‹ Notice sur le P. Hennepin d'Ath [microforme]Chapitre 4 sur 5 · partie de ses voyages, et qui l’engageait à retourner avec lui · texte numérisé non relu

partie de ses voyages, et qui l’engageait à retourner avec lui

dans les mêmes contrées, pour la seconde expédition de M. De La Salle ; le P. Hennepin rebuté par tous les déboires qu’on lui avait déjà donnés à propos de la publication de son premier livre, dégoûté surtout de la hauteur du capitaine qu'il avait eu l’occasion d'apprécier , n'avait plus l'envie de recommencer , surtout avant d’avoir mis toutes ses notes en ordre. Ses supérieurs l’envoyèrent alors au couvent des récollets de Renti en Artois, avec le titre de Gardien. Il y séjourna trois ans, et pendant ce temps, son activité, qui devait toujours se prendre à quelque ouvrage capable de l'occuper , lui fit rebâtir le monastère de fond en comble !.

1 Avis au lecteur, sans pagination, de la Aoutelle Découterte.

Le sieur De La Salle qui ne pardonnait pas au P. Hennepin d'avoir découvert le Mississipi avant lui, était l'homme qui avait suscité au bon récollet presque toutes les mauvaises querelles qu'on lui faisait. Comme ilse doutait en outre que le Révérend Père, fatigué de ces injustices, finirait par publier sur ses voyages, toute la vérité, ce qui diminuerait ençore de beaucoup l'honneur des découvertes qu’il espérait compléter dans sa seconde expédition et qu'il voulait s’attribuer entièremert, La Salle employait ou suggérait tous les moyens

pour dégoûter le P. Hennepin de rester plus longtemps en Europe.

Ivrité de l’inutilité des démarches qu'il avait fait faire par le P. Zénobe Membré pour engager notre voyageur à retourner avec lui dans la Louisiane, La Salle ne s'était pas rembarqué sans munir de ses instructions des personnes qui

pussent le remplacer convenablement auprès du pauvre Père , qu'on ne voulait pas laisser en repos. L'ordre des Récoliets avait alors. dans la partie de la Belgique récemment conquise par Louis XIV, un Commissaire Provincial des Pères de Paris, qui prenait le titre de Commissaire royal de tous les Récollets des Pays-Bas conquis. Cet homme nommé le P. fyacinthe Lefèvre, ami de La Salle et bien stylé par lui, invita de nouveau Hennepin à retourner au Canada. Celui-ci s’en excusa sur ce qu'il avait essuyé assez de fatigues et de dangers pendant onze ans de séjour dans ces contrées, alléguant d’ailleurs que les lois de

l'Ordre ne l'obligeaient point d’aller contre son gré aux missions d'outre-mer. ‘

Le Commissaire piqué de ce refus ne tarda pas à trouver l'occasion de s’en venger. Un Chapitre général de l'Ordre étant convoqué à Rome, le P. Hennepin se proposait d'y accompagner le P. Alexandre Voile pro-Ministre de la Province, qui l'avait demandé. Le Commissaire-général des Récollets l'en empêcha et le fit retourner au couvent de S'.-Omer.

Non content de ces indignes vexations, le même P. Hyacinthe Lefèvre, ayant su que le P. Hennepin était Belge, profita de ce prétexte pour lui faire remettre une obédience ou mandat de départ pour les terres d'Espagne, sur un ordre prétendu du premier Ministre de France (Louvois) qu'on fai-

sait parler après sa mort (arrivée le 28 octobre 1685)”. « Quelle

« récompense, dit M. Arthur Dinaux, offerte à l’homme « qui avait découvert pour la France un pays plus grand a que l'Europe, et auquel il avait donné le nom du « Roi °.»

Le pauvre prêtre chassé pour ainsi dire de Ja France qu'il avait enrichie, vint se réfugier à Gosselies près de Charleroy. Il y futnommé Directeur des religieuses de la Pénitence, appeléesRécollectines, et, par une deces vicissitudes quichangent

1 Nouvelle Découverte, etc. V. l'avis aulecteur.

: Paquot. loc. citat.

s Archives du nord, Loc. citat.

LE P. LOUIS HENNEPIN. 31 complétement l'existence d’un homme, celui qui avait découvert d'immenses contrées , traversé ou suivi les plus grands fleuves, habité les rivages des plus grands lacs du monde et endoctriné les sauvages les plus redoutés, passa cinq années aux bords de l’un des plus paisibles ruisseaux de nos contrées (le Piéton), gouvernant de douces et humbles filles consacrées à la prière. 11 profita de son séjour à Gosselies pour y faire bâtir, «une assez jolie église à double voûte, avec un par- « loir commode et d’autres édifices considérables ‘.»

Quand Louis XIV vint camper dans le voisinage de Gosselies, à La-Chapelle-lez-Herlemont, le P. Hennepin en profita pour aller remettre en personne un placet au roi, réclamant contre l'injustice qui l'avait banni des Provinces de France. Le Roi ordonna que leplacet fut pris par le Grand-Prévôt de la Cour pour lui être représenté ; « mais occupé de batailles et de conquêtes, dit M. Arthur Dinaux, il oublia biextôt le pauvre récollet, et le grand prévôt se donna bien de garde de l'en faire ressouvenir. » Les persécutions du P. Hyacinthe Lefèvre ne laissèrent même pas encore le P. Hennepin en repos à Gosselies. Le P. Louis Lefèvre frère du P. Hyacinthe, étant provincial de Paris, profita de l'occupation de Charleroy par les Français, pour prétendre que le couvent de Gosselies, si près de Charleroy, devait aussi dépendre de la France, ce qui était complétement faux, comme l’a fait très-bien ob-

* Avis au lecteur de la Nouvelle Découverte, otc.

server le P. Hennepin lui-même !. Mais celui-ci voyant qu'il

y avait des intelligences entre le Provincial de Paris et quelques Pères de la Province de Flandre où on voulait l'envoyer, se rendit à Ath, sa ville natale, où il protesta, devant toute la Communauté des Récollets, contre le dessein qu’on avait de l'incorporer à la province de Flandre, où il ne pouvait espérer de vivre tranquillement, malgré les nombreux services qu’il avait rendus dans tous les lieux où il avait été jusqu’alors*?.

C’est à cette époque qu'il obtint du sieur de Blathway preuier secrétaire de guerre du Roi Guillaume, une sauvegarde par écrit, pour les religieuses de Gosselies, qui, selon la remarque de M. Dinaux, couraient le risque d’être pillées et offensées de plus d’une façon par les gens de guerre; et du comte d’Athlonne, général de la cavalerie hollandaise, une défense de démolir les hautes murailles du couvent des Récollectines. Le sieur de Blathway lui fit encore tenir une lettre écrite par ordre exprès de S. M. britannique, (le roi Guillaume) au P. Payez, Commissaire-Général des Récollets à Louvain, le priant de donner à Hennepin une obédience pour les missions del’Amérique, avec la faculté de demeurer, avant son embarquement , dans quelqu’une des Provinces Unies, où il pourrait travailler à la relation complète de ses

1 Ibidem. Loc. citat.

* Paquot. Loc. cit. p. 273, transcrit en les approuvant, ces paroles qui sont à peu près dans le texte même de la plainte du P. Hennepin,.

découvertes dans le nouveau-monde. Le P. commissaire ayant fait attendre les lettres-patentes qu'on lui demandait, le P. Hennepin prit, à Ath même, la bénédiction de l'internonce de Bruxelles, et se rendit à Louvain avec une lettre du P. Bonaventure Poerio Généralissime de son Ordre, qui lui . avait écrit de Rome le 31 mars 1696, pour recommander au Commissaire-Général, de faire ce que souhaitait le P. Hennepin !.

Cette puissante recommandation ne leva pas encore immédiatement les scrupules du P. Payez. Le P. Hennepin

repoussé de la France qui lui devait des récompenses, s'était adressé au Baron de Malkeneck Conseiller de l’Electeur de Bavière et à M. Coxis Chef-Président pour le Roi d’Espagne en Belgique, afin d'obtenir leur agrément à l'acceptation des bonnes grâces du Roi Guillaume, que MM. De Blathway et d'Athlonne éiaient parvenus à lui concilier. Le P. Payez différa la délivrance de l'obédience que le Généralissime de l'Ordre lui enjoignait en quelque sorte d'accorder au Père Hennepin, jusqu’à ce que les Gouverneurs de la Belgique lui eussent confirmé en personne, que c'était de leur consentement qu’il allait demander un asile provisoire à la Hollande. Le P. Hennepin fut donc obligé d'aller attendre ses /ettrespatentes au Couvent des Récollets d'Anvers *.

! Nouvelle Découverte. Avis au lecteur, sans pagination, 2 Id, Ibidem.

Déterminé à profiter de la protection qui lui était offerte dans un pays habité par des protestants, à y séjourner même jusqu’à ce qu’il eût achevé la publication de ses notes, le P. Hennepin crut qu'il était convenable d'adopter pour ce voyage des vêtements qui n’attirassent point les regards comme l’auraient fait indubitablement et non sans occasionner quelque scandale, la robe, le capuchon et le cordon de saint François, portés ostensiblement dans les rues d’Amsterdam, où il se proposait de se rendre. Eh bien! cette précaution toute simple ; dictée par la prudence et approuvée par ses supérieurs, fut relevée plus tard avec d’autres griefs tout aussi peu fondés, pour faire douter de la persévérance du pauvre religieux dans la foi de ses pères.

Mais achevons d’abord le récit de ses aventures et de ses pérégrinations qui ne sont pas encore terminées. Il avait enfin ses /ettres-patentes et de plus, ce qui était non moins essentiel pour aller dans un pays où la quête était interdite, il avait reçu des secours pécuniaires par M. Hul envoyé extraordinaire de Guillaume IL. Il partit pour Amsterdam en Compagnie d’un capitaine de vaisseau vénitien. Les routes n'étaient guère plus sûres alors de ce côté, que les pays sauvages qu'il avait parcourus vers le Haut-Mississipi, et, qui pis est. les flibustiers de la Campine n'étaient pas arrêtés par le respect que les sauvages témoignaient de temps à

autre aux pteds-nuds, comme ils appelaient les mission-

3 Nouvelle Découverte, avis au lecteur.

naires de l'ordre de Saint François. Six hommes à cheval arrétèrent les deux voyageurs entre Anvers et le Moerdyk, et les dévalisèrent complétement, sans leur laisser une obole. Cependant avec l’aide d'amis qu'il avait en Hollande, le P. Hennepin se rendit à Loo et de là à Lahaye où l’accueillit parfaitement M. De Blathway, qui répara le tort que lui avaient fait les brigands et le présenta même au Roi son protecteur, au moment où ce prince se disposait à partir pour l'Angleterre.

Ilse rendit ensuite à Amsterdam, où il croyait qu'il pourrait faire imprimer sans difficulté les deux volumes de sa relation. Les libraires prétendirent que les manuscrits qu'il présentait n'étaient guère que la répétition de celui qu'il avait déjà fait imprimer. Rien n’était plus facile à vérifier, et la moindre comparaison aurait prouvé le contraire : néanmoins cela s'accrédita si bien, que nous retrouvons le même mensonge reproduit, avec une légèreté sa. ; égale, dans les relations postérieures du chevalier De Tonti et de Joutel qui avaient été ses compagnons de voyage et pouvaient d'ailleurs, à une simple lecture, s'assurer de la fausseté de cette assertion. On a été jusqu'à prétendre que les trois volumes publiés par lui ne sont que trois éditions du même ouvrage. Tandis que le premier n’est qu'une description des pays et des lacs qui séparent le Canada de la Louisiane, sans aucun détail sur les bords du Mississipi; le second, au contraire, a pour principal objet la description des rives du

Mississipi et contient des renseignements tout-à-fait nouveaux sur les mœurs des sauvages qui habitent ces vastes contrées; le troisième enfin, quant à la partie historique, est entièrement étranger au voyage même du P. Hennepin : c'est une relation , faite sur documents fournis par d’autres, de la seconde expédition de La Salle, allant à la découverte, par mer, de l'embouchure du Mississipi , et qui périt, comme on sait, assassiné par des hommes de son équipage, avant d’être arrivé à son but. Le P. Hennepin contrôle simplement, par ce qu’il sait personnellement, quelques parti: cularités de cette relation, et la moitié du volume ajoute de nouveaux détails sur les coutumes des sauvages parmi lesquels il avait si longtemps vécu.

Voyant qu’il ne pouvait rien obtenir des libraires d'Amsterdam , il se rendit à Utrecht où il parvint enfin à faire imprimer sa Nouvelle Découverte, par Guillaume Broedelet, en 1697, et son Nouveau Voyage chez Ernest Voskuyl, l’année suivante.

L'un et l’autre de ces ouvrages sont dédiés au Prince (Guillaume IIT ) qui lui donnait asile et protection dans une partie de ses Etats. De là des reproches de versatilité et presque d'apostasie. Il suffit d’avoir lu quelques pages de l’un de ces ouvrages pour être convaincu que le candide religieux est resté toujours fortement attaché non seulement au catholicisme, mais à la règle de son ordre qu'il vante, qu'il exalte même à tout moment, ne perdant jamais l’occa-

nn,

sion de rappeler les services qu’il a rendus ou qu'il peut rendre encore à la propagation de la foi. Peut-être même, comme MM. Eyriès et Arthur Dinaux le soupçonnent, que ce trop vif attachement du bon Père à ce qui intéressait son Ordre, n’a pas peu contribué à mécontenter des écrivains d’un autre Ordre qui a été presque partout remplacer le premier en Amérique, et dont le P. Hennepin ne loue ni la modération, ni le désintéressement. Il dit souvent que les sauvages prenaient aisément confiance en ce que leur disaient les pieds-nus (récollets), parce qu'ils les voyaient posséder tout en commun, comme eux-mêmes, et s'abstenir d’accumuler des richesses d'aucun genre; tandis que d’autres missionnaires soigneux de choisir, partout où ils arrivaient, les terres les plus fertiles et de construire des édifices splendides, semblaient aux sauvages peu différents des Européens que l'amour du trafic attirait seul dans ces contrées. Son dernier ouvrage contient un chapitre qui a pour titre : « Comme les Religieux de Saint François ont devancé par toute la terre habitable les Pères Jésuites dans les missions. Serait-ce à de pareils motifs qu’il faudrait attribuer les préventions du P. Charlevoix et de beaucoup d’autres, comme le pensent les écrivains que nous citions tantôt? Ce qu'il y a de certain, c’est qu’elles sont d’une extrême injustice.

Ses dédicaces adressées successivement à Louis XIV et au Roi d'Angleterre sont taxées d’adulation et de servilité : on ne réfléchit pas que les formules les plus louangeuses étaient

reçues alors, ou pour mieux dire, prescrites par la coutume, sans qu’on y attachât plus de conséquence qu'aux obséquieuses souscriptions naguère encore d'un usage général au bas des lettres. Y a-t-il de la raison à reprocher à un humble enfant de Saint François, de s’y être soumis en par- Tant aux deux plus puissants princes de son époque, lorsque le grand Corneille lui-même s’y pliait, sans avoir jamais fait

douter de la noble indépendance de ses sentiments.

On oublie d’ailleurs que pour le P. Hennepin, il s’agissait d'autre chose que d'obtenir un regard souriant ou des paroles flatteuses : il avait besoin pour l’accomplissement de ses grands desseins, des secours efficaces d’une puissance. Etait-il adulateur ou ennemi de son pays, l’illustre Géno,s qui se vit forcé d'aller mendier d’unecour de l'Europe à l’autre, la permission, avec les moyens, de découvrir un monde nouveau, pour le donner au Prince qui le mettrait à même de réaliser le rêve de son génie ?

Eh bien, le Père Hennepin rêvait aussi une grande découverte; il comptait trouver une route pour aller au Japon, sans passer la Ligne. Et qui avait le droit alors de rire d'un pareil projet? Qui l'oserait aujourd’hui même, en pensant que cet homme avait découvert le Mississipi et traversé le premier dans sa plus grande étendue l’immensité des terres qui séparent Québec des lieux Lù fut depuis établie la Nouvelle Orléans?

Et quel était le but de cet homme? De s'enrichir, de con-

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quérir pour lui ou les siens des mines ou des terres, ou de dominer sur d'autres hommes? Non! enfant d’un Ordre voué à la pauvreté, il s'était interdit le droit de posséder rien en propre; humble par devoir, il ne lui était pas permis de se glorifier même du bien qu'il pouvait faire. Un saint zèle de civilisation, de propagation des principes du christianisme était le seul but qui l’animait. Moins excusables que ceux qui avaient refusé les premières offres de Colomb, c’est après . avoir été mis à même de profiter des premières découvertes de celui-ci, queles conseillers du grand Roi, l'avaient indignement repoussé du pays dontil avait étendu les possessions, et qu'on l'obligeait de colporter ailleurs son zèle, son courage et ses vues généreuses! Et ceux-là même qui luicontestaient le mérite de ses travaux antérieurset lui faisaient refuserles moyens de les continuer, lui reprochaient de chercher au dehors l'appui dont il avait besoin, pour achever l'œuvre commencée!

Le dernier volume donné par lui en 1798, mentionne en divers endroits le projet de publier encore une partie qui n'a jamais vu le jour , ce qui a fait soupçonner à Paquot (suivi par les autres biographes) que le P. Hennepin était mort à Utrecht après sept à huit ans de séjour en cette ville. M. Arthur Dinaux cite un document qui prouve qu'il était encore à Rome au commencement du XVII siècle. L'abbé

Dubos, connu par ses Réflexions sur la poésie et sur la pein-

ture et par ses histoires de la Ligue de Cambray et de l'Éta-

blissement de la monarchie française étant à Rome en 1701,

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