Discours prononcé sur sa tombe
Cet écrit, de 57 pages, est divisé en quatre chapitres.
Le premier expose la physiologie de Bichat; c’est le point de départ nécessaire.
Le second examine les causes générales des progrès de la physiologie depuis Bichat.
«C’est au microscope, dit-il (p. 12), que la science de la vie est redevable de conquêtes et de vérités qui simplifient l’histoire entière des actes nutritifs, qui établissent un lien naturel, depuis longtemps soupçonné, entre les différents actes de l’absorption des sécrétions, les changements intimes des organes et le développement des êtres. . . . Les découvertes de Schleiden et de Schwami ont fait du microscope un moyen physiologique plutôt qu’anatomique.... La forme élémentaire est ce qu’on appelle cellule, — en elle s’est réfugié le problème de la vie.... C’est sur elle que devra se concentrer l’attention de ceux qui se sont imposé la tâche de scruter les mystères de l’organisme. — Dans l’accomplissement des actes vitaux, la nature accorde peu d’importance aux masses, à la forme extérieure des êtres. Tous les soins, elle les conserve aux éléments (cellules); en elles réside le mystère de la vie, tout le reste disparaît, la membrane, la fibre, le canal. — Les fibres se nourrissent-elles? je ne connais aucun fait qui rétablisse (p. 50). Les organes fibreux proprement dits, les tendons, les ligaments, les aponévroses, le tissu conjonctif, le tissu jaune, une fois formés, n’offrent plus aucun changement de volume et manquent même de vaisseaux (p. 50).
«C’est l’épithélium qui joue le rôle important dans l’absorption (p. 42). L’histoire des propriétés vitales de fépithélium est entièrement à refaire. »
Le troisième chapitre expose les progrès de la physiologie générale par la physique, la chimie, l’étude des propriétés vitales (modifications du globule et des épithéliums du globule nerveux).
Enfin le quatrième chapitre étudie les fonctions et leurs connexions.
Quand je dirai que tout le travail , dont je n’ai point donné une analyse , mais dont je n’ai extrait que quelques propositions, est écrit avec verve et conviction, que le style en est imagé et vivant, je n’étonnerai personne.
C’était là son programme; l’étude de la cellule au moyen du microscope devait rester l’objectif principal de snn enseignement, dans lequel il voulait arriver par la généralisation à la simplicité. Une ère vraiment heureuse s’ouvrait devant Küss; à son âge il avait devant lui tout l’avenir avec ses lointaines perspectives, comme stimulant et comme moyen un enseignement et tout ce que cette situation mettait de moyens d’instruction à sa disposition. Aussi, quelle ardeur dans lé travail, dans la préparation de ses leçons, dans les expériences sur les animaux, dans ce petit cabinet du chef des travaux, alors relégué dans un si étroit espace ! Quelle activité sur ce porte-objet de son cher microscope ! mais aussi quel succès dans l’enseignement, quelle ardeur chez les élèves à suivre ces leçons si originales par le fond et si attrayantes par la forme, qui contrastaienhsi fort avec ce que les livres et les cours enseignaient ! C’était le beau temps de son existence scientifique, ce moçaent suprême dans la vie qu’on ne revoit plus et qu’on regrette toujours!
Un événement imprévu vint arrêter cet élan. Une révolution
avait éclaté subitement, le professeur aimé fut couduit eu prison et dut comparaître devant les assises.
L’activité de Küss n’embrassait pas seulement les objets qui se rapportaient aux études médicales; il avait une àme patriotique qui aspirait au bonheur du peuple et par lui à la grandeur de la patrie, ses convictions politiques lui faisaient voir la république comme la forme de gouvernement la plus juste et la plus apte à réaliser ces aspirations; il avait groupé autour de lui un certain nombre de jeunes gens qui, partageant ses opinions, furent bientôt liés d’une amitié étroite, car : Idem velle atque idem mile, ea demum firma amieitia est\
A cette époque, cette forme idéale n’était entrevue que dans le lointain; on l’attendait avec patience et confiance, comme un résultat des progrès de la civilisation; mais la Révolution qui proclama subitement la République en 1848 semblait imposer à ceux qui avaient ces convictions, plus qu’à tous les autres citoyens, le devoir de la soutenir et de la fortifier.
Küss n’eut garde de transiger avec ce que ses convictions lui indiquaient comme un devoir strict. Dans ce gouvernement de tous par tous, il se mit hardiment dans la mêlée. Il fut porté par les suffrages de ses concitoyens au conseil de la ville, à celui du département et à la tête d’une compagnie de la garde nationale. Il lui parut nécessaire, avant toutes choses, d’éduquer le peuple qui venait d’être émancipé d’une
manière, si inattendue; nous ne savons s’il prit part comme
orateur aux réunions populaires de cette époque, mais il crut que le moyen le plus actif et le plus sûr d’iustruire le peuple