‹ Notice sur le diagrapheChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Idée générale de la perspective.

Avant de donner l’explication à^iDiagraphe ordinaire , il est important de donner une idee generale de la perspective.

Si on suppose que des lignes partent de tous les points des objets visibles pour venir aboutir à l’œil, et si on suppose toutes ces lignes coupëes par un plan , leur intersection sur ce plan formera une trace qui fera e'prouver à l’œil, toujours place dans la meme position par rapport à ce plan , une sensation semblable à celle que lui faisaient éprouver les objets qui ont servi de point de départ à ces lignes. Ce plan peut être incliné de toutes les manières ; il peut aussi être remplacé par une surface quelconque; mais comme le peintre se sert toujours de la première, et très-rarement des autres surfaces , nous ne nous occuperons, pour le moment, que de la perspective obtenue sur un plan , en nous réservant

de dire un peu plus tard quelques mots de celle obtenue sur les autres surfaces , et particulièrement sur le cylindre , surface employée parles peintres de panoramas.

La perspective ordinaire est donc l’intersection d’un plan placé vis-a-vis de l’œil, avec toutes les lignes partant de l’œil et allant aboutir aux différens points placés derrière ce plan , dont nous ne limiterons ici ni l’étendue, ni l’inclinaison; mais nous ferons simplement observer que pour le peintre, qui doit voir son tableau d’un seul coup d’œil , sans être obligé de tourner la tête, il doit en général limiter son dessin au tiers de la distance de son œil au cadre dans lequel il veut faire sa perspective.

D’après cela , si nous supposions notre œil placé d’une manière fixe devant une vitre , et si une pointe venait se placer sur la vitre, de manière à se mettre toujours dans la direction des points dont nous voudrions avoir la perspective, cette pointe suivrait toutes les intersections de ces fils que nous supposions partir de l’œil , et laisserait sur son passage une trace qui ne serait autre que la perspective des objets placés derrière la vitre.

C’est d’après ces observations qu’ont été

construites toutes les machines à dessiner : elles sont nombreuses , et en élever le nombre à cent cinquante ne serait pas exagérer. Jusqu’à présent , aucune d’elles n’a pu satisfaire complètement le dessinateur, et si le Diagraphe est parvenu à remplir ce but, il ne le doit qu’aux résultats exacts qu’il donne , à son extrême mobilité, son peu d’embarras et ses nombreuses applications.

Description du Diagraphe.

Une règle méplatte en acier AB ( fig. i ) , parfaitement droite , est portée à une extrémité par un seul galet R , et à l’autre sur un chariot à deux galets R" R'' , taillés en gorge non arrondie comme celle d’une poulie , mais prismatique. Ces deux galets roulent sur une règle en cuivre , surmontée d’une demi-tringle ronde, faisant corps avec la règle, qui , coupée verticalement , présenterait la forme a b {fig- 2, ).

Les trois galets R, R , R", sont disposés de telle sorte , que la règle CD , placée sur une planchette (où elle serait fixée par des petites pointes placées à sa partie inférieure) et recevant les deux galets R^ R ' , donneront à la règle AB une position bien parallèle à la

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planchette. Quelques instrumens portent audessus du galet R une vis qui , en levant ou baissant ce galet, re'tabiirait le parallélisme de la règle , s’il ne se trouvait pas exact ; du reste , un le'ger défaut dans ce sens serait trèspeu sensible.

Les trois galets roulent entre des pointes qui peuvent se régler à volonté, de sorte qu’on peut les faire tourner légèrement et sans jeu. On conçoit d’après cela que la règle AB, mise en mouvement , marchera toujours parallèlement à elle-méme. Elle peut glisser dans une boîte, placée sous le chariot R' R", s’y fixer au moyen d’une vis de pression V, et cette boîte pouvant tourner sur un centre O , permettra toujours de mettre la règle AB perpendiculaire Il CD ; une vis de rappel , placée derrière le chariot comme on le voit en (yig'. 5), peut faire varier très-légèrement l’inclinaison de AB sur CD.

Sur le chariot s’élève un tube qui peut tourner sur lui-méme , et s’incliner dans tous les sens , par le moyen d’une charnière , et quelquefois par deux, placés l’une sur l’autre Il angles droits , pour être certain de pouvoir le mettre a volonté dans une position bien verticale. Comme il est facile d’obtenir cette

position dans la fabrication de rinstrument sans employer cette double charnière, très-peu en sont pourvus.

Le long du tube glisse une boîte carrée EF, et une petite goupille en acier , placée dans l’intérieur, entre dans un canal creusé dans toute la longueur du tube , et empêche la boîte de tourner. Cette boîte ne touchant le tube que sur quatre lignes glisse très-facilement , et est constamment entraînée vers la partie supérieure par un contrepoids suspendu dans l’intérieur du tube , et communiquant à la boîte par un fil qu’enveloppe une poulie P , placée sur cette meme partie.

Un petit châssis en cuivre noirci s’attache â cette boîte et y reste fixe ou s’enlève â volonté, de manière â pouvoir s’en éloigner ou s’en rapprocher. Deux petites vis , placées au haut et au bas de ce châssis , servent â y tendre un cheveu sur lequel on fait un ou plusieurs points de couleur , comme on le juge convenable.

On peut encore se servir avec avantage d’un fil blanc dont on noircit une partie : le point d’intersection du noir avec le blanc se trouve alors visible dans tous les cas. (Cette idée m’a été donnée par le général A , qui joint, â

beaucoup de talent comme dessinateur , le désir d’encourager tout ce qui peut être utile aux arts).

Le long de la règle AB glisse une boite en cuivre que le moindre effort fait marcher., et cependant elle ne doit pas éprouver de balottement. Sur cette boîte se tient , à queue d’aronde , une plaque supportant un tube vertical ni ti, dans lequel coule un porte-crayon surmonté d’une cuvette destinée a recevoir au besoin un poids ; un anneau r s s’y trouve fixé par deux petits crochets^ qui glissent dans une fente pratiquée dans toute la longueur du t\\hemn; une petite bascule placée sur la plaque , sert à relever le crayon quand on veut Fempécher de marquer, et une vis Q fixe la plaque a la boîte. En portant le tube mn a droite , on peut se servir du crayon en le tenant par l’anneau rs; en le portant à gauche, on se sert de la bascule. Dans le premier cas on peut a volonté, et à l’aide de la main seule, donner plus ou moins de force au trait; dans le second cas, le crayon agit par son propre poids.

Un bouton placé sous la boîte et tournant a frottement dur, reçoit un fil métallique qui vient s’attacher au châssis, en passant sous une poulie P’. Une petite tige tient le fil parai-

lèle à la règle AB pour cette partie; pour l’autre partie, c’est-à-dire de la poulie P’ au châssis , il doit être parallèle au tube.

Dans mes nouveaux instrumens j’ai supprimé l’anneau et cette attache du crayon à queue d’aronde , regardant plutôt comme nuisible qu’utile de tenir le crayon, et j’ai placé une vis au-dessus de la boite , qui sert à la fixer à la règle d’acier quand on a besoin que cette boîte reste fixe.

Ceci bien entendu, si on fait mouvoir le crayon, il entraînera avec lui toute la machine, par son déplacement, dans le sens parallèle à CD, et seulement le châssis dans le sens perpendiculaire à CD. Le crayon et le point de couleur feront donc tous les deux des mouvemens identiques. Si donc le crayon fait uné figure, le point la répétera, et réciproquement , car le fil métallique n’est pas élastique et transmet instantanément au châssis le mouvement du crayon.

Enfin une plaque GH, portant vers son extrémité H une rondelle percée de plusieurs trous qui peuvent lour-à-tour se placer devant un autre trou percé sur la plaque GH, glisse , à queue d’aronde , dans une boîte KL , montant et descendant le long du tube XY

de la meme manière que la boite EF ; seulement, une petite vis peut üxer cette boîte au tube, qui peut s’incliner à volonté' et s’attacher sur un valet MN qu’on lixe partout oii Ton veut; GH devant rester horizontal , quelle que soit l’inclinaison du tube, pivote sur la boîte KL.

Si maintenant, après avoir place' une feuille de papier sous la règle d’acier, on se place, les deux yeux ouverts, devant la placpie Gîî, on ne pourra voir que par le trou fait à cette plaque, et si dans cette position, tenant le crayon entre les doigts, on le fait agir de manière à faire passer le point de couleur par tous les contours des objets dont on veut avoir la perspective , il est bien e'videot que le crayon , répétant tous les mouvemens du point, tracera sur le papier cette perspective avec la plus grande exactitude.

Dans l'à figure 3 l’oculaire est construit plus simplement, et la règle en acier, dans laquelle glisse la boîte du porte-crayon, est remplacée par deux tringles rondes qui ne pivotent pas sous le chariot. Plus tard, nous dirons pourquoi dans un grand nombre d'instrumens l’oculaire G H est disposé sur im tube semblable a celui qui porte le point.

Manière de poser l’instrument sur la planchette.

La plupart des Diagraphes sont enfermés dans une boîte qui se développe pour former la planchette. Une tringle, contenue dans la boîte, traverse toutes les petites planches cjui la composent , et en se vissant les réunit toutes d’une manière très-solide.

Pour disposer le Diagraphe, on prend d’abord la règle conductrice qu’on place sur la planchette, puis le corps de l’instrument , qu’on tient d’une main par l’extrémité libre du grand chariot , et de l’autre par le petit chariot , et par l’extrémité du tube , c|u’on a soin d’en tenir séparé, en prenant celui-ci dans le creux de la main, et en tenant le tube entre deux doigts; puis on fait tourner le grand chariot juscpi’a ce que la vis de pression de la règle d’acier vienne toucher le fond de la petite embrasure placée sur le côté intérieur du grand chariot , qu’on place alors sur la règle conductrice.

On relève ensuite le tube et on passe le fil sous les poulies ; l’oculaire se place au milieu de la planchette ou sur les côtés.

Quand on a un Diagraphe à deux tringles,

comme elles ne pivotent pas sous le chariot, il suffit de relever le tube.

Précautions à prendre avant de dessiner.

La description qui précède s’applique au Diagraphe ordinaire , propre à dessiner la perspective, et la figure i le montre tout monté; mais avant de commencer un dessin, il est des précautions à prendre qu’il est in~ dispensable de ne pas négliger. On s’assurera d’abord sf toutes les poulies tournent bien ; on réglera leur mouvement, en serrant ou desserrant les vis ; on examinera ensuite si le contrepoids coule bien dans l’intérieur du tube ^ et dans le cas où cela n’aurait pas lieu, il faudrait en diminuer le diamètre, en le grattant avec la lame d’un couteau ; ce qui ne saurait se faire que fort rarement, puisque tous les instrumens sont essayés a l’avance ; mais il pourrait cependant arriver qu’on ait négligé cette précaution. Un corps étranger qui tomberait dans l’intérieur du tube , pourrait également gêner le mouvement , on le retirerait facilement , en sortant le contrepoids.

Le crayon doit obéir facilement à la petite

bascule ,, qui doit avoir un jeu suffisant pour l’e'loigner du papier ou 1 y replacer à volonté'. Comme le porte-crayon a juste le diamètre du tube , un peu de poussière suffirait pour Fempécher de glisser; il faudrait alors le rendre net et le faire aller et venir plusieurs fois de suite.

La boîte qui porte le châssis doit e'galement monter et descendre facilement ; s’il en était autrement, il faudrait bien nettoyer le tube et surtout le petit canal qui reçoit la goupille. J’ai aussi remarqué cpie les boîtes, en tombant de toute la hauteur de riiistrument , finissaient par engendrer une petite barbe imperceptible, cjLii était cependant suffisante pour gêner le mouvement. J’y ai fait remédier, en arrondissant les angles intérieurs des boîtes. Si, nonobstant cette amélioration, ces barbes se reproduisaient , l’avertissement que je donne ici ne serait pas inutile ; car on pourrait chercher long -temps avant de deviner la cause des moiivemens inégaux de la boîte.

Celle du porte-crayon doit également couler le long de la règle avec la plus grande facilité , il faut donc veiller à ce quelle soit parfaitement propre , et si, malgré les soins apportés, en saisissant cette boîte le plus près possible

de la règle elle ne coulait pas librement, je conseillerais de mettre un peu d’huile et de pierre-ponce en poudre sur cette règle, et, dans cet état, d’y faire couler plusieurs fois la boîte ; après cette opération , on essuierait bien le tout, et le mouvement deviendra aussi libre qu’on pourra le désirer. L’application de l’huile aura aussi pour eflèt de prévenir les attacjues de la rouille.

Enfin, le fil doit être parallèle a la règle et au tube , peu importe le parallélisme de celui du contre-poids.

Ce fil est tourné autour d’une petite bobine qui se trouve placée sous la plaque du portecrayon; elle dévient tout-a-fait libre quand on desserre la vis placée sous la boîte et correspondant à cette bobine : alors le fil peut facilement se dérouler, en le tirant par une de ses extrémités, et, par ce moyen, remplacer promptement celui qui se serait casse' ; ou bien , en serrant cette même vis , on rend le mouvement de la bobine plus ou moins libre; l’on est ainsi maître de faire mouvoir insensiblement le point de mire sans changer la position du crayon.

Toutes ces précautions sont presque toujours inutiles, car les Diagraphes ne sont li-

vrés qu’après une minutieuse vérification de leurs parties ; mais il pourrait arriver , malgré les soins qu’on y apporte , qu’un petit défaut , qui aurait d’abord échappé à la vue , se déclarât plus tard, soit en le montant, soit à la suite d’un déplacement; donc il est bon de pouvoir y porter remède , sans avoir besoin de secours étrangers.

Position que doivent avoir les mains pour dessiner.

La figure 4 donne la position que doivent avoir les mains. Pour bien dessiner, il faut tenir la boîte qui porte le crayon le plus près possible de la règle , entre le pouce et le doigt du milieu de chaque main ; l’index de la main droite au-dessus de la bascule , pour lever le crayon au besoin ; le dessous de la main bien appuyé sur la planchette, pour ne faire agir que les doigts sans remuer le poignet. Dès qu^on a dessiné toute la place que les doigts peuvent parcourir, on lève le crayon pour transporter les mains dans un autre endroit.

Manière de poser le point de couleur sur le cheveu.

La meilleure manière de faire le petit point est de se munir de deux vessies de coideur à

rhuiie, Fune de bitume et Fautre de blanc d’argent. En piquant ces vessies avec une ëpingle. il en sortira un peu de couleur , et on en portera une très-petite partie, avec la pointe de Fëpingle , sur le cheveu tendu verticalement dans la cage. !1 faut faire en sorte que le petit point soit bien rond ; souvent il est très-utile d’en faire deux, l’un blanc et Fautre noir, afin de pouvoir les remplacer l’un par l’autre en tournant simplement le bouton , autour duquel on a roulé le lil métallique , comme on le verra ci-après , page75.

On peut , encore , comme nous l’avons dit plus haut, remplacer les deux poulies par le fil blanc dont on a noirci une moitié : la séparation des deux couleurs sert alors de point de mire.

J’ai préféré la couleur à l’huile a toute autre, car en vessie elle sèche très -difficilement, le bitume sur-tout. En outre, elle a de l’éclat, et s’attache facilement au cheveu.

Du choix à faire pour le trou de l’oculaire.

il n’est pas indifférent de prendre un trou quelconque de l’oculaire. Il faut commencer

par se servir du plus grand , et si , en remuant la télé et cherchant à voir le point de mire de dilFe'rentes places , tout en le regardant toujours par le meme trou , on voit ce point correspondre a plusieurs endroits, on en concluera que le trou est trop grand, et on choisira alors le numéro au-dessous (plus les objets sont éloignés , plus le trou devra être petit).

il n'est pas nécessaire de placer son œil tout près de la plaque, il suffit d’apercevoir une partie de l’objet qu’on veut dessiner. On peut donc s’éloigner de quelques pouces , et on apercevra encore assez de lignes pour occuper les doigts dans leur position.

On ne doit pas non plus avoir le regard constamment fixé sur le point de mire, car on se fatiguerait la vue , et on ne manquerait pas d’attribuer cette fatigue à l’instrument , sans faire la réflexion que cela arrive toujours lorsqu’on regarde fixement et long-temps le même objet. Il est donc bon de regarder de temps à autre ce que l’on dessine , et comme la pointe du crayon indique toujours la position du point de mire, en regardant la partie que cette pointe indique , on y rencontrera facilement le point, quelque petit qu’il soit.

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