MONTAGE DE LA PARTIE MÉTALLIQUE
u commencement des travaux, le pays aux abords du viaduc était complètement désert: il a donc fallu commencer par construire une habitation pour le chef des travaux, pour les bureaux et pour le logement de MM. les Ingénieurs lors de leurs visites aux chantiers, des magasins pour le materiel et pour la chaux, un atelier de réparations, des cantines et des dortoirs pour les ouvriers, des écuries pour les chevaux et les bœufs, etc. Il a fallu aussi créer une école pour les enfants des ouvriers.
L’accès du chantier n’était possible que par la route nationale sur le coteau Marvejols, l’accès du coteau Neussargues étant pour ainsi dire impossible à moins de très longs détours, et encore à condition d exécuter des chemins coûteux.
On a jugé préférable de réunir le coteau Neussargues au coteau Marvejols, et par conséquent à la route nationale, en exécutant d’abord un grand pont de service en charpente dont la plate-forme franchissait la vallée à 33 mètres de hauteur au-dessus des eaux de la
Truyère.
La tète de ce pont, du côté de Marvejols, a été raccordée h la route nationale par un
chemin à liane de coteau d’une faible longueur.
("est le Ion" de ce chemin et sur l'emplacement situé à la tète du pont de service qu’a été créé le dépôt des fers destinés à l'arc, avec les grues roulantes pour le déchargement des charrettes qui apportaient les fers de la station de Neussaigues api es un tiajct sur loute de
35 kilomètres.
La plate-forme du pont supportait deux voies de service par lesquelles s'est effectué le transport des matériaux de la rive gauche a la rn e dioitc et 1 approche des pièces de 1 arc.
Toutes les fondations ont été établies sur des schistes très résistants.
L’exécution des maçonneries et des piles métalliques n'a présenté rien de spécial. Nous signalerons cependant la nécessité où Ion s est tromé d installe! au fond de la a allée, au
pied du pont de service, une pompe puissante actionnée par une locomobile de dix chevaux, fournissant l’eau aux chantiers jusque dans leurs parties les plus élevées, par un refoulement de plus de 120 mètres de pression.
En même temps qu’on procédait à la mise en place des parties métalliques des piles, on montait sur le plateau aux deux extrémités de l’ouvrage, et sur les plates-formes en remblai préparées à cet effet, les deux tabliers latéraux côté Marvejols et côté Neussargues.
Ces tabliers furent ensuite lancés et amenés respectivement jusqu’aux grandes piles 4 et 5 où l’on donna à chacun d’eux un porte-à faux de 2 2™, 20 du coté de l’arc.
L’extrémité arrière de chaque tablier fut amarrée à l’aide de 28 cables en acier aux
maçonneries des culées des viaducs d’accès.
Cela fait, on commença les préparatifs pour le levage de l’arche en installant deux échafaudages importants au devant des soubassements des piles-culées jusqu’à la hauteur des rotules.
La partie supérieure de ces échafaudages fut établie en courbe de manière à former un cintre épousant la forme des membrures d’intrados des panneaux de retombées. C’est sur ces cintres que l’on établit les premières pièces de retombées des arcs ; puis l’extrémité de cette première partie de l’arc, celle qui s’avance vers le vide, fut rattachée à l’aide de 20 câbles en acier, au tablier droit, à l'aplomb de la grande pile et c’est alors que put commencer le montage de l’arc en porte-à-faux, d’après les méthodes qui avaient déjà été appliquées par M. Eiffel au pont du Douro.
On procédait par cheminement en rattachant les pièces nouvelles à celles qui étaient déjà assemblées et rivées.
Quand le poids de la partie montée en porte-à-faux se rapprocha du poids de la partie inférieure qui lui faisait équilibre (on était arrivé alors au montant 5 ) on installa un nouveau jeu de câbles d’amarrages reliant ce montant 5 de l’arc avec la poutre du tablier supérieur; on put alors reprendre le montage en porte-à-faux et le pousser encore ainsi jusqu’aux montants 8 et 9. Arrivé à cet avancement du montage, on refit une nouvelle installation de 24 câbles d’amarrages, en partant des montants 8 et 9, et on put enfin arriver ainsi à finir le montage jusqu’à la clef de l’intrados.
La progression du montage se faisait, bien entendu, simultanément des deux côtés de l’arc, les deux portions d’arc opposées s’élançant en même temps à la rencontre l’une de l’autre.
Le levage des pièces s’opérait par deux moyens distincts.
Les pièces lourdes étaient amenées par un wagonnet sur le pont de Service à l’apldmb du point où elles devaient être élevées ; une bigue placée sur la partie de 1 arc déjà montée
et qui se déplaçait sur l’extrados, pour suivre toujours l’avancement du montage, supportait des treuils puissants à l’aide desquels s’effectuait le levage de ces pièces lourdes.
Pour les pièces légères, on avait élevé sur les deux grandes piles deux pylônes en charpente de dix mètres de hauteur dont le sommet soutenait un câble porteur en acier franchissant l’espace de 177 mètres qui sépare ces piles.
Sur ce câble roulaient deux chariots mobiles qui servaient au montage des pièces de faible poids, chacun des charriots desservant un des côtés de l’arc.
Les câbles en acier employés pour retenir l’arc étaient composés d’une âme en chanvre et de huit torons de chacun 19 fils de o"',oo24 de diamètre.
Le plus grand soin a présidé à la fabrication de ces câbles qui ont été exécutés sous surveillance constante d’un agent aux usines, qui a essayé individuellement chaque fil.
la
Les conditions exigées étaient une résistance à la rupture de 12 5 kilos par millimètre carré et chaque fil devait pouvoir se plier à l’étau seize fois sur lui-même en un même point sans se rompre.
Le diamètre des câbles était de o m ,o43 pour un poids de (3 k ,5oo par mètre courant. Le système employé pour 1 attache des cables est la répétition de celui qui a ete imagine par M. Eiffel 4 l’occasion du pont du Douro.
Les sommiers recevant les têtes d’un même jeu de câbles étaient installés en travers du tablier supérieur.
Chaque câble, partant du sommier, venait contourner la membrure de l’arc en s’appliquant sur un demi-cylindre en fonte de o ra ,6o de diamètre en forme de selle, et remontait
ensuite au sommier.
La rupture d’un câble aurait exigé un effort de 85 tonnes; pendant le montage, la plus grande charge que chaque câble a eu à supporter n’a pas dépassé i5 tonnes.
Les têtes de câbles, reposaient sur les sommiers par l’entremise de cales que l’on pouvait dégager cà l’aide de presses hydrauliques spéciales qu’un enfant suffisait à actionner.
On pouvait donc ainsi donner aux câbles la tension et la longueur voulues et ce, à n’importe quelle période du montage, de manière à être complètement maître de la position occupée dans l’espace par les abouts des parties montées, en provoquant des déplacements de l’arc par des rotations autour des iotules.
L’ensemble des câbles que l’on vient de décrire constituait en réalité un
mir des masses de 460,000 kilos à l’aide d’une
sateur permettant de moût successifs ne dépassant pas quinze à seize tonnes.
appareil total isérie d’efforts
On savait, en effet, parties expériences préalables, qu’une augmentation de 15 dans la longueur d’un câble correspondait à une augmentation de 1000 kilos dans
millimètres sa- tension.
En introduisant une cale de un centimètre, par exemple, sous la tète de chacun des câbles et en allongeant successivement ainsi chacun d’eux de cette quantité, on donnait aux câbles A r oisins une diminution de tension qui provoquait un relèvement très faible de l’arc, de sorte que la totalisation de ces faibles relèvements successifs donnait à la lin de l’opération un relèvement .général de un centimètre.
Les dispositions prises étaient telles que les deux parties d’arc qui devaient plus tard se rencontrer, se trouvaient toujours pendant le montage à une position légèrement supérieure à celle qu’elles devaient occuper définitivement, de sorte que, pour régler les abouts des arcs pendant le cours du montage et les maintenir à leur vraie position dans l’espace, on a opéré une série de manœuvres qui ont consisté à tendre successivement chaque câble pour relever l'ensemble de la quantité correspondant aux abaissements qui se produisaient pendant le montage.
Le 20 avril 1884 on a pu poser la clef d’intrados sans avoir aucune retouche à faire, grâce aux procédés et aux précautions dont nous venons de donner une indication sommaire. Toute l’opération s’est bornée à abaisser légèrement les deux parties de l’arc jusqu’à ce qu’on arrive au contact complet.
Aussitôt que le contact fut réalisé et que les joints d’intrados à la clef furent faits, on soulagea lapidement tous les cables afin d éviter qu un abaissement dans la température ne produisît des augmentations d’efforts difficiles à évaluer, soit sur les câbles ou leurs amarrages, soit dans l’arc lui-mème, qui, par suite de sa fermeture à la clef, venait de perdre l’indépendance qu’avaient possédée jusqu’alors ses parties.
A cet e 11 et les tabliers s appuyaient sur les piles-culées par l’intermédiaire de boîtes à sable à l’aide desquelles on assura en quelques minutes la détente des câbles.
La pose de la clef d’extrados se fit le 2(5 avril 1884 sans la moindre difficulté et sans nécessitei ni retouche, ni alésage des trous 5 ce résultat témoigna que l’arc monté avait rigoureusement la forme prévue, que les rotules étaient bien* à leur position exacte et que la précision de la pose ne laissait rien à désirer.