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Le musée de Rosenborg possède plusieurs autres horloges curieuses de cette époque, notamment une petite horloge d'argent, appelée l'horloge de la reine Dorothée , et une très-grande horloge très-compliquée, avec sonneries, musique, figures tournantes, coq chantant, etc., à l'image de la célèbre horloge delà cathédrale de Strasbourg et de celles de Prague et de Munster. L'auteur de cette pièce intéressante est un habile horloger de Strasbourg de cette époque, nommé Isac Haabrecht. Au point de vue de l'horlogerie comme au point de vue de la joaillerie, on doit le reconnaître, le musée de Rosenborg est beaucoup moins riche que le célèbre musée dit Grûne- Gewôlbe, de Dresde.
Christian IV.
Nous arrivons au fondateur du château , Christian IV, trois salles du château sont conservées telles qu'elles étaient de son temps, ce sont : la salle d'audience, la chambre à coucher et le cabinet de travail de ce prince. Toutes trois sont décorées avec goût dans le style du temps, les murs couverts de boiseries et de peintures, les plafonds à caissons sculptés et de hautes cheminées supportées par des cariatides ou des pilastres sont ornées sur leur fronton d'unécusson au chiffre du roi couronné G. 4. Ces trois belles cheminées avaient été couvertes de plâtre, elles n'ont été dégagées et rendues à leur état primitif que tout récemment. La cheminée de la salle d'audience porte la date de 1615.
Dans le cabinet de Christian IV, l'on remarque un trèsbeau miroir ayant appartenu à la reine Anna-Catherine. Ce miroir dont le cadre en ébène, style Renaissance, est décoré de figures et d'ornements en argent, a été sauvé de l'incendie du château de Frédériksborg.
La chambre à coucher de Christian IV, où il mourut le
28 février 1648. renferme différentes peintures, le portrait de Christian IV sur son lit de mort, le portrait de ses deux chiens favoris, Turk et Wildhrat, des vues de Venise, etc. Les objets les plus remarquables de cette époque, outre une table ébène et argent, et le miroir dont il a déjà été parlé, sont la couronne royale de Christian IV, la fontaine d'argent de la reine Anna-Catherine, et la coupe à boire de Christian IV :
La couronne royale, conservée avec les diamants de la couronne dans une pièce qui communique avec la grande galerie du château, est un ouvrage d'orfèvrerie très-remarquable par la finesse du dessin des ornements, et Tart avec lequel sont disposées différentes pierres précieuses, diamants, saphirs, perles, émeraudes. Ce travail met au premier rang parmi les orfèvres, son auteur, Thomas Fiuren, d'Odense, qui florissait à la fin du XVP siècle.
La fontaine d'argent, qui servait à la toilette de la reine est un meuble très-élégant de la même époque. Elle est formée de trois colonnes corinthiennes, d'où l'eau tombe dans des vasques d'argent. Sous le dais que supportent les colonnes sont placées des statuettes d'argent finement travaillées représentant la scène de Diane et d'Actéon. La fontaine repose sur une table d'ébène à ornements d'argent dans le stj^e des tables hollandaises.
Le couronnement du roi Christian, qui eut lieu dans Tété de 1596, fut une occasion de grandes réjouissances pour la ville de Copenhague ; le concours des étrangers fut énorme , ils amenèrent avec eux 2,200 chevaux que les habitants de la ville hébergèrent gratuitement. Au milieu des fêtes, on remarqua surtout la mascarade des sept planètes organisée par les gentilshommes de la Chambre du roi , Frederick Rosenkrantz et Jacob Likke , dont l'un représentait Mars et l'autre Vénus. Le roi luimême se distingua particulièrement dans les joutes, tournois et jeux d'adresse, tels que la course à Fanneau; on constata qu'il atteignit l'anneau 206 fois sur 340 courses,
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Le Cabiiiet de travail de Christian IV , /IrûeidsvœreJ^
et en souvenir de ce succès, on fit exécuter un vase à boire en argent qui représente le roi Christian IV à cheval, atteignant l'anneau qui sert de but, de la pointe de sa lance. La tète du cheval s'enlève lorsqu'on veut se servir delà coupe, et elle contient, dit M. Andersen, de quoi satisfaire le plus altéré des buveurs (M.
Il reste encore à Rosenborg, du temps de Christian IV, une riche épée dont il se servait pour armer les chevaliers, la lame est de Tolède, mais la poignée, faite en Danemark, est d'or et d'émail bleu. C'est également en or et émail bleu que sont les insignes de l'ordre du Bras- Armé qui n'exista que sous le règne de Christian. Ces insignes portent le chiffre du roi, C. 4 couronné; deux vers ont conservé les noms des premiers chevaliers.
Fries, Lung , Scheel , Rantzau , Rantzau , tu Bildeque Rantzau Senekler, Span et Pens, Sandberg , Scheel partis equestris.
Frédéric III. — 1648-1670.
Le règne de Frédéric III est l'époque de l'établissement du pouvoir absolu en Danemark. Malgré les échecs qu'il éprouva dans ses guerres contre la Suède et le siège de Copenhague, à la suite du passage hardi du grand et du petit Belt sur la glace par toute l'armée suédoise, malgré les traités onéreux pour le Danemark qui lui furent imposés à Roskild , le 28 février 1658 et à Copenhague le 27 mai 1660, Frédéric sut trouver, dans l'appui de la bourgeoisie et du clergé dont les chefs étaient Nansen, président de l'ordre de la bourgeoisie , et Svane , évoque de Seeland , assez de force pour abolir les privilèges de
(1) Le musée de Grune Gewolbe, de Dresde, possède un hanap d'une forme analogue qui porte les initiales de l'électeur Frédéric-Auguste, Auguste-le-Fort , F. A. G.; il représente saint Georges à cheval , combattant un dragon : les têtes du cheval et du dragon s'enlèvent, et l'on peut y verser trois sortes de vins.
la noblesse , établir l'égalité d'impôts et promulguer la Kongenlow qui changea complètement la constitution de la monarchie danoise.
L'on doit observer que si la Kongenlow porte le nom de Frédéric, son véritable auteur fut un grand ministre, lequel eut la destinée tragique qui était souvent réservée autrefois aux ministres éminents. Il tomba victime des envies, des jalousies et des intérêts conjurés contre lui. A l'époque où il rédigea la loi roj^ale, il était secrétaire de Frédéric III qui s'était intéressé à lui. C'était le fils d'un marchand de vin de Copenhague, nommé Shuhmacher. Plus tard, sous Christian , de secrétaire et de conseiller de la chancellerie , il devint lui-même grand chancelier et reçut le titre de comte de Griffenfeld au moment où il fit créer par le roi une noblesse titrée nouvelle, à la place de la vieille noblesse féodale qu'il avait renversée et dont il avait aboli les privilèges par la Kongenlov^. Le Danemark lui doit, outre son ancienne constitution politique , d'utiles réformes dans l'administration et dans les finances. Griffenfeld arriva un moment au comble de la faveur et de la puissance ; l'empereur Léopold l'avait créé comte de l'Empire, Louis XIV, à ce qu'on a prétendu, sollicitait pour lui le chapeau de cardinal, l'électeur de Brandebourg lui offrait l'île de Rûgen avec le titre de prince et Griffenfeld avait même, disaiton, refusé la main de la princesse Louise-Charlotte, que la reine mère voulait lui faire obtenir, parce qu'il espérait épouser la princesse Charlotte- Amélie de la Trémoille, réfugiée à la Cour de Danemark, dont il était amoureux. L'orage formé contre lui éclata subitement ; les coups étaient dirigés par le plus acharné de ses ennemis , le général duc de Holstein Ploen ; il fut arrêté dans l'antichambre même du palais du roi par le général Arensdorf. On fit dans sa maison une perquisition qui amena la découverte de papiers compromettants, il fut jugé et condamné à mort. Le roi commua sa peine en une prison
X .^oe^ecnscai au Lanagidive LÎiarlcs de H esse (Frédéric III)
perpétuelle qu'il subit à Munokolm près de Drontheim en Norwège. Au bout de 23 ans de captivité, en 1698, on lui rendit la liberté , mais il mourut bientôt après le 11 mai 1699.
C'était le siècle de l'absolutisme ; en France régnait Louis XIV, et nous retrouvons en Danemark dans les mœurs, dans les arts, dans les costumes, dans les meubles, les mêmes caractères qu'en France. M. Andersen appelle ce style, le plus ancien style rococo; nous y voyons le même cachet d'ampleur, d'éclat, de majesté et de lourdeur que l'on remarque dans tout ce qui appartient au règne de Louis XIV ; tels sont notamment le cabinet ou scribane de Frédéric III, le guéridon et la table de la reine Sofie-Amalie. La table est supportée par quatre cariatides à têtes de femmes finement sculptées , une guirlande gracieuse va rejoindre au milieu un écusson qui porte le chiffre couronné de la reine, au-dessus duquel se lit la devise de Sofie-Amalie , devise française : En Dieu mon esjJérancei^^.
Deux autres objets d'art précieux appartiennent à l'époque de Frédéric III : ce sont une coupe de cristal de roche et l'écrin de la reine Sofie-Amalie''^). On n'a aucun renseignement sur l'origine de la coupe en cristal de roche qui est un objet d'art très-remarquable; elle est supportée par une statuette d'enfant et ornée de diverses figures en relief au-dessus desquelles s'élève une autre statuette d'enfant. Les armes du landgrave de Hesse- Gassel gravées sur le pied , et l'inscription de sa devise : Candide et constanter, permettent de supposer avec toute probabilité que cette coupe a dû. être offerte à Frédéric III par le Landgrave à l'occasion du mariage de sa fille Gharlotte-x\mélie avec le prince héritier de la couronne Christian , mariage qui fut célébré en Tannée 1667.
(1) La reine Sophie-Amélie exerça une assez grande influence politique.
(2) Tous les objets de cette époque sont réunis dans deux pièces, dont une un peu obscure, qui précèdent la salle de marbre, et dans la salle de marbre elle-même.
Quant à l'écrin de la reine qui est un riche coffret d'argent et de cristal de roche représentant le jugement de Paris, coffret enrichi de diamants, l'on connaît son origine : c'est un cadeau de la reine iVnne d'x\.ngleterre à sa belle-mère la reine douairière Sophie-Amélie. En 1683, George, le sixième des enfants de Frédéric III et de Sofie- Amalie, avait épousé la princesse anglaise Anne , la plus jeune fille du duc d'York , qui se trouva appelée au trône d'Angleterre dans l'année 1702, à la mort de Guillaume III.
Ce riche écrin, qui avait été soustrait pendant l'incendie de Christianborg en 1794, et dont on avait perdu les traces , fut retrouvé sur le marché d'Amager par un particulier qui l'acheta pour un prix modique et le restitua généreusement au trésor royal.
Christian V. — 1670-1699.
Le règne de Christian V est illustré par la victoire navale remportée à Rostock et Kiôge en 1677 par l'amiral danois Niels Juel; c'était une revanche de nombreuses défaites. Cependant le traité de Lund ne fut pas défavorable aux Suédois que protégeait la France (traités de Fontainebleau , 2 septembre , et de Lund , 14 septembre 1679).
Nous sommes en plein siècle de Louis XIV, le costume de Christian V est analogue à celui du monarque français, et Christian porte une perruque qui n*a rien à envier à celle du grand roi.
Les salles de Christian V, au château de Rosenborg, représentent bien le faste et la splendeur de cette époque; l'on y voit des pavés de marbre , de riches cabinets incrustés de pierres et de métaux précieux : l'abus du marbre, des sculptures et des dorures. Christian, qui avait visité la France avant de monter sur le trône , avait pris Louis XIV pour modèle.
L'on peut compter, parmi les salles du château représentant le règne de Christian V, le salon dit de la Rose , restauré récemment, et qui avait longtemps servi au tirage de la loterie. Les meubles, les peintures, les tapisseries sont du temps de Christian V ; il n'y a guère , du temps de son fils et successeur Frédéric IV, qu'un beau portrait de ce prince par Rigaud. Le lustre de cristal de roche qui orne cette salle est un cadeau de Louis XIV ; les tapisseries, qui ne sont pas de fabrication danoise^ sont lamées d'or et d'argent. On y remarque un fauteuil portant la date du 11 octobre 1715, qui servait au roi pour présider la Cour suprême, et devant ce fauteuil, une table sur le tapis de laquelle sont brodées ces deux inscriptions : Simm cuique trihuo , devise de la justice , et la devise personnelle du roi : Dominus adjutor. Ces deux objets étaient, paraît-il, un cadeau de la reine Anna-Sophie, et les garnitures d'argent provenaient de Kongsberg.
A côté de nombreux cabinets et buffets ou armoires de cette époque, l'on remarque une table de marbre dont les pieds sont formés par des bustes d'enfants ; au milieu de guirlandes de feuilles et de fleurs se voient les écussons du roi et de la reine Charlotte- Amélie, fille du landgrave de Hesse-Cassel.
Un riche objet d'art, appelé le gobelet de Wismar, ou le gobelet de cristal, rappelle un fait de guerre de Christian V. Conformément aux conseils du chancelier Griffenfeld encore tout-puissant (0, et contre l'avis du général en chef le duc d'Holstein-Ploen, Christian V persista à soutenir le siège de Wismar, en Poméranie, qui était défendue par une forte garnison , et réussit dans son entreprise. Wismar se rendit le 13 décembre 1675. Le gouverneur de Wismar, en présentant les clefs de la ville au roi, lui offrit ce bel objet d'art qui a la forme d'un
(1) Le 30 mars lô'TS, Griffenfeld était renversé du pouvoir.
poisson supporté par deux dauphins entrelacés. Il est enrichi d'ornements d'or et de rubis.
Un autre objet curieux de cette époque est un riche chaperon de faucon de style oriental!''. Le Danemark a joué un rôle important dans la fauconnerie; c'était le Danemark qui fournissait en grande partie les oiseaux chasseurs, les faucons d'Islande. Le dernier envoi de ce genre a été fait au roi de Portugal en 1807. Christian V, qui était un amateur passionné de la chasse^ fit revivre ce sport du moyen âge en formant un établissement complet de fauconnerie. Sa passion pour la chasse fut fatale à ce prince , il mourut des suites d'une blessure qui lui avait été faite par un cerf auquel il avait cru porter lui-même un coup mortel dans le parc de Jœgersborg. Le bois de ce cerf taché de sang royal a été conservé, il sert à orner le dessus d'une porte du château dans la galerie de pierre du rez-de-chaussée.
Frédéric IV. — 1699-1730.
Frédéric IV eut à lutter contre Charles XII. La guerre entre la Suède et le Danemark reprise après le traité de Traventhal en 1700 ne se termina que le 8 juillet 1720 par la paix de Frédériksborg qui rendit au Danemark le péage du Sund et lui assura la possession duSleswig.
Frédéric lY qui s'occupa beaucoup de l'administration intérieure, s'est rendu célèbre par son ordonnance d'affranchissement des serfs , Vornedes, ordonnance promulguée en 1702; mais qui ne reçut une exécution définitive que sous Christian VII.
Frédéric IV a beaucoup fait pour le château de Rosenborg, c'est à lui qu'on doit la grande galerie qui se trouve
(1) n est admis généralement, du reste, que l'art de la fauconnerie venant d'Arabie, aurait été introduit en Europe pir l'empereur Frédéric II , au retour de la croisade.
au dernier étage, en danois Riddersalen, la salle des chevaliers, salon magnifique dont toute la décoration date de son temps (année 1705), il ne reste guère du règne de Christian IV que les deux cheminées de marbre placées aux deux extrémités.
La longueur de cette salle est de 150 pieds de Danemark, sa largeur de 28, sa hauteur de 19 environ. Les murs sont couverts de douze belles tapisseries provenant de la manufacture danoise fondée à Kiôge sous Christian V et dirigée par les frères Van der Ecken. Ces tapisseries, exécutées sur les cartons du peintre Peter Andersen, sont inférieures au point de vue artistique aux tapisseries plus anciennes du château d'Elseneur(Kronborg), maintenant conservées au Prinzen-Palais, mais les teintes ont beaucoup plus d'éclat ; elles représentent différents épisodes de la guerre de Scanie. L'on peut citer, parmi les sujets le plus heureusement traités, la bataille d'Oland livrée le P^'juin 1676. Toutes les figures des personnages importants sont de véritables portraits, une inscription allemande placée au-dessous de chacune de ces tapisseries en indique le sujet. L'intervalle entre les tapisseries, qui ont 16 pieds de largeur et 13 de hauteur, est rempli par une décoration en harmonie avec celle du plafond qui est très-riche et due à Charles Bracht. L'on remarque particulièrement dans ce plafond, outre les quatre figures représentant les différentes parties du monde, des sujets traités en haut relief qui rappellent les événements les plus importants du jègne de Frédéric IV, savoir : l'abolition du servage (année 1699), l'établissement d'une milice territoriale (année 1701) , Tinstitution des dragons (1702) et l'enrôlement maritime qui date de 1704. Des inscriptions explicatives en vers ont été composées en 1705 parle garde des archives, Frédérik Rostgaard.
Cette galerie servit à de grandes fêtes et à de nombreuses cérémonies, la fête la plus brillante fut donnée en 1716, peu après l'inauguration en l'honneur du czar
Pierre-le-Grand. Depuis on y a fait l'ouverture de la Cour suprême au P'' mars, de 1795 à 1839, enfin on y a tenu les séances solennelles pour la distribution des croix de l'ordre du Danebrog.
La salle renferme les deux stalles du couronnement au pied desquelles se trouvent les trois lions d'argent du Danemark (travail d'Augsbourg). On y remarque un buste en marbre de Christian IV qui date de l'année 1644 , et des sièges brodés par la reine Cliarlotte-Amélie et ses dames d'honneur.
Les chaises du couronnement sont en ivoire et argent, elles datent de Frédéric III; ce fut lui également qui fit faire tous les ornements royaux enfermés avec les diamants de la couronne dans une tourelle attenante à la grande galerie. La couronne , le sceptre et le globe servirent pour la première fois au couronnement de Christian V le 7 juin 1671. Ces différents objets, aussi remarquables par la richesse de la matière que par la finesse du travail sont l'œuvre d'un célèbre orfèvre nommé Kasper Herbach qui florissait sous le règne de Frédéric III.
Deux autres petites salles , également placées dans les tourelles du château , ouvrent sur la grande galerie, ce sont : la Glaskammeret , cabinet des cristaux , et la Porcellœns Kammeret, cabinet des porcelaines, tous deux disposés avec beaucoup de goût , le premier au temps de Frédéric IV, en 1714, le second, tout récemment.
La collection de verreries et de cristaux date presque tout entière de Frédéric IV, elle avait été formée par luimême et rapportée de Venise en Danemark. Elle est trèsjustement célèbre et passe pour la plus complète collection de verres de Venise qui existe. C'est, je crois, la collection la plus nombreuse , et s'il existe au musée de la ville , à Venise, des pièces plus rares, nulle pari ailleurs on ne rencontre un pareil choix de verres de toutes les nuances et de toutes les formes. L'on y voit le verre saphir, le verre opale, le verre émeraude, le verre rubis, et les
formes les plus variées elles plus élégantes, des potiches, des coupes, des flambeaux, des animaux, des fleurs, etc. Il existe en dehors de la Glaskammeret , exposés dans différents meubles du château, des cristaux du Nord, de Norwège et de Danemark, notamment un grand verre à boire qui porte gravés sur les diverses faces tous les faits importants de la vie de Charles XII.
Quant à la Porcellaens Kammeret dont l'arrangement ne date que de 1863, tout en ne renfermant pas une collection aussi précieuse, elle contient bien des pièces intéressantes de l'ancienne fabrique de Copenhague, dont elle possède tout le service représentant la flore daaoise , puis de la porcelaine de Saxe aux marques les plus anciennes, Âugustus rex'^^iV exemple, des porcelaines de Sèvres, de la Chine et du Japon. Les pièces les plus anciennes de la fabrique danoise, à la marque de Frédéric V, pièces du reste très-peu nombreuses , découvertes par M. Worsaae, se trouvent dans une autre salle.
Les autres salles du château datant de P'rédéric IV renferment plusieurs autres objets intéressants au point de vue historique : l'épée de Charles XII, notamment, qui est une épée d'un style simple et sévère. Ce n'est point un trojDhée de conquête, c'est le souvenir d'un acte de générosité accompli par ce vaillant prince dont on a dit : « Il pouvait tomber, mais il ne pouvait pas fuir. »
Han Kunne icke vika Blott (alla Kunne han.
Le 8 mars 1716 , les Suédois envahissant la frontière venaient de faire prisonniers trois cents Norwégiens ; leur chef, le lieutenant-colonel Bruggeman, avait été surpris dans son sommeil , lorsque survint le colonel Kruse à la tète de deux cents dragons. Malgré l'infériorité du nombre, il n'hésita pas à attaquer l'avant -garde suédoise, qui comptait au moins six cents chevaux sous les ordres de
Charles XII lui-même. Il soutint la lutte avec vigueur, força plusieurs fois les Suédois à reculer, et ne céda que couvert de blessures et n'ayant plus autour de lui qu'un petit nombre de ses soldats. Charles XII, rempli d'admiration pour son courage , lit soigner le colonel Kruse par son médecin personnel et lui offrit sa propre épée en échange de celle que Kruse avait dû céder en se constituant prisonnier. C'est cette épée de Charles XII, souvenir également glorieux pour Je vainqueur et pour le vaincu, que conserve le château de Rosenborg.
Après la mort de Charles XII au siège de Frederikshald, la paix fut conclue entre la Suède et le Danemark à Frederiksborg, le 3 juillet 1720; elle attribua au Danemark la possession du Sleswig, et le 4 septembre I72I, les trois ordres : les nobles, les clercs et les paysans prêtèrent serment de fidélité au roi et jurèrent soumission à la lex regia dans le château de Gottorp. Deux riches objets d'art de la collection rappellent ce fait mémorable de la réunion du Sleswig au Danemark : ce sont deux gobelets d'or et d'argent exécutés par les ordres de Frédéric IV, l'un connu sous le nom de Eiderstronihœger, Fautre sous le nom de HildlnfjsJjœgeret.
Une des faces du Eiderstrombœger représente la rivière Eider avec cette légende , dont la prédiction ne s'est pas réalisée :
Vra Kong Friderichs arve rige Eydersiromincn ej vil vicje.
L 'Eider ne sera jamais ravi au royaume héréditaire de Frédéric.
Au-dessous, la date de 1720.
Sur l'autre face est le château deKronborgavec diverses inscriptions.
Pak 20
Hildmgsbagerel: (Frédéric IK^
Le vase dit 3ildingshœgeret , exécuté en souvenir du serment de fidélité prêté le 4 septembre 1721 à Frédéric IV par ses nouveaux sujets , représente ce monarque assis sur un trône recevant le serment des Sleswigois (i) ; il porte plusieurs autres inscriptions faisant allusion à Charles XII , à sa gloire et à son malheur.
Un autre magnifique vase d'or du musée rappelle le second mariage du roi. Frédéric avait épousé en premières noces Louise de Mecklembourg, dont il avait eu deux enfants, Charlotte -Amélie et Christian VL.A la mort de la reine Louise, il épousa iVnne- Sophie de Reventlow, dont la sœur était mariée au comte W.-A. de Holstein, et c'est à son nouveau beau- frère que Frédéric IV fit cadeau de ce riche gobelet dont la forme est très-élégante ; il est surmonté d'une couronne ornée de pierres précieuses et supporté par trois lions héraldiques. Ce riche objet d'art avait passé entre les mains d'un particulier qui , après le siège de Copenhague , le présenta à la Monnaie pour le faire fondre. C'est à ce moment que Frédéric VI en fit l'acquisition à sa véritable valeur et le fit entrer dans le trésor royal.
Au règne de Frédéric IV appartient encore un objet d'art historique du château de Rosenborg , ce sont les fonts baptismaux des rois de Danemark, fonts baptismaux entièrement en argent, exécutés, on le suppose, vers l'année 1720. L'ornementation en est riche : le grand plateau représente le baptême de saint Jean dans le Jourdain, travail au repoussé d'une grande finessei^).
(1) Au-dessous se trouve cette inscription :
At anden halve part
Af Schlesviri Danmarks bleev,
Den fierde Friderich
Med fliid igjiennem dreev.
Si l'autre moitié du Scblesvig fut adjointe au Danemark ,
cela fut accompli par l'énergie de Frédéric.
(2) Le Grline Gewœlbe renferme aussi le bassin baptismal de la famille royale de Saxe, œuvre remarquable de Daniel Kellerthaler (1615)
Christian VI. — 1730-1746.
Le règne de Christian VI n'est pas marqué par des événements importants. Le traité de Copenhague (mai 1732) confirma au Danemark la possession du Sleswig. En 1745, le gouvernement danois conclut un traité d'alliance avec la France. La question de la succession au trône de Russie d'abord, au trône de Suède ensuite, fit renaître la rivalité et la lutte entre la maison de Holstein-Gottorp et la maison régnante ; ce serait sortir de notre cadre que d'entrer dans les détails de toutes les intrigues qui agitèrent les cours du Nord à cette époque.
Au point de vue artistique , c'est le moment de l'efflorescence en Danemark du style rocaille ou rococo, auquel on donne en France le nom de Louis XV. Le château de Rosenborg possède l'habit de noces de Christian VI , vêtement d'un grand éclat , mais d'assez mauvais goût. Christian VI s'était marié en 1721. Au moment où son père, Frédéric IV, convolait à de secondes noces sans avoir laissé s'écouler l'année de veuvage , le prince Christian avait entrepris un grand voyage en Europe , et il s'était arrêté à la cour de Dresde , captivé par les charmes de la princesse Sophie-Madeleine de Brandebourg-Kulmback-Bayreuth, qu'il épousa au château de Pretsch le 7 août 1721. C'est en souvenir de ce jour que la princesse , devenue reine de Danemark , suivant un usage assez répandu à cette époque, fonda, le 7 août 1732, un ordre de chevalerie auquel elle donna le nom de V Union- Par faite. Cet ordre, qui s'éteignit avec sa fondatrice en 1770 , fut concédé également aux deux sexes , mais avec grande réserve. Le dernier chevalier de l'ordre, le landgrave Frédéric de Hesse, est mort en 1837.
La collection de Rosenborg renferme plusieurs croix de l'ordre de l'Union-Parfaite , mais elle ne possède pas
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Meuble de Lehman (Chnshan ]/[
les insignes d'un autre ordre fondé dans les mêmes conditions, l'ordre Mathilde , fondé par l'infortunée reine Garoline-Mathilde le jour de naissance de Christian VII , le 29 janvier (1771). Cet ordre ne pouvait compter plus de vingt-quatre chevaliers ; les insignes consistaient Qn un M en brillants suspendu à un riihan de satin rose que les hommes portaient au cou, les femmes sur la poitrine. Parmi les premières personnes auxquelles l'ordre fut concédé , l'on remarque la reine douairière , le comte de Rantzau, le chambellan Enevold Brandt, le conseiller d'État Struensée.
Le château d'Hirschlom, élevé par la reine Sophie Madeleine , qui avait importé en Danemark les goûts de luxe et de faste de la cour saxonne , était , paraît-il , une merveille de magnificence ; il n'en reste plus rien aujourd'hui ; on a conservé seulement quelques-uns des objets d'art qu'il renfermait , notamment une fontaine à vin , en argent , qu'on appelle Hischlomshœgeref , remarquable travail d'Augsbourg, dont il porte la marque. Le bassin est supporté par un enfant, un jeune Bacchus, et au-dessus du bassin se trouve le réservoir au vin , en forme de pomme de pin.
Denx grands meubles , de style rococo , qui ornent un des salons du château de Rosenborg, attestent qu'à cette époque , l'art de l'ébéniste avait atteint un haut degré de perfection en Danemark. Ils sont dus à un artiste indigène, nommé Lehman. Le plus grand de ces meubles date de l'année 1735 , il présente les défauts et les qualités du style de l'époque , une exubérance d'ornements d'une forme fantasque, une complication inouïe dans le jeu des diverses parties du meuble , une grande richesse de matériaux de toute sorte; or, argent, bois de rose, nacre, ivoire, etc. Inutile de dire que ce meuble renferme une multitude de petites cachettes , toute sorte de tiroirs à secret ; et même, si l'on sait bien manœuvrer un ressort caché, l'on découvre les touches d'un clavecin qui, s'il
n'a pas des sons très-brillants, est cependant un spécimen curieux de l'art musical , qui nous montre le piano à son enfance en Danemark.
Ce meuble, si l'on en croit la tradition, fut payé à Lehman mille ducats d'or, somme énorme si l'on tient compte de la valeur relative de la monnaie à cette époque.
Frédéric V. — 1746-1766.
Le règne de Frédéric V fut une époque de tranquillité pour le Danemark , favorable au développement des arts que Frédéric protégea. Sa statue, élevée à Copenhague sur la place de l'Amalienborg , porte cette inscription : démenti jycicifico artium ttUori; c'est à lui que l'on doit l'introduction en Danemark de l'art de la céramique. Les dernières années de sa vie furent troublées, parait-il, par des chagrins intimes qui le jetèrent dans Ti^TOgnerie et précipitèrent sa fin (i). Pendant cette période , tout le pouvoir royal résida aux mains de son ministre, le comte de Molkte, que l'on surnomma Koivung Molckte.
Frédéric Y avait épousé, en 1743 , la princesse Louise , fille de Georges II, roi d'Angleterre, dont il eut trois filles et un fils , Christian VIL Devenu veuf, il épousa , en 1752, Julie-Marie de Brunswick-Volfenbuttel.
L'avènement au trône de Frédéric V et de la jeune princesse Louise fut une occasion de grandes réjouissances pour le Danemark. La fête du couronnement, qui eut lieu le 4 septembre 1747, fut magnifique; la collection de
(l) S'il faut en croire J. Brown [Northern Courts, Original Memoirs ofthe sovereings of Sweden and Denmark) , In reine Marie-Julie aurait tenté d empoisonner le jeune prince Christian, fils du premier lit, lequel n'aurait été sauvé que par le dévouement d'une nourrice norwégienne, et, dans une autre circonstance, aurait voulu le faire noyer près de Fredonsborg par un de ses agents nommé Brocdorph , mais le prince aurait été retiré de la mer sain et sauf. Ce secret tsrrible n'uurait été connu que du roi et de son ministre , le comte de Molkte , qui en aurait profité pour prendre un grand empire sur l'esprit de son maître .
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Horloge de table de Frédéric V
Rosenborg renferme un cadeau fait au roi, à cette occasion, par des habitants de Copenhague, ce sont deux pistolets, montés en or, gravés et ciselés et qui portent le chiffre de Frédéric V. Ces armes sont l'œuvre d'un célèbre armurier de Copenhague, Valentin Mar, qui vécut du temps de Frédéric V et pendant les premières années du règne de Christian VIL La marque de l'armurier est : V. Mar. Cophgen.
Le sentiment d'affection du peuple pour son roi put encore se manifester à l'occasion d'un accident qui arriva, peu de temps après, lors de l'essai, dans l'île d'Amager, d'un nouveau modèle de canon, inventé par un danois ; deux barils de poudre prirent feu , éclatèrent , tuèrent plusieurs hommes et blessèrent légèrement le roi que l'on crut mort au premier moment, ce qui causa dans Copemhague une profonde consternation. On conserve, à Rosenborg, le costume que portait le roi en cette circonstance, ainsi que le brillant costume qui lui servit le jour de son mariage.
La collection renferme encore un objet intéressant de cette époque, c'est une horloge de table de Frédéric V , de fabrication danoise; cette horloge se fait remarquer par son couronnement en coupole , ses statuettes et ses colonnades, dans le style de ces anciennes horloges allemandes qui ont beaucoup d'analogie avec le modèle qu'on appelle , en France, des pendules Henri IL C'est un genre absolument différent des pendules à marqueterie , style Louis XV , en vogue, à cette époque, en France.
Christian VIL — 1766-1808.
Si les dernières années du règne de Christian VII sont marquées par des événements politiques désastreux, les attaques des Anglais contre Copenhague et l'affreux bombardement de cette ville en 1807, dans lequel furent
détruites plus de 300 maisons, les premières années, qui s'écoulèrent au milieu d'une tranquillité absolue au dehors , furent signalées au dedans par une révolution du palais et des événements tragiques que nous ne pouvons passer sous silence: le supplice de Struensée et l'emprisonnement de la reine Caroline Mathilde dont le musée de Rosenborg conserve d'assez nombreux souvenirs W . Christian VU avait épousé, le V^ octobre 1766, sa cousine la princesse Caroline Mathilde ('^' , sœur du roi d'Angleterre, Georges III. Le mariage avait été célébré sous les plus heureux auspices et rien ne pouvait faire présager ses tristes conséquences ; il reste un chant populaire qui atteste le bon accueil fait à la princesse anglaise par la ville de Copenhague :
Levé kong Kristian den Milde Med sin Karoline Mathilde.
Le comte de Rantzau Ascii eberg reçut à cette occasion la grand'croix du Danebrog; le même comte de Rantzau devait recevoir six ans plus tard la décoration de l'Eléphant, pour avoir procédé de sa main à l'arrestation de la jeune reine le 17 janvier 1772.
Le roi entreprit , en compagnie du comte de Bernstorf , dii comte de Holcke et de quelques courtisans, un voyage en Europe, particulièrement en Angleterre et en France ; il était accompagné, dans ce voyage, de son médecin Struensée, homme intelligent , habile et présomptueux, qui sut prendre un grand empire sur l'esprit faible du monarque. A son retour , Christian donna à Struensée le titre de Conseiller d'État. Celui-ci sut plaire à la j eune reine, et, si l'on en croit des témoignages assez nombreux, réussit
(1) Ces renseigaements sont empruntés à des auteurs anglais pou connus en France.
{■2) i. La princesse était charmante, « dit Browa , « her complexion was uncoramonly fine; the might without flattery, havo been termed the fairest of thefair. -> ( Secret history of the courts of Sweden and Denmark , 1. 1, p. 26.)
même à obtenir ses faveurs (i). Christian, presqu'imbécile, menait au grand jour, et sous les yeux même de la reine, une vie de désordre , dont elle devait se sentir offensée. En 1771 , Struensée était nommé comte, premier ministre du royaume, et partageait le pouvoir avec son ami Brandt qui devait partager aussi ses malheurs. Cette grandeur subite avait produit bien des mécontentements , la reine douairière Julie sut les attiser pour en profiter. Struensée qui avait des idées assez larges et avait conçu de grands projets de réforme, manquait de prudence, il laissa se former contre lui un orage qui éclata tout d'un coup le lendemain d'un grand bal à la cour, le 17 janvier 1772. L'âme de la conspiration était la reine mère , le bras le comte de Rantzau. Rantzau n'hésita pas à pénétrer de force, au milieu de la nuit^ dans la chambre de la jeune reine, accompagné du général Eischstedt et de quelques officiers, l'épée à la main ; il lui laissa à peine le temps de s'habiller et la fit monter, à demi-vêtue, dans une voiture préparée à l'avance, pour la conduire dans la forteresse de Kronborg. Au moment oîi elle mettait le pied sur le marche -pied de la voiture, poussée par le comte de Rantzau, la reine se retourna et le frappa au visage en lui disant : ta trahison te retombera sur la tète (2). « Talie fhis, thou accursed traitor; and rcmember this treason shall cost thee thy head. » (Brown, I. v. p. 142).
(1) Cela est reconnu même par les historiens anglais, notamment Brown [Secret history of Ihe courts ofSweden and Denmark) , JohnCarr [Northern Swnmer), Jens. Wollfe ( Northern court ) , confirmés par Eyriès et Chopin ; Rév. William Coxe ( Travels in Sweden, Poland, etc. London , 1802). — M. Coxe, qui visita le Danemark en 1779, recueillit les déclarations de témoins oculaires ; il paraît établi qu'un escalier secret mettait en communication les chambres de Struensée et de la reine dans le palais de Chris tianborg.
(2) En effet , tombé du pouvoir à son tour et banni du Danemark , il partit accompagné de sa maîtresse, une jeune actrice de Copenhague, Sophia Livernet. Après avoir été insulté et maltraité par un capitaine danois à Hambourg , Rantzau devait mourir à Avignon sous bs coups d'un capitaine anglais qui avait juré de venger sa compatriote, l'infortunée Caroline-Mathilde (le capitaine 0..., des horse-guards , qui avait accompagné la reine en Danemark), d'après W. Brown.
La reine Julie voulait faire juger la jeune reine (^), Rantzau cependant ne voulut pas y consentir. On se contenta de prononcer contre elle le divorce et la déchéance , et on la confina à Zell , où elle mourut peu de temps après , les uns disent d'une fièvre contagieuse , les autres disent du poison.
Quant à Struensée , on le fit arrêter au même moment que la reine, dans sa chambre, où il venait de s'endormir, par le colonel Kohler-Banner, qui était de garde au palais, et il fut jeté dans un cachot couvert de chaînes, ainsi que son ami Brandt. Rantzau sut obtenir du roi , après coup, moitié par persuasion, moitié par force, la signature des ordres d'arrestation qui avaient été préparés par Gudberg, le confident, et l'on peut dire le complice de la reine Julie. On avait répandu en même temps dans le peuple des bruits calomnieux sur le compte de la reine et de Struensée, en les accusant d'avoir voulu tuer le roi.
Struensée fut jugé et condamné ainsi que son ami Brandt, mais, avant de le condamner, on le soumit à toutes les pratiques de l'Inquisition pour obtenir de lui des aveux compromettants ^^\ Un pasteur protestant, nommé Munther, fut chargé de cette mission, et il n'a pas eu honte d'en perpétuer lui-même le souvenir par un livre intitulé '.Ex2')osé de la conversion et de la mort de Struensée'-^K^ où il raconte tous les détails des tortures morales qu'il lui a fait subir dans trente-deux conférences, qui ne devaient se terminer que par la lecture de la sentence ainsi conçue :
« Conformément à la loi danoise , il est déclaré juste et de droit , que le comte Jean-Frédéric Struensée , ayant
(1) La reine était accusée de manquer à la bienséance par ses allures trop libres . portant des habits de chasse à culottes , t> lealhern small-clothes , •> et montant à cheval comme un homme.
(2) Struensée était un adepte de J.-J. Rousseau ; il faisait élever le prince Frédéric suivant les préceptes à' Emile.
(3) The Conversion and death of count Struensée , by Ihe Révérend M. Munter. — London , me.
forfait à l'honneur et à ses devoirs , soit privé de sa vie et de ses biens. Il sera dégradé de sa dignité de comte et de toutes celles qui lui ont été conférées. Son écusson sera brisé par le bourreau. Sa main droite et sa tète seront coupées ; son corps mis en quartiers sera exposé sur la roue ; sa tète et sa main seront attachées à un poteau. »
Brandt fut condamné au même supplice. L'on eut la barbarie de le faire périr sous les yeux de Struensée et l'on força celui-ci à poser sa tête, pour la livrer à la hache, sur un billot trempé du sang de son ami, dont les restes mutilés étaient épars autour de lui.
La reine Julie voulut assister à ce spectacle , et le R. W. Coxlui attribue ce mot: « Gela n'est pas complet; il y manque la tète de la (i) »
Comme Rantzau , trop indépendant , fat promptement écarté des affaires , au gouvernement de Caroline- Mathilde et de Struensée succéda le gouvernement de la reine Julie et de Gudberg, jusqu'à ce que le prince héritier put prendre en main le pouvoir avec l'aide d'un ministre éminent, le comte de Bernstorff (1784).
Je n'ai pas à apprécier les tragiques événements dont je viens de présenter un aperçu, je me bornerai à reproduire cette opinion de M. Andersen, que les ennemis et les accusateurs de la reine Caroline Mathilde étaient loin d'être eux-mêmes irréprochables et qu'il faut tenir compte de la jeunesse de la reine, de son inexpérience, des embûches dont elle était entourée , enfin de sa situation d'épouse d'un homme dégradé au physique et au moral. Aujourd'hui, à plus d'un siècle de distance, cette figure de la jeune reine nous apparaît avec la double auréole de la beauté et du malheur , elle a reconquis la sympathie du peuple danois et l'on attache un grand prix à tout ce qui vient d'elle et rappelle son souvenir. La collection de Rosenborg renferme plusieurs objets qui ont été à son
(1) « It is not quite complète ; the heaçl of the. . . is wanting to make it so. »
usage personnel, notamment un fauteuil et une table à écrire, meubles de prix exécutés non dans le style qui prévalait en France à cette époque, mais dans ce style du Nord dit rococo, qui porte un cachet propre et qui a plus de lourdeur , moins d'élégance que le genre rocaille français. Le fauteuil est recouvert d'une étofîe brodée ; le bois a des nervures et des moulures contournées dans le goût du temps ; le dossier est surmonté d'une couronne royale.
Le château de Rosenborg possède l'épée de Christian, objet d'orfèvrerie, d'une grande richesse, garni de pierres précieuses , épée de parade pour ce roi imbécile, tandis que, nous l'avons vu , l'épée de Charles XII , simple et sans ornements, est l'épée d'un soldat.
Un autre objet intéressant de la collection est un vase de cristal surmonté d'une couronne royale qui porte les chiffres de Christian VII et de Caroline Mathilde et audessous cette inscription :
A felici sidère juncti.
MDGCLXVI d8.
présage trompeur , l'étoile sous laquelle cette union fut contractée était bien néfaste.
Ce vase porte au revers gravées les armes du Danemarck et de r Angleterre.
Je m'arrête ici dans la description du musée de Rosenborg , ce musée va jusqu'à nos jours , on y voit les objets mobiliers et les vêtements du commencement de ce siècle qui font triste figure , à côté des souvenirs des siècle passés. Aller plus loin, ce serait sortir du domaine de l'archéologie , de l'histoire et, l'on peut le dire, aussi du domaine de l'art.
Pa^e 50
Vasede crisiai de CKfislmn V!I et delà Reme Caroline Mathilde.