‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 12 sur 25 · M. AYROLES · texte numérisé non relu

M. AYROLES

Paul Ayroles naquit au hameau de St-Chignes, paroisse de Saignes. Il se distingua, dans le cours de ses études, par un génie rare, une application soutenue et une piété extraordinaire. Il acquit de grandes connaissances dans le dogme et dans ia morale, dans le droit civil et canonique et même en médecine. Ayant été ordonné prêtre en 1755, et l'année d'après fait curé de Reyrevignes, il fut un modèle de toutes les vertus sacerdotales, mais il eut surtout un zèle ardent pour le salut des âmes et une charité tendre qui le porta à se dépouiller de tout pour soulager les pauvres. Il fut doué d'une douceur qui lui gagnait tous les cœurs. Enfin il eut une pureté et une austérité de vie qui paraissaient être au-dessus des forces de la nature.

Tant de vertus devaient nécessairement rendre M. Ayroles agréable à Dieu et aux hommes. Aussi, lorsque le clergé du diocèse de Cahors s'assembla pour élire ses députés aux Etatsgénéraux, son seul mérite le fit nommer le premier à une grande majorité, quoiqu'il ne fut pas présent aux élections. Il fut très affligé du choix que le clergé avait fait de sa personne. Il se rendit aussitôt à Cahors pour demander à Monseigneur l'Évêque son avis. Il lui dit qu'il ne partirait pas pour les Etatsgénéraux sans un ordre de sa part. « On ne commande pas, » répondit Mgr de Nicolaï, aux hommes de votre mérite ; mais » puisqu'il faut en venir là, je vous l'ordonne. » — « Eh bien ! » dit M. Ayroles en se jetant à ses genoux, je vous demande » votre bénédiction. »

Il partit bientôt après^ quoique à regret, prévoyant tous les malheurs qui allaient peser sur la France. Arrivé à Paris, il se lia avec les chefs du bon parti : l'abbé Maury^ les évêques de Clermont, d'Amiens, d'Aix, etc. Lui-même se distingua dans ce bon parti par sa fermeté, son courage et l'ascendant de ses vertus. Il passait pour un saint. Aussi le trop fameux Mirabeau, n'ayant rien de solide à répondre à un argument insoluble que faisait M. Ayroles sur la liberté de penser et d'écrire, l'appela^ pour faire diversion, la sainte relique du Quercij. Son bon mot put faire rire, mais il n'en était pas moins un hommage rendu à sa haute piété.

M. Ayroles, ne consultant que son devoir, ne fut jamais effrayé par les menées du mauvais parti; il défendit toujours avec chaleur la cause du trône et de l'autel. Il fut un des trois qui demeurèrent à la séance depuis le matin jusqu'à 10 heures du soir, le 5 octobre, à Versailles. Il refusa le serment à la fameuse séance du 4 janvier 1791 et fut un des 285 qui protestèrent contre tout ce qu'avait fait l'Assemblée constituante jusques au 14 septembre 1791.

Il apprit, étant encore à Paris, qu'on avait mis un intrus dans sa paroisse. Tremblant pour le salut des âmes confiées à ses soins, il était impatient de quitter la capitale, ce qu'il fit aussitôt que l'assemblée eut terminé ses opérations. 11 se rendit à Figeac d'où ressortait sa paroisse, alla voir ceux à qui l'autorité était confiée et leur dit avec fermeté : « Je vais à ma

» paroisse; si on vous dit que je défends d'aller à la messe de » l'intrus, je l'avoue par avance; si vous n'êtes pas contents, » faites-moi mettre à la lanterne. »

M. Ayroles revint en effet à Reyrevignes, mais, quelque temps après, il fut obligé de se retirer dans sa famille pour éviter de plus grands malheurs. L'ordre ayant été donné de mettre en réclusion tous les prêtres insermentés, il alla se cacher en Auvergne.

L'année suivante, ayant demandé un passe-port pour se rendre en réclusion dans son département, parce qu'on menaçait de mort tout prêtre qui n'obéirait pas à celte loi, on lui fit la question s'il était prêtre; il répondit sans hésiter qu'il avait le bonheur de l'être. Sur son aveu^ on le mit en prison ; bientôt après il fut conduit en réclusion à Clermont où il se distingua tellement par ses vertus que les prêtres de cette ville, déportés à Bordeaux, disaient à ceux du Quercy qu'ils leur avaient donné un saint. Il s'occupa de la médecine pendant qu'il resta à Clermont. Il était surtout habile à guérir le mal d'yeux. L'autorité lui avait permis d'exercer son art dans la ville. Il profita de la permission pour gagner des àraes à Jésus-Christ. Enfin il mourut le 20 juin 1795, veille du jour où la liberté fut donnée aux prêtres. On le trouva couvert d'un cilice.

Parmi les prêtres qui ont éprouvé de grandes soufi'rances pour la foi pendant la révolution et qui ont survécu à cette terrible catastrophe^ trois surtout méritent de trouver place dans cette notice, à cause qu'ils ont rendu beaucoup de services au diocèse de Cahors et que leur mémoire y est en bénédiction.

M. DE bp:cave

Le premier est Charles Foatalbe de BJcaoe, né en 1730 d'une famille très noble et très ancienne. Ses parents étaient seigneurs de Sérignac, du Bosc, de St-Cirq et de Varaire. Il fit ses études au Séminaire de St-Suîpice. Aussitôt qu'il fut prêtre, Mgr Duguesclin, évêque de Cahors, le nomma grand vicaire et lui donna un canonicat Tannée suivante; il fut fait grand archidiacre en 1736. Il avait tellement gagné la confiance

du Chapitre, que toutes les fois que le siège vaqua il fut choisi pour administrer le diocèse et il remplit toujours cette charge avec tant de bonté, que tous les prêtres l'aimaient et le regardaient comme leur père.

Il mérita surtout ce titre ~par rapport aux jeunes prêtres depuis l'an 1770; car alors il fut chargé seul du placement des vicaires et il s'en acquitta toujours avec tant de prudence et de bonté, qu'en avançant les intérêts de la religion il ne fit jamais de mécontents.

Il agissait avec cette même affabilité, qui a été son caractère distinctif, envers les fidèles de toutes les classes qui s'adressaient à lui.

Lorsque la révolution commença et que levêque intrus avec quelques prêtres eurent pris la place du Chapitre, il fut chargé par Mgr de Nicolaï de gouverner le diocèse, lui-même étant trop infirme pour remplir cette charge dans un temps si orageux.

Mgr l'évêque étant mort en 1791, le Chapitre qui s'assembla dans le plus grand secret, l'élut pour administrer le diocèse, et bientôt le pape Pie VI le nomma vicaire apostolique. Dans le laps de temps qui s'écoula jusqu'à cette nomination^ il fut cité plusieurs fois à la Commune pour rendre compte de sa conduite devant les officiers municipaux. Il obéit toujours, mais toujours ses réponses furent dignes d'un gentilhomme et d'un ministre de l'Evangile, joignant l'air noble du chevalier à l'humble douceur du disciple de Jésus-Christ. C'est à la suite d'une de ces réponses pleines de fermeté qu'un des officiers municipaux lui ayant reproché qu'il était bien fier, M. de Bêcave, son ancien bienfaiteur, lui dit : « Il n'y a pas longtemps » que j'aurais pu l'être, sans que vous eussiez osé me le dire^ » et vous savez que je ne l'étais pas. »

Lorsqu'on porta la loi qui ordonnait de mettre en prison tous les prêtres insermentés, M. de Bécave fut reclus avec plus de 300 dans l'édifice du Grand-Séminaire. Il fut la consolation et le soutien de toutes ces malheureuses victimes; il y eut à souffrir plus que tout autre, parce qu'il était regardé comme le chef d'eux tous. Dans les recherches qu'on faisait, c'était à lui qu'on en voulait principalement. C'est dans une de ces avanies

si multipliées à l'égard de tous les prêtres, qu'il fit une réponse non moins belle que celle qui a été rapportée plus haut. Des commissaires étant venus à la maison de réclusion pour dépouiller les prêtres de leur argent, M. de Bécave, appelé le premier, répondit à la demande qu'on lui en fit qu'il n'en avait pas. « Le jurerais-tu ? > lui dit un des commissaires. « Vous

> savez, répliqua M. de Bécave, que je suis ici pour avoir » refusé un serment, croyez-vous donc que je serai aujourd'hui » plus facile à en prêter un en matière aussi légère et à la » réquisition d'un homme qui n'a point autorité pour me le

> demander ? » M. de Bécave était en effet sans argent et se trouvait dénué de tout.

Dans le temps qu'il était en réclusion, il éprouva un genre de persécution trop singulier et où il montra trop de sang froid et de dignité pour ne pas en parler.

Un beau jour, il prit fantaisie au régicide Taillefer, alors en mission à Cahors, de faire amuser le peuple en avilissant la religion et le royalisme. Il fit dresser la guillotine sur la grande place de Cahors, fit sortir de réclusion plusieurs jeunes gens qu'il habilla en gardes-du-corps et les plaça autour du fatal instrument, fit mettre sous le couteau un particulier qui parodiait le roi. Tout cela étant ainsi disposé, on conduisit le vénérable M. de Bécave portant sur ses épaules cet écriteau : Grand aumônier de France, et il fut donné en spectacle au peuple. On s'attendait à ce que le dénouement de cette scène serait tragique, d'autant que le matin on avait exécuté une personne et que les Jacobins, passant dans les rangs de la garde nationale, leur soufflaient de demander sa mort. Cependant M. de Bécave en fut quitte pour ce seul opprobre, qui lui fut glorieux par la noblesse, le courage et le calme qu'il fit paraître. Il fut reconduit au Séminaire où les prêtres ne l'attendaient plus.

Lorsque, à la fin de 1795, on donna la liberté aux reclus, il se retira chez lui, continuant de gouverner le diocèse avec la même prudence, le même zèle, la même douceur, enfin avec la même charité. Sa manière d'agir, franche et suave, ramena au giron de l'Eglise plusieurs prêtres qui, par faiblesse ou par crainte, avaient suivi le parti de l'erreur. Il fut obligé de se cacher de nouveau après le 18 fructidor (4 septembre 1797),

mais il se cacha si bien qu'on ne put jamais le prendre, malgré les efforts qu'on fit pour cela. Il fit, depuis 1795 jusqu'au Concordat, plusieurs règlements et rendit quelques ordonnances, pour maintenir l'ordre, dictées par la sagesse et la charité.

Après le Concordat, Mgr de Grainville, nommé [évêque de Cahors, le fit son premier grand vicaire. Comme il était connu de presque tous les prêtres du diocèse et qu'il avait toute leur confiance, c'est à lui qu'ils s'adressaient particulierement.il ne cessa de travailler jusqu'à sa mort, arrivée le 4 mars 1813.

M. EYRARD

Le second est M. François Eijrard, né à Bordeaux en 1738, de parents négociants. Dés sa plus tendre enfance, il montra un goût décidé pour la vertu, il n'avait rien de la frivolité de son âge ; partageant tout son temps entre l'étude et la prière, il penchait beaucoup vers l'état ecclésiastique, mais les parents n'ayant pas d'autre enfant mâle, le destinaient à leur profession.

Sa mère, se doutant de son inclination, lui proposa le voyage d'Anvers, ensuite celui des colonies, afin de lui donner du goût pour le commerce. Il accéda aux vœux de ses parents, mais il ne revint de ses voyages que plus affermi dans le dessein de se faire prêtre. Il s'ouvrit sur cela à un ecclésiastique de Cahors, qui lui conseilla de faire une retraite pour découvrir la volonté de Dieu. Le jeune Eyrard suivit son conseil, et, après l'avoir faite, fortement résolu de se faire prêtre et d'entrer dans la Congrégation des Lazaristes, il parla si pathétiquement à sa mère, qu'elle consentit enfin à ses désirs ; mais sa séparation l'affligea tellement qu'elle n'y survécut pas longtemps.

M. Eyrard se rendit à Cahors pour se préparer aux saints ordres et faire son noviciat. Il s'y distingua par son exactitude à observer la règle. Le temps d'épreuves fini, il fut chargé du soin du Petit-Séminaire; mais c'était un théâtre trop resserré pour lui. Tous les écoliers de la ville se ressentirent de sa sollicitude, et avec le temps il forma plusieurs pensionnats pour élever tous les enfants chrétiennement. Il profita du temps des vacances pour aller ramasser de quoi fournir à ces établisse-

ments. Dans ses voj'ages, il alla en Italie, en Allemagne, en Suisse^ en Hollande où le Stliatouder lui donna une fois une somme considérable. Il allait souvent à Paris, où il avait accès auprès des plus grands personnages de la cour, auprès des princes même, surtout chez le duc de Penthièvre et le prince de Condé.

Sa réputation était si bien établie dans toute la France, qu'il fut jugé le plus capable de réformer les mœurs du clergé et des fidèles de la Corse et qu'il fut nommé à l'évèché d'Ajaccio. Il refusa constamment cette charge, malgré tous les avantages qu'on lui offrait. Quelque temps après, il obtint de son général d'être envoyé avec d'autres missionnaires à l'ile de Madagascar; mais Mgr de Nicolaï, appréciant les services qu'il rendait à son diocèse, conjura le général des Lazaristes de ne pas le priver d'un sujet aussi utile, ce qui lui fut accordé. Ainsi M. Eyrard n'eut que le mérite du désir d'aller répandre son sang pour Jésus-Christ et continua de s'appliquer à l'éducation de lajeunesse dans le diocèse.

La révolution française vint ouvrir une nouvelle carrière au zélé missionnaire ; dès aussitôt qu'il ne put vaquer à ses bonnes œuvres accoutumées à Cahors, il se retira en Espagne, prévoyant bien que la plupart des ecclésiastiques fidèles à leur Dieu seraient bannis de France. Il parcourut plusieurs provinces d'Espagne pour disposer les esprits en faveur des prêtres français. Après ses voyages, il revint sur les frontières de France où il procura beaucoup de secours aux prêtres et aux émigrés. Il revint de nouveau dans l'intérieur de l'Espagne et après avoir parcouru plusieurs villes, il se fixa enfin à Barcelone où il resta jusqu'en 1801. Il était si attaché au diocèse, qu'à cette époque où les prêtres eurent la liberté de rentrer, il voulut y revenir, malgré qu'il fût dans un état tout à fait infirme. En arrivant à Cahors, il choisit pour demeure l'hôpital, désirant mourir au milieu des pauvres dont il avait été le père pendant toute sa vie. Ses vœux furent exaucés.

Accablé par les infirmités que ses grandes fatigues lui avaient fait contracter plutôt que par les années, il mourut le 2 août 1802, dans les plus grands sentiments de piété. Son corps resta exposé et il fut visité par un grand concours de fidèles, car tout le monde le regardait comme un saint.

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