‹ Notice sur les bois de la Nouvelle CalédonieChapitre 8 sur 211 · T ENS · texte numérisé non relu

T ENS

peut conduire à tirer, par analogie, d'un bois déjà connu, un usage nouveau que la pratique habituelle de la localité, souvent inspirée par la routine, n’a pas indiqué jusque-là.

Il y aurait donc une certaine utilité à entreprendre, sur les bois de nos diverses colonies, un travail d'ensemble analogue à celui que j'ai eu l’occasion d’ébaucher en Nouvelle-Calédonie.

Mais, comme un travail de ce genre ne peut être effectué par un seul individu, il convient de donner à toute personne animée du désir d'apporter son tribut à la science, le moyen d'effectuer, sur un plan uniforme, sa part de l’œuvre commune, et c'est ce qui m'a conduit à insister sur la description des procédés à employer, ainsi que sur la marche à suivre pour déduire des observations tout l’enseignement qu’elles renferment t.

Si mes recherches s'étaient bornées à l'étude des propriétés mécaniques de diverses essences, connues seulement par les échantillons déposés dans les magasins de Nouméa et distinguées les unes des autres par un simple numérotage, elles auraient présenté une aridité rebutante et n'auraient eu qu’une utilité fort problématique, car il est probable que l’on eût perdu de vue rapidement les espèces auxquelles s’appliquaient les diverses séries d'expériences et les résultats numériques recueillis.

Si, au contraire, pour éviter cet écueil, on avait donné aux es— sences, d'après les caractères apparents du bois travaillé, des noms plus ou moins heureusement choisis pour les désigner, ou si, du moins, on avait accepté sans réserve les dénominations, souvent impropres et parfois baroques, proposées par les colons ou par les ouvriers attachés aux exploitations, on aurait rencontré l'inconvénient qui existe à un si haut degré dans les autres colonies, de n'avoir, pour désigner les différents bois, que des noms souvent mal appropriés et

4 Des recherches sur les propriétés mécaniqnes des bois de la Guyane ont été exécutées en 1823 par M. Dumonteil, sous-ingénieur de la marine; en 1862, par M. de Lapparent, directeur des constructions navales, et en 1867, par M. Dufaure, chef d'escadron d'artillerie de la marine. Plus récemment, M. Lallemant et M.Morchain, officiers de ce même corps, ont effectué des mesures analogues sur les bois de la Guadeloupe et de la Réunion; mais on verra, d'après la deuxième partie de ce mémoire que, soit pour avoir négligé de recueillir tous les éléments des expériences, soit pour avoir employé des appareils qui ne permettaient pas de les enregistrer, on ne paraît pas avoir tiré, de ces essais, toutes les conséquences qu'il était possible d'en déduire.

Le

surtout mal définis, et de ne savoir ni reconnaitre sur pied des arbres dont le bois est cependant d’un usage courant, ni indiquer les familles botaniques auxquelles ces arbres appartiennent f,

Le concours obligeant de M. Pancher, botaniste du gouvernement en Nouvelle-Calédonie, est venu heureusement me permettre de combler une lacune qui existe dans tous les travaux de ce genre effectués jusqu'ici dans les autres colonies, du moins dans ceux dont j'ai pu avoir connaissance. |

Grâce à ses travaux justement estimés, sur la flore néo-calédonienne, il a pu m'indiquer, dès le début de mes recherches, les noms scientifiques des principales espèces que j’ai eues à étudier, de celles du moins qui étaient déjà en partie connues des botanistes. De retour en France il a pu, tant par ses propres travaux que par ceux non. moins remarquables de M. Vieillard, chirurgien de la marine, et par la comparaison de ses collections et de celles du muséum avec les herbiers que j'avais fait recueillir sur les lieux d'exploitation, compléter plus tard ses premières déterminations et me permettre ainsi de remplacer, presque totalement, par des dénominations scientifiques, les numéros de séries dont j'avais été, trop souvent, obligé de me contenter au début.

Enfin, il a bien voulu, malgré ses occupations, prendre la peine de réviser et compléter les renseignements que j'avais recueillis sur les principaux caractères botaniques extérieurs susceptibles de guider dans la recherche des arbres sur pied dans les forêts. La troisième partie de ce mémoire, qui résume, sous forme de tableau, les renseignements botaniques, mécaniques et industriels, recueillis sur les divers bois de la Nouvelle-Calédonie, doit donc être considérée comme redevable à la collaboration de M. Pancher de la valeur qu’elle possède au point de vue botanique, et je ne puis que remercier ici ce savant naturaliste d’avoir bien voulu réunir son nom au mien sur le frontis-

1 Il suffit de parcourir, dans le catalogue des produits des colonies françaises, établi par M. Aubry-Lecomte, pour l'exposition universelle de 1867, la liste des essences variées de nos diverses colonies et la nomenclature de celles qui restent encore sans dénominations botaniques certaines pour se rendre compte de la valeur des observations qui précèdent.

On peut encore, dans le même ordre d'idées, consulter la notice publiée récemment sur les bois de la Guyane, par M. le docteur Sagot, dans la Revue marilime et coloniale, numéro du mois d'août 1869.

US

pice de cette partie, et d’avoir donné afnsi à mon travail l'appui de son autorité incontestée.

J'ai fait précéder les deux parties de ce mémoire, dont le contenu a été indiqué ci-dessus, d’une notice sur la situation des principales forêts exploitées de la Nouvelle-Calédonie, et sur les procédés suivis pour leur exploitation. J'ai pensé que ces renseignements pourraient présenter quelque intérêt à ceux qui s'occupent de l'avenir et des ressources de ce pays.

J'aurais voulu, enfin, dans un chapitre spécial, attirer l'attention sur les ressources que pourraient procurer, soit au point de vue industriel, soit au point de vue thérapeutique, les produits dérivés que l'on peut obtenir des différents arbres de la Nouvelle-Calédonie. J'avais rédigé, dans ce but, un tableau où ces arbres étaient classés par famille, et j'avais rappelé, en regard de chaque classe, les propriétés diverses que les analogies, tirées des qualités connues des essences voisines des autres contrées, donnaient le droit d’attendre, et celles que l’expérience avait permis déjà de constater ou de découvrir.

Ainsi se trouvaient particulièrement rappelées les propriétés industrielles de la résine de kaori (Dammara), la valeur médicinale de l'huile de cajeput extraite des feuilles du niaouli (Melaleuca), la richesse en tannin de l’écorce du grand palétuvier (Bruguiera), etc. Mais les résultats de ce genre acquis jusqu'ici étaient, somme toute, encore trop peu nombreux pour donner à ce travail d'autre valeur qu’un intérêt purement local, et j'ai pensé qu'il était suffisant de le laisser à mes successeurs en Nouvelle-Calédonie, pour les guider dans la récolte et la mise en réserve des produits accessoires de l’exploitation, produits qui, dans les mains d'hommes compétents, pourront conduire à la découverte de substances utiles ou intéressantes {.

En résumé, le travail qui suit comprend trois parties :

1 Mon ami, M. Heckel, docteur en médecine et pharmacien de la marine, avait entrepris une étude suivie des diverses substances qu'il était possible d'extraire des résidus ou des produits accessoires de l’exploitation des bois de la colonie. Cette étude futtrop tôt interrompue par l’état de sa santé, qui le força de rentrer en France prématurément.

Cependant ses travaux, quelque courts qu'ils aient été, ne sont pas restés infructueux et, sans parler de divers résultats qui n’ont pas encore été publiés, la découverte des propriétés médicales remarquables de l’ruile extraite des fruits du Fontainea-Pancheri, essence classée au tableau de la troisième partie, sous le n° 9, de l’herbier de Nouméa, suffirait à elle seule pour prouver l'utilité et

qe

1° Une notice sur la situation et l'exploitation des principales forêts de la Nouvelle-Calédonie ; ,

2° Un résumé des expériences exécutées pour déterminer les propriétés mécaniques des essences de bois de ce pays actuellement connues et exploitées, accompagné de l'exposé des notions TR qui ont servi de base à ces recherches ;

3° Un tableau, auquel a collaboré M. le botaniste Pancher, et qui renferme l'indication des dénominations vulgaires et scientifiques des différentes essences de l'ile, des renseignements sur les principaux caractères botaniques extérieurs qui peuvent servir à distinguer les espèces sur pied et un résumé des notions acquises sur leur valeur industrielle et sur les divers emplois auxquels elles sont propres.

Page 1