‹ Notice sur le professeur KüssChapitre 11 sur 13 · Mederrheinische Volksrepublih · texte numérisé non relu

Mederrheinische Volksrepublih

Qui ne connaît ou ne se rappelle les anxiétés patriotiques qu’avait inspirées aux républicains la faute d’avoir confié la présidence de la République à un prétendant dont les aspirations au trône s’étaient par deux fois manifestées d’une manière si imprudente et si malheureuse? Faut-il s’étonner des alarmes des républicains à chaque événement qui pouvait faire craindre une usurpation? Ces occasions, malheureusement, ne furent pas rares dans ces temps si agités. Le 13 juin, le Démocrate du Rhin déclara la patrie en danger; le 14, Küss se rendit chez le préfet pour avoir des nouvelles de ce qui se passait à Paris; les républicains avaient observé des mouvements télégraphiques si expressifs qu’il leur semblait que quelque chose de grave avait dû être arrivé. Le mutisme du magistrat augmente la défiance, ils se rendent auprès du général, demandent des armes et des cartouches pour la garde nationale et l’occupation par celle-ci de la citadelle de moitié avec l’armée. Ces agitations avaient déterminé l’autorité à convoquer la garde nationale ; Küss , en sortant de la mairie, rencontre le tambour battant le rappel, il lui ordonne (il était en uniforme) de battre la générale; en peu de temps on est sur pied et on attend.... Rien de bien sérieux à Paris n’avait motivé ces craintes. L’autorité, surprise, crut à un complot de la part de Küss et de ses amis; elle le fît arrêter avec eux et conduire à la maison d’arrêt. Le Démocrate du Rhin du 27 juin, qui apprend cette arrestation, dit que Küss se trouve dans le bâtiment et la cellule où se trouvait, treize ans auparavant, le président actuel de la République, alors qu’en 1836 il avait voulu se faire proclamer empereur; qu’il est arrêté avec six de ses amis sous l’inculpation d’attentat contre la sûreté de

l’État et le gouvernement établi et d’excitation à la guerre civile.

Les confrères et collègues de Küss allèrent le visiter en prison, aussitôt que l’instruction le permit; j’eus aussi le chagrin de le voir sous les verrous. Je le trouvai parfaitement calme et confiant dans l’avenir. Le doyen Goze obtint du ministre de l’instruction publique la continuation de son traitement de professeur qu’il avait été question de suspendre.

La chambre des mises en accusation le renvoya devant la cour d’assises; mais des lenteurs causées par un règlement de juges ne permirent sa comparution devant le jury de la Moselle que le 19 octobre.

Les débats durèrent cinq jours. Il eut pour défenseur J. Favre. Le jury ne resta que trois quarts d’heure en délibération pour répondre à plus de 150 questions. Il rapporta un verdict négatif sur toutes. Küss et ses amis furent acquittés. La démocratie de Metz leur fit, ainsi qu’à leur éloquent défenseur, une ovation.

Küss rentra dans ses foyers et reprit sa vie militante; ce qu’il avait craint alors ne devait se réahser que le 2 décembre 1851. On connaît les détails de ce triste événement, qui inaugura par le parjure une ère nouvelle qui devait avoir pour la patrie de si cruelles et 'de si désastreuses conséquences.

Son second journal fut supprimé avec toutes les manifestations de la vie publique; Küss renonça à ses fonctions publiques, incompatibles avec ses principes politiques.

Pendant ces événements Küss s’était marié, et la Faculté lui avait attribué un service nosocomial, ainsi qu’à la plupart de

ses autres collègues. 11 fut chargé, avec l’un d’eux, de la clinique des maladies cutanées et syphilitiques.

Ce nouvel enseignement fut l’occasion ou plutôt la cause d’observations sur la nature et le traitement des affections vénériennes , qu’il communiqua à la Société de médecine ; ces idées, émises dans son enseignement, furent reproduites dans un certain nombre de thèses.

Küss divise les phénomènes syphilitiques en deux classes , selon le siège des manifestations morbides. Tantôt ce sont les éléments épithéliaux qui sont malades: chancres, affections cutanées, affections des muqueuses; tantôt c’est le tissu conjonctif et tous les tissus qui en dérivent: os, périoste, tissu connectif viscéral , etc. Les premières affections sont guérissables par le mercure, qui a une action directe sur ces éléments; les secondes le sont par l’iodure de potassium. Quant au mode d’administration du modificateur thérapeutique, il doit être donné à dose croissante et soutenue, de manière à produire des manifestations toxiques et, pour que l’impression soit durable, être maintenu à cette dose pendant assez longtemps.

La distinction anatomique qui entraîne la préférence d’un médicament sur l’autre a été attaquée par plusieurs membres de la Société; je suis du nombre de ces derniers; je persiste à penser que cette base n’est pas solide et ne conduit pas au meilleur traitement ; quant à la seconde proposition, elle est incontestablement vraie, et elle dirige la thérapeutique dans une voie féconde.

Küss avait, sur la nature et le traitement du choléra, des idées personnelles que peu de confrères partageaient. Dans la discussion sur le choléra, ouverte devant la Société de méde-

cine, en 1866*, il déclare qu’il regarde le choléra comme consistant essentiellement dans une perte d’eau subie dans un temps très-court, qu’il ne croit pas à la contagion du choléra, que la peur est la seule cause de cette maladie ; ces opinions furent vivement combattues.

Küss ne faisait à la Société de médecine que de très-rares communications, nous n’en trouvons plus qu’une outre celles que nous avons mentionnées; elle lui fut imposée parles fonctions de rapporteur d’une commission.

La Société de médecine de Strasbourg avait, dans sa séance du 3 mars 1854, mis au concours, pour un prix de 300 fr., la question suivante : « Faire l’histoire anatomorpathologique des tubercules en eux-mêmes, en s’aidant de tous les moyens d’investigation modernes. »

Küss trouva dans ses fonctions de rapporteur l’occasion de faire connaître à la Société ses idées sur ce produit pathologique idées qu’il avait en partie communiquées à la Société d’histoire naturelle en 1847^ «Le tubercule pulmonaire, dit-il, n’est que l’épithélium pulmonaire malade ou mort; il n’est pas un produit hétéromorphe , mais le résultat de la désorganisation d’un élément normal. Quand il est transparent, il constitue le tubercule gris, il comprime, use et fait disparaître le squelette des poumons; quand le globule meurt, se momifie et se ratatine, il devient opaque, c’est ]e tubercule cru; enfin il se ramollit ou devient crétacé. » Les recherches de Villemin ne

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