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miers, un territoire plas étendu que toute notre Europe. Et le souvenir si facile à conserver d'un si grand fait, notre ingrate mémoire n’en avait tenu jusqu'à présent aucun compte ; son nom même, ce: modeste nom du P. Buisset d’Ath, nul de nous ne l'avait retenu, nul ne.s’est mis en peine en foulant le sol de Saint-François, de: s'assurer si aucune trace d'inscription ne pourrait nous indiquer le lieu qu'on lui assigna:pour dernière demeure!
Mais revenons à leurs périlleuses expéditions. A peine le P. Hennepin s’était-il familiarisé avec les étranges moyens de voyager que nous avons indiqués plus haut, qu'il fut envoyé, avec le P. Buisset, chez les Iroquois, au bord du lac Ontario. Ils y construisirent une chapelle et y restèrent quelque temps. Ensuite ils allèrent passer près de deux ans, sur le même lac, au fort de Cätarockoui, rommé de Frontenac (d’après le nom du gouverneur du Canada à cette époque), et:y fondèrent un couvent de leur ordre pour les missions !.
Le P. Hennepin retourna ensuite prendre les instructions de ses chefs à Québec. De là, il s'embarqua dans un de ces petits canots d'écorce dont nous avons déjà parlé, muni de sa petite chapelle portative et d’une natte de jones qui devait lui servir de lit et de matelas”, avec la mission d’aller explorer la partie Sud-Ouest de la Nouvelle-France. Il se retrouva
1 Nouvelle découverte, ete. Chap. V, p.30 et chap. XIIT, p. 60, 2 Jbidem. p. 63.
le 2 novembre 1678 au fort de Frontenac, où était resté le 4 P. Buisset. Le 18 ; ils montèrent sur un brigantin com- ï mandé par De La Salle , traversèrent le lac Ontario, et entrèrent le 6 décembre dans le fleuve saint-Laureut. Après quelques jours de navigation , ils ne tardèrent pas à être arrêtés, frappés de stupeur et d'admiration, devant la chute
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d'eau la plus imposante du globe, la célèbre cataracte du i Niagara, nom que prend le fleuve‘en passant du lac Erié 4 dans le lac Ontario *. ;
Toute la troupe erra longtemps dans les lacs et aux envi- % rons du Saut du Niagara, (comme on l'appelle dans cette pre- f. mière relation) jusqu'au commencement du mois d'août 1679”. )
Après plusieurs courses assez heureuses pour La Salle, sen brigantin s'étant trop approché de terre, s'était brisé *. Un
an après cet accident, e’est-à-dire au mois d'août 4679,comme nous l’apprend le P. Hennepin, ils s'embarquèrent sur un autre navire construit par eux, à l'embouchure du lac Erié, et traversèrentle lac Huronen se dirigeant yers Michillimakinac ‘. Le 2 septembre , ils naviguaient dans le lac Michigan ou lac des Illinois. Le 18, ils se séparèrent de leur %k
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embarcation qui se perdit au milieu du lac, sans qu'on
sùt bien précisément par quelle cause, et le lendemain
‘ Nouvelle Découverte. p. 75. | 2 Ibidem. Chap. XV, XVI, XVII, et XVII.
3 CHARLEVOIX. Histoire générale de la nouvelle France, Tom. ?, p. 267.
4 Nouvelle Déc. Chap. XIX, — CHARLEVOIX , p. (8.
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ils se remirent à voguer dans le même lac des Illinois . sur quatre canots:portant leur petite troupe, réduite à quatorze hommes.
Nous voici parvenus à l'époque des découvertes les plus importantes du P. Hennepin, dé celles qui furent la source de la jalousie de quelques-uns de ses compagnons de voyage moins heureux que lui, et particulièrement du sieur de La Salle, et par'suité de cette indigne jalousie. l'origine detoutes lestribulations qui suivirent le bon Pèré en Europe. Il avait eu ‘pourtant la délicatesse de ne point parler de ses découvertes sur la'!partie inférieure du Mississipi, dans le premier ouvrage qu'il publia du vivant de La Salle. IL savait que la reconnaissance de l'embouchure de ce fleuve était le principal but de l'ambition de ce capitaine , et voulait. dit-il lui-même, lui en laisser tout l'honneur. De là des réticences qui répandent quelque obscurité dans cétte première relation et qui servirent même de prétexte aux détracteurs du missionnaire., pour signaler. de prétendues contradictions dans ses récits. Partout, (dans ses diverses narrations), le P. Hennepin parle de La Salle avec des ménagementsque ne gardent même pas ceux qui l'ont voulu préconiser aux dépens du Récollet. Toute sa modestie ne put le garantir des ressentiments de l'homme, dont il avait plusieurs fois blessé l'amour
propre , sans le vouloir.
CHARLEVOIX , p. 268. — Nouv. découv, Chap. XX el suiv.
Avant la perte de leur brigar ‘in, la troupe du sieur de La Salle s'était déjà divisée: à la suite d’une violente tempète qui avait même déterminé quelques hommes de l'équipage à déserter, plutôt que de continuer à braver. tant de dangers réunis, Le Chevalier de Tonti avait élé détaché pour aller à la recherche des déserteurs. Le 3 décembre 1679, le sieur de La Salle et le Chevalier, de Tonti joints aux quatre. missionnairesrécollets;le vénérable P, de La Ribourde,ayec ses trois anciens élèves le P. Hennepin, le P, Buisset, et le P. Zénobe Membré, ét trente hommes qu'ils étaient parvenus à rallier, quittèrent le lac des TIlinois et le fortin qu'ils avaient construit sur ses bords. Huit de ces canots légers que les voyageurs: transportent sur leur dos d’une rivière à une autre, servirent à la petite troupe pour remonter la rivière des Miamis et entrer dans celle des Illinois, où ils bâtirent le fort de Crèvecœur, vers:la mi-janvier 1680",
De là, le sieur De La Salle fut obligé de retourner au fort de Frontenac accompagné du P. Buisset, pour chercher du renfort, laissant le commandement du fort de Crèvecœur au sieur de Tonti, avec le P ‘Zénobe Membré; le P. de La Ribourde et la plupart des soldäts. Abusant del'extrôme. désir que leP. Hennepin avait toujours témoigné pour les excursions lointaines, il lui confia une mission devant laquelle le courage de ce dernier fut d’abord sur le pointde reculer:ilne s'agissait de rien moins, que de s’embarquer seul, dansun petit
‘ Nouvelle Découverte, ee. Chap. XXXIII et chap. XXXIV, p. 223.
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KXIV, p. 223.
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LE P. LOUIS HENNEPIN. 17 canot, avec deux rameurs de l'équipage, pour recounñäître la rivière des Illinois, dont on savait par tradition qu’elle devait serendreauMississipi, et arrivé :à de remonter le fleuve vers sa source, que l’on supposait beaucoup plus à l'Ouest qu'elle ne l’est réellement. Le P. Hennepin avoue qu'il allégua d'abord divers motifs pour se soustraire à une exploration aussi périlleuse, mais le sieur De La Salle insistant avec sa hauteur accoutumée , le P. de La Ribourde usa de la grande influence qu'il avait sur l'esprit de son ancien élève pour l'y déterminer, et, le 29 février 1680, notre intrépide voyageur, suivi seulement de deux hommes qu'il appelle Michel Âko ct le Picard du Gay, descendit la rivière des Illinois dans un frêle canot d’écorce, portant quelques petits objets propres à être offerts en présent aux sauvages et un pelit chien pour servir de guet !.
Quelques jours plus tard, notre missionnaire découvrit le Meschasipi où Grand fleuve, dans lequel se jette la rivière des Illinois, qu’il venait de descendre. Il fut obligé de séjourner à l'entrée du fleuve jusqu’au 12 mars, pour laisser passer les glaçons charriés par les eaux ?. Arrivé là, le P. Hennepin devait, comme nous l'avons vu , et voulait, quoi qu’il dût lui en coûter, remonter vers le Nord-Ouest; mais ses deux hommes qui avaient déjà souffert beaucoup du froid et de la
1 Nouvelle Découverte. Chap. XXXV, p. 235 et suiv. ct chap. XX XVI. p. 241.
2 Nour. Décour, Chap. XXXVII, p. 250.
us, »
faim, et qui appréhendaient surtout la férocilé des sauvages du Nord, voulaient absolument descendre vers les contrées plus douces du Midi. « J'étais assuré d’une manière à n’en pouvoir douter, nous dit-il, que si je descendais le Meschasipi, le sieur De La Salle ne manquerait pas de me décrier dans l'esprit de mes supérieurs, parce que je quittais la route du Nord que j# devais suivre selon ses instructions. Mais, d'autre part, je me voyais à la veille de mourir de faim et de ne savoir que devenir, parce que les deux hommes qui m’accompagnaient, menaçaient toutouvertement de me quitter pendant la nuit et d'emmener le canot avec ce qui était dedans, si je les empêchais de descendre vers les nations qui habitent au bas de ce fleuve *. »
Tels furent les motifs, qui obligèrent le P. Hennepin à se rendre vers le Midi, où il entrevit l'embouchure du fleuve dans le Golfe du Mexique, après deux semaines de navigation. Toujours àla discrétion de ses deux compagnons, q''i, déserteurs de l’arméedu roid'Espagne,n’osaient aller plus loin, parce qu’ils savaient, par oui-dire, que le Nouveau Mexique devait être de ce côté-là. le P. Hennepin fut forcé de rebrousser chemin avant d’avoir complétement exploré l'embouchure du Mississipi. « Tout ce que je pus obtenir d'eux, avant de remonter, fut qu'ils écarrissent un arbre de bois dur, dont nous fimes une croix d'environ dix à douze pieds
+ Nouv, Décour. Chap. XXXIX, p. 276.
es sauvages es contrées 1ère à n’en Meschasipi, lécrier dans la route du fais, d'autre de ne savoir m'accompater pendant ledans, si je habitent au
Hennepin à ouchure du semaines de ompagnons, entaller plus Juveau Mexifut forcé de exploré l'emtenir d'eux, rbre de bois | douze pieds
de haut, que nous enfonçämes ensuite dans la terre, laquelle était d’une argile ferme en cet endroit. Nous y attachâmes une lettre avec mon nom et le leur, et un récit succinct de notre voyage. Après quoi nous étant mis à genoux, nous chantâmes quelques hymnes propres à notre dessein, comme le Fexilla Regis, et ensuite nous partimes !,
C'est la relation de cette partie du voyage du P. Hennepin que le P. Charlevoix traite de roman dans son Æistoire générale de la Nouvelle-France ?, reproduisant, sans se mettre en peine des réfutations que le P. Hennepin avait déjà publiées lui-même, les objections que le fameux Scaliger avait faitesen Hollande, sur l'impossibilité prétendue d’unesi promptenavigation. Eyriès fait remarquer avec raison que le missionnaire entre dans des détails dont l'exactitude a été reconnue depuis lors , et tels qu’ils ne peuvent laisser de doutes sur la sincérité des récits qui les contiennent. » Hans son second ouvrage, dit ce géographe, il parle d’une rivière venant de l'Occident, qui lui parut presque aussi grosse que le Meschasipi où elle tombe. Le tableau qu'il fait de la source, d'après les récits des sauvages, s'accorde parfaitement avec ce que l’on a su récemment sur les sources du Missouri *.
En remontant le fleuve dont ils suivaient toujours le bord
i Nouv, Déc. Chap. XXXIX, p. 276.
3Liv. X, p. 270 et suiv.
3 Préface du Nouveau Voyage. ete.
1 Biographie Universelle. Tom. 2%, p. 64.
pour éviter les grands courants, ils furent d'abord très-bien traités par les sauvages qui rendirent aux deux compagnons du P. Hennepin le courage d'aller plus au nord. Il avait commencé à remonter le 1°" avril 4680, le 24 il dépassait déjà l'embouchure de la rivière des Illinois: Une fois passé ce point ce fut pour leur propresûreté que ses hommes consentirent à s’avancer toujoursplus au nord, pour échapper à des sauvages dont ils redoutaient l'approche. De cette manière , ils arrivèrent enfin à une grande chute d’eau que le P. Hennepin baptisa du nom de Saut-de-Saint- Antoine en souvenir du P. de La Ribourde et en l'honneur du patron de la Province d'Artois où il avait fait son noviciat.
Ici commence la plus pénible partie de la vie de l'enfant de Saint François. Avant de parvenir à la source du Mississipi il fut enlevé par des sauvages avec ses deux compagnons, et le calumet de paix qu’il avait reçu d’une peuplade voisine ne pouvait les rassurer, car ces peuples dont ils n’entendaient pas la langue refusaient d’y fumer , ce qui dénote en général l'envie qu'ils ont de se défaire de leurs prisonniers. Leurs horribles cris et la difficulté avec laquelle ils accordaient une portion insuffisante de sagamité, ou mauvaise bouillie de folle-avoine, comme l'appelle le P. Hennepin, leur faisaient croire à chaque instant qu'ils allaient être massacrés.
C'est au milieu de ces continuelles angoisses qu'ils furent promenés par ces barbares de tribu en tribu, avant de parvenir à se familiariser avec leur langage et à comprendre le
| très-bien mpagnons d. 11 avait assait déjà ssé ce point sentirent à es sauvages e,ils arri- Hennepin nir du P. de ace d'Artois
de l'enfant Ju Mississipi pagnons, et e voisine ne ‘entendaient e en général niers. Leurs ordaient une » bouillie de leur faisaient icrés.
qu'ils furent
avant de parmprendre le
séns des inquiétantes démonstrations dont ils étaient l'objet. Le P. Hennepin cependant obtenait de temps à autre un \raitement plus doux, c'est-à-dire qu’on lui accordait parfois un petit fragment de chair boucanée, à raison des services que lui permettaient de rendre quelques notions chirurgicales qu’il possédait. Malgré ces légères faveurs, jamais prodiguées, le P. Hennepin ne pouvait nise rassurer complétement , ni surtout consoler ses deux compagnons de voyage : Aucun des trois, tout accoutumés qu'ils étaient aux plus rudes fatigues, ne pouvait se faire, mal nourris comme ils l'étaient, à suivre les marches forcées de leurs terribles maîtres; mais ceux-ci ne voulant ni rallentir leur course ni perdre leurs prisonniers, usaient de temps en temps d’un moyen infaillible pour les forcer à suivre, c'était de mettre derrière eux le feu aux grandes herbes desséchées des prairies : l'incendie rapide auquel les sauvages échappaient en courant , aurait atteint les Européens, s'ils n'avaient, bon gré malgré, égalé l'agilité des sauvages, pour soustraire leurs jambes aux flammes. Enfin, après avoir été plusieurs fois exposé à divers dangers de mort, le P. Hennepin fut adopté par un chef qui avait perdu son fils à la guerre contre les Miamis. Ses deux compagnons ayant été adoptés aussi par d’autres chefs, ils se virent séparés, à leur grand regret , et le malheureux Missionnaire eut presque autant de peine à s'accoutumer aux marques de tendresse qu'on lui
prodiguait depuis son adoption, qu'il en avait eu auparavant
pour supporter’ leurs brutalités. Voyant qu'il était exténué de fatigue, on l'enferma plusieurs jours de suite nu dans une i étuve fortement chauffée, entre quatre sauvages également | nus, qui tout baignés de sueur eux-mêmes, le frottaient, le ù frictionnaient et l'oignaient de diverses espèces de graisse, h quelque chose qu'il pût dire ou faire pour s'en préserver. Quand il n’en pouvait plus, des vieillards venaient gémir autour de lui et pleurer amèrement sur sa tête, le tout pour honorer la mémoire du jeune guerrier qu'il devait remplacer, et le rendre lui-même capable de le faire oublier. Le fait est qu’au bout de quelques jours de cet étrange régime évidemment contrefait naguère par des médecins , qui voudraient faire passer leurs moyens curatifs pour des inventions, le P. Hennepin avoue qu'il se sentit une vigueur toute nouvelle 1.
Pendant sa captivité et après son adoption, il eut tout le temps d'étudier les mœurs des sauvages, qu’il décrit d’une manière si naïve et si vive. Quant à la docilité avec laquelle ils se soumettent aux croyances du christianisme, elle s'explique \ par l'espèce d'indifférence qu'ils montrent, ou pour mieux dire, par la disposition qu'ils ont à concilier ou du moins à confondre les idées nouvelles qu’on cherche à leur inculquer, avec leurs anciennes traditions.
« Ils ont coutume, dit le P. Hennepin, de ne contredire
1 Nouvelle Découverte, ete. Chap. LUT, p. 348, chap. LVIHT, p. 379. -— Nouveau Poyage, ele., préface, et chap. XVE, p. 155,
it exténué a dans une également ttaient , le de graisse, préserver.
t gémir autout pour remplacer, , Le fait est me évidemvoudraient tions, le P.
nouvelle 1.
eut tout le lécrit d’une : laquelle ils le s'explique pour mieux du moins à
r inculquer,
e contredire
VIII, p. 379. -—
personne: ils font semblant de croire tout ce que vous leur dites. C’est une profonde insensibilité pour toutes choses, mais surtout en matière de religion. Il ne faut point aller en Amérique dans l'espérance de souffrir le martyre, ajoute naïvement le bon Père: les sauvages ne font jamais mourir les chrétiens pour cause de religion ‘. »
« Quand on leur parle de la création du monde et des mystères de la religion chrétienne, ils disent que nous avons raison, et ils applaudissent en général à tout ce que nous leur disons. Mais après cela ils prétendent que nous devons avoir de notre côté, toute la déférence possible pour les contes et pour les raisonnements qu'ils nous font touchant ce qui les regarde. Quand nous leur répondons que ce qu'ils nous disent n’est pas véritable, ils répliquent qu'ils ont acquiescé à tout ce que nous leur avons dit : que c’est manquer d'esprit que d'interrompre un homme qui parle et de lui dire qu'il avance des choses fausses. Voilà qui est bien disent-ils, tout ce que tu nous as appris, touchant ceux de ton pays est comme tu l’as dit : mais il n’en est pas de même de nous, qui sommes d’une autre nation, qui habitons les terres en deça du grand lac.” »
Vers la fin de septembre 1680, le P. Hennepin, saisissant l'occasion de leur départ pour une de ces grandes chasses qu'ils vont faire à plusieurs centaines de lieues de leurs vil-
1 Nouveau Foyage. Chap. XIV, p. 146.
‘Ibid. Chap. XXX, p. 256.
lages, prit enfin congé de ses hôtes et parents adoptifs, quelquefois dociles, plus souvent dangereux, selon l'expression de M. Arthur Dinaux, pour tàâcher de regagner avec ses deux anciens compagnons, redevenus libres comme lui, une direction propre à les ramener à Québec. Les six mois qu'il avait passés avec les sauvages sur les bords du haut Mississipi, il les avait mis à profit, pour étudier à fond non-seulement leurs mœurs et leurs usages, afin de mieux réussir à les amener à la civilisation du christianisme, mais jusqu’à leur langue, des mots de laquelle il était parvenu à dresser un vocabulaire.
Dans les premiers temps où il s’occupait de ce travail et mettait, selon la naïve expression des sauvages, du noir sur du blanc, le P. Hennepin n’était pas encore familiarisé avec tous les mots qu'il avait déjà transcrits, de sorte que les sauvages le voyant souvent consulter son livre avant de leur répondre, prenaient le papier pour un esprit qui lui traduisait leurs pensées. Quand il hésitait à parler, ils lui disaient eux-mêmes : « Va consulter l'Esprit qui te fait connaître tout ce que nous disons !. »
Dans son retour à travers les grands lacs, ou mers douces, comm: il les appeile. le P. Hennepin rencontra chez les Hurons un nouveau compatriote, le P. Pierson, jésuite, fils du receveur au Roi dans la ville d'Ath, qu'il dépeint comme
1 Nouvelle Décour. Chap. LV, p. 359.
ptifs, quelexpression c ses deux i, une dimois qu'il aut Missisnon-seuleréussir à ais jusqu’à à dresser
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un bon, franc et loyal compagnon, Il passa avec lui l'hiver de 1680 à 1681, à Michillimakinac, sur les bords glacés du lac Huron. « Nous courrions sur le lac, avec des patins à la manière de Hollande, dit-il, j'avais autrefois appris ce petit manége à Gand, d'où on se rend à Bruges, avec beaucoup de plaisir en trois heures lorsque le canal est gelé *.
Citons, à ce propos, quelques détails sur la manière, dont le P. Hennepinet les autres missionnaires vivaient habituellement dansleurs pérégrinations chez les sauvages :
« Pendant tous nos voyages, dit-il, nous avons toujours pris nos repas à terre ou sur quelque natte de jones, quand nous étions dans une cabane de sauvages. Un fagot de bois de cèdre nous servait de chevet pendant la nuit. Nous n’avions que nos manteaux pour couverture. Nos genoux nous servaient de table, parce que nous n’étions pas accoutumés à nous asseoir à terre comme les sauvages : nous nous placions toujours sur quelques büûches qui étaient nos siéges ordinaires. Pour serviettes, nous avions des feuilles de blé d'Inde ou les herbes fanées des prairies. Hors le temps des grandes chasses, ou de certaines saisons de l'année, la viande était si rare, que nous avons souvent passé six semaines ou deux mois sans en manger, si ce n’est quelque petit morceau de chien, d'ours ou de renard, que les sauvages nous donnaient dans leurs festins..... Nos mets ordinaires
! Aout. Découv. Chap. LXVIIL p. 435.
étaient les mêmes que ceux des sauvages, c’est-à-dire de la sagamité ou bouillie, faite d’eau avec de la farine de blé d'Inde, et des citrouilles. Pour lui donner quelque goût, nous ÿ mêlions de la marjolaine, du pourpier sauvage et d’une certaine espèce de baume, avec de petits oignons que nous trouvions dans les bois et dans les campagnes. Notre boisson était de l'eau pure que nous prenions dans les fontaines, dans les rivières ou dans les lacs !.
Le P. Hennepin laissa le P. Pierson continuer ses études de la langue huronne à Michillimakinac, aux fêtes de Pâques, 1681, pour se diriger vers le grand village des Iroquois, où il arriva à la Pentecôte suivante. De là il retourna au fort de Frontenscoüil retrouva son ami d'enfance, le P. Buisset, mais où il apprit en même temp; la mort douloureuse de leur vieux professeur, le P. De La Ribourde, que les sauvages avaient assommé de leur casse-tête, le prenant sans doute pour un espion de leurs ennemis, sur un rivage où le chevalier De Tonti avait abandonné le pauvre vieillard! Après avoir versé quelques larmes sur le sort de son maître chéri, car, malgré sa pieuse résignation, le P. Hennepin avait une sensibilité très-vive, qui se manifeste fréquemment dans ses récits, il se rendit à Mont-réal, où résidait alors le comte De Frontenac, vice-roi de la Nouvelle France *.
On croyait le P. Hennepin massacré par les sauvages,
Nouveau Poyage. Chap. XXXV. p. 323 et sui, ? Nouv, Découv. Chap. LXXV, p. 494.
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