous parlerons plus bas^ curé de Floressas. Il raourut martyr de la charité à Saragosse, en servant dans les hôpitaux.

Courréjols, de Mercuès, curé de Vers,

Barbance, curé de Lafrançaise.

Ces deux curés étaient très distingués dans le diocèse par leurs talents, leurs vertus et le grand bien qu'ils avaient opéré dans leurs paroisses.

Calmette, de Goujounac.

Méric, curé de Varaire.

Estang, de Lauzerte.

Laplagne, de Martel.

e^ardes, de St-Projet.

Yayssières, de Sauzet,

Tillol^ (de Cazoulès), mort à Valladolid en assistant les prisonniers français.

Foreil, de Moissac.

Pomier, de Vers.

Mary, de St-Romain.

Capin^ curé de Bénèche.

Teyssier, chanoine, de Montpezat.

Meyriguet, idem .

Lapeyre, curé de Gagnac.

Pélissier.

Carbes.

Rouzet.

Hébray, de Gourdon, curé de Milhac.

Les Savary de Cahors : quatre de la même famille.

Brousse, de Lauzerte.

Deloncle, de Cournou, sulpicien.

Faurie, de Bétaille.

Lacassagne.

Solacroup, de St-Germain.

Foissac, curé de St-Laurent.

Ruamps, de (St-Pantaléon), vicaire de M. Foissac. 11 mourut d'une maladie qu'il prit en soignant son curé.

Prêtres morts en réclusion au Grand-Séminaire en 1794-1795

MM

Austrui, curé de Crégols.

Battut, curé de St-Jean-Lespinasse.

Bonhomme, chanoine, de Puylaroqiie.

Florentin, de Payrac, capucin.

Gamel, (de Mercuès), curé de Nuzéjouls.

Gaston, de Montauban.

Goudal, de Caniac, prieur de Scelles.

Lacroix, (de Baladou), curé de Mézels.

Magot, de Vialolles, carme déchaussé.

Marep, Bernard, (de Gramat), curé de St-Avit.

Marconié, (de Bruniquel), curé de Cos.

Pailhas, de St-Cérè.

Pons, de Oahors, curé de Lalande.

Rossignol, (de Montfaucon), curé de Fontanes, près Gramat-

Taillade, de St-Germain, prébendier de Cahors.

Tissandié, (de Cahors), curé de Touffaille.

Teulié, de Figeac.

Verdès, (de Bétaille), curé de Cuzance.

Périé, curé de Ste-Afïre, se tua en cherchant à s'échapper de prison la nuit qui devait précéder son supplice.

Bosc, de Moissac, mort dans une cache (cachette), trouvé tout entier en 1803.

Est mort encore au Grand-Séminaire :

M. Belvèze, de Montauban, que nous plaçons ici à dessein pour dire quelque chose de cet édifiant ecclésiastique.

M. Belvèze avait été juge criminel au présidial de Montauban. Ayant condamné un coupable à la peine de mort, son àme sensible en éprouva une telle douleur, qu'il renonça à sa charge. Il fut promu aux saints ordres par dispense du Saint-Siège et pourvu d'un bénéfice au chapitre de Montauban.

Après la malheureuse affaire du 10 mai 1790, M. Belvèze ne vit dans les révolutionnaires battus et incarcérés, que des hommes malheureux et fit porter des matelas à tous.

Malgré cette charité si compatissante, malgré sa douceur et

sa prudence, on ne put lui pardonner son refus constant de communiquer avec les intrus et de prêter le serment de liberté et égalité. Il fut donc conduit en réclusion à Cahors^ où il fut un objet de vénération pour ses confrères à cause de sa tendre piété et de son ardente charité. Ce fut cette dernière vertu qui le porta à s'élever au-dessus d'une crainte extrême qu'il avait de célébrer le saint sacrifice par habitude, ce qui était cause qu'il ne disait la sainte messe qu'une ou deux fois la semaine. Car voyant des confrères en proie à de pressants besoins et n'ayant pas de ressources pécuniaires pour les secourir, il se résolut à célébrer tous les jours à la décharge des confrères les plus nécessiteux.

Nous tenons de bonne source deux traits trop remarquables arrivés au Grand-Séminaire pendant la réclusion pour que nous n'en fassions pas mention en cet endroit.

Dans une de ces visites multipliées si souvent, pour enlever aux reclus les objets qu'il ne leur était pas permis degarder^on les fit tous descendre dans une cour, et, après les avoir tous fouillés avec la dernière indécence, on les prenait un à un pour aller visiter leurs chambres.

Le Père Ambroise Pélatié, capucin, dit à M. Malrieu, prieur de Calvignac : « Priez Dieu pour moi, je serai guillotiné de- » main. Je composais un discours à prêcher au rétablissement » de la religion et du trône ; j'ai déjà fait l'exorde, je l'ai ou- » blié sur la table . »

M. Malrieu lui dit : « Faites un vœu à la Sainte-Famille, et » livrez- vous à la Providence. . . »

Le Père Ambroise se recueille un instant, fait le vœu indiqué et le sacrifice de sa personne ; on l'appelle pour visiter sa chambre, et comme on ouvre la porte, le vent enlève la feuille de papier qui était sur la table ; elle passe par la fenêtre, les persécuteurs la suivent des yeux, mais, en voltigeant, elle va tomber dans un puits qui était recouvert par un hangar. Une circonstance si extraordinaire, quoique naturelle en ellemême, ne laisse pas de surprendre et peut être regardée, à juste titre, comme tenant du phénomène pour ne pas dire du mirace.

Le second trait à citer est celui-ci :

Un jour, on vint fouiller les prêtres pour leur enlever tout ce qu'ils avaient d'or ou d'argent. Il y avait trois chefs qui présidaient à cette spoliation : Witton, général de l'armée révolutionnaire ; Filsac, secrétaire général du département, et Valette, surnommé Marat, de Douelle.

Un respectable ecclésiastique, nommé Vernède, natif de Cahors, leur remit, quand on fut à son tour^ sa montre, ses boucles de souliers, et deux écus de six livres qui composaient tout son avoir pécuniaire. Malgré ce généreux dépouillement, on le fouille et on trouve sur lui un reliquaire d'argent du poids de 20 à 30 sols, dans lequel était une relique de la vraie Croix. Alors les spoliateurs accablent d'injures le vénérable reclus, le traitant d'accapareur d'argent.

« Messieurs, leur dit modestement le saint prêtre, je ne » croyais pas nuire à la nation en retenant un reliquaire de si » peu de valeur; mais puisque vous le voulez, permettez-moi » d'ôter la relique qui est de la vraie Croix. »

Aussitôt il ouvre le reliquaire, dépose sur sa main la précieuse relique et leur livre ce qu'ils désirent avec tant d'avidité. Un de ces impies, frappant rudement sous la main de M. Vernède^ fait tomber à terre le bois sacré et le foule aux pieds, de manière à ce qu'il fut impossible de le retrouver. Le saint prêtre, indigné de la conduite de l'impie profanateur^ lui dit avec un ton prophétique :

« Scélérat ! tu foules aux pieds le bois sacré sur lequel tu as » été racheté ! Dieu se vengera !... »

« A la guillotine ! » dit un second ; « allons-nous-en ! » dit un troisième.

Eh bien, celui qui avait profané la sainte relique mourut peu de temps après, c'était Witton; le second, Filsac, qui avait dit « à la guillotine ! », subit ce supplice dans moins de deux mois, et l'autre, Valette, a vécu longtemps; Dieu ne l'a puni de ses crimes révolutionnaires que par la perte d'une fortune honnête dont il avait hérité d'un père probe et bon chrétien.

La liste des prêtres victimes de la Révolution, que nous avons énumérée plus haut, en renferme un grand nombre;

cependant elle ne contient pas les noms de tous ceux qui ont péri dans les divers endroits indiqués. A une époque où l'on poursuivait les prêtres avec tant d'acharnement, il était difficile de savoir le lieu de leur retraite. D'ailleurs, ne pouvant y avoir de communication qu'avec beaucoup de dangers, plusieurs ont péri sans qu'on ait pu avoir des renseignements sur leur compte.

Tous ces prêtres que nous avons mentionnés se sont montrés dignes de la cause pour laquelle ils combattaient. Ils ont tous fait paraître le plus grand courage, la plus grande patience et même la plus grande joie. Semblables aux premières colonnes de l'Eglise dont ils suivaient si glorieusement les traces, ils se réjouissaient d'avoir été trouvés dignes de souffrir pour Jésus- Christ.

Les bornes que nous nous sommes prescrites ne nous permettent pas d'entrer dans le détail des vertus chrétiennes et sacerdotales qui, en général, avaient rendu recommandables ces saints confesseurs de la Foi avant la révolution.

Cependant, avant de terminer cet article, nous ne pouvons nous empêcher de dire quelque chose de M. Ayroles, à cause du rang qu'il a tenu parmi les prêtres du Quercy dans nos désastres.

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