‹ Notice sur les bois de la Nouvelle CalédonieChapitre 19 sur 211 · SA"; NOR · texte numérisé non relu

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tête, un appareil dont la disposition est facile à imaginer et qui laisse couler un mince filet d’eau sur chacun des rails en avant des plaques de frottement. |

Dans les petites pentes de 1 à 2 centimètres par mètre, quand les rails sont graissés, les traineaux exigent peu d'efforts. Dans les pentes de 2 à 4 centimètres, ils vont sans le secours des hommes, et dans les pentes qui dépassent { centimètres, les haleurs sont obligés de se placer à l'arrière pour retenir.

Quand les chemins de halage sont en ligne droite ou ne présentent qu'une courbe peu prononcée, on peut, dans les parties en pente, laisser les traineaux se lancer pourvu qu’il y ait une partie plane qui puisse les arrêter à leur arrivée à destination.

Dans les endroits où il y a des rampes à monter, ce qu'il n’est pas toujours possible d’éviter, on emploie pour tirer les traîneaux des palans ou même un cabestan qui, monté lui-même sur un traineau, peut se transporter aisément sur la voie.

Quand le halage devient difficile par suite de l’usure des rails, il faut faire raboter ceux-ci et les graisser à l'huile ou au savon; l'huile est préférable parce qu’elle empêche l’action nuisible de la pluie et du soleil.

Le chargement des grosses pièces sur les traineaux se fait de la manière suivante : lorsque le terrain le permet, la pièce étant amenée parallèlement à la voie et en dehors d’elle, on place les traineaux en face des parties qu’ils doivent ‘zupporter directement, et l'on fait monter Ja pièce, en la roulant, sur un plan incliné formé de deux espars reposant, d’un bout, sur chacun des traîneaux, et, de l’autre, sur le sol.

Si le terrain ne permet pas cette manœuvre, on amène la pièce sur la voie, entre les rails, les traineaux étant préalablement poussés, l’un en aval, l’autre en amont. On la soulève alors avec des leviers, et l’on engage au-dessous un rouleau que l’on fait reposer sur les rails et que l’on pousse jusqu’à ce qu’elle soit mise en équilibre sur ce point d'appui. On engage alors successivement chaque traîneau en la faisant basculer.

Le déchargement des traineaux s'opère d’une façon analogue.

2 4. Route de l'Ouest ou de Nouméa.

La route de l'Ouest, qui se dirige du côté de Nouméa, est ouverte et terrassée sur une longueur de 1,600 mètres, en suivant le lit du petit torrent qui traverse le camp, Elle est terminée par trois embranche-

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ments qui desservent des ravins boisés et mesurent-ensemble un développement supplémentaire de 1,000 mètres.

Les rails en bois sont posés sur une longueur de 1,000 mètres dans la partie la plus voisine du camp, partiè qui traverse des cantonnements dont l'exploitation est commencée.

La branche principale de cette route est prolongée par un sentier accessible aux cavaliers et destiné à devenir une voie de communication commode avec Nouméa.

Ce sentier a été tracé, en effet, de façon à abréger le trajet de Nouméa à la baie du Sud en ouvrant une voie beaucoup plus courte et plus accessible que celle du littoral que suivent actuellement les courriers indigènes et qui oblige à traverser, près de leur embouchure, les cours d’eau que l’on rencontre dans le trajet. |

Il se dirige à peu près en droite ligne du camp sur le point de rencontre des deux sentiers frayés par les indigènes qui, partant l’un de la plage dite des Ploums et l’autre de l’embouchure de la rivière de Boulari, se réunissent près du pic appelé pic Volcan, pour former le sentier de Yaté et d'Ounia ?. :

Depuis la baie du Sud jusqu’à cet embranchement, le sentier en construction aura à traverser le grand plateau ferrugineux. Il rencontrera les contre-forts peu élevés d’un pic qu'il laissera sur la droite et qui n’est autre que le pic marqué 610 mètres sur la carte n° 1915 et désigné par M. Chambeyron sous le nom de pic du Pin (carte n° 1960), dénomination qui a perdu actuellement sa valeur par suite de la disparition de l’arbre isolé qui servait à le reconnaitre. |

Le tracé déjà exécuté rencontre à 7 kilomètres du camp le sentier indigène à peine visible dit des Touaourous, qui va des Ploums à Yaté, et a été suivi par M. Chambeyron dans son excursion, dont il a été question dans le chapitre précédent.

{ Il ne faut pas oublier que la situation décrite dans le texte se rapporte à la fin de l’année 1869. On a fait connaître, en note, les modifications apportées à cette situation et dont on a eu connaissance.

2 Le pic Volcan a été, dit-on, ainsi nommé lors de l'exploration de la région des Ploums, faite en 1859 par la commission nommée par M. le gouverneur Saisset. Il ne doit son nom qu’à sa ressemblance, comme forme, avec un volcan, dont il ne possède du reste nullement la structure, c’est donc à tort qu'il a été marqué simplement Volcan sur la carte n° 1915 du Dépôt des plans. On ne connait jusqu'ici aucun volcan en Nouvelle-Calédonie, et la nature géologique des terrains connus donne lieu de croire qu’il n'en existe pas dans l'ile.

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Près de ce point de croisement il franchit un mamelon isolé qui a dû ser vir de poste de combat aux indigènes dans leurs luttes passées. Des amas de blocs de pierre sont, en effet, réunis près de pentes es- carpées et étaient évidemment destinés à être lancés sur des assaillants qui se seraient avancés par la vallée de N’g0 que ce monticule domine complétement.

Un peu plus loin le sentier traverse les deux bras de la rivière N’g0, puis un nouveau contre-fort du pic du Pin, et s’engage dans la vallée de la rivière dite des Kaoris.

Là s’arrête, à plus de 12 kilomètres du camp de la baie du Sud, la portion du sentier qu’il a été possible d'ouvrir par les moyens du chantier. Il ne reste que 8 kilomètres à parcourir pour atteindre l'embranchement des sentiers existants de Nouméa à Yaté, mais la difficulté de porter les vivres aux travailleurs jusqu’à une telle distance du camp a forcé d'en arrêter la construction.

11 serait à désirer que ce travail pût être terminé en mettant à réquisition, au besoin, la tribu voisine du chef Candio Madgiri. Ce serait pour elle l'affaire de quelques jours seulement, puisque les transportés qui ont commencé le sentier ouvraient chacun 50 mètres par jour. La réquisition pourrait se borner d’ailleurs à faire porter, par les indigènes, les vivres des travailleurs employés f.

L’achèvement de ce sentier aurait des avantages considérables, il ouvrirait des relations faciles par terre entre Nouméa et la baie du Sud, car il réduirait d’un jour la durée du trajet pour les courriers indigènes qui mettent actuellement deux jours et demi à faire la route, et il permettrait à un Cavalier de faire le même voyage en un seul jour. Enfin, il donnerait à la force armée les moyens de parcourir sans difficultés

1 L'administration locale n'a pas pris les mesures nécessaires pour faire achever le sentier dans ces conditions ; livré à ses propres ressources, le chef de l'établissement n’a pu pousser assez loin les explorations pour trouver le passage qui aurait permis de relier ce tracé aux deux sentiers de Yaté ; il s’est vu réduit à l’infléchir vers le Sud, de façon à regagner la côte par la vallée des Kaoris, et à rejoindre le sentier habituel qui cotoie la mer et contourne le Mont-d’Or, avant de se diriger sur Nouméa.

Ce sentier ainsi prolongé a pu être rendu praticable aux cavaliers et M. le capitaine Froideau l’a parcouru le premier à cheval, de Nouméa à la baie du Sud. 11 a 25 kilomètres de longueur, du chantier à la baie des Ploums, où il rejoint les régions habitées.

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les contrées désertes du Sud qui ont permis parfois à des transportés évadés de trouver un refuge de quelque durée !.

‘ Ces solitudes ont été témoins du triste dénoñment d'un drame qui a dôuloureusement impressionné la population de Nouméa, Le 15 mars 1868, 5 ouvriers d'artillerie, profitant du dimanche, étaient allés, avec une frôle embarcation, à la recherche. des coquillages sur l'ilot Maitre, à 3 milles au large de la rade de Nouméa. Vers trois heures, au moment où ils régagnaient la grande terre, arrive un de ces coups de vent fréquents dans cette saison et qui dénotent Je passage d’un cyclone dans le voisinage de l'ile. L’embarcation, qu'ils avaient ew l’imprudence de voiler, chavira, en laissant échapper leurs vêtements dont ils s'étaient dépouillés par suite de la chaleur. Restés près du canot renversé, ils essayèrent vainement dele retourner et de le vider.

L'un d'eux, nommé Tillet, ne savait pas nager et devait être soutenu par ses Camarades ; un deuxième, Bayle, le savait trop peu pour pouvoir gagner la côte à la nage, mais les trois autres étaient d'excellénts nageurs qui, malgré l’état de la mer, devenue rapidement très-mauvaise, se senlaient capables de gagner la icrre.

Les deux premiers furent placés sur la quille de l'embarcation que leurs trois camarades essayèrent de pousser devant eux vers la pointe du Ouén-Toro (Mont N Doï des cartes). Malheursusement, le vent qui fraîchissait de plus en plus et poussait devant lui des lames furieuses, Jes faisait dévier à l'Est, en les entraînant vers la pleine mer.

À la brume, il devint évident que l’embarcation né pourrait atteindre la pointe du Ouen-Toro; deux des* nageurs se fatiguaieut, le dernier, nommé Sari, plus robuste, les engagea à utiliser le reste de leurs forces pour gagner la côte, tandis qu'il continuerait à accompagner l’'embarcation en essayant de la diriger sur la pointe de l’île N’géa, située dans le N.-E.

Sentant leurs forces s’épuiser, ils consentirent à regret à cette séparation, et laissant leurs malheureux compagnons ils se dirigèrent vers la terre qu'ils réussirent à atteindre après avoir nagé pendant près de trois heures.

- Ils furent recueillis et habillés par les surveillants du chantier des transportés dit de l'orphelinat, et arrivèrent le soir même à Nouméa, où ils apportèrent Ia fatale nouvelle. :

Cependant, l'intrépide Sari épuisait ses dernières forces pour sauver ses compagnons restés sur le canot, mais la fureur des flots allait toujours en augmentant; à chaque instant, les james les enlevaient à leur frêle appui et 1l ne parvenait qu'avec difficulté à les replacer sur l’embarcation.

Aux dernières lueurs du jour, il put sé convaincre que leur unique espoir leur échappait, et que la pointe de terré où ils auraient pu trouver lé salut restait au vent. À la prière de ses infortunés camarades, il se décida à chercher du moins à se sauver lui-même et leur disant un suprême adieu, il se dirigea sur la pointe que l'obscurité dérobait de plus en plus à <es yeux.

Il était nuit noire quand il se heurta contre un rocher, sur lequel se hissant avec peine, il tomba évanoui. Il était resté plus de 5 heures sur l’eau.

Le lendemain, il reconnut qu’il était sur un ilot voisin de l'île N’géa ; il gagna celle-ci, puis la grande terre et se dirigea sur Nouméa, après avoir trouvé chez des colons compatissants les vêtements et la nourriture dont il avait besoin. Il

Dans son prolongement ce sentier aura à franchir la rivière des Kaoris, mais il le fera dans sa partie supérieure qui est facile à traverser et il évitera ainsi les difficultés que présenté cette rivière dans

arriva en ville vers midi et son récit vint Ôter tout espoir de revoir jamais vivants les deux malheureux restés sur le canot.

Cepèndant ceux-ci continüaient à être le jouet des flots et des courants qui les entraînaient peu à peu dans la direction du canal Woodin. Toute la nuit ils eurent à lutter contre les lames furieuses qui, bien des fois encore, les arrachèrent au support glissant auquel leurs mains crispées se cramponnaient. Chaque fois, Baylé parvint, aux prix d'efforts surhumains, à retirer des flots son compagnon et à l'aider à repreïdre sa place sur la quille du canot.

Le jour parut sans leur amener de secours; parfois le courant les conduisait près des îlots ou des bancs de sable dont la mer est parsemée de ce côté et leur rendait un peu d'espoir, mais bientôt ils reconnaissaient avec découragement que les flots les entrainaient de nouveau au large. Aucune voile ne vint leur annoncer une délivrance prochaine, la tempête qui sévissait toujours avec violence avait forcé les côtiers à chercher un refuge dans les baïes et n'avait pas permis d'envoyer, de Nouméa, un bateau à leur recherche.

__ Toutefois, vers midi, le temps s’étant sensiblement amélioré, un bateau pilote put sortir, mais il explora vainement les ilots sur lesquels on pouvait espérer trouver les restes des malheureux naufragés, et il rentra le soir sans nouvelles.

Pendant ce temps, le courant entraïinait lentement l'embarcation vers la baie d'Uié et, vers trois heures de l'après-midi, elle passait, à une centaine de mètres de la côte, au pied du pic Ia.

Tillet, épuisé par cette lutte de 24 heures, ayant, dans ses chutes nombreuses, avalé de grandes quantités d’eau de mer, avait le délire. Bayle, d'apparence bien plus chétive, mais Soutenu par une énergie peu commune, veillait encore pour tous les deux.

Tout à coup, il crut apercevoir, sur le bord du rivage, un être humain, vêta de gris, adossé à un arbre près de l'entrée d’une espèce de grotte creusée dans les rochers et qui paraissait tenir dans ses bras un pelit enfant. Bayle agita les bras et appela au secours, l'inconnu parut échanger quelques mots avec un compagnon invisible, mais né changea pas de place ; Bayle réiléra son appel et son oreille surexcitée crut entendre, pour réponse, une phrase ironique. Le courant s'infléchissant dans la baie, entraiua de nouveau lentement l’embarcation au large enlevant aux naufragés leur dernière lueur d'espoir.

De longues heures s'écuulèrent encore ; le canot, parvenu dans des eaux plus calmes, paraissait à peine se déplacer, la nuit Ss’avançait, bientôt l'obscurité les enveloppa encore une fois tandis que le malheureux Tillet, dans les souffrances de l’agonie, ne cessait de demander de l’eau d’une voix déchirante.

Puis, enfin, l'embarcation cessa d’osciller, elle avait touché terre, la mer se retira et les deux malheureux purent s'étendre sur le sôl.

Aux premières lueurs du jour, Bayle, malgré ses souffrances, put $e trainer sur la plage pour chercher quelques gouttes d'eau fraîche que continuait à réclamer son Câarade mourant ; il réussit à en recueillir dans un fragment d’étoffe arraché à la voile de l’embarcation, mais il était trop tard : à son retour, il ne trouva plus qu’un cadavre, auprès duquel il s'étendit exténué et perdit connaissance.

la majeure partie de son cours, par suite de la largeur et de la profondeur de ses eaux. | Borné à sa partie construite, ce sentier a déjà rendu facile l'explo-

va à

Quand il revint à lui, il chercha à reconnaitre l'endroit où il se trouvait, mais il ne vit partout que des solitudes inhabitées et sans bornes. Jeté sur la côte Nord dela baie d’Uié, il ne pouvait apercevoir les collines de Nouméa, dont il se croyait séparé d’ailleurs par un bras de mer. Après avoir recueilli, sur la plage, quelques coquillages pour apaiser sa faim dévorante, il ensevelit son camarade dans la voile de l’embarcation et se dirigea sur le sommet des montagnes voisines, pour essayer de découvrir de là une région habitée.

Mais il se trouva alors sur le plateau ferrugineux de la baie du Sud, et aucune trace d’être humain ne vint frapper sa vue, aucun indice ne vint guider ses pas. Pendant 3 jours 1l erra à l’aventure, en proie aux tortures de la faim, les pieds ensanglantés par les pierres, le corps brûlé par le soleil, et déchiré par les broussailles. Le jeudi seulement, dans la matinée, il aperçut au loin, au fond de ravins boisés, le haut des mâts d’un navire à l'ancre.

C'était le transport la Bonite qui faisait un chargement de bois au chantier de la baie du Sud. Cette vue lui rendit un reste d'énergie, il s’engagea dans les fourrés qui le séparaient encore du navire sauveur et dans lesquels il s’égara plus d’une fois, tremblant d’user ses dernières forces pour se frayer un passage et de perdre sans retour la vue de la mâture qui guidait ses pas.

Enfin, le soir à 6 heures, il arrivait au chantier et se faisait reconnaître du chef de l’établissement qui lui prodigua les soins que réclamait son état, il y avait plus de 100 heures quil n'avait pris de nourriture. |

Le lendemain, un courrier indigène était expédié à Nouméa, et y arrivait le dimanche, 8 jours après la catastrophe, dont il faisait enfin connaître le tragique dénoüment.

Un petit bateau à vapeur fut envoyé immédiatement à la baie du Sud pour ramener Bayle ; il passa, au retour, dans la baie d’Uié, pour relever le corps du malheureux Tillet, mais on le trouva dans un tel état de décomposition qu'il fallut l’ensevelir près du lieu où il avait rendu le dernier soupir. |

Le récit fait par Bayle des péripéties de son naufrage attira l’attention sur l’être étrange dont il signalait la présence au pied du pic [a; les détails circonstanciés, dont il accompagnait le récit de sa vision, lui donnaient une grande apparence de réalité. Précisément, la rumeur publique se préoccupait à cette époque des mystérieuses aventures d’un transporté évadé, dont, depuis près d’un an, on n’avait pas de nouvelles certaines, mais que des récits légèrement empreints de merveilleux, faisaient apparaître sur différents points de la région Sud de l’île où, disalt-on, il vivait en compagnie d’une femme indigène.

On crut être sur la trace de cet être insaisissable et l’on envoya de nouveau, sur les lieux, le même vapeur, portant une petite troupe que Bayle accompagnait pour la guider dans ses recherches. Il reconnut sans peine l’endroit où l’apparition s’élait montrée ; maïs soit que le transporté mis en alerte par les allées et venues du vapeur, eût jugé prudent de s'éloigner, soit que le ma'heureux Bayle eùt été le jouet d’une bhallucisation, on ne put trouver en ces lieux aucune trace d’être humain. La grotte même qu’il avait cru entrevoir, n’était qu’un amas

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