‹ Notice sur le professeur KüssChapitre 8 sur 13 · Onvratre cite · texte numérisé non relu

Onvratre cite

blié séparément. Dans ce travail, qui a mérité à l’auteur le titre (le Précurseur de la théorie cellulaire, il attaque vigoureusement et réfute une partie des idées qu’on se faisait de l’inflammation.

« Les observateurs, dit-il (p. 16), ont mal saisi la nature des phénomènes inflammatoires en exagérant le rôle de la circulation, et cela parce qu’ils lui accordent une influence trop générale et trop directe sur les actes nutritifs. Ce n’est pas le sang qui est l’aliment immédiat de la nutrition , c’est le suc qui remplit toutes les parties vivantes qui remplit ce rôle; les organes de la circulation ne* sont qu’nn appareil perfectionné et complémentaire attaché à certains tissus , absent dans d’autres, qui n’a rien d’essentiel, dont les fonctions peuvent se résumer en deux mots : maintenir l’équilibre de composition et de distribution du suc nourricier inhérent anx organes et celui de la chaleur animale. »

On ne peut parler d’une manière plus élevée de ces fonctions intimes; s’il avait été dans son plan de traiter ce sujet spécialement, il se serait adressé à l’anatomie et à la physiologie comparées pour y trouver un appui, car, pour lui, certaines parties élémentaires de nous-mêmes n’ont point d’autres conditions d’accroissement et de multiplication que les êtres inférieurs du règne animal.

Après ces préliminaires il étudie l’inflammation dans les tissus simples, où le phénomène est simple aussi, puis il l’examine dans l’épithélium et étudie la formation du pus et la résolution de l’inflammation; muni de ces données simples, il étudie ce travail pathologicpe dans les tissus complexes et formule les conclusions suivantes:

I. L’inflammation est un trouble de la nutrition qui peut apparaître dans tout organe qui vit et se nourrit.

IL Au point de vue anatomique (organique), l’inflammation consiste en un double phénomène: disparition du tissu normal, organisation du plasma en tissu inflammatoire.

IIL Le tissu inflammatoire est partout identique et, si rien n’entrave son développement, il traverse les phases suivantes: blastème amorphe , liquide et solide , globule inflammatoire , ■fibre conjonctive (inodulaire).

IV. La suppuration est la nécrose du tissu inflammatoire; le globule du pus est le cadavre du globule inflammatoire.

La discussion à laquelle ce travail donna lieu fut vive dans la Société de médecine, le procès-verbal conservé dans la Gazette^ n’en porte qu’un reflet fort atténué; toujours est-il que deux choses demeurèrent établies :

1® Le rôle secondaire des vaisseaux dans l’inflammation, la vascularité nouvelle devant être regardée comme conséquence et non comme cause des phénomènes;

2® La formation de cellules aux dépens du blastème et son analogie avec celui destiné à former le fœtus; ce qui rapproche ce travail du mode suivant lequel un travail normal s’accomplit dans l’économie.

Si alors Küss y avait découvert des cellules au lieu des granulations , il aurait pu revendiquer pour l’inflammation la paternité directe de la théorie cellulaire; mais le temps n’était pas venu encore pour permettre de formuler des lois aussi générales , c’est un honneur d’avoir contribué à les préparer.

Quant aux affirmations douteuses de ces conclusions que le temps devait détruire à son tour, qui ne les voit sans qu’il soit besoin de les indiquer? Dans les sciences naturelles comme dans toutes les manifestations de l’activité humaine, le perfectionnement suit une marche harmonique et successive dans laquelle chaque chose, si elle doit être féconde, vient à son temps; les choses qui ne sont pas destinées à vivre sont rejetées quand celles qui doivent les remplacer sont prêtes à fonctionner; ce développement harmonique qui peut produire les plus étranges transformations d’un même être, porte le nom dévolution; tandis que la marche qui exige le sacrifice de ce qui est avant que ce qui doit le remplacer ne soit prêt à entrer en fonctions porte le nom de révolution.

En histoire naturelle comme en politique, le premier mode seul nous paraît heureux; le second, apte surtout pour la destruction, entraîne dans l’abîme des choses qu’il eût été bon de conserver et qui eussent à peu de frais pu être amenées aune idéale perfection. Il condamne la science et la société à un labeur douloureux qui ne peut s’accomplir qu’à travers les passions et les ruines. Dieu me garde de m’aventurer sur un terrain si glissant, mais en présence de la préface de ce mémoire qui parle de «brûler ce qu’on a adoré», j’ai cru devoir faire quelques réserves, et indiquer la marche que la science me paraît devoir suivre pour arriver au progrès.

Pendant que Küss se traçait sa voie d’une manière si laborieuse et si honorable , la chaire de physiologie de la Faculté de médecine devint de nouveau vacante par la nomination de M. Boyer à Montpellier. M. le professeur Boyer n’attendait que l’occasion de suivre dans sa ville natale son prédécesseur et

son collègue Bouisson; le professeur de physiologie de Strasbourg étonna les juges de Montpellier par l’étendue de ses connaissances en pathologie chirurgicale, comme il avait étonné quelques années auparavant les juges de Strasbourg par l’étendue de ses connaissances en physiologie. Sur la proposition de M. le doyen Goze, Küss fut chargé pendant le semestre d’été du cours de physiologie, et le concours pour la chaire vacante s’ouvrit le 1®^ juillet. Cinq candidats y prirent part : Lereboullet, professeur à la Faculté des sciences; Scrive, chirurgien-major, professeur de pathologie externe et de médecine opératoire à l’hôpital militaire d’instruction de Lille; Michel, docteur en médecine à Besançon; Strohl, agrégé à la Faculté de médecine, et Küss, agrégé et chef des travaux anatomiques.

Les noms de ces concurrents disent assez ce que dut être cette lutte et quel mérite il y a eu à en sortir vainqueur : Küss, âgé de 31 ans, «étonna, selon le dire de M. le doyen Stoltz*, les juges et le public par l’étendue de son savoir, la facilité et

la clarté de l’exposition » ; il fut nommé par cinq voix contre deux données à Lereboullet. La seule chose qui reste de lui de ce tournoi scientifique est sa thèse , qui est aussi son dernier écrit. Elle fut soutenue le 8 août 1846; elle est intitulée: Appréciation générale des progrès de la physiologie depuis Bichat. Aucun sujet ne se prêtait mieux à un exposé des 'doctrines; c’est un motif de plus pour y jeter un coup d’œil, afin d’y trouver quelques propositions fondamentales des idées de Küss sur la physiologie.

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