‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 21 sur 25 · II. — Saint-Girq-Lapopie · texte numérisé non relu

II. — Saint-Girq-Lapopie

Le séjour de M. Perboyre dans les environs de Catus fut d'assez courte durée. Pourquoi s'éloigna-t-il si vite de ces lieux qui cependant lui étaient si chers ? Nous ne le savons pas au juste. Il nous est néanmoins permis de le supposer. D'un côté, M. Perboyre n'ignorait pas que le vicaire, séparé violemment de son curé, mais non de son devoir, et plusieurs autres prêtres rayonnaient tout autour de Catus, portaient aux âmes le secours de leur ministère; d'autre part, il savait que"certains endroits du diocèse de Cahors se trouvaient sans pasteur. Alors, se portant toujours du côté où il y a le plus de besoins et de travail, voulant peut-être renouveler, même au milieu de l'épreuve, le sacrifice qu'il avait fait à Dieu de sa famille, il quitte Villari, laissant aux autres le soin de recueillir sa moisson, et portant ailleurs la semence de la parole de Dieu. C'est ainsi que nous le trouvons, dès 1791, vicaire de Saint-Cirq- Lapopie.

Saint-Cirq était alors le siège d'un des 14 archiprêtrés du diocèse de Cahors. L'archiprêtre n'y résidait pas habituelle-

(1) C'est ainsi que le père et la mère de M. Cayla. de Catus, encore vivant, firent bénir leur mariage par M. Perboyre, dans l'intérieur même de la grotte de Villari.

ment. De préférence il demeurait à Berganty. Mais, pour les besoins du service paroissial, il laissait toujours en permanence un de ses vicaires à Saint-Cirq. C'était d'autant plus nécessaire que la paroisse de Montagnac (1) en dépendait.

Voici donc M. Perboyre, non plus simple prêtre auxiliaire et libre, mais avec le titre officiel de vicaire.

Villari n'avait été pour lui qu'une sorte de noviciat pour la lutte. L'heure des grands combats allait bientôt sonner. L*ennemi pouvait venir^ M. Perboyre était prêt.

La Révolution, qui jusque-là n'avait fait que gronder sourdement, ne tarda pas en effet à éclater, violente et terrible, faisant des ruines partout, surtout dans le sanctuaire, semblable à un volcan qui couvre de ses laves brûlantes les malheureuses campagnes qui l'entourent.

Plus d'un prêtre, justement effrayé, se déroba parla fuite aux menaces de la Révolution. C'est ainsi que les curés de Concots, de Lugagnac et de Yaraire, après s'être cachés quelque temps dans les bois de Lagrézette, finirent par se réfugier en Espagne. Mais M. Perboyre tint bon. Il resta, et les registres de catholicité de St-Cirq, de Crégols, de Berganty, d'Escamps, d'Esclauzels et de Pasturat nous disent assez avec quel zèle il sut remplir les devoirs de son saint ministère, pendant ces années malheureuses. Citons quelques faits.

A l'époque, dont nous rappelons ici le souvenir, les églises étaient fermées de par la loi, et l'exercice public du culte catholiqne était interdit sous peine de mort. Dans ces conditions, M. Perboyre était obligé — quand les circonstances le lui permettaient — de dire la sainte messe dans des maisons particulières. Ce fut le château de Ribot (2) qui eut, le plus souvent, l'honneur de lui servir d'église. Mais s'il ne lui était pas possible de célébrer tous les jours le saint sacrifice, tous les jours il s'en allait, en dépit de tous les périls, répandre autour de lui les consolations et les bienfaits de la religion. Un jour, il courut un bien grand danger, et, si je ne me trompe, il dut avoir bien peur.

(1) Aujourd'hui Tour-de-Faure.

(2) Ce château est situé sur les bords du Lot entre Cornus et Crégols.

Appelé auprès d'un mourant^ il cheminait^ plus ou moins déguisé, du côté des métairies de Vialolie (1), quand soudain il est rencontré par deux gendarmes en tournée.

L'un des deux, qui avait été son ami d'enfance, le reconnut et, brusquement :

— Où vas-tu ? lai dit-il.

— A Vialolie, répondit Perboyre sans laisser rien voir de son émotion.

— Et qu'y vas-tu faire ?

— Mon métier.

— Allons, c'est bien^ va faire ton métier. Nous autres nous faisons le notre aussi^, et, pour le moment, nous sommes bien pressés. Adieu.

L'autre gendarme ne comprit pas, et ne soupçonna même pas le service que l'amitié, et peut-être un reste de foi venaient de rendre à M. Perboyre.

M. Perboyre était sauvé.

Cependant un si grand zèle ne pouvait toujours rester ignoré. En dépit de toute la discrétion des bons chrétiens de la contrée, les partisans de la Révolution savaient, à n'en pas douter, que c'était tous les jours, un peu partout, mais particulièrement à St-Cirq, et dans les plus proches villages, que M. Perboyre travaillait au maintien du culte proscrit. Cette situation ne pouvait pas durer. C'était, à leurs yeux^ un véritable danger public. Il fallait le conjurer au plus tôt.

Aussitôt, sous l'inspiration d'un patriote plus ardent que les autres et qui, du reste, ne faisait que s'appuyer sur un arrêté départemental^ des visites domiciliaires furent prescrites, afin de saisir \e perfide Perboire. Il va sans dire qu'elles furent faites incontinent, et Dieu sait avec quelle ardeur et quelle diligence. C'eût été si beau et si glorieux de pouvoir se saisir d'un prêtre réfractaire, et surtout d'un prêtre si réfractaire, qui, en dépit de tous les ordres et de toutes les menaces^ ne voulait ni se soumettre, ni se démettre, ni quitter le pays.

Mais le succès ne répondit pas à leur zèle. Les recherches

(1) Ces métairies se trouvent dans la commune de Gabrerets et appartiennent à M. le comte Joachim Murât.

furent infructueuses. La situation — on ^le comprend — n'en devenait que plus critique. Il fallait aviser sans retard. Et de fait, sans retard, le conseil général de la commune de St-Cirq- Lapopie se réunit gravement à ce sujet, et tint une séance sinon des plus importantes, au moins des plus solennelles. Chacun peut en juger par l'extrait suivant des registres de la commune (1).

« Le vingt-huit avril mil sept cens quatre-vingt-treize, l'an » 2« de la République française, les membres composant le » conseil [général de la commune de St-Cirq-Lappopie réunis » en scéance permanente et publique, au lieu de leurs scéances,

» présents les citoyens {Suivent douze noms propres que

» nous ne voulons pas citer).

» L'un des membres ayant demandé et obtenu la parole dit :

» Citoyens, » En exécution de l'arrêté du département, vous avez faite » la visite domiciliaire prescrite par cet arrêté et il est résulté » de cette opération que vous n'avés trouvé dans une des mai- » sons où vous avés fouillé personne de suspect ny aucunes » armes et munnitions de guerre. Cependant citoyens il n'est » pas moins vrai que ce perfide Perboire qui a desservi cette » par» en qualité de prêtre, qui fanatisait clandestinement les » âmes faibles, a trouvé dans cette commune un azile après la » signification qui lui fut faite et l'arrêté du département qui » le condemnait à se déporter, quenfin il a trouvé un conduc- » teur et un colporteur de sa correspondance criminele qui » après lui avoir tenu la main pour le faire évader, a porté chez » lui une partie du mobilier de ce prêtre réfractaire, et traduit » chez le citoyen Fournier a Porterroques le reste de son mobi- » lier et danrées. Jean Rouffies Lacaze le tourneur, habitant » de cette commune, est le colporteur; ses complices sont les » bordiers de Porterroques ; je vous proposeray en conséquence » citoyens et requeray même au nom du Salut public, de pren- » dre toutes les mezures que la célérité requiert afin que ces »\malveillans soient punis conformément à la loi

(1) Nous respectons l'orlhograplie.

» Sur quoi évû délibération » Le procureur de la commune entendu » Le conseil général de la commune arrête » 1» Que dessuite deux commissaires pris dans son sein, qui » sont les citoyens maire et X. . ., officier municipal, se trans- » porteront assisté du citoyen X.. . {nous omettons les noms) » procureur^ de la commune et de la force armée qu'ils juge- » ront convenable au domicile de Jean Rouffies tourneur hab^ » de cette commune, et au lieu de Porterroques, à l'effet d'y » faire une exacte recherche et perquisition, fouiller dans » toutes ces maisons, armoires, maies et autres objets que leur » zèle patriotique leur dictera, dresser inventaire de touts les » papiers effets et autres objets qui leur paraîtront suspects, » ensemble du mobilier, papier et danrées qu'ils reconnaîtront » appartenir audit Perboire ou qui leur seront déclarées tel, » comme aussi se rendre et transporter au presbitaire de la » paroisse de Montagnac, et dans la maison de Guillaume Bon- » net de Tour-de-Faure pour y faire semblables perquisitions ; » et finalement interroger, même mètre en état darrestation D touts les individus qui a raison de ce seront dans le cas d'être » arrêtés, auquel effet le conseil gênerai de la commune confère » auxdits commissaire les pouvoirs qui lui sont délégués par » la loi et les corps administratifs.

» Délibéré dans la maison commune les an et jour cy dessus. » Signés ; [Suivent neuf signatures). » Comme on le voit, les motifs indiqués sont graves . . . L'émotion est grande !. . . Aussi bien, les ordres les plus précis et les plus détaillés sont donnés, les pouvoirs les plus étendus sont accordés, la force armée est sur pied. Sans perdre un instant^ on se met en campagne. En voici le résultat, toujours d'après le même registre officiel :

« Dud. jour à l'heure de trois de laprês midi, la sceance » ayant été reprise, le citoyen X... maire, et XX... commis- » saires délégués par l'arrêté pris ce matin par le conseil, » ayant demandé a estre entendus relativement a leur com- » mission, ont dits par l'organe dudit X... (maire) l'un deux, » Citoyens, vos commissaires se sont transporté avec une force » armée au domicile de Jean Rouffies, tourneur de ce lieu où

» ils l'ont trouvé ; ils l'ont interpellé de déclarer sil sçait où » est le citoyen Perboire cy devant vicaire de cette commune, » s'il n'est vray que depuis son départ il la accompagné dans » les voyages qu'il a faits dans ces environs, et s'il n'a en son » pouvoir des effets ou danrées appartenant audit Perboire.

» A répondu qu'il est vray que lorsque Perboire partit dici, il » l'accompagna, mais ne l'avoir vu du depuis, ne sçavoir ou il est » et navoir rien en son pouvoir qui appartienne audit Perboire.

» Interrogé s'il n'a en son pouvoir un sceau de cuivre et une

> paile à feu appartenant audit Perboire^ a convenu de l'in- » terrogatoire et déclaré navoir autre chose.

» Ensuite vos commissaires ont fait dans la maison dudit » Rouffies et dans ses cofïre et armoires, une exacte recherche » et visite ou ils n'ont rien trouvé de suspect, ni qui put don- » ner aucun moyen de découvrir Perboire.

» Vos commissaires se sont transportés dessuite à Porterro- » ques ou ils ont fait pareille visite, et ayant trouvé le citoyen » Fournie fermier de domaine, retenu infirme dans son lit, ils » lui ont demandé s'il n'est vray qu'il a recelé audit lieu de » Porterroques, le citoyen Perboire prêtre et cy devant vicaire » de ce lieu, depuis quil avait été condemné a être déporté,

> quil a également recelé ses effets et danrées et sil ne sait où » où il est.

» A repondu que ledit Perboire vint lui faire ses adieux le » 24 janvier et quil ne la plus vu du depuis, et ne scait même » où il est ; quil est vray quil fit transporter audit Porterroques » quelques danrées et une maie dont Jean Rouffies Lacaze a la » clef, mais quil ignore en quoi consistent ces effets et danï> rées, quau surplus étant infirme il ne peut surveiller ceux qui » sont dans sa maison. A raison de laquelle déclaration, nous » avons faites semblables questions à la servante dudit Fournier » et a ses métayers qui ont faites à peu près les mêmes repon- » ses, sauf les causes d'infirmités. Vos commissaires ont en » conséquence envoyé chercher la clef de ladite maie chez ledit » Rouffies par deux soldats, qui a préféré de h porter lui- » même plutôt que la confier aux soldats.

» La malle ayant été ouverte et fouillée vos commis^^' ny » ont trouvé que des linges effets et quelques livres de théolo-

» gie et littérature que tant les Rouffies que ledit Fournier et » la servante de ce dernier ont déclaré appartenir a Perboyre. » Vos comtes ont dressé inventaires du tout qu'ils ont laissé au » pouvoir desdits Fournier et Rouffies : ils ont ensuite fouillé » dans les papiers dud. et ny ont rien trouvé de suspect ni de » relatif audit Perboyre »

Il est certain qu'un tel rapport n'était pas de nature à satisfaire les sourdes et profondes colères qui agitaient l'àme des conseillers municipaux de St-Cirq-Lapopie.

N'ayant pu s'emparer de la personne même de M. Perboyre, ils s'en prirent à ses amis et surtout au bon et brave Jean Rouffies. Ils voulurent lui rendre impossible toute relation avec le fugitif. A cet effet, ils le firent surveiller étroitement, et lui enlevèrent le soin et la garde des objets du culte et de l'argent dont il avait, auparavant, la responsabilité, à titre de marguillier. Ils devaient être encore sur ce point étrangement déçus. L'histoire va nous l'apprendre bientôt. Mais auparavant disons vite quelle fut la fin de cette séance et. . . de cette expédition mémorable. C'est toujours à la même source que nous allons puiser.

«... .Sur lequel rapport eue délibération le procureur de la » commune entendu.

» Le Conseil de la commune arrête :

» 1° Que le contraste qui règne dans les reponces faites par » ledit Rouffies aux questions des com'^s le rend suspect davoir » tenu la main audit Perboire pour le faire évader, qu'en con- » séquence il sera plus particulièrement surveillé et qu'il ne » lui sera délivré aucun passeport.

» 2" Que ledit Rouffies sera tenu par le jour en sa qualité » de marguilier de la confrérie du St Sacrement érigé dans » cette église, de rendre son compte — auquel effet il lui sera » dessuite donné ordre de se rendre a leglise^ ou le conseil » arrête de se rendre pour recevoir ledit compte du tout dres- » ser inventaire.

» A l'instant même, le conseil s'est transporté à l'église » dudit St-Cirq, dans laquelle s'est rendu ledit Rouffies, auquel » nous avons fait lecture de l'arrêté cy-dessus, en exécution » duquel il a offert de rendre ledit compte.

» Il a représenté le registre courant de ladite confrérie, des- » tiné aux arrêtés des comptes, dans lequel nous avons trouvé » au folio R° 83, que pour le dernier arrêté de compte, en date » du 28 may 1793, ledit Roufâes avait en mains 74' 2* 6^ en ar- » gent et 27' 9' en assignats.

» Ensuite, il nous a représenté les effets suivants (1)...

» Après quoi a été procédé un règlement de compte de la » recette et dépense faite par ledit Rouffles depuis le 2S may » dernier. Il en est résulté quil est relicataire de la somme de » cent livres, neuf sols, six deniers (2), laquelle somme etau- » très effets énoncés au présent acte, déposée entre les mains

(1) Pour ne pas charger le récit de détails fastidieux, bien qu'intéressants en eux-mêmes, nous donnons ici l'extrait du registre qui a pour objet l'inventaire, dressé par la commission, à l'église de St-Cirq.

« Ensuite il (Rouffles) nous a représenté les effets suivants :

» lo Un pluvial en soye doublé d'une toile rouge de St Jean avec une » étole garni le tout d'un galon en fil et presque neuf.

» 2» Un autre vieux pluvial, une chape et une étole en soye.

» 3» Un autre pluvial noir de soye un peu uzé.

» 4» Une chape aux quatre saisons, presque uzée et une écharpe de la T> même couleur que le pluvial enumeré en lart. 2.

» 6° Un drap mortuaire cadix uzé.

» 7» Un crêpe uzé.

» 8*^ Une vieille écharpe de crucifix en soye couleur d'herbe.

■D 9° La garniture du papaillon a fond vert brodé en soye.

» 10° Une autre écharpe de soye usée couleur de rose fanée.

» 11° Deux vieilles napes d'autel brodées de dentelé.

» 12» Quatre chandeliers detain.

» 13^ Un plat de fayance destiné a la quête.

» 15° Deux vieilles boites et un pilon pour contenir lencens.

» 17° 2 aunes 3 pans de vieux galon en soye en trois pièces.

» 18° 6 cartons destinés pour les processions du St Sacrement.

» 19° Une pierre dardoise.

» 20° 9 cartons destinés a loffice des morts.

» 21° 2 porte cierges ou flambaux et deux bâtons de procession.

7) 22» Un christ, une baniere.

» 23<» Un vieux ensensoir de leton, une navete et petite cuillère de leton.

» 24° Le surciel du papaillon et les 4 pieds.

» 25° Six porte chandeles pour l'autel.

y> 26° 3 éteignoirs.

» 27° Un petit coffre destiné a contenir les chandeles pour la distribution ï dicelles ».

(2) ...Somme^ continue le registre, qu'il a comptée en 4 écus de six livres pièces, — -une pièce de une livre quatre sols, une pièce de douze sols, une pièce de six sols, quatre livres, quatre sols en sols marqués des f 6* pièce, quatorze livres en grosses pièces de 15 chaque, quatre livres quatorze sols six deniers en liards ou pièces de deux liards, neuf assignats de cinq livres pièces, un assignat de deux livres dix sols, deux assignats de quinze sols, trois assignats de dix sols, et un assignat de deux sols.

» du citoyen X... maire habitant dudit St-Cirq, qui s'en est » chargé pour représenter le tout à toute réquisition, au » moyen de quoy ledit Rouffies est ^et [demeure déchargé du » contenu au présent.

» Fait et clos les an et jours susdits. »

Signés : Saicent douze signatures.

Et voilà à quoi tout ce beau zèle aboutit : à molester quelques personnes fort honnêtes, à saisir quelques livres ou quelques papiers, d'ailleurs peu compromettants et à mettre la main sur des objets religieux et une faible somme d'argent que d'autres, plus délicats, n'auraient certainement pas osé toucher.

Finalement, le but principal de ces visites domiciliaires et de ces perquisitions faites à plusieurs reprises restait à atteindre.

L'expédition n'avait pas réussi.

Tandis que ses ennemis délibéraient entre eux sur les moyens à prendre pour s'emparer de sa personne, M. Perboyre, averti à temps par de fidèles amis, prenait ses dispositions pour échapper à leur fureur, et allait se cacher dans les environs.

Entre St-Cirq et Crégols, tout près du Lot qui coule au nord, s'ouvre la gorge dite de Venues. Elle a presque la forme d'un fer à cheval, dont le pourtour, d'environ deux kilomètres de développement, est formé par une corniche de rochers calcaires, percés de nombreuses excavations. Le Lot coulant au pied des deux extrémités de l'arc qui encadre ce cirque, en fermait l'entrée. C'était une solitude parfaite, d'autant plus qu'elle était boisée et qu'aucun chemin ne la traversait alors.

En montant vers la droite jusqu'à l'un des points les plus difficiles à aborder, on trouve parmi les excavations naturelles du rocher, une ouverture large d'un mètre environ, haute de quatorze et profonde de sept. L'intérieur est en forme de voûte. L'entrée qu'on ne soupçonne point jusqu'à ce qu'on en soit assez rapproché, est d'ailleurs assez facile. — Une pierre carrée, disposée sur le bord, pouvait, au besoin, servir de siège. — Tel était l'endroit que Dieu avait ménagé à l'intrépide confesseur de la foi pour le soustraire à la persécution.

Il s'y retira en effet : Dans le pays^ cette cachette porte encore son nom. C'est la grotte de Perboyre {crozo dePerboijre .

Tout près de là, au sortir de la gorge de Vennes et du coté de Crégols, la partie supérieure d'un immense rocher s'avance en forme de marquise, sur une longueur d'une trentaine de mètres et une largeur de quatre. C'était un abri considérable où Ton pouvait se promener sans rien avoir à craindre ni du vent ni de la pluie, et aussi sans être vu. Et de fait M. Perboyre, nous assure-t-on, y vint plus d'une fois réciter son bréviaire.

Ainsi donc, M. Perboyre était prisonnier. Mais si comme tous les prisonniers, il avait ?a cellule, comme eux aussi, il avait son préau, et son lieu de promenade.

Que la Providence est bonne même au milieu du mallieur! Nous allons le constater d'une manière plus touchante encore dans la suite du récit.

L'ami le plus fidèle et aussi le plus intrépidement dévoué de M. Perboyre, était, nous le savons déjà, J. Rouffies, dit Lacaze.

Ce généreux chrétien était devenu de la part des révolutionnaires l'objet d'une surveillance étroite. Aussi bien, malgré toute sa bonne volonté, il lui était absolument impossible de porter lui-même à l'homme de Dieu le pain nécessaire à sa subsistance. Mais il avait trouvé dans la compagne de sa vie un dévouement semblable au sien. C'était un dédommagement. Tous les deux, en secret, complotaient leur petits coups, et c'était la femme qui les exécutait.

Tous les jours donc, tandis que Rouflles travaillait à ses champs, au regard de tous les passants, de manière à écarter de lui tout soupçon, sa femme s'en allait, suivant sa coutume, conduire et garder ses brebis tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, mais toujours de manière à passer, soit -à l'aller soit au retour, nonloindelagrotte devenues. Elle portaitdiscrètementavec elle la nourriture du confesseur de la foi. Puis, arrivée près de l'endroit, elle allait le plus naturellement du monde, sans se presser et sans quitter sa quenouille, s'asseoir sur les bords du rocher, et tout en ayant l'air d'arranger ses vêtements, elle ouvrait son tablier, et laissait tomber au fond de la grotte par une petite ouverture providentiellement ménagée au sommet de la voûte,

le pauvre morceau de pain qui devait faire les délices de M. Perboyre.

Un jour elle ne fut pas heureuse, M. Perboyre non plus. Le pain qu'elle lui porta {pain de maïs — inillas) avait toute sa croûte assez fortement brûlée. Ah ! comme elle regrettait de n'avoir pas mieux réussi son pain ! et qu'elle eut été contente de pouvoir lui en porter un meilleur!... Elle espérait bien pouvoir se dédommager le lendemain. Le lendemain en effet, son pain était bien beau et devait être bien bon. Qu'elle était heureuse! Mais hélas ! au moment où elle approchait du rocher, elle aperçoit tout près, quelques ouvriers qui semblaient fixer sur elle des regards un peu trop curieux. Ne les connaissant pas assez, ou peut-être les connaissant trop, elle ne voulut pas provoquer leurs soupçons, et, sans s'arrêter, continua son chemin, emportant tristement avec elle ce que cependant elle avait apporté d'un cœur si joyeux. Et le jour suivant, ce fut encore la même .chose. Qu'on juge de sa désolation... Quant à M. Perboyre, il fut heureux d'avoir à manger les croûtes brûlées du pain de lavant-veille, et de pouvoir ainsi alléger la rigueur du jeûne qui lui était imposé.

Un jour vint où la grotte de Venues allait cesser d'être une retraite sûre pour M. Perboyre.

De nouveau les chefs de la commune de St-Cirq-Lapopie pressèrent J. Roufl3es de questions embarrassantes. Tu sais, lui dirent-ils, où se cache le perfide Perboyre, — tu vas nous indiquer sa retraite, ou bien nous te pendrons à sa place.

Et Rouffles de répondre courageusement : vous pouvez bien me pendre si vous voulez, mais moi, vous livrer Perboyre, jamais î Pour le moment, on ne l'inquiéta pas davantage. Un fier courage désarme parfois la force brutale.

Cependant ces nouvelles menaces firent comprendre à cet homme de bien, dont la mémoire ne saurait être trop honorée, qu'il était temps de conduire son ami et son père dans la foi, dans un asile plus sûr. — Sans perdre un instant, il se mit en mesure de le lui trouver.

Habitant les bords du Lot, et ayant un bateau à sa disposition, il allait fréquemment à la pêche. Il saute donc dans sa barque, va et vient sur la rivière, et tout en ayant l'air d'amorcer ses

hameçons, de tendre ses filets, ou d'attendre que le poisson vint se faire prendre, il examine et fouille attentivement les anfractuosités du rocher dont les pieds, avant l'ouverture du chemin actuel, plongeaient directement dans le Lot.

Enfin il a trouvé.

Là-bas, à deux cents mètres environ du château de Porte- Roques • !), au roc duMaroulet, à un mètre à peu près au dessus du niveau ordinaire de Teau, son œil perçant a découvert^ dissimulé par un léger pli de terrain.. .. un refuge (2). Un refuge? c'est beaucoup dire. Ce n'était qu'une cavité très étroite ou un homme, encore pas trop gros, pouvait s'introduire. Au lieu de se continuer horizontalement dans la profondeur de la montagne^ elle s'élevait presque immédiatement et presque sans s'ékargir jusqu'à une hauteur de dix mètres. Nous necroj'ons pas pouvoir en donner une idée plus parfaite qu'en la comparant à un tuyau de cheminée.

Quelle différence avec la grotte de Vennes! Tandis que dans cette dernière, M. PerbojTe pouvait se promener et jouir tout à son aise du gracieux spectacle de la magnifique plaine de Tour-de-Faure, de celle de Cornus et de l'ancienne petite église de Crégols, — dans la grotte de Maroulet, il était sans horizon. A peine pouvait-il s'y remuer.

C'est là que Rouffies vint, à la faveur de la nuit, le porter, et l'enterrer en quelque sorte vivant. C'est là qu'il demeura depuis 1793 jusqu'en 1795.

Je me trompe quand je dis que M. Perboyre se laissa enterrer vivant. Cette retraite précipitée, au milieu des ténèbres^ pouvait bien ressembler à un enterrement, et ce refuge à un tombeau, mais il y avait dans l'àme de M. Perboyre une vie et une vie abondante, qui en dépit de tout, allait se manifester par un dévouement de tous les jours, mais surtout de toutes les nuits. Le jour il priait et se mortifiait dans son étroit cachot, n'ayant

(1) Ce château appartient aujourd'hui à M° v^ Cambres, née Lucie Izard, et par sa mère arrière petite fille de J.-L. Peyre, juge mage au présidial de Queroy, et propriétaire du château de Porie-Roques.

(2j Ce refuge a été complètement détruit en 1890, lorsqu'on construisit la route qui va du pont de St-Cirq à Crégols.

d'autre nourriture que celle que le fidèle Rouffies lui donnait, en passant, du fond de son bateau. ~ La nuit, il était toujours prêt à partir dans une direction ou dans une autre, suivant les besoins des pauvres chrétiens de ces contrées abandonnées^ et sans pasteur. On avertissait discrètement Rouffies, et Rouffies plus discrètement encore, allait chercher et, malgré tous les périls dont ils étaient comme enveloppés, conduisait le bon et courageux prêtre là où les secours de son ministère étaient attendus (1).

Nous le connaissons assez déjà, pour imaginer tout le travail qu'il accomplit à ces heures redoutables où tout exercice du culte était puni de mort! Que de lumières il a dû jeter dans les esprits, et de force dans les cœurs ! Que d'àmesabattues il a relevées, que de chrétiens découragés il a soutenus! — Les anciens de ces paroisses, dont les parents ont traversé l'époque sinistre de la Révolution, le savent encore. C'est un souvenir que leurs enfants devraient précieusement garder et qui ne devrait jamais disparaître de leur mémoire reconnaissante.

Il est une chose surtout qu'il ne manqua jamais de faire la nuit, à moins de graves raisons de prudence ou de maladie, ce fut d'offrir le Saint-Sacrifice de la messe. Conduit sur le bateau, au château de Porte-Roques, couvert, dit-on, d'un vieux manteau rouge, afin de détourner plus facilement de sa personne, les soupçons des révolutionnaires, il était pieusement accueilli parla famille Payssotqui, avertie à temps, tenait toujours tout préparé pour le S'-Sacrifice. (2)

Il est inutile de dire avec quelle ferveur il immolait la S'^-VictimeîîSi on était encore à se demander où il trouvait tant décourage^ de force, d'abnégation et de dévouement, on n'a qu'à

(1) C'est pendant nue de ces nuits qu'il alla eu bateau au port de St-Cirq pour baptiser le père de M. Alain Dois, notaire à Tour-de-Faure. L'enfant fut descendu par une fenêtre, dans une corbeille suspendue à une corde. M. Perboyre le baptisa, et regagna vite sa triste prison (1795).

(2) On a conservé au château, jusqu'à ces dernières années, une chasuble double, noire d'un côté, et de toutes couleurs de l'autre, un corporal, et un verre à pied qui tenait lieu de calice. Madame Cambres a eu la pensée délicate de donner ces reliques aux Prêtres de la Mission, confrères de M. J. Perbovre.

regarder l'autel. Toute l'explication est là. On se donne volontiers à Celui et pour Celui qui se donne Lui-même constamment tout entier à nous !

Cependant, si habituellement notre héros se laissa toujours guider par un grand sentiment de foi, il dut, à certains moments, en face de tant de haine et de rage, sentir la nature chercher à prendre le dessus. On ne cesse pas d'être homme parce qu'on estchrétien, et plus d'une fois on en éprouve les faiblesses... Qu'on nous permette donc de raconter un faità ce sujet. C'est M. Perboyre qui en fit lui-même le récit, et, paraît-il, il pleurait d'émotion en le racontant- Le voici :

Un jour, plus traqué que d'habitude^ ayant déjà échappé plusieurs fois aux poursuites de ses ennemis, il s'était réfugié péniblement à Crégols, dans une grange. Là, caché derrière un énorme tas de foin et de paille^ il aperçoit par une petite lucarne, en face et assez près de lui, un tailleur chétif, boiteux, tout contrefait, qui travaillait sur la plate-forme d'un escalier voisin. Bientôt il entend ce tailleur dire à une bonne vieille femme : — Vous ne savez pas?... On promet quelques écus de six francs, une pique et un bonnet de la République tout neuf, à celui qui indiquera l'endroit où se trouve Perboyre. Ah je voudrais bien savoir où il est, moi, afin de gagner tout cela.

— Malheureux ! lui répondit la bonne femme, tu ne le ferais pas peut-être ! Le bon Dieu te punirait. Car on ne se contenterait pas de prendre M. Perboyre, mais encore on le tuerait. Et tu en serais la cause !

Et comme le tailleur persistait dans ses affreux désirs, la bonne femme se désolait.

En même temps, du fond de sa cachette, M. Perboyre indigné, allongeait le poing du côté du tailleur en disant : Ah ! tailluret, tailluret, je ne te conseille pas de venir m'arrêter toi même, car je pourrais bien te tordre le cou — Il ne l'aurait certainement pas fait, mais il en avait la force, car il était bel homme et d'une constitution fort robuste.

Inutile de dire que ce premier mouvement fut aussitôt réprimé, et que du fond du cœur, M. Perboyre pardonna généreusement à celui qui cependant faisait si bon marché de sa vie.

m. — VARAIIIE

Combien de temps M. Perboyre resta- t-il dans la grotte de Vennes ou dans celle de Porte-Roques, il ne nous est guère facile de le dire. Ce que nous savons c'est qu'en 1796 il n'y était plus. A cette époque nous le trouvons à Varaire. Mais avant de s'y fixer^ il rayonna dans les environs. Escamps eut le bonheur de le posséder et de jouir des fruits de son ministère. Le maire de cette commune M. Sarny, (1) qui lui fut toujours très dévoué, (2) lui rendit dans des circonstances difficiles deux services signalés que nous nous plaisons à rapporter ici.

M. Perboyre avait été obligé, nous ne savons pourquoi, de veniràCahors. Il y vint, caché sous un déguisement d'emprunt, à la faveur duquel il put dérier tous les soupçons. Mais au moment du retour, le danger s'était tellement accru, la surveillance s'exerçait avec une telle activité qu'il lui fut impossible départir. Le propriétaire de la maison où il se tenait caché, fit subitement avertir M. Sarny de la situation de son ami.

M. Sarny arrive aussitôt, revêt M. Perboyre des habits plus ou moins propres d'un valet de ferme, lui met quelques planches sur la tête, et se risque aveclui à travers la ville. Il étaitconvenu que si on venait à rencontrer quelques figures suspectes M. Perboyre serait apostrophé, et d'importance.

C'est ce qui arriva. En effet, tous les deux se trouvaient sur le pont de Notre Dame, M. Perboyre devançant de quelques pas son maître supposé, lorsque deux ou trois individus^ à la mine rien moins que rassurante, s'avancèrent sur le même pont, mais en sens opposé.

M. Perboyre prit aussitôt une allure languissante, fatiguée, et presque paresseuse. Aussitôt M. Sarny de se mettre en colère, de l'invectiver durement, de lui reprocher sa nonchalance, et

(1) C'est l'aïeul de M. raumônier actuel du couvent de Vaylats.

(2) M. Perboyre dans un certificat daté du mois de Juillet 1831, alors qu'il était eocure à Montauban, s'est plu à rendre uu témoignage public au d'^vouement religieux dont l'avait constamment entouré M. Sarny. au cours de ses travaux apostoliques à Escamps et dans les environs.

Ce certificat a été déjà publié, page 74, à propos de la biographie de M. Sarnv.

de le forcer à hâter un peu le pas. -— M. Perboyre ne se le fit pas dire deux fois, et, de l'air le plus maussade, prit aussitôt une allure un peu plus dégagée. Qui aurait pu, à ce moment, soupçonner en lui un prêtre. — Aussi bien, les individus suspects passèrent-ils tranquillement leur chemin, et bientôt après, M. Perboyre et M. Sarny se trouvaient hors de la ville, loin de tout danger sérieux.

Une autre fois^ pendant l'hiver^ M. Perboyre se trouvait à Escaraps chez M. Sarny. Chaussé de gros sabots et revêtu de la longue blouse de toile en usage dans le pays, il se chauffait tranquillement au coin du feu, causant avec la famille, quand soudain, les gendarmes entrent dans la maison, et demandent à parler au maire. Quelle situation périlleuse!... Mais le maire sans se troubler le moins du monde, se lève et se met en devoir de faire le meilleur accueil aux |iouveaux venus. Les premières paroles échangées, il congédie la famille sous prétexte de causer seul avec les gendarmes, et, s'adressant à M. Perboyre qui ne disait rien et... pour cause : Quant à toi fainéant, tu ne t'es pas encore assez chauffé ? Allons, va t'en, va t'en garder les brebis. — Et M . Perboyre, dans l'attitude de Thomme le plus contrarié du monde, sort sans rien dire, roulant sa coiffure entre ses doigts, et... se sauve en bénissant la Providence qui le couvre partout d'une si spéciale protection. Que d'humiliations !... Il en avait essuyé déjà beaucoup... Il était prêt à les subir toutes pour se rendre utile aux âmes.

Après avoir ainsi travaillé de côté et d'autre, il finit par se fixer àVaraire, etil en devint bientôt le curé. Une raison spéciale l'y avait sans doute attiré. C'était celle d'un plus grand besoin et d'une plus grande détresse pour les habitants de cette paroisse. . Varaire, en effet, n'était pas seulement désolée par les farouches manifestations et les menaces impies des révolutionnaires, elle était surtout affreusement blessée dans ses croyances et ses sentiments religieux, par les scandales permanents d'un mauvais prêtre. M. Perboyre vint donc com.battre le mal dans son centre, non pas publiquement, c'eut été folie — mais par tous les moyens que son zèle ardent, allié à une sage prudence, lui permit d'employer.

Sa présence fut bientôt connue des démocrates de rendroit,

qui dans l'intérêt du salut public s'étaient aussitôt, eux. aussi^ constitués en cour martiale. A Varaire comme à St-Cirq, M. Perboyre fut donc l'objet d'une haine implacable et toujours en éveil. Mais à Varaire comme à St-Cirq, il eut des amis fidèles et dévoués. Les familles qui lui furent le plus attachées furent celles de Jean Bès, et de Jean Roldes (du village de Laplane), et surtout celle de J. P. Vinel (du village de Loupendut). Elles méritent d'être citées ici comme dans un tableau d'honneur.

Vinel fut pour M. Perboj^e ce que J. Rouffles avait été à St-Cirq.

C'est chez lui que le courageux prêtre disait la Sainte Messe.

C'est lui qui convoquait ensuite les pieux fidèles pour assister au Saint Sacrifice. Quand la petite chambre était trop étroite pour les contenir, il descendait dans la cour intérieure, la nettoyait de son mieux, et là^ à l'ombre d'un grand sureau, préparait l'autel et toutes les choses nécessaires au divin sacrifice.

C'est lui qui dans ces circonstances singulièrement touchantes faisait l'oflîîce d'enfant de chœur.

C'est lui aussi qui de temps en temps, pour le mettre à l'abri des poursuites de ses ennemis, allait le cacher tantôt dans un endroit^ tantôt dans un autre, mais surtout, quand il le pouvait dans la maison de ses amis, Roldes et Bès, ses religieux complices.

C'est encore 1 ui qui l'accompagnait, lorsqu'il était obligé d'aller accomplir furtivement les fonctions du Saint Ministère près de ceux qui en réclamaient le secours, disposé à le défendre contre tous, et même, si c'eut été nécessaire, à lui faire un rempart de son corps. — En un mot Vinel fut, je le répète, ne sachant pas en faire un meilleur portrait, le Rouffies de l'endroit.

Un jour, il l'arracha véritablement à la mort ! C'était pendant les moissons de l'année 1797. Vinel se disposait à aller aux champs. Déjà ses vaches étaient attelées, lorsque soudain la femme Guiroles se précipite dans la cour en criant, épouvantée : Jean Pierre ! Jean Pierre !! faites cacher M. Perboyre ! la cour martiale est là qui entre dans le village ! — Aussitôt, avec une présence d'esprit et un sang-froid remarquables, Vinel court prendre M. Perboyre, alors tranquillement occupé dans sa mai-

son, le fait coucher de tout son long dans la charrette^ jette sur lui une vieille couverture plus ou moins froissée, et, se mettant à crier après ses vaches, à les frapper, les pousse rapidement dans la campagne, criant encore, frappant encore, prononçant

même des paroles grossières, mais sauvant ce qu'il aimait

pardessus tout, un prêtre, un prêtre fidèle, un véritable représentant de Dieu, M. Perboyre. — Il le conduisit dans une misérable cabane, toute délabrée, (b où le courageux, confesseur de la foi dut -rester deux nuits et un jour. Pendant ce temps, la cour martiale arrivait à Loupendut. La première maison qu'elle visita fut, bien entendu, celle de J. Vinel. Les démocrates, que le mauvais prêtre avait certainement excités et envoyés, fouillèrent avec une véritable rage toutes les chambres et tous les meubles de la maison. Naturellement ils ne trouvèrent rien. Furieux, ils s'en allèrent à la grange, et mirent tout sens dessus dessous, le foin, la paille, les fagots. Tout fut secoué, remué^ jeté dehors. — Peine perdue. La victime qu'ils devaient immoler, avait été providentiellement sauvée. Ils s'en allèrent, la menace aux lèvres promettant bien qu'une autre fois ils prendraient de plus grandes précautions et qu'ils seraient plus heureux. — Mais cette autre fois ne vint pas.

L'homme propose, et Dieu dispose.

Peu après cette équipée, en 1708, le mauvais prêtre se voyant de plus en plus discrédité et sans influence, partit, allant cacher sa honte dans un pays inconnu, et pleurer peut-être les lamentables forfaits de sa vie, scandaleuse à plus dun titre. Dès lors, les quelques démocrates de Tendroit, se trouvant sans chef, et comprenant bien que le temps n'était plus aux excès ni aux violences d'autrefois, commencèrent à rester chez eux. La cour martiale fut dissoute par la force des choses, et M. Perboyre sans jouir encore d'une vraie liberté, mais n'étant plus traqué comme autrefois, put avec une plus grande sécurité, se livrer aux exercices de son saint ministère. — Nous n'avons aucun document à ce sujet, mais nous connaissons assez ce saint prêtre pour deviner avec quel zèle il acomplit son devoir

(1) Eile était située aux Granières et apparleuait à M. J. Duguet.

de pasteur et avec quelle religieuse activité^ il chercha à relever les ruines que tant d'autres avaient amoncelées à Varaire et dans les environs. Cette paroisse de Varaire est l'une des meilleures du diocèse. Mais serait-ce témérité d'affirmer que s'il y a encore tant de foi, tant de piété, tant de respect pour les choses de la religion, pour les ministres des autels, cette paroisse le doit surtout à M. Perboyre ? Nous ne le croyons pas, ni Varaire non plus : car si, il y a quelques années, cette paroisse a célébré avec tant d'éclat les fêtes de la béatification de Jean- Gabriel, elle n'a pas voulu seulement honorer le martyr, elle a voulu payer aussi sa dette de reconnaissance à l'oncle du martyr, à celui qui, durant les jours troublés de la révolution, avait été son défenseur et son père

M. Perboyre resta à Varaire jusqu'en 1805. Avant d'en sortir il eut une bien douce satisfaction, une bien grande consolation. 11 bénit l'union aussi sainte qu'heureuse de celui qui avait été son ami si fidèle, si coui-ageux et si dévoué, de son cher J.-P. Vinel avec Catherine Grégory, et le 4 septembre 1805, il régénérait dans les eaux du baptême le premier fruit de ce mariage, Jean-Baptiste Vinel qu'il devait revoir plus d'une fois avec son père à Montauban.

La carrière de M. J. Perboyre n'est pas terminée. Jusqu'à présent Dieu l'a mûri au creuset de l'épreuve et de la persécution. 11 l'appelle maintenant sur un théâtre plus grand et plus élevé où il le couvrira de gloire et d'honneur. — N'ayant pas à raconter ici ses travaux à Montauban, nous nous arrêtons là, heureux d'avoir mis un peu en relief une de ces grandes, nobles et nombreuses figures qui ont illustré notre Quercy pendant la Révolution, et qui resteront à jamais notre gloire et notre modèle.

L'heure n'est pas éloignée peut-être où de nouvelles et semblables épreuves viendront fondre sur l'église de France. Fasse le ciel que de nombreux Perboyre soient là autour d'elle pour la protéger et la défendre.

Nous l'espérons pour la France tout entière et pour le diocèse de Cahors en particulier.

Oui, pour le diocèse de Cahors en particulier, car, après tout, si, dans le Quercy, comme ailleurs, il y a une sorte de dégéné-

rescence morale, elle ne se trouve pas dans son clergé qui demeure toujours un clergé modèle, instruit, vertueux, généreux, pacifique c'est vrai, mais néanmoins prêt a toutes les luttes^ et a tous les combats. G. Enrobel.

M. DE BECAVE

Le rûle considérable joué par M. de Bécave dans le diocèse de Cahors pendant la tourmennte révolutionnaire donne à son nom plus qu'a tout autre le droit de figurer dans cette galerie de portraits des victimes de la Révolution.

Au lieu de refaire la biographie de ce saint prêtre, nous allons reproduire celle que lui a consacré M. Yidaillet dans sa BioQrophie des }iommes''Célèbres du département da Lot. Nous ajouterons simplement quelques détails inédits.

« Charles-Nicolas de Bécave, grand archi-diacre de la cathédrale de Cahors, vicaire-général du diocè£e, né à Sérignac en 1731, est mort à Cahors en 1812.

« 11 reçut le grade de docteur en théologie dans l'Université d'Orléans, après avoir terminé le cours des études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Sulpice, a Paris. Cette maison célèbre, qui compte Fénelon au nombre de ses élèves, offrit au jeune de Bécave tous les moj-ens de perfectionnement qui manquent d'ordinaire à la province. C'est à l'école des pieux et savants successeurs des Olier et des Tronson qu'il acheva de former son esprit à la science de son état, et son cœur aux'sublimos vertus qu'il réclame. La nature lui avait prodigué les dons nécessaires pour faire fructifier une si heureuse éducation. Elle l'avait doué d'une conception rapide, d'une sagacité singulière, d'une justesse de tact et de coup-d'œil difficiles à imaginer, et d'un tel génie de scrutation et de discernement que, pour le caractériser d'une manière précise, on doit dire qu'il avait l'instinct de la vérité. L'éclat rapide que jeta un si rare assemblage de qualités précieuses le signala bientùt aux yeux d'un homme capable de sentir toute sa valeur, et de l'élever sur un théâtre approprié à son mérite. Jeune encore, il fut nommé grand vicaire par l'évêque Duguesclin. Ce prélat, jaloux d'étendre et de féconder

de plus en plus des talens sur lesquels il reposait de glorieuses espérances pour son diocèse, employa afin d'atteindre ce but des soins tout particuliers, et une sollicitude vraiment paternelle. Il exigea que le nouveau grand vicaire servît de secrétaire au vénérable Baudus, alors vicaire général. Sous les yeux de cet homme habile, le jeune de Bécave, initié de jour en jour aux mystères qui environnent l'art du casuiste, égala bientôt en ce genre la perfection de son honorable maître. Il apprit à prononcer sur les cas les plus épineux avec une infaillibilité telles que sa réputation franchit rapidement les bornes du diocèse, et lai attira une flatteuse aflîuence de consultations étrangères à son ressort naturel.

« Le même prélat chargeait habituellement son grand vicaire de la rédaction première de ses mandemens. La composition du jeune écrivain était revue d'un œil sévère; et l'austère Duguesclin portait quelquefois la rigueur jusqu'à déchirer ces essais embellis de tout le charme d'une imagination vive et brillante, comme sentant trop l'apprêt du rhéteur et les fleurs d'une éloquence mondaine. Docile aux rigides observations d'un censeur chéri, le modeste disciple reprenait la plume; et le nouveau discours moins orné, comme aussi plus noble et plus pastoral n'offrait plus que de légères corrections à subir pour devenir le mandement de l'évêque.

« De Bécave dans ce genre de travail parvint à acquérir une manière d'écrire aussi simple que noble. Son éloquence, dépouillée d'ornemens frivoles, se recommande par cette candeur, cette simplicité majestueuse qui fut toujours le langage du ciel ; et ses compositions religieuses semblent des feuilles détachées de l'évangile et des saints Pères.

« Ce langage facile, naturel et élevé avait passé de ses écrits dans sa conversation, et dans ses discours spirituels. Il parlait de Dieu et de tout ce qui touche aux vertus chrétiennes avec une facilité d'expression et une simplicité de ton qui faisaient qu'on ne savait qu'admirer le plus de son esprit, de son cœur, ou de ses manières.

« Sapiété, sans faste comme sans contrainte, était parfaitement en rapport avec l'ensemble de son noble caractère. C'était la piété de Fénelon et de Saint-François-de-Sales.

« Son extrême popularité le rendait accessible à tous, mais spécialement aux pauvres dont il était le père.

« L'expression de sa physionomie à la fois douce et imposante rassurait vite la timidité craintive qui a toujours peur de manquer, et déconcertait sur-le-champ l'orgueil eôronté qui craint toujours de descendre.

« Le brillant exercice de tant de vertus sociales et ecclésiastiques l'environna constamment delà confiance du clergé et de Lamour du peuple.

« La Révolution, ce périlleux creuset des talens et des vertus en France, vint mettre le mérite de de Bécave à de solennelles épreuves. A la mort de l'évèque Nicolaï, élevé â la dignité de vicaire apostolique par le Souverain Pontife Pie YI, il gouverna le diocèse privé de pasteur avec une prudence et une fermeté qui ne permirent pas à cette précieuse partie de l'église gallicane de s'apercevoir de son long veuvage.

« Durant ce temps de liberté éphémère accordé aux ministres de la religion, sommé de comparaître jusqu'à 27 fois devant les autorités, il ne put jamais être convaincu que du crime, alors irrémissible, de se comporter en prêtre et en bon Français. En diverses occasions^ de Bécave reçut plusieurs outrages; mais la noble fierté de sa contenance et la dignité de ses réponses firent constamment rougir les audacieux qui l'insultaient. Nouveau trait de ressemblance qui le rapproche de son divin maître !

« Tous les hommes véritablement amis de l'harmonie civile et religieuse virent avec admiration les procédés pleins de conciliation et de tolérance dont il usa pour ramener, dans ces temps d'erreur et de vertige, ceux des ecclésiastiques du diocèse qui s'étaient laissés surprendre aux pièges des novateurs.

« La passion que l'on a appelée si improprement l'idole des grandes âmes, l'ambition, n'entra jamais dans le cœur de cet homme vénérable. On ne put jamais le décider à se mettre sur les rangs pour obtenir un évèché, quoique son mérite et ses protecteurs lui donnassent plein droit d'y prétendre.

«Dès que M. DeGrainville futpromuàcelui de Cahors, il reçut de ce prélat la charge de premier grand vicaire. Il ne survécut pas longtemps à cette marque de confiance de la part de son

nouveau pasteur et mourut quelques années après riche de mérite et de vertus aux yeux de Dieu et de ses semblables.

« Un trait qui a fait la gloire des sept Sages de la Grèce ajoute peu à la sienne : son désintéressement avait été si grand qu'il ne laissa pas de quoi fournir aux frais de sa sépulture. »

Quelques renseignements particuliers, que nous avons pu nous procurer, nous permettent de compléter autant que possible ceux qui ont permis à M. le chanoine Floras et à M. le docteur Vidaillet d'écrire la biographie de M. de Bécave (1).

La famille de Bécave, qui n'existe plus aujourd'hui, était ancienne dans le pays. Il est question de noble Gabrielle de Bécave mariée à Guionde Sauniacde Belcastel, sieur de Lacroze et de Sérignac dans un acte public de 1639. Le frère de Gabrielle, Pons de Bécave, était le Bisaïeul d'Antoine-Auguste de Bécave, marié à Louise de Lescourt. Des quatre enfants issus de ce mariage, le futur archidiacre, Charles-Nicolas, était le second. L'ainé Jean-Louis-Auguste, marié à Jeanne de Villeneuve eut dixenfants, dont l'un, Gharles-Pons, né en 1754, devint chanoine du chapitre collégial du Vigan et fut mis en possession de la cure de Floressas qu'il occupa jusqu'à la Révolution.

Dans un acte de 1752 Antoine-Auguste est qualifié chevalier, seigneur de Sérignac, Lavalette et le Bose (Tournon).

La même année il constitue une rente de 100 francs à son fils Charles-Nicolas, acolyte de St-Sulpice pour lui tenir lieu de titre sacerdotal.

En 1765, ce dernier était prêtre et vicaire générai à Cahors. M. Vidaillet dit qu'il reçut le grade de docteur en théologie dans l'Université d'Orléans, d'autres prétendent qu'il fut reçu docteur en Sorbonne. Sa grande réputation de science et de sagesse le fit bientôt arriver au premier rang parmi les prêtres de son diocèse. Il fut nommé, très jeune, chanoine, chancelier, grand Vicaire et grand Archidiacre, charges qu'il occupa sous le triple épiscopat de MiVÎgrs Duguesclin, de Cheylus et de Ni col aï.

Son rôle fut particulièrementiraportantpendantla Révolution.

(1) Voir j\L de Bécave page 40 et p. 276.

De 1791, époque où se retira Mgr de Nicolaï^ jusqu'à l'arrivée de son successeur, Mgr Balthasar Cousin de Grainville, en 1802, M. Charles-Nicolas de Bécavefit fonction de Vicaire Apostolique dans le diocèse de Cahors, et c'est à ce titre qu'il figure dans la liste des Evêques insérée dans l'Ordo diocésain.

On comprend combien devait être difficile l'administration spirituelle du diocèse pendant cette période tourmentée. Il fallait veiller à sa propre sécurité et ne pas compromettre celle des autres. Que fit M. de Bécave? il s'empressa de déléguer une partie de ses pouvoirs à certains prêtres qui eurent une juridiction plus ou moins étendue etil prit d'habiles mesures pour assurer le secret des correspondances. Voici ce qu'il écrivait à l'un de ces prêtres dont le nom nous est inconnu (1) :

« Notre St-Père ayant bien voulu, Monsieur, me déléguer pour le gouvernement spirituel du diocèse, pendant la vacance du siège, avec faculté de communiquer les pouvoirs extraordinaires qu'il m'a accordés par son bref du 11 novembre dernier (1791), mon premier soin a été de partager avec vous cette marque distinguée de confiance du Souverain Pontife, celle que je vous dois à tant de titres. Le grand avantage qui en doit résulter pour le bien général et particulier de tous les bons pasteurs restés fidèles du diocèse a été le motif qui m'a décidé à jeter les yeux sur vous pour me suppléer dans l'arrondissement que je vous indique. Vous trouverez, ci-joint, un extrait du bref concernant la liste des cas dont vous aurez le pouvoir d'absoudre ainsi que des dispenses que vous pouvez accorder avec les sages précautions que votre prudence ne manquera pas devons inspirer. Vous prendrez les plus sages et les plus prompts moyens pour instruire dans votre arrondissement du recours qu'on peut avoir à vous. Le délégué se réserve tous les cas compris dans les n''^ 1, 3, 4 et 10 (2) du bref et il délègue tous

(1) Nous avons lieu de croire que cette lettre fut adressée à M. Cristallin, curé du Bastit, car c'est daus les papiers de ce prêtre que nous l'avons trouvée copiée de sa main.

(2) l<»Absolveudiab omnibus casibussediapostolicœreservatisacprœsertim ab ominus censuris ecclesiasticis eos omnes sive sœculares sive regulares

ses autres pouvoirs à MM. les curés et vicaires non conformistes et autres ecclésiastiques employés au St ministère, et envoyés par l'autorité légitime. Il a Thonneur de leur faire observer que pour faciliter une libre communication et pour la sûreté générale et particulière, il a jugé à propos d'indiquer le moyen que voici :

« Quand on aura besoin de recourir à lui pour les cas à lui réservés, on doit avoir l'attention d'envoyer par un exprès discret une lettre datée, mais sans annonce du lieu d'où elle part, sans adresse et sans signature. On a jugé à propos de suppléer à la signature par un chiffre de convention qui en sera l'équivalent, et chacun de ces messieurs trouvera à côté de son nom celui qui doit lui servir de signature.

« Le subdélégué leur déclare qu'il prendra pour ses réponses les mêmes précautions et que le chiffre : 150 : entre quatre points sera l'équivalent de sa signature.

« Au reste on ne croit pas qu'il soit nécessaire de recommander la plus grande circonspection et le plus grand secret. Tout lemonde y est également intéressé. Sur le n" 10, le délégué observe que messieurs les ecclésiastiques qui avaient obtenu le bis in die peuvent sans difficulté continuer à jouir de cette faculté, et que le cas de recours au délégué ne regarde que ceux qui ne l'ont pas, et de ce numéro c'est le seul article qu'il se réserve.

qui schismail acîhœserimt et jurameutimi civiciim emiserimt iu eoque perstiteruDt etc.

3» Concedendi liceutiam ils regiilarlbus cnjuscumqne ordinis et inslituti qui extra conventum vivere et regulareni habitum dimittere coacti suut itidueudi vestibus sœcularibus, ecclesiastico tameii viro couveuieutibus, ac permanendi iucohabitu subobedieulia vicarii capitularisquateuus superiores regularesDon adsint aut nullâ uli possiul ia suos subditos jurisdictione,firma tameu item rémanente solemnium rectorum obligatione et donec tautum hoc teraporum calamitas perduraverit.

4° Dispeusandi et coramutandi vota simpbcia in alia pia opéra, exceptis votis castitatis et rebgiouis.

10° Celebraudi missam iu quocuraque loco décente, etiam sub die, una hora aute auroram, et alia post meridiem atque etiam bis in die si nécessitas cogat, dum modo sacerdos in 1" non sumpserit oblatiouem, et supra altare portatili et sine SS. Reliquiis. Gaveat tamen ne prœdictam facultatem seu dispensalionem celebraudi bis iu die aliter quam a gravissimis causiset sacerdotibiis maturioris probitatis et concilii, juxta iuferius appoueudum, delegaudi facultatem concédât.

« Messieurs les ecclésiastiques sont priés de tenir un état exact des dispenses de mariage qu'ils accorderont, du nom des parties dispensées, du degré de parenté, soit de consanguinité, soit d'affinité, et ils voudront bien se donner la peine de le faire passer au délégué, parceque, conformément à la lettre dont ils ont du recevoir copie^ le délégué doit lui-même former un registre de ces différents états et l'envoyer à qui de droit. : 150 : »

Cette lettre nous donne une idée des difficultés que M. de Bécave eut à surmonter pour administrer le diocèse. Ce fat biea pis quand, à la suite d'une visite qu'il fit dans une maison de Mercuès, il fut arrêté et interné avec beaucoup d'autres prêtres dans le Séminaire transformé en maison de réclusion.

Aux plus mauvais jours il avait dû se cacher, comme tous les prêtres insermentés, et c'est dans une espèce d'armoire au fond d'un magasin qu'il trouva longtemps une retraite sûre.

Plus tard il fut porté sur la liste des déportés et même des émigrés avec cette qualification : « ci-devant archidiacre de Cahors. »

Il reste de lui quelques circulaires adressées au clergé diocésain durant son vicariat apostolique. On lui doit aussi la publication des Heures du diocèse^ que l'on voyait autrefois dans toutes les mains.

Quoique septuagénaire à l'époque de l'avènement de l'èvêque concordataire, Mgr de Grainville, M. de Bécave ne refusa pas le poste de P' vicaire général que lui offrit le nouvel évêque. On sait que le diocèse de Cahors comprenait alors le diocèse de Rodez et une grande partie du diocèse actuel de Montauban ; combien par conséquent devait être lourde la charge de celui qui, plus connu que ses collègues et jouissant d'une confiance illimitée, voyait accourir à lui presque tous les prêtres qui avaient besoin d'un conseil ou d'une protection. Jusqu'à son dernier jour il travailla sans demander à être déchargé, mettant ainsi en pratique ce qu'il recommandait aux autres : « Un bon pasteur, disait-il, ne quitte jamais son troupeau, la mort seule l'en sépare (1). » J. Ct.

(1) Lettre autographe de M. de Bécave, du 12 juillet 1805, à M. Cristallin, curé du Bastit, qui voulait se retirer pour cause d'iufirmités.

Listes (Ses eo;»fesseurs cic la Foi npparCenaGit î\u diocèse de Caliors, (I) envoyés à ISorJeaux en

f^9S et I'î2l4.

Nous trouvons dans le dénombrement des victimes de la Révolution publié par M. Tabbé Lelièvre, du diocèse de Bordeaux, la liste suivante des ecclésiastiques détenus à Blaye, au Pâté et au fort du Hà à la suite de leur refus de prêter le serment prescrit par les lois du 26 décembre 1790, 17 avril 1791 et 3 septembre 1792.

Liste des ecclésiastiques détenus à Blaye et au Pâté

Abeil, vicaire de Corniac (?).

Abouleine, lazariste.

Aimar, curé de Chenaillac (?).

Alaniou , chap. à la Cathédrale

Apchier, théologal et curé de Béleine.

Austruy, curé de Créol.

Battut, curé de S^-Lespinasse.

Beaufort, curé de Concorès.

Bessière, curé de Montbrun.

Blanches, curé de Gignac.

Boissières c. de Monfermier.

Bout, curé de Boissiérettes.

Boyer, chapelain.

Caix, curé de Paunac.

Calvet, frère lazariste.

Caminel,préb.deMontauban.

Cassagnes, cap. (père Louis).

Cavalier, curé de Boissières.

Cayrol, archid. de la Cathéd.

Cayrol, chanoine de la Cathédrale de Mirepoix.

Chaloupy, capucin.

Christallier, curé de Bastide.

Clarac, chanoine de Moissac.

Clavières, chanoine de Castel-

naudary.

Daynac, lazariste.

Deilhes, vicaire à Vaylac.

Déjean, curé de Ste-Eulalie.

Delport, curé de Coujoux.

f l2) Delsol, curé de Mayri-

gnac (le Francal).

f Delver, c. de Dastringuel (?).

De St-Maurice, chanoine de

Montauban.

Deslac de la Naux, curé de

Martel.

Faure, curé de Carlux.

Faure, frère chanceladois.

Galtier, curé de Calvint (?).

Gamel, curé de Nujujoul.

Gayot,archiprétre de St-Cyr.

Lacroix, curé de Mézel.

Lafon, curé de Bretonou.

Lamothe Marcillac, prében.

Larnaudie, curé de Fargues.

Légier, préb. de Montauban.

f Louradour, curé de Payrat.

Lugan, curé de Begous.

(1) Le diocèse de Gahors comprenait alors la plupart des paroisses du diocèse actuel de Montauban et quelques paroisses du diocèse de Périgueux.

(2) La croix siguifie obiit : mort en réclusion.

Malot, arch. de Roquemaure.

Margot, carme déchaux.

Melon, capucin.

Montagne^ capucin.

Pestel, capucin.

Pradines,heb. deMontauban.

Sales, curé d'Auti.

Solmiac. diacre.

Taillade, curé de Creysse.

Talayssac, hebdomadaire.

Terrai, anc. prieur de Ganits. Tulles^ capucin.

Turenne, prieur de Comiac.

Vernède, c. de Castelsarrasin.

Vernhier^aumùnierdesUrsulines.

Liste des ecclésiastiques détenus au fort du Hâ

AnrJLrien, de Faycelles, hebdomadaire de Figeac.

Auricoste, curé des Champs.

Bories, vicaire de Neveze.

Brassac, de Lentillac, vicaire d'Issendolus.

Delclou, prêtre, de Figeac.

Drulobi:, préb. du chap. de Figeac.

Gondalma, ch. de Roquemadour.

Jeanni, curé de Salvetat en Quercy.

Lascombe, chartreux de Ca-

\\ovs. jur...

-^ Maynard, ch. de Bigan.

Poujouret, curé de...

Raffin^ obituaire de Moyssac.

Sellier, lazariste.

Silvestre de Cavaillon^ curé

de Lentillac.

Trassy, deBretenou, curé de

Bonaville. Vabré, v. de Montreuil, en

Quercy.

Viscam, curé deMondomère.

Liste supplémentaire des prêtres conduits à Bordeaux

Auterives,de Figeac, bénéd.

Bergon, de Vie de Capdenac,

vie. de Lissac.

7 Bessière, grand carme.

Besson, curé de St-Germain.

Bessonier, de Coraiac.curé de

Rueïres.

Bosc, de Beaumont, cord.

Boudy, cap.

Boyer, deMarminiac, vie. de

Camourés (Concorès).

Boyer, de l'Augerte, (Lauzer-

te)vic. de Cadamas Bufïan, de Grezels, curé de

Cavanhac.

Calmette, deRudel, hebdom.

et secret de Cahors.

Château, p. de Monta'uban.

Colombarieu, ch. du Mas

Cayrel.

Costes, de St-Denis, vie. rég.

de Croisevigne (?).

Cughac, de Gagnac, vie. de

Selles.

Delaude, ch.

Delbourg, de Figeac, dom.

Delbourg, c. de Plagnols.

Delmas, prof, des humanités

à Cahors.

Devès, ch de St-Quentin.

Duclos, hebd. de Figeac.

Escalier, de Sales, récollet.

Estang,de St Germain, chan.

reer.

Faurc, de Caliors, v. de Liizet

(Luzech\ Fraissé^ de Gourdon,lazar.

Fourgous, deLauzerte, c. de

St-Simphorien.

Geaubert, de Gourdon, lazar.

Gouloubes, du Vigan, cap.

Lachaize, curé de Lhérin

(Lherm).

Lacombe, préb. de St-An-

tonin.

Lagarrigues, diacre de St-

Vincent.

Lamourous, cord.

Lavalette de Roquefort, p. de

Vabres.

Lavibe (Larribe), curé de

Fraysignes.

Martin, préb. de Cahors.

Masbon (Masboa\ v. de G;iii!iac,

annexe de Capara (Cajarc).

Mazet, de Cavarhac (?), curé

de St-Amand.

Ménard, Gab. ch. de Roca-

madour.

Milhac^ p. bénéd.

Pharlange, de Soulac (Souil-

lac), curé de Chivrac (Gieu-

rac).

Pradines de Limogre (Limo-

gne), ch. rég.

Pradines de Limogre, préb

de Montauban.

Roulhe, c. de Bouche (?).

Solinhac de Regrol, curé de

la Pannonie.

f Soulhiacde Palissac, chan.

de Roquemadour.

Valadié, v. de Tessogage (?),

annexe de Premsac (?).

Vieillecaze, c. de St-Martin.

Liste des prêtres et religieux déportés en vertu de la loi du iG août 1792 et détenus à Bordeaux, Blaye, Rochefort et sur les vaisseaux de la rade de U Ile d'Aix et du Port-des- Barques.

(D'après la liste générale publiée par M. l'abbé Manseau dans son livre « Les piètres et religieux déportés. »)

Abeil, vicaire de Cornac, détenu au fort du Hà, puis à la citadelle de Blaye, fut embarqué sur le vaisseau Le Jeanttj.

Abouleine, (41 ans), lazariste, né à Caussade, domicilié à Cahors, fut détenu au fort du Hà et à la citadelle de Blaye.

Andrleux, Benoît (54 ans), prêtre hebdomadier, né à Faycelles, domicilié à Figeac, fut détenu, avant et après sa déportation, au fort du Hà. H fut libéré le? janvier 1800.

Apcliier, curé, théologal, domicilié à Boleine (? diocèse de Cahors, fut détenu au fort du Hà et à Blaye.

Austruy, curé de Crégols, originaire du Rouergue, détenu au fort du Hà, puisa Blaye, fut renvoyé au séminaire de Cahors et y mourut en réclusion l'an 1795.

Auvicoste, fAuricoste), Jean (59 ans), curé d'Escamps, fut détenu au fort du Hà, à Blaye, et embarqué sur LeJccuity.

Aijniard, Antoine, curé de Sénaillac-Lauzès, fut détenu à Blaye, et embarqué sur Le Jeanty.

Battut, Jean, curé de St-Jean-Lespinas>e fat détenu à la citadelle de Blaye et mourut, en réclusion après sa déportation, au séminaire de Cahors.

Beaafort (^ie) Jean-Antoine, curé de Concorès, fut détenu au fort du Hà, puis à Blaye, et embarqué sur Le Jeanty.

Bécave (de Fo niable), Charles, né à (Sérignac) (1), vicaire général de Cahors, fut d'abord détenu au fort du Hà puis renvoyé en réclusion au séminaire de Cahors. (Il mourut en 1813, vicaire général de Mgr Cousin de Grainville).

Berrjon, Etienne, originaire de Vic-de-Capdenac, était vicaire de Lissac. Conduit au fort du Hà, d'où il s'embarqua sur Le Jeanty, il fut libéré en rade du Po t-des-Barques le 10 avril

Bessières, Joseph (49 ans), curé de xMontbrun, né à St-Félix, fut détenu au fort du Hà et à Blaye. Il mourut à l'hôpital de Blaye avec une admirable résignation le 6 octobre 1794.

Bessières, Jean, i60 ans), Grand-Carme, né à St- Projet, fut détenu aux Grandes Carmélites^ au fort du Hà et aux Cathérinettes. Il mourut à l'hôpital St-André de Bordeaux le 15 novembre 1794.

Bessonnies, Antoine-Jean-Pierre, né à Comiac et curé de Rueyres, fut renvoyé malade dans son département le 26 mars 1795, après sa détention au fort du Hà.

^^'ssott, François, curé de St-Germain, fut interné au fort du Hà. pui^ aux Catherinettes et mourut à Bordeaux.

Blanches, Pierre, curé de Gignac, né à Montcabrier^ fut détenu dans la citadelle de Blaye.

Bondy, Jean, capucin du couvent de Cahors fut détenu au fort du Hà et embarqué sur Le Républicain.

Bories, (50 ans), Jean-Pierre, né à La Barthe, vicaire de

(1) Dans la liste générale de M. l'abl^é Maiiseau, sou lieu untal est par erceiir fixé à Ageu. C'est à tort également, croyons-uous, que M. Mauseau dit qu'il fut élu évèque. Il n'eût que le titre de vicaire apostolique.

Nevége? (1), fut interné au fort du Hà, embarqué sur Le Rcpablicain, puis détenu à Brouage. Bien noté comme « infirmier zélé. »

Bos, Guillaume (44 ans), prêtre cordelier à Cahors, né à Beaumat, détenu au fort du Hà, puis embarqué surZe Républicain, mourut à Brouage le 30 décembre 1795.

Bount, Guillaume, curé de Boissierettes fut interné à la citadelle de Blaye.

Bof/er, Jacques^ (47 ans), prêtre-chapelain, né à Marminiac et domicilié à Camourèj (?), fut interné au fort du Hà et miourut à l'hôpital St-André le 16 janvier 1795.

Brassât, Augustin-Louis, (39 ans), vicaire d'Issendolus, né à Lentillac, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Jea/ity.

BruQc/'es, Martin, vicaire de Castelnau, né à Laiizerte, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Jcanty.

BriKjière, Jean, du diocèse de Cahors, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Buffam, Jean, né à Grézels, curé de Cavagnac^ fut détenu au fort du Hà.

Cai'x, Jean- Baptiste {66 ans), né à Martel, curé de Paunac, fut détenu au fort du Hà et renvoyé comme infirme à Cahors, puis guillotiné à Paris le 4 juillet 1794.

Calnicttc, Jean-Baptiste, hebdomadier, secrétaire à Cahors, était né à Rudelle. Détenu au fort du Hà, il fut réclamé par son neveu Alayrac et renvoyé malade dans son département^ le 6 décembre 1791.

Caloet, Jean, (45 ans), frère lazariste à Cahors, fut interné à Blaye et embarqué sur le Jeanttj.

Cambon, François, (56 ans), prêtre, né à Cahors, fut interné au fort du Hà et mourut à l'hôpital St André le 25 novembre

Cassanhes, (Père Louis), prêtre capucin du diocèse de Cahors^ fut détenu dans la citadelle de Blaye.

Caoalié, Pierre, curé de Boissières, fut interné au fort du Hà et dans la citadelle de Blaye, puis embarqué sur \Q.Jeantij.

(1) Notre-Dame de Vaulx, près Casleluau-Montratier.

Cayrol^ archidiacre de la cathédrale de Cahors, fut interné à Blaye.

Cayrol, chanoine de la cathédrale de Mirepoix, domicilié à Cahors, fut interné à Blaj^e.

C/ia/ot^/)ê(Chaloupy,), (72 ans), capucin du couvent de Cahors^ fut détenu dans la citadelle de Blaye. (Mourut à Moissac l'an X).

Château, Pierre-Jean-Marie, prêtre, né à Cahors et domicilié à Montauban, fut interné au fort du Hà et au Petit-Séminaire, puis embarqué sur le Jeanty.

Claoières, aîné, du diocèse de Cahors, chanoine de Castelnaudary, fut détenu au fort du Hà et à Blaye, puis embarqué sur le Jeanty.

Clavier es, jeune, prêtre, domicilié à Cahors^ eut le même sort que son frère.

Combarieu, Jean, curé de Mascayrolles, né à Fargues, fut interné au fort du Hà, puis renvoyé, comme infirme, dans son département le 18 mars 1795

Constant ^ Paul-Antoine (30 ans), né à Fajoles et domicilié à Périgueux, fut embarqué sur le vaisseau les Deux- Associés, Il mourut le 17 juin 1794 et fut inhumé à l'Ile d'Aix.

Costes, François-Jean, né à St Denis, vicaire régulier à Cressensac, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Cristallin, Antoine, curé du Bastit, fut détenu dans la citadelle de Blaye. (H rentra plus tard dans sa paroisse).

Cugnac, Jean, vicaire d^ Scelles, né à Carciac(?) fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Z)e///2(?s, Joseph, vicaire de Vaylac(?), fut interné aux Grandes Carmélites, au Pâté, et embarqué sur le Républicain.

DéJean, Pierre, curé de Ste Eulalie, fut détenu au fort du Hà et à la citadelle de Blaye.

Djlbourg, François-Jean, '55 an>), domini'^ain du couvent de Figeac, sa ville natale, fut détenu au fort du Hà. Embarqué sur la Décade, il aborda à Brouage le 2Q avril 1793 et y mourut le 26 novembre de la même année.

Delbourg, Guillaume-Géraud^ (probablement frère du précédent i, était curé de Plagnoles. 11 fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

DelcloUj Jean-Baptiste, prêtre domicilié à Figeac, fut interné au fort du Hà^ mis en liberté le 16 novembre 1794, et repris en 1795.

Delinas, François, prêtre^ professeur à Cahors, né àGourdon, fut détenu au fort du Hà, embarqué sur le Républicain et libéré en rade de Port-des Barques le 6 avril 1795.

Delport, Pierre, curé de Couzou, fut interné dans la citadelle de Blaye.

Delsol, Pierre, (50 ans), né àCressensac, curé de Mayrinhacle-Francoal (Frankal), fut détenu au fort du Hà, à la citadelle de Blaye, et mourut à l'hôpital St-André de Bordeaux le 29 mars 1794.

Delcert, Etienne, curé de Strenquels, né à Martel, fut détenu aux Grandes Carmélites et au Pâté. Il mourut à l'hôpital de Blaye le 25 janvier 1791.

Desclaux, Antoine, prêtre, domicilié à Figeac, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Jeanty.

Desclacs de la Naaze, Pierre- Jean, né à Lasvaux, curé de Martel, fut détenu à la citadelle de Blaye.

Deccz, Antoine, né à Cahors, chanoine de St-Quentin, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Dcynac, lazariste de la maison de Cahors, fut interné au fort du Hà.

Duclos, Antoine, Hebdomadaire à Figeac, fut interné au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Escalier, Guillaume-Pierre (40 ans), recollet, né à Ste-Jalle, diocèse de Valence, et domicilié à Cahors, fut détenu au fort du Hà. et mourut à Thôpital St-André le 11 mars 1795.

iï's^n!//s (Estang), Jean-Pierre, chanoine régulier de Cahors, né à St-Germiain, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Faure, vicaire de Luzech, né à Cahors, fut interné au fort du Hà.

Faure, frère de laChancelade, domicilié à Cahors, fut détenu dans la citadelle de Blaye.

Fourcs, Antoine, du diocèse de Cahors. fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Jeanty.

Fourgoux, Joseph, né à Luzech, curé de St-Symphorien (près

Lauzerte) fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Ri}piiblicain.

Frayssé, Jean-Pierre (55 ans), originaire de Gourdon, lazariste de la maison de Cahors, fut détenu au fort du Hà, à Blaye, et embarqué sur le vaisseau le Jeantij.

GaUier, Pierre, curé de Calviac, fut interné à Blaye.

Gaurel, Antoine, curé de Nuzéjouls, fut aussi interné à Blaye.

Garrigue (de la), Jean-Jacques, du diocèse de Cahors, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Garrigue [de la), Alexis, diacre, domicilié a St-Vincent- Rive-d'Olt, fut détenu au fort du Hà et renvoyé malade le 3 avril 1795.

Garrigue {de la\ pro-curé de St-Vincent-Rive-d'Olt, fut interné au fort du Hà et renvoyé comme sexagénaire le 24 mars 1795.

Gaubert, lazariste de la maison de Cahors, né à Gourdon fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Gondalma, Jean-Baptiste, chanoine de Roc-Amadour fut interné au fort du Hà. Embarqué sur le vaisseau le Jeanty, il fut libéré en rade de Port-des-Barques, le 13 mars 1795.

Goulouniês, capucin, né au Yigan, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Jeantg.

Guyot, archiprêtre de St-Cyr, fut interné dans la citadelle de Blaye.

Hauterive (d'), Jean-Pierre, prêtre bénédictin, né à Figeac, fut détenu au fort du Hà et mourut à Thùpital St-André le 17 décembre 1794.

Lacliaise, Jacques, curé de Lherm, fut détenu au fort du Hà et renvoyé comme infirme le 31 mars 1795 .

Laconibe, Jacques, prébende, originaire de Cahors et domicilié à Montauban fut détenu au fort du Hà.

Lacroix, Antoine (63 ans), curé de Mézels, né à Baladou, fut détenu à la citadelle de Blaye et mourut à son retour, en réclusion, au séminaire de Cahors.

Lalande, Raymond, chanoine de Cahors, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Lamothe, Marcilhac, prêtre prébende à Cahors, fut détenu à Blaye et embarqué sur le Jeanty.

Lamouroux, Jean, cordelier de la maison de Cahors fut détenu au fort du Hà et renvoyé comme infirme le 31 mars

'Lar/iauclfj, Pierre (54 ans), curé de Fargues, sa paroisse natale, fut interné au tort du Hà et à la citadelle de Blaye. Il mourut à l'hôpital de Blaye le 27 janvier 1795.

Larribe, Pierre (60 ans), curé de Fraysinhes, né à Lentillac, fut interné au fort du Hà et mourut à l'hôpital St-André le 23 août 1794.

Lascombe, chartreux à Cahors, fut détenu au fort du Hà. Il av: it prêté les serments.

Loicra'lour, Jean (52 ansj, curé de Payrac, né à Beyssac (Corrèze), fut détenu à la citadelle de Blaye et mourut à l'hôpital St-André le 2 décembre 1793.

Lebrun, Jean-Paul^ chartreux, originaire de Bagnères-de- Bigorre, en résidence à Cahors, fut interné au fort du Hà, embarqué sur le Jeanty, puis détenu à Brouage.

Lîgier, Eustache, né dans le diocèse de Cahors, était chanoine prébende de Montauban. Il fut interné aux Grandes Carmélites et à Blaye, embarqué sur le Jeanty, puis renvoyé dans sa famille à la Rochelle.

Lugan, François, curé de Bégous, fut interné à Blaye.

Luze, vicaire des Junies, né à Calviac, fut détenu au fort du Hà.

Magat, carme déchaussé, fut détenu à Blaye et mourut à son retour au séminaire de Cahors en détention.

Masbon '.Masbou), Pierre, vicaire de Gaillac-de-Cajarc, fut interné au fort du Hàet renvoyé malade dans son département, le 24 mars 1795.

Martin, Joseph, prébende à Cahors, fut détenu au fort du Hà.

Meynard. Gabriel, chanoine de Rocamadour, né à Bégoux, fut interné au fort du Hà, pais aux Catherinettes et mourut à Bordeaux.

Montagne, Armand, capucin de la maison de Ca'iors, futdétenu au fort du Hà et à Blaye, puis embarqué sur le Jeanty. (Curé de Molières après la Révolution, il mourut à Castelnau- Montratier en 1814).

Melon v74 ans, né à Martel), capucin^ fut détenu à Blaye.

Muvat, FrançoiSj vicaire de la Ramière, né à Yillefranche, fat interné au fort du Hà.

Parlange, Bertrand (40 ans], curé de Cieurac de Souillac, né à Souillac, fut détenu au fort du Hà, embarqué sur le Jeanty, puis interné à Brouage. Il mourut à son retour, en réclusion au Séminaire de Cahors.

Péberjre, Géraud {38 ans) vicaire de La Boissière, né à Roc- Amadour^ fut embarqué sur les Deux-Associés. Il mourut le 20 août 1794 et fut inhumé à l'Ile Madame.

Pistely capucin de la. maison de Cahors, fut interné à Blaye.

Poujol-de-l'Isle, Jacques (38 ans), vicaire de Lherm, né à Cazoulés fut embarqué sur les Deux-Associés, mourut le 29 août 1794 et fut inhumé^ comme son cousin Pébeyre, à l'Ile Madame.

Pou^oulet, Jesin-Fïevre, né à St Croix (Lot) et curé à la Mouillarède (Aveyron), fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain. Il mourut au Port-des-Barques en janvier 1795.

Pradines Joseph, chanoine régulier de Montauban, né à Limogne, fut interné au fort du Hà.

Pradines, Mathieu-Simon^ prébende^ hebdomadier à Montauban, né à Limogne, fut interné au fort du Hà et à la citadelle de Blaye, puis embarqué sur le Jeanty.

Roulié, Guilhaume-Jean, curé du Boulvé, originaire du diocèse de Rodez, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Jeanty.

Saint-Maurice <^dej, chanoine de Montauban, né à Cahors, fut détenu à la citadelle de Blaye.

Sellier, Eutrope (55 ans, lazariste de la maison de Cahors, fut d'abord détenu aux Grandes Carmélites. Après avoir été porté malade à l'hôpital St-André, il fut interné au fort du Hà, puis embarqué sur le Républicain.

Sol, Guillaume-François (65 ans), prieur au diocèse de Cahors, né à Lagardelle et domicilié à Toulouse, fut interné au Petit-Sémioaire. Arrêté à Beaumont, il avait été retenu pour infirmités.

Solinhac, Barthélémy, curé de la Pannonie, né à Crégols, fut détenu au fort du Hà, puis à Blaye, et embarqué sur le Jeanty. 11 avait prêté serment, mais l'avait rétracté.

SouUiac, Antoine-Jean, chanoine diacre de Roc-Amadour, né à Padirac, fut interné au fort du Hà, puis aux Catherinettes. Sexagénaire et infirme, il fut renvoyé dans son département le 20 mars 1795.

Taillade, Etienne, ex-jésuite, curé de Creysse, fut détenu à la citadelle de Blaye.

Talayssac, hebdomadier à Cahors, sa ville natale, fut détenu à Blaye et mourut à son retour à Cahors.

Teillac, Antoine prêtre du diocèse de Cahors, fut détenu au fort du Hà, embarqué sur le Républicain et libéré en rade du Port-des-Barques le 30 mars 1795.

Terrai, Pierre, ancien prieur, né à Lacaune (Tarn), domicilié à Ganic, fut interné à Blaye

Trassy, Bernard, curé de Bonneville (Bonneviole), né à Bretenoux, fut détenu au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Tulles, Jean-Pierre, en religion P. Sixte, capucin de Cahors, fut détenu à Blaye. (Né à Trespoux en 1718 ; curé de Cavagnac après la Révolution; mort au Grand Séminaire de Cahors en

Turenne, Jacques, prieur de Comiac, fut interné à Blaye.

Valadier, Claude-Pierre, vicaire demeurant à « Tessogage, annexe de Prayssac » fat interné au fort du Hà et embarqué sur le Républicain.

Vernhier, aumônier des Ursulines à Cahors, tut détenu au fort du Hà, puis à Blaye, et embarqué sur le Jeanty.

Vibeau, Hugues (50 ans), prêtre, né à Cahors, fut interné an fort du Hà et mourut à l'hôpital St-André le 21 août 1794.

Vieillescaze, Antoine-Pierre, curé de St-Martin, fut interné au fort du Hà et renvoyé malade dans son département le 26 mars 1795.

Viscanij Hugues (50 ans), curé de Mondoumère (Mondoumerc) fut interné aux Grandes Carmélites et au fort du Hà.

Liste des prêtres déportés en vertu de la loi du 19 fractidor, an F (5 septembre 1797) et détenus dans la citadelle de St-Martin-de-Ré et de Vile d'Oléron.

vDaprès la liste gônéra'ie de M. l'abbé Manjeau).

Allagnon{k\dimo\}), Pierre, chapelain, né àFrayssinet-le-Gélat et domicilié à Cahors, fat conduit à Rochefort et déporté sur le vaisseau Za Bayonnaise. Il mourut en mer après avoir donné l'exemple de la plus héroïque résignation, le 4 septembre

Bessière, Jacques-Martial (60 ans), né à Figeac et domicilié à Septfonts, arriva le 17 octobre 1798 à St-Martin-de-Ré et y mourut à l'hôpital le 18 octobre 1799.

BlavignaCy Jean-Baptiste (39 ans), obituaire, né à Martel et domicilié à St-Maur-de-Martel, arriva le 26 mars 1799 à St-Martin-de-Ré. Il fut libéré le 15 avril 1800 et se retira à Cahors.

Caillac, Calixte (36 ans), professeur, né et domicilié à Cahors, fut déporté sur le vaisseau La Décade et mourut à Approuage le 17 août 1798.

Castel, Jean-Pierre (44 ans), curé, né à Grèze, domicilié à Aloignac (Alvignac). Arriva le 7 août 1798 à St-Martin-de-Ré et fut libéré le 27 février 1800. Il s'était évadé de Rochefort, mais il fut repris.

CouderCj Pierre (39 ansj, desservant, né à Ste-Croix, domicilié à Montricours (Montricoux), arriva le 2Q décembre 1799 à St-Martin-de-Ré et il fut libéré le 20 avril 1800. Assermenté et soumis, il se retira à Ste-Croix.

Lafage, André (57 ans), bénéficier, né à Cahors, domicilié à Toulouse, s'y retira après avoir passé moins d'une année à St- Martin-de-Ré et s'être soumis.

Lafaurie, Jean (56 ans), vicaire-desservant, né à St-Aureij et domicilié àFloirac, fut déporté sur La Bayonnaise eimo\ir\it à Sinnamary le 7 février 1799.

LaganCj Pierre (33 ans), vicaire, né à St- Germain, domicilié à Cahors, arriva le 7 août 1798 à St-Martin-de-Ré et y mourut, à l'hôpital, le 11 octobre 1798.

Lescole, Mathieu (^32 ans), vicaire, né à Isserdolus (Issen-

dolus) où il demeurait, arriva le 7 août 1798; il fut libéré le 21 janvier 1800 et se retira à Issendolus.

iV/ar^//z, Jean-Pierre (33 ans), prêtre, né et domicilié à Bannes arriva le 26 décembre 1798, fut libéré le 21 janvier 1800 et se retira à Poitiers.

Praclel, Jean (49 ans), né à Gramat^ arriva dans l'Ile d'Oléron le 7 mars 1799.

Ventachy Pierre (33 ans), né et domicilié à Mayrinhac- Lentour, arriva à St-Martin-de-Ré le 26 décembre 1799^ fut libéré le 21 janvier 1800 et se retira à Mayrinhac-Lentour.

Tous ces prêtres ne restèrent pas à Bordeaux. Jean-Pierre Bessonnies, Jean-Baptiste Calmette de Rudel, Jean-Marie Lagarrigue^ Pierre Vieillecaze furent ramenés du fort du Hà à Caliors, en vertu d'un arrêté du Directoire du département du Bec-d'Ambès basé sur les articles IV de la loi des 21 et 23 avril 1793 et IX de la loi du 26 août 1792, portant expressément que les prêtres exempts de la déportation, à cause de leur âge et de leurs infirmités, seront renfermés dans une maison particulière, dans le chef-lieu de leur département respectif.

D'autres ecclésiastiques et religieux sexagénaires et infirmes furent conduits, le 30 août 1794, des maisons d'arrêt dans la maison de réclusion des Catherinettes, faubourg St Seurin à Bordeaux. Quatre ecclésiastiques du département du Lot : Fouillac, Ménard, Bessières et Bessou entrèrent dans cet ancien monastère de religieuses et y moururent.

La plupart des ecclésiastiques et religieux furent transportés de Bordeaux dans les environs de Rochefort en novembre 1794 sur l'un de ces trois navires : Le Gentil, le Républicain, Je Dujîkerqtie.

Nous pouvons donner quelques détails intéressants sur le transport des prêtres déportés.

La lettre suivante annonce au Directoire l'arrivée à Bordeaux de ces vénérables ecclésiastiques :

« Cahors le 30 avril 1793,

» l'an II de la République.

» Le Procureur-général-stjndic du département du Lot au

Procureur-général-syndfc du département de la Gironde :

» Le citoyen Pierre Blanc (1), raaitre de bateaux de cette ville est chargé de conduire par eau 67 prêtres réfractaires aux lois de la République et condamnés à ècre déportés.

» Je vous ai prévenu le 17 du courant de l'envoi de ces prêtres, en vous envoyant extrait de la délibération du Directoire du département du Lot, avec copie de l'autorisation que les Représentants du peuple, délégués par la Convention nationale aux départements du Lot et de la Dordogne, ont donnée à ladite délibération. Le citoyen Blanc est chargé des extraits desdites délibérations et autorisation. Vous pourres les lui faire représenter, si vous en aviez besoin.

» Blanc est chargé de pourvoir aux frais du voyage et à toute la dépense qui sera faite tant pour Taller, le séjour et le retour de la force armée qui est chargée de la conduite desdits prêtres. Je vous invite à les faire renfermer dans un lieu de sûreté et à les faire surveiller sans cesse jusqu'à leur embarquement^ car vous pouvez croire qu'ils feront tous leurs efforts pour se soustraire à la juste punition qui est due aux maux incalculables dont ils se sont rendus coupables.

» Jespère, citoyen, que vous m'accuserez l'arrivée desdit 67 prêtres, dont vous prendrez les noms sur la réquisition que j'ai faite audit Blanc.

» Le Procareur-général-$yndic du département du Lot

Sartre, ayné. »

Le citoyen Blanc, dit La Redoute, accepta avec empressement la mission que lui confiait le Procureur général. Il trouvait là une occasion inespérée de satisfaire sa haine contre la religion (2) et les prêtres et de manifester ses sentiments révolutionnaires. Il était d'ailleurs d'un naturel méchant, audacieux et tenace.

Les prêtres condamnés à la déportation furent parqués sur

(1) Il habitait le faubourg Cabessut et était surnommé la Redoute.

(2) 11 donna une preuve de sa passion antireligieuse, en tirant, dit-on, sur le Christ de la Cathédrale. Le gros orteil fut enlevé par une balle. Ou dit que la Providence vengea cet horrible sacrilège et que ledit Blanc eut un pied dévoré par la gangrène, ce qui amena sa mort.

trois bateaux, où ils étaient à l'étroit, et n'avaient comme nourriture que ce qu'il fallait absolument pour ne pas mourir de faim,

La nouvelle du transport des prêtres de Cahors à Bordeaux fut bientôt connue des populations riveraines. Elles étaient loin de partager en général les sentiments des révolutionnaires, et c'est avec peine qu'elles voyaient partir pour l'exil, et peut-être pour la mort, ces prêtres dont le seul crime était le refus d'un serment qui répugnait à leur conscience.

Les habitants de Grézels ne se contentèrent pas de gémir en secret sur le sort de ces innocentes victimes, ils eurent le courage de manifester leurs sympathies pour elles et s'ingénièrent à leur procurer de quoi faire le voyage sans trop souôrir de la faim. Une famille donnait du pain, l'autre du vin, celle-ci du confit d'oie, celle-là des volailles rôties, les plus pauvres, des œufs cuits dans l'eau bouillante.

Huit hommes se chargèrent d'offrir aux prisonniers toutes ces provisions renfermées dans des sacs. Ils se rendirent au bac de Grézels et, quand les bateaux furent en vue, ils exprimèrent par signaux le désir qu'ils avaient de les voir s'arrêter et attérir, mais le chef inhumain ne tint aucun compte de leurs signaux ni de leurs clameurs, et les bateaux continuèrent leur chemin.

L'un des huit porteurs de vivres eut une inspiration subite. « Allons, dit- il, à l'écluse de Puy-l'Evêque, il faudra bien qu'on s'arrête là. » Et sans songer à la distance de cinq kilomètres qu'il faudrait parcourir, les sacs de provision sur le dos, ils précipitèrent leur marche et arrivèrent à l'écluse en même temps que les bateaux. Là, ils purent enfin offrir leurs provisions aux malheureux déportés qui admirèrent le courage de ces bons paysans et les remercièrent avec efïusion de leur générosité.

Il y avait au-dessous de Puy-l'Evêque, non loin de l'antique ville d'Orgueil, complètement ruinée aujourd'hui, une chaussée fameuse par les nombreux accidents arrivés à ceux qui avaient eu la témérité de la franchir. Blanc, mieux que personne, connaissait ce passage dangereux. Il dit aux patrons des deux premiers bateaux : — « Franchissez la chaussée. »

— Comment, répondirent ceux-ci, indignés, vous voulez noj'er tous ces braves gens? Et que vous ont-ils fait? Vous voulez aussi nous perdre nous-mêmes? Venez donc avec nous et commandez la manœuvre »

Ces paroles énergiques intimidèrent La Redoute qui se résigna à faire passer les bateaux dans Tecluse. Son sinistre projet avait échoué.

Nos déportés arrivèrent à Bordeaux au commencement de mai. Le procureur-général-svndic exigea de Blanc l'arrêté du Directoire, sanctionné par le Représentant du peuple en mission dans le Lot et la Dordogne. Le voici :

«Le 16 avril 1793, Van second de la République française , en assemblée du Directoire, séance extraordinaire, tenue publiquement en présence des citoyens Yzan, vice-président^ Martin, Vaudot, Lagasquée, Flourens, Hérétien, Sartre, procureur-général-syndic, et Filsac, secrétairegénéral ;

» Le Directoire du département :

» Considérant que la loi du du 26 aoiît 1792 condamne à la déportation tous les prêtres qui n'ont pas prêté le serment décrété par la loi du 2dnove i:bre 1790 et celui de la Liberté et de l'Egalité ordonné par la loi du 14 août 1792;

» Considérant que cette loi n'est pas parvenue officiellement au Directoire^ qui, cependant, en a une connaissance certaine, puisqu'elle est dans le Bulletin de la Convention;

» Considérant que ces mesures de sûreté générale ont obligé de rassembler dans la maison de réclusion de Cahors un grand nombre de prêtres dont la conduite et le refus d'obéir aux lois mettaient la tranquillité publique du département dans le plus grand danger ;

» Considérant que le ministre de Tintérieur n'a pas encore donné connaissance au Directoire, du port de la République où ces prêtres devaient être conduits pour être déportés à l'ile Saint-Vincent ;

» Considérant enfin que le logement de la maison de réclusion ne pourrait suffire au nombre des prêtres qui arrivent tous les jours et qu'il est instant de faire exporter;

» Le Procureur-général- syndic arrête :

» Que les représentants du peuple, délégués par la Convention nationale auprès du département du Lot et de la Dordogne, seront invités de permeHre au Directoire du département, de faire transporter lesdits prêtres incessamment à Bordeaux, qui est le port le plus voisin.

» Délibéré le susdit 16 avril 1793.

» Collationné conforme à l'original par nous président et secrétaire général du département du Lot.

» YzAN (Izarn), vicc -président. Filsac, secrétaire général. »

Les représentants du peuple Jean Pron et Saint-André autorisèrent, le jour même, le Directoire du département à «faire conduire, sous bonne et sûre garde, dans le port de Bordeaux les prêtres réfractaires détenus dans la maison de réclusion. »

Leur arrêté contient ces deux considérants :

» Que le Conseil exécutif (de Cahors) a mis dans l'expédition et l'exécution à cette loi un retard qui nuit essentiellement à la tranquillité publique ;

» Que dans ce moment de périls et de craintes, il importe surtout de purger l'intérieur de la République de tous les ferments de trouble qui pourraient l'agiter. » J. G.

Souffrances^ des prêtres déportés en 1793

Les listes déjà publiées nous font connaître le nom des prêtres déportés en 1793, le lieu de leur détention et les vaisseaux négriers sur lesquels ils furent embarqués, mais elles nous laissent ignorer les souffrances qu'eurent à endurer ces victimes de la Révolution. Le bel ouvrage de M. l'abbé Manseau : Les prêtres et religieux déportés^ va nous aider à combler cette lacune.

/. Souffrances des déportés dans les prisons de Bordeaux,

de Blaije et du Pâté

L'internement des prêtres dans les prisons delà Gironde dura près de deux ans. Les citadelles de Blaye et du Pâté, durent suppléer au défaut d'espace dans les prisons de Bordeaux.

A leur arrivée, les déportés furent accueillis par des huées et des injures. Les salles où les enfermèrent les gardes nationaux étaient vastes, mais ils y furent entassés comme un troupeau de moutons, couchant, la plupart, sur le plancher, sans matelas, ni couvertures. Tous les soirs, les officiers du bataillon en garnison, le sabre nu à la main, venaient les compter, sans les insulter toutefois.

Ceux qui furent envoyés au Pàté^ situé dans un îlot de la rivière en face de la ville de Blaye, eurent pour logement des casemates humides et obscures, dont les murs ont quinze pieds d'épaisseur et où l'on ne l'eçoit le jour que par d'étroites meurtrières. « C'était le repaire des rats, des souris et des puces. » Ils devaient passer là deux hivers, souffrant à la fois du froid et de l'humidité. Dans les grandes marées, l'eau filtrait partout et avec une telle abondance que quelques détenus étaient obligés de tendre un parapluie au-dessus de leur lit pour avoir au moins leur tête à couvert.

Au mois de septembre 1793, le département du Bec d'Ambès (Gironde), prit le parti de renvoyer dans leurs départements tous les prêtres sexagénaires que la loi ne condamnait qu'à la réclusion. Il y avait alors 1044 prêtres internés dans les diverses prisons de la Gironde. Trente-huit prêtres du Lot retournèrent à Cahors aux frais de lEtat, lesquels s'élevèrent à 1468 livres (1).

On transporta ensuite les malades du fort du Pâté dans l'ancien couvent des Grandes Carmélites. Ordre fut donné quelque temps après d'embarquer le reste des détenus pour Bordeaux. Les uns furent déposés à l'hôpital St André où l'on traita convenablement ceux qui étaient atteints de la gale; les autres furent placés au fort du Hà.

On apporta un jour dans la cour du fort la table toute ensanglantée d'une guillotine. Les prêtres qui l'aperçurent du haut de la tour ne doutèrent pas que cet instrument n'eût été apporté pour les exécuter. Aussi se disposèrent-ils à mourir en se confessant les uns les autres. Mais on les laissa tranquilles dans leurs cachots; on leur accorda même la permission de monter sur la plate-forme pour prendre l'air.

{\) Archives de Bordeaux. Dossier L. 196.

Il y avait en face de la tour une haute maison où se cachait un prêtre insermenté. A un moment donné, les fenêtres du dernier étage s'ouvraient et tous ceux qui pouvaient tenir sur la plate-forme avaient la consolation de voir ce prêtre célébrer le saint sacrifice de la messe.

Du haut de cette même tour ils recueillaient par signes, au risque d'être surpris, les principales nouvelles du dehors.

Au mois de décembre, un grand nombre de détenus dans les prisons de Bordeaux furent reconduits à la citadelle de Blaye et au Pâté. Cette fois on les plaça au-dessus de l'étage qu'occupaient les soldats dans de petites chambres planchéiées, sans lits, sans draps, sans couvertures, et on ne leur donna de la paille qu'à prix d'argent. Ils étaient sous la tuile, mais ils avaient des cheminées où ils brûlaient le peu de bois que pouvaient leur vendre les soldats chargés de la garde.

Le plus grand calme régnait au milieu d'eux ; ils vaquaient à des lectures communes et à leurs exercices de piété. Ils arrivèrent même à pouvoir célébrer la sainte messe. Vers quatre heures du matin, pendant que les soldats logés au-dessous d'eux dormaient encore, ils se levaient en grand silence et l'un d'eux, au nom de tous, offrait au Dieu de force et de consolation la victime céleste. Cet état de choses se continua assez longtemps.

La nourriture des prisonniers, quand elle ne faisait pas défaut, consistait en un peu de pain et de l'eau. Et quel pain ! « Il avait, dit l'un des captifs (1), la couleur et la pesanteur de la terre, une odeur et un goût tellement détestables, qu'il fallait' piur le manger, qu'il fut assaisonné de la faim dévorante qui nous tourmentait. » — « Ce pain était tel, dit un autre déporté, qui si on l'eût jeté contre la muraille il y serait resté. » Encore la quantité nécessaire leur faisait-elle défaut. Au lieu d'une livre par jour qu'ils recevaient tout d'abord, la ration fut réduite à trois quarterons, puis à quatre onces et enfin à une livre tous les dix jours. On achetait quand on le pouvait, au poids de l'or, du pain, de la viande et des fruits.

Ceux de la citadelle de Blaye recevaient de temps en temps

(1) M. Leproiist, chauoiue de Tours.

de vieux harengs fermentes et infects. Ilslesaccomodaient avec de petits poreauxde vigne que les fermiers de la campagne leur vendaient, et auxquels ils ajoutaient des feuilles d'orties, de bettes et d'autres herbes ramassées dans leur cour.

Plus délaissés encore étaient les détenus dans l'îlot le Pâté. Ils attendaient parfois pendant trois jours la ration ordinaire de pain noir et ils étaient réduits, pour apaiser les tortures de la faim, auquelles plusieurs succombaient, à dévorer le peu d'herbes qui croissaient sur cette terre sablonneuse.

« Chose plus affreuse encore! Quand l'un d'eux mourait dans la prison, ses compagnons, pour avoir sa portion de pain, ne le déclaraient que lorsqu'ils craigneient de périr d'infection.

» Nous devons dire néanmoins, que la charité industrieuse de quelques bonnes personnes leur faisait imaginer des stratagèmes pleins de périls pour adoucir Textréme rigueur du sort des captifs (1). »

Il n'est pas étonnant que de si grandes misères amenassent dans les prisons une mortalité effrayante. C'était le moindre souci des proconsuls et du gouvernement.

On finit par ôter aux prisonniers de Blaye le moyen de se procurer des vivres supplémentaires; car, sous prétexte de visiter leurs malles et d'enlever les objets de piété qu'elles renfermaient, on leur prit tout l'argent et tous les objets précieux qu'ils avaient conservés jusque-là.

On fit cependant un traitement à ceux qui voulurent et purent travailler.

Le samedi 2 août 1794, on les rassembla sur la terrasse et on leur proposa de se mettre à l'ouvrage le lendemain. Ils firent observer que le lendemain était un dimanche. — < C'est précisément parceque c'est un dimanche que l'on vous fait travailler», leur fut-il répondu.

— « Si vous ne travaillez pas demain, on vous mènera au cachot. »

— « A la guillotine, si vous voulez! Nous sommes prêts à soufïrirla mort plutôt que de violer la loi de Dieu et de l'Eglise. »

(1) M. l'abbé Manseau cite, à la suite de ce passage, le uom de ces personnes charitables : M^''" Piichou, Deyrem ; MM. Billonueau, Cliéty etc.

Il fut convenu qu'ils n'auraient pas de pain ce jour-là.

On leur apportait quelquefois de la viande les vendredis et les samedis, mais ils n'y touchaient pas.

Pendant trois mois et demi, on les fît travailler comme des forçats pour le service de la citadelle. Malheur à celui qui n'avait pas assez de force pour faire ce qui était prescrit. La moindre punition qu'on lui infligeât consistait à lui retrancher une partie de sa nourriture.

II Soajfrances des déportés sur les vaisseaux négriers

Le 9 thermidor (27 juillet 1791) fut pour la France un jour de bonheur. On a calculé que 900,000 personnes sortirent de leurs prisons ou de leurs retraites après la chute de Robespierre. Il n'en fut pas ainsi des prisonniers de Bordeaux et de Blaye; les portes de ces prisons ne s'ouvrirent que quatre mois après pour donner aux détenus des prisons non moins cruelles.

Les déportables afïluaient de plus en plus vers Bordeaux. Au commencement de novembre, Lsabeau donna l'ordre de les embarquer sur des vaisseaux et de les conduire, malgré le texte de la loi qui désignait la Guyane, sur les côtes d'Afrique, afin de les exposer à devenir les esclaves des Turcs ou la proie des lions et des tigres.

Les infirmes et les sexagénaires furent exemptés. Malgré ce triage humanitaire, sept ou huit cents prêtres furent chassés du sol de la liberté.

Les trois navires : le Jeanty, le Dunkerque et le Républicain, anciens négriers faits pour loger chacun environ cinquante esclaves furent armés au port de Rochefort et dirigés vers Bordeaux pour rembarquement des prêtres déportés. Cet embarquement se fit le 15 brumaire an III (5 novembre 1794) et le 5 frimaire (25 du même mois). Le 12 frimaire (2 décembre), les vaisseaux descendirent la Gironde

Les malheiireuxdêportés furent entassés sur ces vaisseaux. Le Jeaniij seul en contenait 2.50; le Dunkerque et le Républicain n'en renfermaient pas moins de trois cent cinquante. Ce dernier vaisseau, ainsi que le Jeanty, terminèrent leur chargement à Blaye.

L'embarquement à Bordeaux se ât au milieu des sarcasmes et des huées de la populace. De tous côtés, sur le passage des condamnés, on entendait le chant de la Marseillaise et de la Carmagnole. A Blaye, au contraire, les habitants accompagnèrent les détenus jusqu'au port, leur pressant les mains en pleurant et se recommandant à leurs prières.

Nous passons sous silence l'excès des incommodités et des souffrances de ces pauvres prêtres. Entassés sur le pont pendant le jour, dans l'entrepont pendant la nuit, en proie à la vermine et aux vexations arbitraires des chefs, sans parler du manque de vivres, de vêtements et de remèdes, rien ne saurait peindre ce genre de martyre trop ignoré jusqu'à ce jour. Qu'on lise, pour en avoir une idée, les trois chapitres si émouvants du beau livre de l'abbé Manseau, qui portent ces titres : Les prisons flottantes^ Le pont ei Ventre pont.

Le 17 décembre les trois vaisseaux, arrivés à Royan le 6, prirent le large. Ils voguaient depuis deux jours sur la haute mer lorsque survint une affreuse tempête, dans laquelle tous eussent péri sans les bras de plusieurs de ces prêtres, qui aidèrent à la manœuvre, et sans l'habileté du pilote.

Le danger était passé quand le bruit du canon vient tout à coup retentir sur les flots. Les commandants redoutent une attaque soudaine des flottes anglaise et espagnole combinées^ qui croisent dans ces mers pendant que Charrette combat dans la Vendée. Craignant de tomber entre les mains de leurs ennemis et de voir leurs victimes délivrées, ils font immédiatement changer les voiles pour rebrousser chemin vers l'embouchure de la Charente

Là se trouvaient d'autres vaisseaux,, sur lesquels étaient détenus et martyrisés un grand nombre de prêtres, dont plusieurs apartenaient au diocèse de Cahors.

Détail touchant! les nouveaux venus, pour se f lire reconnaître de leurs confrères^ entonnèrent une petite symphonie à laquelle ceux-ci répondirent par de chaleureux applaudissements. Ils obtinrent même la permission de se visiter mutuellement, mais ils ne pouvaient plus se reconnaître entre parents et amis, tant les souffrances les avaient amaigris, desséchés, réduits à rien. Quoiqu'ils commençassent à tomber dans la dé-

tresse, les déportés de Bordeaux, moins malheureux encore que ceux de Rochefort, offrirent à ces derniers tout ce dont ils pouvaient disposer : argent^ linge, habits, souliers. Ils voulurent qu'entre eux tout fut en commun.

Ces visites réciproques bannirent l'implacable ennui du cœur des détenus. Ils s'entretenaient souvent ensemble de la foi^ du courage et de la résignation héroïque de leurs confrères morts dans cette cruelle épreuve.

///. Délivrance. — Mortalité

Les déportés de Rochefort quittèrent, au commencement de février, le Port-des-Barques pour se rendre à Saintes avec le regret de partir sans emmener leurs confrères de la déportation de Bordeaux.

L'agent national du district de Rochefort écrivant le 9 mars 1795 au comité de sûreté générale à Paris pour lui annoncer la mise en liberté des prêtres détenus dans les maisons d'arrêt de Rochefort, ajoute: «Il existe encore en rade du Port-des- Barques, à bord des vaisseaux le Jeanty, le Républicain et le Dunkerque environ six cents prêtres dont la position est actuellement extrêmement dure. Le peu de hauteur de l'entrepont où ils se tiennent habituellement les soumet à une attitude gênante, et leur grand nombre, dans un lieu extrêmement resserré, les expose à une incommodité permanente et leur présage une épidémie mortelle que la saison du printemps qui va s'ouvrir, ne fera qu'avancer. L'humanité réclame qu'ils soient promptement retirés de ces vaisseaux ( 1). »

Les déportés furent officieusement invités à demander leur élargissement en donnant simplement leur nom, l'époque de leur arrestation et le nom de leur district. Le plus grand nombre, craignant qu'on n'appuyât leur demande sur des considérations indignes de leur caractère, résolurent de mourir plutôt que de faire un des serments révolutionnaires et impies, ou de paraître les avoir prêtes.

Ceux qui consentirent à donner les renseignements demandés

(1) Archives du départemcut de la Charente-Inférieure.

employèrent cette formule qui eut semblé extravagante un an auparavant. « Un prêtre catholique, apostolique et romain, inviolablement attaché à ses principes religieux, ami de la paix et du bon ordre, détenu et déporté pour avoir refusé toute espèce de serment, réclame votre protection pour obtenir sa liberté; il n'oubliera jamais ce bienfait. »

Le 2 avril, jour du jeudi saint, les prêtres captifs sur les vaisseaux de Rochefort firent solennellement la Pàque si chère et tant désirée.

Ce fut à cette époque que l'abbé Gillet, prêtre chartreux, proposa aux ecclésiastiques déportés à bord des vaisseaux le Jeantij , le Dankerqae et le Républicain de signer l'engagement de célébrer tous le< ans deux messes : 1^ pour remercier Dieu do sa miséricordieuse protection ; 2° pour demander les uns pour les autres une sainte mort; S*' pour prier en faveur des associés défunts. Parmi les signataires nous trouvons le nom de Roulié, curé du Boulvé (Lot».

Le dimanche de Quasimodo, 12 avril 1795, arriva enfin le décret libérateur signé par Legendre pendant qu'il était à table aux Tuileries avec ses collègues, sy régalant comme des rois. Malheureusement les listes dressées à la hâte étaient incomplètes Cent cinquante prêtres environ durent attendre un nouveau décret. Ils restèrent à bord jusqu'au 26 avril. A. cette époque les malades furent recueillis à rh')pital de Rochefort, les autres furent conduits à Brouage, petite ville à dix kilomètres de Rochefort, où ils se trouvaient encore plus d'un an aprè^^ leur internement. Six prêtres de Cahors y attendaient leur délivrance. Deux d'entre eux, les R. P. Bos, cordelier, et Delbourg, dominicain, y moururent victimes de l'insalubrité du climat.

Le navire le plus éprouvé par la maladie et la mort fut les Deux-Associés. D'après un rapport du 30 août 1794, sur 497 déportés, 245 étaient morts et 144 malades à l'hôpital. Il ne restait à bord que 108 prêtres.

Les morts furent presque tous enterrés à l'Ile d'Aix et les malades portés à l'Ile Madame. Ils étaient là sous des tentes, d'abord sans lits et sans hamacs, couchés dans les sillons d'une terre fraîchement labourée, puis sur de mauvais lits, attendant la mort comme une délivrance. Ils avaient toutefois la consola-

tion d'avoir pour infirmiers des confrères qui trouvaient le moyen de leur procurer les derniers sacrements (1).

Le 30 octobre 1794^ le conseil de santé déclara l'hôpital de rile Madame fermé et l'on dirigea les prêtres sur leurs anciens vaisseaux. Il ne devait plus y avoir en ce moment que 274 survivants, restes glorieux d'une légion de plus de huit cents confesseurs de la foi et de martyrs. Les sables de l'île d'Aix possédaient 210 dépouilles de ces saintes victimes. L'Ile Madame en renfermait 275. Les rives de la Charente en différents endroits comptaient aussi une centaine de sépultures. J. G.

Souffrances des déportés èo 1798

Si nous étions encore au commencement du siècle qui touche à sa fin, la liste des prêtres du diocèse de Cahors qui furent déportés à la Guyane après le coup d'Etat du 18 fructidor (4 septembre 1797), suffirait pour l'édification des lecteurs. A cette époque tout le monde connaissait par diverses relations les horribles souffrances que ces martyrs avaient dû supporter, et il était impossible d'y penser sans ressentir une immense pitié pour les victimes, une profonde indignation contre les bourreaux.

Il n'en est plus ainsi à l'heure actuelle. Sans doute on sait encore que les déportés du Directoire périrent presque tous de misère et de faim : mais on se dit que la rélégation avait succédé à l'échafaud ; on ne voit plus dans les déserts de la Guyane qu'un lieu d'exil, et les tyrans raffinés, qui envoyèrent mourir là-bas des centaines de malheureux, bénéficient de leur apparente modération. La guillotine sèche, comme Tronson Ducoudray appelait la déportation, n'inspire plus d'horreur.

Et pourtant bien des fois les exilés de Sinnamary envièrent à juste titre, le sort des victimes de la Terreur, et les marches de l'échafaud avaient été bien plus faciles à gravir que cette lente agonie à supporter. Il y eut des martyrs en 1798 comme il

(1) Les saintes huiles, faciles à cacher, ne luauquèreut jamais aux nioiiranls. Ou dit aussi qu'un prêtre avait pu garder sur sa poitrine les saintes espèces qu'il donnait en viatique.

y en avait eu en 1793; leur martyre pour être moins sanglant n'en fut pas moins atroce, et c'est bien une longue page que l'Eglise de France, déjà si éprouvée, dut encore ajouter aux actes des martyrs : Acta, seii passiones martyrum.

Il convient, ce semble, de ne pas oublier ces faits, et c'est pourquoi le catalogue des Confesseurs de la Foi déportés à la Guyane doit avoir son complément dans un tableau fidèle des souffrances qu'ils eurent à supporter. Pour tracer ce tableau, nous avons le choix entre plusieurs relations extrêmement émouvantes; voici le résumé de celle que fit paraître en 1807 un des déportés de la Décade. Le chansonnier L.-A. Pitou n'était pas exilé pour le nom de Jésus-Christ, mais pour quelques couplets satiriques à l'adresse des Directeurs ; en racontant ses propres souffrances il a raconté celles de tous ses compagnons d'infortune, et il n'a pu s'empêcher de leur rendre un glorieux témoignage.

/. Premicres épreuves. — La prison de Saint- Maurice

Les soufl^rances des déportés avaient commencé longtemps avant leur arrivée sur le sol pestilentiel de la Guyane.

Pour la plupart d'entre eux, longtemps poursuivis et traqués dans leur pays comme des bêtes tauves, elles avaient commencé avant même leur arrestation.

Une fois arrêtés, aux inquiétudes de la proscription, ils avaient vu succéder les rigueurs et les humiliations de la captivité, les outrages de la vile populace, les brutalités des gardiens, l'horreur des cachots, souvent même la faim, et parfois des tourments impossibles à décrire.

Voici comment on nous dépeint la prison de Saint Maurice^ à Rochefort où un groupe de proscrits devait s'embarquer pour les déserts du nouveau monde.

— « I.e petit Pluton prend son paquet de clefs et nous conduit dans une grande salle, nommée chapelle de Saint-Maurice. Nous passons avec effort par une porte extrêmement étroite et haute de deux pieds. Les verroux se referment sur le champ. Nous voilà au milieu de 70 prêtres, destinés comme nous au voyage d'outre-mer. Nous attendions au moins une botte de paille pour

nous coucher..., mais ces messieurs nous font un lit avec des valises et des serpilières...

» Le 26 février, le soleil a à peine dissipé les nuages du matin quand nous ouvrons nos yeux rouges et mouillés de larmes.... Nous nous conformons à l'exemple de nos compagnons d'infortune qui offrent leur maux à l'Eternel et lui demandent la patience.

» A huit heures, on nous sert un pain noir, dans lequel nous trouvons du gravier qui nous brise les dents, des pailles, des cheveux et cinquante immondices; on croirait que le boulanger l'a pétri dans le panier aux balayures.

» Poupaud (le geôlier) jure comme un comité révolutionnaire quand nous ne sommes pas assez lestes pour emporter un très petit broc de vin très aigre dont la nation nous fait cadeau pour la journée. Six détenus profitent de ce moment pour emporter les baquets où chacun a vaqué à ses besoins depuis 24 heures. Ces bailles sont découvertes et plusieurs couchent auprès. Ce spectacle nous révolte, mais les plus anciens nous invitent au silence. Quand ils font ces représentations à Poupaud, il leur répond avec un rire sardonique : « Oh! oh! vous n'y êtes pas! « Quand vous serez ici trois ou quatre cents, comme en 1794, «faudra bien que vous appreniez à vivre; une partie se cou- « chera et l'autre restera debout. »

« Le soir, notre salle ressemble à un champ de bataille jonché de morts. »

//. A bord de la Charente

Le 12 mars (1798), les prisonniers de Saint-Maurice s'embarquèrent sur la C/iarenie; rembarquement ressemblait à une marche funèbre.

— «Le tambour bat aux chainps pas redoublé.... Ce prêtre proscrit, habillé en voyageur, parait émigrer pour l'autre monde. Ce prélat respectable est chargé comme un homme de journée; on le prendrait pour un échappé du bagne. Les honnêtes gens ferment leurs croisées pour pleurer en liberté. »

Le séjour à bord de la Charente fit regretter celui de la prison — « Nous n'avons dans l'entrepont que l'espace compris

entre les cuisines et le grand màt : pour chacun, c'était cinq pieds en longueur et deux de hauteur. La vue de ce gouffre vous ferait invoquer la mort. Quelle nuit!... La peste nous parait inévitable, et nous n'espérons voir notre sort amélioré que par la mort de la moitié de nos camarades. L'échafaud est un trône auprès de ce genre de supplice; l'homme en y marchant jouit encore du plaisir de respirer; mais ici il doit succomber dans des convulsions effrayantes sur le cadavre de celui qui le tue même après sa mort par la place qu'il occupe encore.

« Nos hamacs mal suspendus se lâchent et plusieurs d'entre nous tombent sur l'estomac de leurs camarades

« Nous éprouvons trop de souffrances pour n'être pas indifférents sur la vie animale : elle est frugale. Nous sommes tous munis d'un gobelet de fer blanc, d'une cuiller et d'une fourchette qui restent toujours suspendues à notre boutonnière. On dîne à midi. Toutes les tables sont composées de sept personnes ; chacun a sa cuisinière : c'est une brochette de bois qui traverse les morceaux de viande de sept convives. La ration est emmaillotée avec du fll afin que rien ne se perde dans l'immensité de la chaudière. Un petit baquet sert de plat à la société qui mange à la gamelle; chaque convive est marmiton à son tour, et lave l'auge dans l'eau de mer. »

///. A bord de la Décade

La Charente ne devait point traverser l'Atlantique; à peine arrivée en pleine mer, elle fut attaquée par les croisières anglaises et obligée de revenir vers la côte. L'ennemi l'ayant mise hors de service, les déportés furent transvasés sur la frégate la Décade, où ils se trouvèrent encore plus à l'étroit.

Voici quel fut le régime des prisonniers à bord : — « Le déjeuner avait lieu à 7 h. 1/2. Pour sept personnes, un bidon contenant sept boujearons d'eau de vie (une chopine moins un huitième, mesure de Paris), et trois biscuits pesant au total 14 onces. Ces biscuits sont si durs que le moins édenté est réduit à les briser entre deux boulets, ce qui n'empêche pas que huit jours après on y trouvera des vers de la longueur du doigt.

« Les habits sont pleins de buveurs de sang et de comités ré-

volutionnaires. Les indigents sont en si grand nombre que la malpropreté est inévitable. Les léproseries juives étaient des palais à côté de notre dortoir. Les aliments se corrompent aussitôt qu'on les met à l'entrée de ce goufïre. »

Dans ces affreuses conditions, la traversée dura cinquante jours, du 19 avril au 10 juin. Les bourreaux avaient trouvé moyen de faire envisager à leurs victimes l'arrivée à Cajenne comme une délivrance^ et le séjour dans ce pa3's comme un régime de liberté. Toutefois si plusieurs se firent cette illusion, ils ne tardèrent pas à être détrompés : ils n'avaient fait tout au plus que s'habituer à la souffrance.

lY. Séjour à Cayenne

Les déportés de la Décade étaient au nombre de 193. Une moitié devait être répartie dans un espace de 130 lieues et abandonnée à elle-même ; l'autre devait être gardée à vue et confinée dans un désert. Mais avant que le sort de chacun fût fixé, plusieurs succombèrent à la fatigue et aux maladies engendrées soit par les mauvais traitements, soit par le climat.

— « Nous passions à l'hôpital les uns après les autres.... Aujourd'hui mon voisin se porte bien, demain il a la fièvre chaude, après demain, on le porte en terre. Il y a huit jours que Bourdon de l'Oise et Tronson-Ducoudray étaient à la chasse; avant-hier ils buvaient du punch et projetaient une partie pour le lendemain : ils sont enterrés ce matin, et Brottier qui les a soignés dans leurs derniers moments est mort hier au soir d'un coup de soleil. L'air et le soleil de la Guyane sont les venins les plus subtils; aucun de nous n'est dangereusement malade ; au mois d'octobre la moitié sera morte. »

Cependant tous les colons demandaient à recueillir dans leurs maisons un déporté dont ils seraient responsables : — « Ils s'informaient de la moralité de chacun et choisissaient ainsi en tâtonnant; tous étaient mus du saint désir d'arracher un malheureux au gouffre dévorant de Konnanama, où devaient aller tous ceux qui ne trouveraient point d'asile et qui n'auraient pas les moyens de former à leurs propres frais un établissement. »

Une centaine environ furent assez hejareux pour se placer de la sorte chez les colons de la Guyane ou pour fonder des maisons de commerce. Nous allons voir que ce fut pour eux un bonheur très relatif.

Page 1