M. RIGAL
Le troisième est Michel Rigal, né à Montfaucon, vers Tan 1750. Il fut un modèle accompli de toutes les vertus, mais avant d'en venir à ce haut point de perfection, il lui avait fallu livrer bien des combats et à lui-même et au démon. Il était né avec un caractère enclin à tous les vices^ en sorte que dans son enfance il faisait présager qu'il deviendrait très méchant.
Cependant^ secondant de bonne heure la grâce, il montra par sa conduite qu'il n'y a pas de si mauvais naturel qui ne plie sous la main tonte puissante de Dieu. Lorsqu'il entra dans l'état ecclésiastique, ses bonnes oeuvres lui méritèrent de recevoir l'abondance de ce divin Esprit qui fait les Apôtres. Aussi quel zèle, quelle piété fit-il paraître dans les postes qu'il remplit en qualité de vicaire jusqu'à la révolution. A cette terrible époque, ayant refusé le serment, il fut mis en réclusion où il resta jusqu'en 1796. Il était d'une conscience si délicate, que pendant sa détention il ne voulut jamais profiter des occasions qu'il eut de s'évader^ et que, lors de la mise en liberté de tous les prêtres, il fallut une décision expresse de M. de Bécave, vicaire apostolique, pour l'obliger à quitter la maison de réclusion, parce que l'ordre d'en sortir n'avait pas encore été mis à exécution par les chefs de l'autorité d'alors, craignant en cela de désobéir aux puissances établies de Dieu. Il montra toujours dans ses actions cette délicatesse de conscience qni lui faisait fuir jusqu'à l'ombre du mal.
Dans la persécution de 1798, il se tint si bien caché qu'on ne put le prendre, malgré le grand intérêt qu'on y mettait, à cause du zèle avec lequel il exerçait le saint ministère, zèle qui fut tempéré par la prudence et une soumission pour ses supérieurs portées à ce point qu'il ne fit jamais une démarche tant soit peu considérable, sans les avoir préalablement consultés.
A l'époque du Concordat, il fut fait vicaire de la paroisse St-Barthélemy de Cahors. 11 fît un bien immense dans ce poste; mais son humilité le portait à cacher ses bonnes œuvres; cependant on en a connu assez pour que toujours on lui ait
porté dans cette paroisse la [plus grande vénération. Lorsque pendant la guerre d'Espagne, sous Bonaparte, il passa beaucoup de prisonniers par Cahors, il se donna bien du mouvement pour procurer à ces malheureux les objets les plus nécessaires. Il écrivit des circulaires à tous les prêtres du diocèse pour stimuler la charité des fidèles et réussit à ramasser de quoi en habiller le plus grand nombre. Il tâcha aussi de donner des secours aux malades. C'est en les servant qu'il prit la maladie dont il mourut en ISIO^, étant ainsi martyr de la charité. On ignore s'il usait de macérations, quoiqu'on lui ait trouvé quelques instruments de pénitence après sa mort. Mais il était très mortifié dans son manger ; il ne buvait que très rarement de vin, encore même ce n'était que par condescendance pour les personnes avec lesquelles il vivait. Le désir qui le dévorait d'avancer la gloire de Dieu et la prospérité de l'Eglise lui faisait consacrer tous les moments que lui laissaient libres son pénible ministère à écrire des choses utiles â son propre salut ou à celui des fidèles. Les papiers qu'il a laissés, et dont nous avons extrait ces mémoires, sont une preuve de sa grande application. Ses charités ont été immenses relativement à sa position ; des renseignements sûrs nous permettent d'assurer que pendant qu'il est resté à Cahors, il a distribué plus de cent mille francs aux pauvres. Aussi, à sa mort, ils ont bien montré par leurs larmes qu'ils ressentaient toute la grandeur de leur perte.