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CHAPITRE VIII

Des Panoramas.

En donnant une idëe ge'nërale de la perspec*» tive, nous avons vu que l’intersection de toutes les lignes partant d’on point fixe, avec une surface cpielconque , laissait sur cette surface une image qui ii’ëtait autre que la perspective do corps piacë derrière , et vers lequel aboutissaient toutes les lignes.

Jusqu a prësent, nous n’avons opërë que sur des surfaces planes , et nous avons fait observer que , sur ces surfaces , la perspective pour les peintres était iimitëe , et c|u’ii y avait un point situë à une distance plus ou moins grande du plan, que l’oculaire ne devait jamais dëpasser. Cependant , on rencontre souvent des sites tellement intëressans , c|ue le dessinateur ne limite son travail c[u’à regret, et que son seul dësir, en se tournant , serait d’apercevoir sur son tableau tout ce que la nature lui présentait , quand , piacë devant elle , il faisait le meme mouvement, mais si au lieu de choisir une sur-

face plane, il en avait choisi une autre ; si, par exemple, il en avait choisi une qui leiit enveloppé , il aurait pu, en se détournant de tous côtés, apercevoir toujours la surface entre la nature et son œil. Le peintre doit donc , pour obtenir un tel résultat, dessiner sur une surface autre que la surface plane.

Reste actuellement à choisir celle qui doit présenter le plus d’avantages. La première idée serait de dessiner sur des surfaces planes placées les unes à côté des autres , et de faire ainsi, soit a vue, soit avec le Diagraphe , ou toute autre machine, des vues successives, puis de les placer les unes a côté des autres : on aurait ainsi une vue générale , au centre de laquelle on trouverait en s’y plaçant la vue perspective de tout ce qui entourait le dessinateur.

La difficulté serait de donner à ces vues successives , non-seulement la perspective exacte des lignes, mais encore la perspective aérienne, si difficile à obtenir , qu’on ne doit négliger aucun des moyens propres à la mettre plus à la portée de nos connaissances. Or, toutes ces vues placées sous des angles plus ou moins ouverts laisseraient à chaque ligne de rencontre une trace noire, que jamais l’art du peintre ne pourrait effacer. Il a donc fallu éviter ce genre de

surface et en choisir une qui , se courbant uniformément, ne présenterait plus ces traces qui feraient toujours tort au tableau.

Celle qui se présentait naturellement était la sphère qui enveloppait Foeil du spectateur, plaçait constamment entre lui et la nature une surface qui lui présentait partout la meme courbure , et lui permettait d’y dessiner , non-seulement tout l’horizon , mais encore les parties situées au-dessus de sa tête , comme celles placées au-dessous ; mais si la sphère présentait d’un côté cet avantage , de l’autre , elle offrait tant de difficultés , qu elle ne pouvait être employée , et elles sont si palpables , qu’il n’est pas besoin de les iiidic|uer ici.

La sphère ne pouvait donc convenir. La surface cylindrique qui , à la vérité, ne pouvait recevoir la perspective des objets placés verticalement au-dessus et au-dessous de la tête , présentait d’un autre côté l’avantage de pouvoir être développée sur une table, et de donner ainsi le moyen de dessiner commodément ; de plus , la lumière pouvant tomber également sur toutes les parties , rendait moins difficile l’exécution de la perspective aérienne. Aussi at-on donné la préférence à cette surface , qu’on a choisie à base circulaire pour avoir toutes

les arêtes verticales également distantes du centre , où on place toujours le point de vue , et si c|uelc|ues peintres pouvaient donner la préférence à un cylindre d’une autre base, cela tiendrait , sans doute , aux lieux où ils se trouveraient placés. Tel, par exemple, le cas où on devrait faire la vue circulaire d’un intérieur plus long cpie large; on trouverait certainement alors plus d’avantage à la faire sur un cylindre à base ellipticpie , dont le rapport des deux axes serait le meme cpie celui de la largeur à la longueur de l’édifice.

La difficulté n’est plus maintenant de choisir une surface , mais de dessiner sur cette surface, et d’y tracer la perspective de la vue qu’on désire obtenir de cette manière.

Si l’on pouvait avoir devant soi une vitre circulaire Tune courbure égale à celle du panorama qu’on aurait choisi, en plaçant un oculaire au centre , et suivant avec une pointe tous les contours apparens , on en tracerait la perspective sur la vitre, et il resterait à la transporter sur la toile ou le papier. Mais il ne saurait en être ainsi , et pour avoir une perspective exacte , on est obligé d’avoir recours à des opérations très-longues et très-difficiles, et souvent meme impraticables. Aussi

le peintre de panorama se contente-t-îl de dessiner, non plus sur un cylindre , mais sur une surface brisée , composée d’un certain nombre de faces , et pour éviter les lignes de jonctions qu’il ne saurait jamais faire disparaître, il courbe toutes les surfaces pour n’eii faire qu’une seule cylindrique à base circulaire ; surface dans laquelle on ne doit jamais avoir de lignes droites que celles qui sont à l’iiorizon ou verticales. Or, sa manière d’opérer n’a pu lui fournir que des lignes droites (pour les lignes droites) qui, continuant d’ime surface sur l’autre, ne donnent ainsi que des lignes brisées dont ensuite il a du faire des courbes , il n’a par conséquent pu obtenir qu’une perspective à peu près exacte.

Si on voulait se contenter d’en agir ainsi , le Diagraphe ordinaire en fournirait les moyens, et on se rapprocherait d’autant plus de la vérité , qu’on multiplierait davantage le nombre des plans. Ce travail est sans doute suffisant pour les personnes qui ne recherchent , dans de semblables vues qu’un moyen nouveau de plaire aux yeux ; mais cette méthode ne saurait suffire à la personne qui connaît tout le prix d’un semblable dessin , et qui sait encore y trouver des distances horizontales ou zéni-

thaïes ; car si on exëcute ainsi des vues circulaires , on pourra pour les points communs a Tune et a l’autre déterminer les hauteurs et les distances qui les séparent , et de tels dessins ne sauraient être faits avec trop de précaution.

On a bien fait avec soin quelques panoramas ouïes principaux points ont été calculés exactement , au moyen d’un instrument propre à mesurer des angles , mais dans lesquels tout le reste a été fait à vue ; on a même eu la précaution de faire des remarques pour indiquer les points sur lesquels on pouvait compter. On conçoit que ces vues ne peuvent être exactes que pour les points calculés, et que le reste , fait à vue , ne donne qu’approximativement ce qu’on ne pouvait pas faire autrement , faute d’instrumens nécessaires.

Ijc Diagraphey tel que nous allons en donner la description , donne le moyen d’avoir, d’un mouvement continu, sur la surface du cylindre développé sur la planchette , un panorama parfaitement exact dans toutes ses parties. La personne qui s’en sert courbe elle-même les lignes sans s’en apercevoir , et telle ligne droite qui , sur la surface développée , lui parait très-courbe , réparait par-

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