ÉTAT DE L'ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE DE CAHORS
Nous croyons devoir donner, avant de terminer cette Notice, un aperçu de l'état de l'Eglise constitutionnelle de Cahors pendant toute la Révolution, afin de mieux faire ressortir l'ascendant de la foi catholique persécutée sur l'erreur même triomphante. Essayons donc d'en dire quelques mots sans fiel, puisque ces malheureux temps sont trop loin de nous, surtout Dieu en ayant jugé les acteurs, pour que d'autres sentiments que l'amour de la vérité puissent nous guider; commençons :
Lorsque l'ordre de prêter le serment arriva, tous ceux qui se laissèrent guider par la crainte, la cupidité, ou par des passions plus honteuses, adhérèrent facilement à la constitution civile du clergé de France. Nous avons déjà dit que ce fut le plus petit nombre qui fit ce naufrage, mais que, hélas ! il n'avait été que trop grand en lui-même par les scandales et les maux qui rejaillirent sur l'Eglise. Tous ces prêtres assermentés tinrent, comme dans le reste de la France, une conduite plus ou moins scandaleuse. L'on vit surtout parmi eux de turbulents persécuteurs des simples fidèles, afin qu'ils les reconnussent pour curés; plus encore persécuteurs des pasteurs légitimes dont ils envahissaient les paroisses.
Mais avant de placer ces intrus, on avait assemblé les électeurs à Cahors pour choisir un évêque qui eût prêté le serment. La cabale réussit à faire nommer Jean d'Anglars, archiprêtre de Caj arc, malgré sa qualité de noble; il fut sacré par l'évêque constitutionnel de Tulle. De retour à Cahors, il composa son presbytère de quelques vieux prêtres jansénistes et de quelques jeunes philosophes. Il reçut dans son Séminaire des jeunes gens qui à peine connaissaient les premiers principes de la langue latine, presque tous les étudiants ayant refusé de rentrer. Il ne laissa pas cependant d'ordonner prêtres tous ceux
qui le désirèrent, sous prétexte de remplir plusieurs paroisses, dont les curés avaient refusé de prêter le serment. Ainsi le diocèse se trouva servi par une foule de jeunes gens qui n'avaient aucune connaissance de la théologie. C'est là le plus grand mal qu'ait fait M. d'Anglars; car, d'ailleurs, il était doux, humain, honnête^ surtout très charitable envers les pauvres. Il ne tracassa jamais personne et rendit même quelquefois service à des prêtres insermentés.
Lorsque les Jacobins, ne trouvant pas la religion assez avilie, voulurent que le clergé schismatique renonçât à son culte, la très grande majorité des prêtres assermentés du diocèse de Cahors obéirent à cet ordre avec lâcheté. L'on vit alors de quoi est capable l'homme lorsque^ abusant des grâces du Très-Haut, il est abandonné à son propre néant. Plusieurs, violant leur vœu solennel, se marièrent; d'autres donnèrent dans un travers plus scandaleux encore : on vit ces simulacres de prêtres s'avilir au point d'aller travailler le dimanche à un ouvrage public ; on les vit le bonnet rouge en tête et la pique â la main, accompagner à l'échafaud les tristes victimes de la révolution ;
on les vit mais jetons un voile sur des horreurs aussi
déshonorantes.
Lorsque en 1796 le Directoire laissa tous les cultes libres, les prêtres catholiques attirèrent par l'ascendant de leurs vertus et de leurs souffrances tous les fidèles à leurs églises. Celles des jureurs furent désertes; plusieurs de ces malheureux prêtres, qui ne s'étaient pas enfoncés si avant dans l'abime des crimes, rentrèrent dans le sein de l'Eglise. Il est assuré que sans la persécution de 1798, cette église constitutionnelle était tout à fait abattue; du reste, elle ne fit que languir jusqu'à l'époque du Concordat où elle fut détruite, parce qu'elle ne fut plus soutenue par le gouvernement. L'on put bien alors se convaincre quelle différence il y avait entre cette Eglise et l'Eglise de Pierre, indépendante de la protection des puissances de la terre.
Pendant plusieurs années, il y à eu à Cahors pour curé de la paroisse St-Urcisse un prêtre un peu marquant par ses talents, qui a tenu aux principes du schisme jusqu'à sa fin, arrivée en 1834, quoiqu'il eut adhéré au Concordat. Il arait le caractère
distinctif d'un chef d'hérétiques, je veux dire la plus profonde hypocrisie jointe à une apparence de piété, propre à en imposer aux simples, et pardessus tout une superbe satanique qui lui faisait croire que son mérite le mettait au-dessus de ses confrères .
Pour M. d'Anglars, il est mort en 1814, chanoine du Chapitre de Cahors, ayant adhéré au Concordat^ mais sans avoir rétracté le serment, ce qu'il aurait fait à sa fin, s'il n'en avait été enpêché par le malheureux prêtre dont nous venons de parler.
FLORAS.
Nota. — Le manuscrit du chanoine Floras, que nous publions, contient des renseignements précieux sur un certain nombre de victimes de la Révolution ; mais ces renseignements étant incomplets, nous les compléterons de notre mieux avec les documents que nous trouverons dans quelques ouvrages spéciaux, récemment édités, et les notes envoyées par nos correspondants.
Plusieurs noms ont échappé aux recherches de M. Floras. Nous les ajouterons à la liste des victimes et, quand nous le pourrons, nous donnerons leur biographie détaillée.
M. LAGANE
L'abbé Lagane était né à Saint-Germain-du-Bel-Air (Lot), d'une famille bourgeoise des plus respectables du canton^ sous le rapport de l'honnêteté et des bonnes mœurs. Il avait un frère, qui n'a pas laissé d'héritier màle^ et deux sœurs mariées à de bons bourgeois du canton.
Dès l'enfance, il se montra enclin aux amusements de son âge ; mais, à mesure qu'il avança dans ses classes, il devint de plus en plus sérieux et on ne tarda pas à reconnaître en lui le futur ministre de la religion chrétienne, le fidèle disciple et serviteur du Christ. Ses parents n'eurent garde de contrarier sa vocation, et, en son temps, il dut être ordonné prêtre par l'Évêque qui gouvernait alors le diocèse de Oahors. Il débita son premier sermon dans l'église de St-Germain, église paroissiale de sa famille. Par son éloquence à la fois ferme, pathétique et convaincante, il édifia son nombreux auditoire et excita l'admiration et les sympathies de tout le monde en sa faveur. « Que vous êtes heureux d'avoir un tel fils ! » disaient à ses parents les bonnes gens de St-Germain.
Mais je laisse là les éloges qu'il a pu mériter dans l'exercice de son ministère et je continue à citer froidement quelques faits que j'ai entendu raconter moi-même par des personnes dignes de foi et de toute confiance.
L'abbé Lagane fut successivement curé de la paroisse de Rudelle (1) et de celle de Linars (2), où il se trouvait plus rapproché de ses parents.
La révolution ayant éclaté, le château seigneurial, au lieu d'être pour lui un refuge, ne fit que le désigner plus ouvertement à la haine et à la férocité des révolutionnaires de l'époque et aux ennemis de la religion catholique. Ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, il fut dès lors poursuivi et traqué comme une bête fauve pendant plusieurs années; il dut vivre errant et vagabond, recevant l'hos-
(1) Si ce u'est Rudelle, ce serait Rueijrcs^ daus le Lot, diocèse de Caliors.
(2) Linars, village situé au foud d'uue gorge étroite que dominent les ruines d'un vieux château féodal plus qu'à moitié démoli.
pitalité tantôt chez un parent, tantôt chez un ami, ne voyageant que la nuit, se cachant le jour, là dans un grenier, ici dans une cave, ailleurs enfin dans une pauvre étable ou dans une cabane, sans être en sûreté nulle part.
Pendant cette période de tribulations, où il était obligé de changer si souvent de retraite, l'abbé Lagane venait de temps en temps passer quelques jours au Mas-de-Matine, village de St-Germain, chez son beau-frère et sa sœur, les époux Issaly, qui ne cessaient de veiller sur lui et de lui prodiguer leurs soins avec la plus grande sollicitude.
Or un jour, pendant qu'il se trouvait dans cette maison, une femme d'un hameau voisin vint lui faire dire avec des apparences de discrétion que son mari était très malade et qu'il désirait se confesser au plus vite.
— Gardez-vous d'y aller, lui disait Issaly ; c'est un mauvais tour que l'on veut vous jouer. Ce sont des misérables à tout faire pour quelques sous, et ils sont payés pour vous perdre.
— C'est leur affaire, répondit le prêtre ; il ne faut pas qu'il soit dit que la crainte de perdre un misérable reste de vie m'ait empêché de remplir mon devoir et de sauver une âme.
Il partit donc avec son guide pour se rendre à la maison du malade, où deux gendarmes l'attendaient déjà pour l'arrêter au nom de la loi.
— Je suis à votre disposition, Messieurs, leur dit-il; permettez-moi seulement d'adresser une parole au malade avant que nous partions.
S'étant approché du lit, il interroge le patient, qui ne lui répond pas ; les autres personnes de la maison, les gendarmes s'approchent à leur tour, on l'interroge encore, on le secoue de toutes les manières, mais en vain. Il était mort I. . .
Un tel spectacle glace d'effroi et de terreur tous les gens de la maison et les gendarmes eux-mêmes, qui laissent échapper le prêtre sans oser lui rien dire, ni porter la main sur lui.
On sut, bientôt après, de source certaine, que le mort avait voulu simuler une maladie et qu'on lui avait promis une récompense pour faire prendre le digne prêtre.
A quelque temps de là, vers la fin de juillet 1798, comme il recevait encore l'hospitalité chez son beau-frère Issaly, un ami
de ce dernier vint lui apprendre qu'il pouvait s attendre d'un moment à l'autre à des perquisitions et recherches, dans le but d'arrêter Tabbé Lagane^ que les autorités révolutionnaires savaient être chez lui, qu'au reste il ne pouvait plus lui donner asile sans se compromettre gravement lui-même et toute sa famille.
A cette nouvelle, grand émoi et grande tristesse dans la maison Issaly; on délibère sur les moyens de se procurer un autre refuge. L'abbé dit qu'il a de nombreux amis à Rudelle et qu'il est sûr d'y être bien reçu. Il prend donc son repas avec calme et résignation, fait son petit paquet de voyage, embrasse sa bonne sœur^ ses neveux et ses nièces, et part à une heure très avancée de la nuit, en compagnie de son beau-frère. < Ce fut un triste départ, disait ma vénérable grand'mère, sa sœur, en fondant en larmes. Hélas ! nous ne devions plus le revoir ! » En effet, ses parents ne le revirent plus.
Pour se diriger vers Rudelle, il fallait traverser au Pont-de- Rodes (1) la route nationale.
Arrivés aux abords de cette route, il fut décidé que mon vénéré grand père irait en éclaireur pour voir si les gendarmes de Frayssinet ne montaient pas la garde sur le pont. Il y trouva en effet le brigadier ou maréchal-des-logis nommé Lapierre. Revenant aussitôt vers son beau-frère, il lui dit :
— Nous ne pouvons passer, il y a le gendarme Lapierre.
— Vous n'en avez pas vu d'autre avec lui ?
— Non.
— Alors nous pouvons passer sans crainte, reprit l'abbé, je connais Lapierre depuis longtemps, il est bon enfant, il suffira que je me nomme pour qu'il nous laisse passer librement.
Ainsi remplis de confiance, ils s'avancent et, en quelques minutes, se trouvent en présence du brigadier, qui les appréhende au collet.
— Qui êtes-vous ? leur dit-il.
— Je suis ton ancien condisciple et ami, je suis l'abbé La-
(1) Pout-de-Rodes, commune de Frayssinet-le-Gourdonnais, était alors un village très renommé pour ses hôtels et ses relais de voitures et de diligences publiques allant de Paris à Toulouse et vice-versa.
gane, lui répond celui-ci à voix basse. Par pitié^ laisse-moi passer.
— Non, répond le brigadier; il suffit que tu sois un calotin, tu ne passeras pas !
A l'instant même, un autre gendarme s'avance pour lui prêter main-forte. Que pouvaient faire deux hommes sans armes contre deux autres armés jusqu'aux dents et agissant au nom de la loi, fût-elle mauvaise ? Mon grand père se dégagea comme il put et se retira, le cœur navré de n'avoir pu sauver son beaufrère, son meilleur ami.
Enfermé à la prison de Frayssinet, notre abbé fut emmené le lendemain matin à la prison de Gourdon^ où il ne passa qu'une nuit, de crainte^ disait-on, que des parents riches qu'il avait dans cette ville n'usassent de leur crédit ou de leur fortune pour le faire évader.
Aussi, le surlendemain de son arrestation, il fut transféré à la prison de Sarlat^ pour de là être conduit à l'Ile de Ré, par étapes forcées, le cou et les mains chargés de fers. Il y arriva pour être enfermé à la citadelle, le 7 août 1798.
Enfin il mourut à l'hôpital de St-Martin de Ré, le 11 octobre suivant^ victime de mauvais traitements, et martyr de la foi et de la doctrine chrétienne. Il pouvait avoir alors environ quarante ans.
Pendant les deux mois et quatre jours qu'il vécut dans l'Ile, sa famille n'eut de ses nouvelles qu'une fois et d'une manière indirecte^ peut-être même inexacte. B.
M. VEZES
Pierre Vèzes naquit à Gourdon, le II novembre 1741 (I). Son père appartenait à une vieille famille de la ville et il exerçait la même profession que ses ancêtres, qui étaient avant
(1) Le onze novembre mil sept cent quarante-un, naquit Pierre Vèzes, fils a Pierre marchand et à Catherine Falret, mariés et a été baptisé le douze. Parin (sic) Pierre Jaubert marchand, mareine (sic) Jeanne Vèzes.
MARTINI, vie. de St-Pierre de Gourdou.
1600 de simples marchands. Ses deux frères étaient^ l'un chirurgien, l'autre curé de St-Clair.
Entouré des meilleurs soins, le jeune Pierre Vèzes commença son éducation auprès de son père qui, quoique marchand, était régent du collège de Gourdon.
A la fin de ses études, il passa avec succès ses examens et obtint le grade de bachelier sinon de docteur en théologie.
Le 1" juin 1767, il fut nommé vicaire de Prouillac, et M. Lanoue, curé de cette paroisse, étant mort, il lui succéda le 20 janvier 1770. Il occupait ce même poste quand la révolution éclata.
Obsédé par ses amis, Pierre Vèzes prêta, le 3 avril 1791, le serment civique de la manière suivante :
« Je jure de veiller avec soin sur les fidèles qui m'ont été » confiés ; d'être fidèle à la nation, à la loy, au Roy, aux maxi- » mes des saints Evangiles et aux dogmes de l'Eglise catholi- » que, apostolique et romaine et de maintenir de tout mon » pouvoir les décrets de l'Assemblée nationale sanctionnés par » le Roy. »
« Tel a été mon serment, écrit Pierre Vèzes; mais ma conscience m'a obligé de m'expliquer. »
Le curé de Prouilhac fit alors dresser par M® Bouygues, notaire royal, l'acte suivant :
« Pardevant nous, notaire et témoins, l'an mil sept cent quatre-vingt-onze et le dix-neuf décembre,
» A comparu :
» M. Pierre Vèzes, curé dudit Prouilhac, qui nous a certifié avoir prêté avec des restrictions et dans l'intention la plus pure son serment civique en date du trois avril dernier ; mais comme ses restrictions sont dénuées d'explications, elles ont paru si insuffisantes pour sauver la bonne réputation du susdit curé, qu'il a été et qu'il est encore réputé avoir juré purement et simplement. C'est là cependant ce qu'il n'a jamais entendu faire et ce qu'il a cru et croit fermement ne pouvoir faire. Il s'empresse donc de donner dans le présent acte public le développement des restrictions de son susdit serment d'une manière conforme à ses intention et opinion.
» Ces restrictions sont, comme on peut le voir dans le susdit
serment, d'être fidèle aux maximes des saints Evangiles et aux dogmes de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Par les susdites maximes^ le susdit curé a entendu et entend non seulement les préceptes, mais encore les conseils évangéliques; de sorte qu'il n'adhérera jamais à aucun arrangement qui leur soit contraire^ et par les susdits dogmes, le susdit curé a entendu et entend non seulement tous les objets que les divines Ecritures nous donnent comme autant d'articles de foi, mais encore tout ce que la susdite Eglise croit, enseigne et pratique relativement même aux objets qu'elle déclare tenir à ses dogmes ; or un de ses dogmes est que notre Sauveur lui a donné tout pouvoir pour faire les lois et règlements concernant son régime même extérieur. Cette vérité se trouve évidemment prouvée : P Dans l'Evangile selon Saint Mathieu, chap. XVIII ; 2" Dans les actes du premier concile, tenu à Jérusalem par les apôtres eux-mêmes (Acta apost. chap XV.); 3" Dans la conduite de Saint Paul à l'égard des Corinthiens, comme on peut le voir dans la première lettre qu'il leur adresse (chap. V et chap. VI); cet apùtre, qui avait une parfaite connaissance de toute l'étendue du pouvoir que Jésus-Christ a laissé à son Eglise^ y parle en seigneur et en maître qui peut employer, suivant les circonstances, la voix de la charité et celle de l'autorité, exiger l'obéissance et punir ceux qui contreviendraient à ses règlements. C'est un droit qu'il s'attribue expressément, et ce droit a passé aux évêques, car la puissance avec laquelle ils gouvernent leurs églises vient de la même source et est la même que celle avec laquelle ce grand apôtre gouvernait celle de Corinthe. Il s'en suit donc que l'Eglise a une puissance de gouvernement et d'administration dans ses règlements même extérieurs, parce qu'étant une société visible et extérieure, ses actes ont non seulement pour objet le culte intérieur dû à la Divinité, mais encore les pratiques extérieures de ce culte ; il faut donc qu'elle ait une puissance ou juridiction extérieure pour diriger et conduire sa société et les membres qui la composent, les maintenir dans la possession de la même doctrine et dans la subordination aux pasteurs que notre Sauveur leur a donnés.
» Enfin, le susdit curé nous a déclaré qu'un des articles de
sa ferme croyance est que tout changement important qui se fait dans l'Eglise sans la coopération des Évêques ou dispersés ou assemblés en concile, est illicite et de nul effet.
» Ce n'est que d'après tous les principes ci-dessus, que le susdit curé a fait son susdit serment dont la présente explication parfaitement analogue aux sentiments qu'il a toujours eus, lui parait très suffisante pour en prouver toute la pureté, sans cependant qu'il prétende porter jamais la moindre atteinte à la soumission qu'il reconnaît devoir à la nation, à la loi et au roi, conformément à la volonté de Dieu interprétée par le jugement de son Eglise.
» Dont acte a été fait et passé en présence d'Antoine Lavaysse et d'Antoine Eos^ travailleurs de Prouilhac, qui ont signé après ledit sieur curé.
» VÈZES, curé; Lavaysse; Bos; Bouygues, notaire royal^ signés.
» Contrôlé à Gourdon, le 23 décembre (1). »
Une expédition légale de cet acte fut envoyée à M. le procureur syndic du directoire de Gourdon.
Le 25 janvier^ Pierre Vèzes délègue MM. Jaubert et Dissac et les RR. PP. capucins de Gourdon, afin de célébrer les mariages de ses paroissiens avec pouvoir de biner quand il sera absent; et ce d'après l'autorisation accordée par Mgr l'évêque.
Avant de quitter la cure de Prouilhac^ Pierre Yèzes fait graver en latin sur la porte de la sacristie les paroles suivantes :
« Celui qui entre dans la bergerie par une autre issue que la porte, est un voleur (2). »
L'expédition de l'acte d'explication adressée au directoire devait amener nécessairement l'arrestation de Pierre Yèzes. Pendant quelque temps, ce dernier put se soustraire aux recherches. Il se rendait la nuit à Lavaysse (près Gourdon) où il offrait les saints mystères. Plusieurs habitants de la ville se rendaient à sa messe; mais un jour ces personnes tombèrent dans une embuscade et furent dévalisées. Le curé de Prouilhac
(1) Copie de cet acte a été faite sur les registres de Calliolicité de Prouilhac et sur le registre de la municipalité de cette paroisse.
(2) Qui 7WU intrat per ostium in ovîle orinm ille fur est et latro.
comprit qu'il ne pouvait plus rester dans son pays; c'est alors qu'il se rendit en Espagne avec M. le chanoine Lacroix, Théologal du Chapitre du Vigan.
Qui pourrait dire les souffrances sans nombre qu'endurèrent dans leur voyage ces deux confesseurs de la foi !
Après avoir parcouru une grande partie de l'Espagne, les deux prêtres s'arrêtèrent à Tolède chez les RR, PP. Carmes déchaussés.
On possède deux lettres de Pierre Vèzes. Dans l'une il déclare que la France ne se relèvera jamais de la mort de Louis XVL
La seconde lettre adressée à son frère, qui l'engageait à rentrer en France, se termine ainsi :
« Ma santé n'a point éprouvé encore aucune altération es- » sentielle ; mais mes années me pèsent plus que mes habits.
» Adieu, mon très cher frère, pensons à notre grand voyage, » disposons-nous y chaque jour le mieux qu'il nous sera pos- » sible, parce que bientôt on frappera à notre porte et alors, » préparé ou non, il faut partir sans délai. Je vous embrasse » tous très cordialement. » Pedro VÈZES, Signé.
» Bien des choses de ma part à tous mes parents respectifs, » commençant par qui de droit. M. Lacroix vous salue tous. » Tolède, 12 octobre 1807. »
Dom Pedro Vèzes ne revint pas en France, il mourut à à Tolède. V.