‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 2 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Un siècle s'est écoulé sur le drame mémorable qui s'est accompli de 1789 à 1795. L'heure est venue de l'étudier dans ses détails multiples, sublimes ou douloureux, remplis à la fois de grandeurs et de défaillances, de courages superbes et de lâchetés infâmes.

On sait combien furent nombreux les prêtres qui payèrent de leur tête le refus de prêter serment à la Constitution civile du clergé; le nombre de ceux qui tramèrent une vie misérable dans les prisons, sur les pontons ou dans l'exil est plus grand encore. Qui ne désirerait connaître ces victimes pour entourer de respect et d'admiration leur mémoire vénérée !

Dans plusieurs diocèses on a compris combien il serait regrettable de laisser la nuit de l'oubli s'appesantir sur des noms et des actes qui ont été, à une époque tristement célèbre, la plus pure, nous allions dire la seule gloire de la Religion et de la France. Aussi voyons-nous se multiplier les ouvrages destinés à immortaliser le souvenir des prêtres qui, toujours inébranlables dans leur foi, devinrent les glorieuses victimes de la Terreur.

Nous avons sous les yeux les travaux récents de M. l'abbé Manseau, curé de Sl-Martin-de Ré, de M. l'abbé Lelièvre, de Bordeaux, et de M. le chanoine Maffre, directeur de la Semaine religieuse d'Alby. Leurs ouvrages sont de longue haleine et

remplis de détails qui ont exigé de longues et savantes recherches.

Ce n'est pas un ouvrage aussi considérable que nous entreprenons d'écrire ; nous voulons simplement publier un manuscrit dont l'original est aux archives de l'évêché de Cahors et dont il existe bien peu de copies, le manuscrit de M. le chanoine Floras intitulé: Notice sui^ le clergé de Cahors pendant la Révolution française.

Voici comment M. l'abbé M. . . appréciait ce manuscrit dans une lettre écrite à M. M.. ., le 4 novembre 1887 :

St-M. . ., le 4 novembre 1887.

Cher Monsieur,

J'ai l'honneur de vous retourner, avec force reraercienaen-ts, les petites notices du diocèse de Cahors. J'y ai puisé quelques renseignements j mais M. Floras et autres qui les ont rédigées ont laissé beaucoup à faire. Dans les premiers siècles de l'Eglise on recueillait avec plus de soin les actes des martyrs et des confesseurs de la foi. Tout n'est pas perdu ; mais il est temps qu'on se hâte ! Toutes les Semaines religieuses de France devraient publier des travaux, faits par le clergé actuel^ sur cette page de l'histoire. On devrait savoir les nom, prénom, âge, lieu natal, domicile de chaque prêtre qui a soutenu le bon combat. Les légendes de nos saints des premiers siècles ne sont-elles pas un exemple à suivre. Que de temps perdu par certains prêtres qui serait dignement employé si le programme était tracé ! . . .

J'ai posé des jalons, j'espère qu'on suivra la route que j'ai tracée. Il faudrait faire la même chose pour tous les émigrés, les fusillés, les guillotinés, etc. Suivrait un travail d'ensemble.

Daignez agréer, etc.

Comme on le voit, le travail de M. Floras, quelque précieux qu'il soit, est incomplet. Aussi nous proposons-nous de le compléter, dans la mesure du possible, en faisant suivre le texte de nombreuses notes dont la plupart nous seront fournies, s notre espérance n'est point déçue, par les lecteurs de la Revue qui auront pu découvrir quelque détail nouveau concernant les victimes dont il sera parlé, ou d'autres dont le nom aurait échappé à l'auteur de la Notice.

Nous faisons un pressant appel à tous ceux qui pourront

rectifier ou compléter le travail de M. Floras, et nous ne doutons .pas que cet appel ne soit entendu particulièrement des prêtres qui exercent le saint ministère là où l'exercèrent avant eux les victimes de la Révolution. Qu'ils veuillent bien interroger les vieillards, dépouiller les archives communales, les vieux registres des notaires, les papiers de famille^ etc., ils ne manqueront pas de découvrir quelque document que nous serons heureux de joindre aux notes recueillies par nous dans les livres ou dans les papiers mis à notre disposition.

Grâce au concours de tous, nous arriverons peut-être à taire une œuvre vraiment utile dans les temps présents.

Les prêtres dont nous aurons à retracer les combats ne sont point des étrangers; ils sont nos frères aînés; ils ont été les guides de nos ancêtres ; ils ont arrosé de leurs sueurs le champ du père de famille que nous cultivons après eux ; Ils sont morts pour cette Religion dont nous sommes les défenseurs et les fils; ils sont morts pour avoir refusé le parjure du schisme, de l'hérésie et de l'impiété; ils sont morts pour maintenir la liberté des âmes et la conservation de la foi. Que de titres à notre gratitude et à notre admiration !

Quand et comment fut composée la notice que nous allons reproduire ?

La lettre suivante adressée par l'auteur à Mgr d'Hautpoul, répondra à cette double question :

Monseigneur,

En 1818 je fus chargé, par votre prédécesseur Mgr de Grainville, de rédiger une notice constatant ce qui s'était passé de plus édifiant et de plus remarquable dans le diocèse de Cahors pendant la persécution suscitée aux fidèles et surtout au clergé catholique dans le cours de notre épouvantable révolution.

Cette notice avait été demandée avec instance par le vénérable abbé Carron, qui avait alors le dessein de composer l'ouvrage qu'il donna au public, en 1820, sous le titre : « Les confesseurs de la foi dans l'Eglise gallicane à la fin du XVIIP siècle ». — J'avais dû composer cette notice d'une manière très abrégée, ne devant servir qu'à une histoire générale de l'Eglise gallicane dans la dernière persécution.

Ne croyant pas qu'elle pût jamais être utile à d'autres fins, je l'avais gardée inaperçue avec mes cahiers de cours théologiques ; mais la dernière révolution, qui a réveillé toute la haine de l'impiété contre la religion catholique, m'a fait naître l'iJée de compulser les manuscrits qui mc3 servirent en 1818 à rédiger mon petit mémoire, essayant de le mieux coordonner, autant qu'il a été en mon pouvoir. Afin de l'enrichir de nouveaux détails, j'ai profité des connaissances que j'ai pu acquérir dans le cours de mon ministère en consultant plusieurs respectables confrères, qui ont été contemporains des terribles, mais précieux événements que je raconte.

En poursuivant ce dessein, mon premier but a été de faire hommage de mon travail à Votre Grandeur, afin que ce mémoire, déposé par vos soins dans les archives de l'Évêché, ne laissât pas perdre le souvenir de faits aussi honorables à la religion. Néanmoins, en le composant, il m'est venu la pensée que, si Votre Grandeur le trouvait bon, il en serait déposé un exemplaire à votre Séminaire de Cahors et un autre au petit Séminaire de Montfaucon, afin que cette lecture faite de loin en loin aux jeunes aspirants au sacerdoce, put exciter leur foi et les remplir de courage en voyant l'exemple des plus héroïques vertus donné par des hommes qui ont presque vécu de leur temps et les préparer eux-mêmes aux nouveaux combats que Dieu réserve à ses serviteurs en ces temps de perversité.

Daignez agréer l'hommage réitéré du plus profond respect avec lequel je suis,

Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur

Floras.

St-Céré, le 25 octobre 1832.

Avant de commencer la publication du manuscrit de M. Floras, nous croyons être agréable à nos lecteurs en mettant sous leurs yeux la vie, écrite par M. Emile Dufour, de l'ancien curé de Saint-Céré, mort chanoine de la Cathédrale de Cahors. Les belles qualités de Fauteur de la Notice feront bien augurer de son œuvre. Puisse-t-elle contribuer à la gloire de Dieu et à l'honneur du diocèse !

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