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? 4. Plateau ferrugineux.
Sur le plateau ferrugineux qui domine les collines de la côte, la végétation est presque partout nulle ou ne se compose que de fougères et d’arbrisseaux rabougris et clair-semés.
Il est probable que ce résultat est dû à la grande perméabilité du sol formé presque uniquement de minerai de fer en grains qui laisse promptement filtrer l’eau de pluie.
Il paraît vraisemblable aussi que cette eau se rassemble au fond de la cuvette que forment les collines encaissantes de la côte, et produit ainsi les réservoirs souterrains qui alimentent les nombreuses sources de cette région. Il est à remarquer, en effet, que dans certaines parties de la baie toutes ces sources jaillissent sensiblement à la même hauteur et à peu près à mi-côte des collines qui bordent la mer.
Ces eaux se montrent d’ailleurs à découvert dans les parties les plus basses du plateau et forment des marais remplis de joncs. Dans des dépressions où la pente est assez prononcée, on les voit même prendre une course rapide, et, dans ce cas, les bords des petits torrents ainsi formés se garnissent rapidement d’une végétation puissante qui vient faire diversion à la monotonie du paysage.
Le plateau ferrugineux, dont il est question ici, couvre une immense étendue de pays et n’a guère été exploré jusqu'ici que dans la partie Sud de l’île, qu’il forme presque entièrement. Sur la côte Ouest, il s’étend jusqu'au Mont-d’Or, à 10 kilomètres, en ligne droite, de Nouméa; sur l’autre côte il paraît s’étendre beaucoup plus loin sans interruption; le sentier de Yaté le traverse dans toute sa largeur, et on le retrouve encore avec les mêmes caractères à Canala, à 70 kilomètres environ de la baie du Sud.
Quoique les chaînes de montagnes qui le surmontent n’aient pas de direction générale bien déterminée, elles paraissent cependant constituer deux massifs distincts; l’un d’eux, bordant la côte Est et formant les montagnes dites des Touaourous, paraît se prolonger fort loin le long de cette côte; l’autre massif partant de l’extrémité Nord du mont marqué Ungue sur les cartes, se dirige au N.-0. en s’infléchissant peu à peu vers l'Ouest, et vient se terminer derrière le Mont-d’Or après s'être ramifié à plusieurs reprises.
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8 5. Plaine des Lacs ou plateau central.
Entre ces deux massifs s'étend la partie centrale du plateau que l’on peut appeler la Plaine des Lacs à cause de la présence de quatre lacs ou plutôt de quatre nappes d’eau de peu d'étendue qui ont été signalées, dans la partie Sud, et que l’on a décorées de ce nom.
Deux de ces lacs, situés près du sentier de Nouméa à Yaté, ont été reconnus, pour la première fois, lors de l’expédition faite à Yaté (en 1859) sous les ordres de M. le gouverneur Saisset; ils ont même reçu alors des noms empruntés au personnel de la colonne expéditionnaire, et sont mentionnés dans l’ouvrage du docteur de Rochas et dans la notice de M. Garnier, publiée dans le Tour du Monde.
Les deux autres, qui se trouvent dans le bassin de la baïe du Sud, ont été, je crois, figurés pour la première fois sur la carte d'exploration dressée par M. le lieutenant de vaisseau Chambeyron (Moniteur de la Nouvelle-Calédonie du 22 mars 1863), et reproduits, d’après ses indications, lors du second tirage de la carte h;drographique de M. Bouquet de la Grye (carte du Dépôt des plans, n° 1915, tirage de 1863), mais leur position n’y est pas très-exactement indiquée, non plus que leur relation avec les cours d’eau et les contre-forts voisins.
De ces deux derniérs, l’un est de forme à peu près circulaire, l’autre est rétréci en son milieu par une double langue de terre qui lui donne la forme d’un 8 aplati.
Ils peuvent avoir 2 kilomètres de diamètre environ, et sont séparés l’un de l’autre par un contre-fort formant une ramification d'une montagne élevée, située à l'emplacement donné par la carte n° 4915 du Dépôt des plans pour l'extrémité Nord de la chaine dénommée Ungue sur cette carte.
Le terrain encaissant est uniquement formé de minerai de fer en grains, et les rives sont nues ou bordées seulement, à la limite des hautes eaux, de fougères ou de bouquets d'arbrisseaux rabougris. Les
1 La configuration des montagnes indiquées sur cette carte est fort peu exacte, comme en général l’orographie de la plupart des cartes publiées jusqu'ici pour la Nouvelle-Calédonie. Ce fait s'explique aisément, puisqu'il n’a pas encore été fait de levés topographiques précis et que les positions des principaux pics visibles de la pleine mer ont seules été déterminées et rattachées aux levés hydrographiques.
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berges ont une pente douce et uniforme ; on trouve une profondeur de 9m50 d'eau à une distance d’une vingtaine de mètres du rivage.
Ces lacs ne sont, en résumé, que des réservoirs d'eaux pluviales formés dans des dépressions en entonnoirs et dont le niveau parait changer lors des crues. Le lac en forme de 8 a un écoulement en partie souterrain, dont on peut suivre les traces à travers une coupée de la montagne voisine, et qui alimente la source de la rivière du fond de la baie. Il paraît même probable que, dans les grandes crues, ce lac se déverse à ciel ouvert par-dessus cette coupée qui, dans un étroit passage, ne dépasse pas une hauteur de 3 à 4 mètres. Mais en l’état ordinaire l'écoulement reste souterrain, et l'endroit où il se produit n'est indiqué, sur la rive, que par un léger amas de détritus végétaux amenés par le courant,
1 Il est probable que d’autres lacs analogues existent dans les parties encore inexplorées du plateau ferrugineux situées plus au Nord; déjà, près de Kanala, on a signalé depuis longtemps une nappe d’eau de formation semblable, mais dont les dimensions sont considérablement plus petites, bien qu’on ait cru pouvoir la décorer également du nom de lac.
Cette mare, pour lui donner le nom qui lui convient, a joui, pendant quelque temps, d’une certaine notoriété dans la colonie, grâce à des récits empreints de -merveilleux qui ont trouvé asile jusque dans les colonnes du Moniteur officiel de la Nouvelle-Calédonie. D’après ces récits, cette nappe d’eau, bien que située à près de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, voyait, par une cause mystérieuse, ses eaux monter et descendre périodiquement, en suivant les mouvements de la marée.
Curieux d’examiner de près un tel phénomène, j’entrepris, à mon tour, l’excursion, en compagnie de M. le lieutenant de vaisseau Richard. Après avoir traversé un plateau ferrugineux, de tous points analogue au plateau de la baie du Sud, mais situé à une plus grande altitude, nous fümes tout étonnés de rencortrer, au centre d’une espèce de cirque resserré, formé par des collines dont les sommets dépassaient le plateau d’une cinquantaine de mètres à peine; au lieu du lac que nous nous attendions à voir, une simple mare de 20 mètres de diamètre remplissant, à moitié, un entonnoir à bords très-escarpés.
Par suite de la situation, du peu d’étendue et de la forme de ce réservoir, il est sujet à des crues rapides, à la suite des moindres averses, et c'est ce qui a pu tromper les explorateurs, frappés d’une coïncidence fortuite entre quelquesunes de ces crues et les mouvements de la mer.
Il est inutile de dire que rien, dans notre examen, n’est venu corroborer les récits merveilleux auxquels on avait accordé si légèrement croyance. Il nous a été facile, au contraire, en sondant la nappe d’eau, de nous assurer qu’en son milieu, à l'endroit le plus profond, il n’y avait pas plus de 5m70 de profondeur et de constater qu’elle n'avait aucune communication apparente avec quelque réservoir souterrain.
Les eaux paraissant basses, au moment de notre visite, il est évident que les
8 6. Forêts intérieures.
Les versants des montagnes qui séparent les lacs de la partie du plateau la plus voisine de la baie du Sud sont à peu près dénudés du côté de ces lacs, mais sont, au contraire, couverts de belles forêts du côté qui regarde la baie,
Ces forèts, dont la végétation est empreinte à un haut degré d’un caractère de grandeur et de majesté, renferment des arbres aussi remarquables. par leurs qualités que par leurs dimensions souvent gigantesques.
Le sol en est très-accidenté et se trouve sillonné par des torrents qui descendent des montagnes et par des ruisseaux encaissés qui, pen dant d'assez longs parcours, disparaissent sous terre pour jaillir plus loin comme d’une source nouvelle. Ces ruisseaux, par leur cours tortueux, leurs subites disparitions, augmentent les difficultés que l’on rencontre pour s'orienter au milieu de cette végétation touffue et luxuriante.
Au Sud, ces montagnes séparent le bassin de la baïe du Sud de celui d’une petite baie voisine, située à la pointe la plus extrême de l'ile, et qui a reçu depuis longtemps le nom de port Boisé. Cette région avait élé signalée aussi comme devant renfermer de riches forêts et pouvant se prêter à une exploitation facile. Il n’en est pas tout à fait ainsi; les explorations ont été poussées jusque dans le port Boisé et ont démontré que, bien que les abords de cette baie soient garnis de grands et beaux arbres, la zone exploitable ne s’étend qu’à très-peu de distance dela mer. Dans le reste du bassin, le terrain, en s’élevant, prend rapidement les mêmes caractères que dans la baie du Sud; mais les forêts disséminées sur le parcours des torrents qui la traversent sont d’un accès plus difficile et d'une beauté moindre.
& 7. Vue d'ensemble.
En résumé, le bassin de la baie du Sud renferme, sur les collines qui bordent la côte, des parties stériles et dénudées à l'entrée de la
chiffres que nous donnons pour les dimensions principales de cette nappe doivent être augmentés lors des crues. Toutelois, ils ne peuvent s’accroitre d’une façon bien notable, car des traces visibles indiquent que l’eau se déverse naturellement par ure dépression de l’un des bords de l’entonnoir, lorsque le niveau vient à s'élever de 4 à 5 mètres au-dessus de celui que nous avons observé.
baie, tandis que dans le fond de cette même baie des ravins boisés très-étendus forment une première zone de forêts que nous appellerons les forêts du littoral.
Plus haut vient un immense plateau ferrugineux malheureusement impropre à toute culture et qui ne peut même pas servir au pâturage, car les herbes qui y poussent ne conviennent pas aux bestiaux !.
Plus haut encore apparait une seconde zone de forêts couvrant une partie des versants des hautes montagnes qui dominent le plateau, et que nous appellerons les foréts de l'intérieur.
Entre ces deux zones de forèts, les ravins boisés des affluents des rivières du port du Carénage semblent établir une liaison et tracer la voie par laquelle on pourra passer de l’une à l’autre sans presque sortir des cantonnements productifs.
Telle était la vue d'ensemble que firent ressortir des explorations poursuivies, ainsi qu’il a été dit plus haut, pendant quinze jours consécutifs et au prix de fatigues extrêmes, dans des parages inhabités où n'existait aucun sentier et où il fallait se frayer un passage, la hache à la main, dans des taillis souvent impénétrables.
La difficulté dés explorations était encore augmentée par la nature ferrugineuse du sol qui, en déviant fortement l’aiguille aimantée, ne permettait pas de se servir de la boussole pour se diriger.
Cette déviation était telle que, plus tard, lorsqu'on voulut exécuter un lever de reconnaissance d’une partie de la baie, il fallut se servir, comme moyen d'orientation, d’un cadran solaire tracé sur la planchette de lever.
1 Un explorateur trop enclin à lenthcusiasme et fraïichement débarqué en Nouvelle-Calédonie, ayant visité ce plateau, peu de temps après l'installation de l'exploitation des bois dans la baie du Sud, l’avait comparé aux plaines de Ta Beauce et désigné déjà sous le nom de grenier de la Nouvelle-Calédonie, quand un examen plus attentif du sol l’amena à reconnaître son erreur.
Je ne signalerais pas ce fait, si des mirages analogues n’avaient nui trop sou-
vent au développement de notre colonie naissante en faisant succéder trop complétement, à des rêves dorés, la désillusion et le découragement, et n’avaient montré ainsi la nécessité de signaler le danger des appréciations optimistes irréfléchies.
. Il nest pas non plus inutile de noter, en passant, parce qu'il peut en être resté des traces dans des documents officiels, que certaines personnes se sont faites une arme de l’opinion passagère exprimée par cet explorateur, pour lutter contre le développement et mème le maintien de l'exploitation des bois dans laquelle elles signalaient un obstacle pour l'avenir de l’agriculture ou tout au moin: de l'élevage du bétail dans cette région.