CHAPITRE PREMIER, DÉBUTS DÉ L'EXPLOITATION
8 1. Premières recherches de forêts exploitables en Nouvelle-Calédonie,
Longtemps avant l’époque de la prise de possession de la Nouvelle- Calédonie par le gouvernement français, l'attention avait été attirée sur les productions forestières de cette Île lointaine par les botanistes qui accompagnaient les premiers explorateurs. Toutefois, c'était plutôt pour la rareté et la nouveauté de sa flore que pour l'étendue et l'importance de ses parties boisées, qu’ils n’avaient pu suffisamment apprécier dans leurs courtes explorations, que Forster et Labillardière avaient signalé cette nouvelle contrée 1.
Les récits des missionnaires établis à Balade, et les explorations entreprises lors des voyages du Rhin et de la Seine, en 1845 et 1846,
l’imporlance de semblables études quand elles sont bien dirigées. (Voir Études au point de vue botanique et thérapeutique sur le Fontainea-Pancheri (Heckel). Thèse pour le doctorat en médecine. — Montpellier, 1870.)
4 Le premier de ces botanistes accompagnait Cook dans son voyage de découverte, en 1774; le second vint avec d’Entrecasteaux, en 1792 et 1793.
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avaient fourni déjà quelques indications sur les ressources forestières de l'ile, quand l'amiral Febvrier-Despointes arriva, à bord du Phoque, en octobre 1853, pour en prendre possession.
Peu de temps après, en 1854, les rapports de M. Tardy de Montravel, à la suite du voyage de la Constantine, vinrent corroborer ces renseignements ; ils exaltaient même, en termes peut-être un peu trop enthousiastes, l'étendue des richesses entrevues dans la partie Nord de File.
Cependant, cet officier ayant, d’après ses instructions, fait choix d’un port situé au Sud, dans une région relativement stérile, pour y installer le siége du gouvernement, et les relations avec le Nord étant devenues dès cette époque relativement rares, on perdit bientôt de vue les faits antérieurement signalés et l’on en vint même, au bout de peu de temps, à révoquer en doute les conclusions des rapports des précédents explorateurs.
En vain les renseignements donnés par les missionnaires et les colons s’accordaient-ils pour signaler la présence de grandes forêts sur divers points de l’île, et en particulier dans le Nord; en vain les ouvriers du détachement de Taïti, qui avaient été employés à la construction du poste de Balade, avaient-ils recueilli sur les bois de la Nouvelle-Calédonie des renseignements qu’ils avaient transmis à leurs successeurs ; en vain les explorations du Prony, dans la baie du Sud, avaient-elles signalé l'existence de belles forêts situées sur le bord même de la mer, à 15 lieues au plus de Nouméa, on en était arrivé à nier l’existence, dans la colonie, de bois aisément exploitables.
Cependant, un essai d'exploitation avait été tenté par un colon dans la baie de Nakety, près de Canala, et 200 mètres cubes de bois avaient été amenés en peu de temps près de la plage, où on les laissa pourrir, faute de moyens de transport.
D'autre part, des navires étaient allés, à plusieurs reprises, chercher des chargements de bois dans la baie du Sud ou dans les petites baies de l’extrémité méridionale de l’île (iles Kouéboni, ports Boisés).
Ces opérations s'étaient toujours effectuées avec facilité, et, dès 1860, à la suite d’un de ces voyages, M. Jouan, lieutenant de vaisseau, avait adressé à l’administration coloniale une note dans laquelle il sigunalait, dans la baie du Sud, l'existence de forêts suffisantes pour subvenir pendant longtemps aux besoins de la colonie.
Dans ce document, il traçait même un plan d’exploitation de nature
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à éviter les inconvénients de ces expéditions improvisées qui avaient pour résultats la destruction, en pure perte, d'un grand nombre d'arbres abattus dans le seul but de frayer un passage pour le halage des pièces que l'on avait à conduire jusqu’à la plage, et qui ne procuraient généralement que des bois de mauvaise conservation, par suite de l’impossibilité de choisir le moment propice pour l’aba- : tage.
Cette note resta enfouie dans les archives du secrétariat colonial, et n'en fut retirée qu'en 1867, après que les nouvelles explorations dont il va être question eurent confirmé les indications de M. Jouan et abouti à la présentation d'un projet d'exploitation qui se rencontrait avec le sien sur les points principaux.
En 1866, les services de la colonie étaient encore obligés de s’approvisionner de bois presque exclusivement à l'étranger, en Australie, en Nouvelle-Zélande, et même en Californie et devaient payer, à des prix exorbitants, des essences que l’on aurait pu remplacer avantageusement par celles du pays. Les personnes les mieux placées pour connaître les ressources du pays, obéissant à un sentiment que je ne puis indiquer, déclaraient même qu’il était impossible de trouver dans la colonie les bois nécessaires aux différents services, sans rencontrer des difficultés d’exploitation et de transport considérables qui élèveraient les prix des bois hors de proportion avec leur valeur réelle.
Telle était la situation lors de mon arrivée en Nouvelle-Calédonie, comme directeur du service de l’artillerie, et je dus m'en préoccuper d'autant plus dès le début que, par l'application des règlements financiers, ce service venait de perdre un crédit de 10,000 francs réservé pour le payement d’une commande de bois faite à l'étranger. Cette somme avait dû être reversée au Trésor par suite d’un retard survenu dans l'arrivée du navire porteur du chargement, qui n'avait pu être de retour à l'expiration du termefixé pour la clôture de l’exercice financier.
Convaincu bientôt, par les renseignements concordants de personnes désintéressées, qu’il était possible de trouver sur la côte, assez loin il est vrai de Nouméa, mais dans une situation commode pour les transports, des terrains boisés faciles à exploiter, je songeai à faire profiter de cette ressource le service que je dirigeais.
Je tentai à ce sujet une démarche personnelle près du gouverneur, M. Guillain, alors capitaine de vaisseau, et je fus assez heureux pour. obtenir de lui la mission d’entreprendre l’exploration de la partie