‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 20 sur 25 · I. — Catus · texte numérisé non relu

I. — Catus

M. Jacques Perboyre naquit à Villari (1), près Catus, le 10 avril 1763, d'une famille patriarcale qui devait donner à l'Eglise plusieurs de ses rejetons, et dont le nom devait être un jour illustré par la gloire du martyre (2). Nous n'avons que fort peu de détails sur les premières années de cette vie si féconde, qui s'ouvrit le 10 avril 1763 et se termina le 8 mai 1848. Mais on peut, dans une certaine mesure, suppléer à ce défaut de documents. Si les racines de l'arbre se cachent sous terre^ il est néanmoins facile d'en connaître la profondeur et d'en apprécier la vigueur par l'étendue et l'élévation de ses rameaux, et surtout par l'abondance de ses fruits. Aussi bien, connaissant toutes les vertus qui enrichirent la maturité et la verte vieillesse de M. Jacques Perboyre, nous pouvons affirmer que toute sa jeunesse fut marquée au coin d'une solide piété, d'une foi profonde, d'une obéissance respectueuse et d'un attachement inviolable au devoir. Du reste, tout y contribuait, et l'action de la grâce que Dieu se plaisait à verser dans une âme si tendre et si simple, et les pieux enseignements non moins que les saints exemples d'un père et d'une mère bien-aimés, vénérables patriarches qui, hélas ! ne trouvent presque plus d'imitateurs aujourd'hui.. .

A peine âgé de vingt ans, le jeune adolescent se sent intérieurement appelé à la vie religieuse. Brisant aussitôt les liens les plus chers, disant adieu à tout ce qu'il avait le plus aimé, il s'en va à Cahors, frapper à la porte de la Congrégation de la Mission (3) (31 août 1781) où on lui fit le plus bienveillant accueil. Au noviciat, il se livre avec une pieuse ardeur à tous

(1) Le château de Villari est situé à la bifurcation des routes actuelles de St-Médard et de Crayssac. C'est uue ancieime maison seigneuriale que certains historiens disent avoir appartenu à St Didier, évêque de Cahors, qui l'aurait donnée à l'ahbaye de St-Amand (aujourd'hui magasin des tabacs, à Cahors).

(2) Daus ce château naquit le père de Jean-Gabriel Perboyre, martyrisé en Chiue le 11 septembre 1840 et déclaré Bienheureux par Léon XIII le 4 novembre 1889.

(3) La Congrégation de la Mission avait, à cette date, un noviciat à Cahors, à côté du grand et du petit Séminaire que dirigeaient les prêtres de ladite Congrégation.

les saints exercices qui se partagent tous les moments de la journée. Après deux ans de probation, il se consacre irrévocablement à Dieu par les saints vœux {V^ septembre 1783). Son cours de théologie achevé, il est ordonné prêtre (1787) et envoyé successivement, en qualité de directeur, aux grands Séminaires de Montauban et d'Albi.

Il se trouvait dans cette dernière ville quand la Révolution éclata. Bientôt mis en demeure de prêter serment à la Constitution civile du clergé, il répondit par un refus catégorique. Fils de Saint Vincent, et, à ce titre surtout, inviolablement attaché au St-Siège, il ne voulut pas prêter la main à une entreprise criminelle, qui, inspirée par l'esprit d'impiété que Voltaire et ses adeptes avaient répandu partout, préparée aussi et favorisée par les basses rancunes des Jansénistes, portait une atteinte profonde à la Constitution même de l'Eglise. Certes, il n'ignorait pas ce à quoi il s'exposait en agissant ainsi. Mais il était de la race de ceux qui ne savent pas courber la tête ni fléchir le genou devant l'iniquité, même quand elle triomphe. Son parti était pris, — c'était fini. Et, de fait, il demeura inflexible dans sa résolution. Nous allons le voir.

Dans ces conditions, il ne lui était plus possible de demeurer au grand Séminaire d'Albi. Il fut donc obligé de partir. Où se retira-t-il ? L'Espagne n'était pas loin^ et elle ouvrait généreusement ses portes hospitalières à tous les persécutés. Mais M. Perboyre, avec sa nature ardente et généreuse, pensa qu'il valait encore mieux rester au milieu de la lutte, au risque d'y périr, que d'aller à l'étranger manger tristement le pain de l'exil dans la sécurité et le calme de la paix. Il resta donc en France. Ne pouvant plus vivre au sein de sa communauté, dont les membres avaient été dispersés, il dirigea ses pas vers son pays natal. La Révolution y avait déjà pénétré. En efl"et, au moment de son arrivée, Catus était dans une grande agitation. Les révolutionnaires étaient au pouvoir et ils entendaient bien faire respecter les nouveaux droits des citoyens. Chacun sait ce que cela voulait dire. Cependant^ il faut le reconnaîtrOj malgré les cris, le tapage et les démonstrations menaçantes dont la petite cité fut le théâtre, jamais il n'y eut, parait-il, de scènes de brigandage ni de sang versé. Pendant

quelque temps même, le vénérable curé, M. Jouffreau, et son vicaire, M. Boudousquié, jouirent d'une certaine liberté — liberté bien relative — dans l'accomplissement de leur devoir sacré. Cette générosité ne dura pas longtemps. Le bon curé fut incarcéré (1). Le même sort était réservé au vicaire. Mais, celui-ci, soupçonnant le danger, prit ses précautions à temps, et bien qu'activement recherché, put se dérober à la poursuite de ses ennemis.

Pendant ce temps où se trouvait et que faisait M. Perboyre ?

Derrière le château de Villari, sur le flanc de la montagne, dans un site assez escarpé et qui jadis devait être très boisé, se trouvait une grotte profonde, humide, et qu'il n'était guère facile d'apercevoir à moins d'en être très rapproché. Ce fut là surtout que M. Perboyre vint se cacher. Il est bien vrai que pour plus de sécurité, il allait de temps en temps s'enfermer dans une autre grotte voisine qu'on appelait et qu'on appelle encore la grotte de Barbaro, mais sa demeure, ou mieux sa cachette habituelle fut la grotte de Villari. Tout en étant au centre de sa famille, il vivait en quelque sorte loin d'elle. En effet, le jour il restait enfermé dans sa retraite et ne voyait habituellement personne, si ce n'est le petit berger de la maison paternelle, que son âge et ses allures ne pouvaient rendre suspect, et qui, à ce titre, pouvait en toute sécurité lui apporter sa nourriture. La nuit, c'était le moment du travail. Sitôt que la nuit avait ramené à leur logis les ouvriers des champs, et forcé, dans une certaine mesure, les ardents défenseurs des idées nouvelles à rester chez eux, M. Perboyre, prudemment déguisé, et emporté par son zèle, s'en allait de côté et d'autre pour encourager les uns, exciter les autres, consoler les malades, bénir les derniers moments des mourants, et donnera tous ceux qui les lui demandaient les secours de la religion.

Plus d'une fois, durant ces courses nocturnes, il s'arrêta au château de Labastidette pour y offrir le saint Sacrifice, entouré des âmes pieuses qui avaient pu être prévenues à temps. Quelquefois même, les fidèles n'attendaient pas le passage de M.

(1) 11 fut relâché bientôt après, à cause de son graud âge et de ses iuflrmités.

Perboyre, et d'eux-mêmes, discrètement, ils allaient le trouver dans sa grotte pour lui demander une absolution, ou recevoir la bénédiction nuptiale (1}. Cela nous rappelle les scènes touchantes des Catacombes. Cela nous rappelle aussi ce que Jean- Gabriel, marchant sur les traces de son oncle, devait faire lui-même plus tard à travers les campagnes de la Chine.

Il n'est guère facile de dire tout le bien que le zèle de ce généreux confesseur, fécondé par des privations, des angoisses et des souffrances si nombreuses, produisit a Catus et dans les environs. Mais ce que nous savons bien, c'est que le souvenir en demeure profondément gravé dans tous les cœurs, et qu'on ne prononce jamais le nom de M. Jacques Perboyre qu'avec le plus grand respect et la plus vive reconnaissance.

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