‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 22 sur 25 · V. Les déportés à la résidence de Kouron · texte numérisé non relu

V. Les déportés à la résidence de Kouron

Pitou et six autres déportés, dont trois seulement étaient prètres, louèrent à Kouron une case et s'y adonnèrent au commerce. Ils s'y rendirent le 27 juillet et s'installèrent avec quelques marchandises. Le premier de ces négociants improvisés décrit en ces termes le climat de sa résidence :

— « Ce climat n'offre que l'aspect de l'intérieur d'un tombeau. Nous ne pouvons dormir ni jour ni nuit; des nuées d'insectes se reposent sur les cases au commencement et à la fin de Thivernage. Les bords de la mer, des étangs et des rivières sont noirs de petits vers qui changent d'existence et de peau dans moins d'une heure, pour prendre des ailes, un aiguillon et une trompe aspirante pour pomper le sang dont leur dard a brisé l'enveloppe. Ils occasionnent d'abord une crispation peu sensible qui devient bientôt insupportable.... Les prairies, les bois, les maisons sont pleines de mouches ignées.... Les moustiques ou brûlots, les makes, les maringouins dont la piqûre est celle des cousins en France, nous forcent à devenir naturalistes. Le soleil nous brûle durant le jour, les insectes nous dévorent pendant la nuit ; le chagrin est toujours à nos côtés... . Le soir en nous déshabillant, nous nous grattions jusqu'au sang : notre peau était couverte de tiques et de poux d'agouty. Cette vermineestun des fléaux d'été de la zone torride.... Vousne pouvez marcher dans aucune savane sans en être rongé.... »

On comprend qu'au milieu de tant d'ennemis, l'association des sept déportés ne resta pas longtemps au complet. Pitou écrit au bout d'un mois, au commencement de septembre :

— « La maladie nous a déjà entamés; nos vivres sont à moitié consommés, nous ne vendons plus rien, nous n'avons point de plantage, point de canot pour aller à la pêche, point de nègres chasseurs, point de cultivateurs. Givry et Noiroii, qui sont très malades ont trouvé à se placer chez le maire du canton ; le maire

deMakouriasechargedaPavy qui ne seporte pas mieux; Cardine, moribond est porté dans la maison de M. Colin (où il expira le 10 octobre). Nous ne restons plus que trois à la case, et déjà nous pesons nos vivres : 70 livres de riz pour tout le temps que nous resterons à la Guyane française . Quelle perspective î il faut que nous devenions la pâture des bêtes féroces, où que les habitants se chargent gratuitement de notre nourriture et de notre entretien. »

Après avoir ajouté que les nègres leur avaient voué une haine mortelle, Pitou n'a-t-il pas le droit de conclure que la mort est préférable à une telle existence ? Et pourtant il ajoute encore : — « Mais nous n'avons cueilli jusqu'ici que des roses : dans peu de jours, il ne nous restera que des épines. »

En effet, les détails suivants sont encore plus affreux : — « Nous tombons malades tous trois, sans pain, sans gardes^ sans

voisins Je ne me souviens plus de rien depuis le P"" octobre

j usqu'au 10 novembre, et j'ai perdu connaissance presque J usqu'à cette époque. »

Sous les tyrans les plus féroces, on a vu parfois les geôliers s'apitoyer sur le sort des victimes qu'ils gardaient pour le bourreau ; voici les ordres qu'avaient envoyé les geôliers du directoire à Cayenne : — «Vous surveillerez les déportés de très près; vous épierez leur démarche et leur conduite ; s'ils bronchent, mandez-le moi, et faites-les partir sur le champ bien escortés : ils seront très sévèrement punis. » Signé: Desvieux, commandant la place de Cayenne,

A bout d'expédients, les trois infortunés résolurent de demander du pain à l'agent Brunel qui répondit sèchement: « Néant à la requête. »

Les sauvages furent moins inhumains : une négresse libre, nommée Dauphine^ recueillit un d'entre eux, Saint-Aubert.

Le deuxième, Margarita, curé de St-Laurent, à Paris^ ayant trouvé une place chez le régisseur de Pariacabo, il ne restait plus à la case de Kouron que Pitou. A son tour, il fut reçu chez un colon qui avait aussi donné asile à Cardine.

A partir de ce moment, les six survivants de l'association eurent au moins du pain, et sauf les tristesses de l'exil, ils purent croire leurs épreuves terminées.

Qu'étaient devenus ceux de leurs corapagnons d'infortune que l'administration avait dû garder à sa charge ? — C'est ce qu'il nous reste à retracer...

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