INDUSTRIE
Pondichéry.
Les produits du pays, exploités et manufacturés sur place se réduisent aux suivants : indigo, coton, peaux fraîches et salées, sucre brut pour la fabrication de l'arrack (i), arachides, sésames, tourteau, cocos et ricin. La plus importante de ces industries est certainement celle du coton. Il existe, en effet, à Pondichéry 3 filatures de coton, une petite huilerie à vapeur et 3 presses à bras. Ces étal^lissements foulent et tissent mécaniquement les toiles de coton dites guinées qui s'expédient vers le Sénégal et la cote occidentale d'Afrique où elles bénéficient, à rentrée, de la même franchise que les toiles fabriquées en France (décrets du 19 juillet 1877 et 17 octobre 1880).
Ces produits pourront également, à la faveur du tarif douanier, être vendus sur les marchés de rindo-Chine et de Madagascar. Un mouvement s'est déjà formé entre notre port et Madagascar, et la création d'une ligne directe de navigation ne pourrait qu'accélérer ce courant. L'industrie cotonnière a créé à Pondichéry l'industrie de la teinturerie. Pondichéry reçoit non seulement des environs, mais même de la métropole, des toiles blanches qui sont transformées en guinées pour être vendues dans nos colonies du Sénégal, la Réunion et Madagas-
(i) Liqueur fermentée du pays.
car. Quelques balles sont également exportées au Maroc. Ce sont là les industries principales, mais Pondichéry possède en outre quelquestanneries, de nombreux fours à briques et de petites huileries. L'industrie de la tannerie ne s'est développée que depuis quelques années. Les peaux de chèvres, de moutons, de vachettes, tannées dans la colonie, sont vendues sur les marchés du continent, d'Angleterre et d'Amérique.
La fabrication d'huile d'arachides est pratiquée depuis de longues années sur le territoire par un système qui est resté très primitif; il consiste en de petits moulins séparés et actionnés par une paire de bœufs. Depuis peu de temps, un industriel a créé une petite huilerie à vapeur, mais elle est de peu d'importance. Or, il est certain qu'une grande industrie avec des presses, des machines perfectionnées serait appelée à réaliser de beaux bénéfices, surtout si le gouvernement anglais apportait quelques adoucissements àl'application de l'Indian Act de 1894, ou encore si un droit élevé frappait en France l'importation des huiles étrangères. Ces huiles d'arachides sont exportées en Birmanie et à Maurice, mais en petite quantité, car partie de la récolte est consommée sur place. Il existe également à Pondichéry quelques indigoteries natives qui étaient, avant la découverte de l'aniline, dans un état assez prospère. Depuis, elles ont singulièrement périclité. Il s'exporte cependant encore quelques centaines de caisses d'indio-o à destination de la France et de r Angleterre.
Les industries familiales.
Les Indiens de Pondichéry se livrent également en i'amille à la fabrication de quelques produits spéciaux,
tels que poterie, mouchoirs dits burgos de Madras, pagnes, dentelles, broderies, bijoux, ouvrages d'orfèvrerie, statuettes, quincaillerie, etc. La poterie ainsi fabriquée est exportée en grande quantité à Colombo, Singapour et les Détroits par de petits voiliers appelés (( (ihonys )).Le filage des cotonnades par les femmes du pays a été presque complètement ruiné par la concurrence des cotonnades de Manchester et de Winterthur. Cependant on trouve encore quelques beaux pagnes en soie et en coton tissés dans les villages de^Iouttalpett et de Nellitope. On peut évaluer à 4^^ environ les métiers de tisserands qui existent encore à Pondichéry et dans ses environs. La dentelle et la broderie sont plus particulièrement confectionnées par des jeunes filles (^réoles et hindoues, sous la direction des Sœurs de SainL-Joseph de Cluny, qui ont organisé dans leurs écoles un atelier spécial. Ces dentelles et broderies, fort recherchées dans la colonie, s'expédient également à Saïgon et en France , mais en très petite ([uantité.
La confection des meubles ouvragés n'occupe qu'un très petit nombre d'ouvriers et cependant il est certain que si ces meubles, extrêmement originaux, étaient connus en Europe, ils y seraient très appréciés. Il en est de même d'ailleurs de la confection des bijoux et ouvrages d'orfèvrerie en or et en argent, très recherchés par les Européens de passage dans la colonie. Ces bijoux trouveraient certainement en France un écoulement facile s'ils n'étaient pas frappés à leur entrée dans la métropole de droits tellement élevés que les fabricants ne peuvent en tirer aucun bénéfice. L'or et l'argent employés dans ces ouvrages sont généralement de provenance anglaise, les Indiens ayant l'habitude de con-
vertir en joyaux les pièces d'or et d'argent qui proviennent de rinde britannique.
Les autres petites industries que nous avons citées ne s'adressent qu'à la clientèle locale, exception faite pour les chapeaux ou casques en liège, nattes et chaussures, qui sont exportés en petite quantité vers la Cochinchine et qui, avant l'Indian Act de 1894, étaient également exportés vers Singapour et les Détroits.
En somme, on le voit, la seule industrie sérieuse de la colonie est la filature et le tissage du coton. Trois filatures fonctionnent actuellement sur le territoire de la colonie. L'une des trois ne date que de six ans à peine, et une quatrième qui dépassera toutes les autres en importance, puisqu'elle doit compter 40.000 broches et i .000 métiers, vient d'être récemment fondée. Dans ces conditions, les filatures pondichériennes semblent appelées à fournir à nos colonies de la mer des Indes et des mers de Chine tous les filés et tissus qui leur seraient nécessaires. Mais combien cette industrie serait plus prospère encore, ainsi que celle des huiles d'arachides, si notre établissement de Pondichéry n'était pas enfermé dans une sorte de muraille entre l'Inde britannique, qui le considère comme ennemi, et la France, qui le traite comme étranger! Si l'on veut développer l'industrie de notre colonie, il faut arriver à une entente avec le gouvernement anglais pour supprimer les barrières actuelles de douanes et obtenir pour certains produits fabriqués un traitement de faveur à la rentrée en France. Ajoutons que les commerçants se plaignent aussi que les taux de fret, d'escompte et de change qui leur sont imposés soient j)lus élevés que ceux qui frappent leurs concurrents dans les villes anglaises voisines. Il serait donc désirable que l'on trouvât un moyen d'apporter un remède à cet
état de choses. Les trois filatures qui fonctionnent à l'heure actuelle sont les suivantes :
La Société Savana, qui emploie 2.000 ouvriers. C'est une compagnie anonyme au capital de 5 millions de francs et dont tous les capitaux sont français;
La Société industrielle de Cassapaleom, société anglaise au capital de kjo.ooo francs et qui occupe 4oo ouvriers ;
La Société de filature Gœbelé et G'% au capital de 240.000 francs. Elle emploie 4oo ouvriers et tous les capitaux sont français.
Une quatrième usine doit être installée aux environs de Pondichéry, dans le village de Modeliarpett, par une société anglo-française dont le siège social sera à Paris.
On voit donc que, sans être extrêmement prospère, l'industrie de Pondichéry a une certaine importance.
Chandernagor.
Il n'en est pas de même à Chandernagor, où il n'existe qu'une seule usine de jute et une autre société (Société Générale Industrielle de Chandernagor) créée pour le tissage des toiles dites de gonys et des sacs. Les produits fabriqués dans la colonie sont expédiés à Calcutta et exportés en Europe.
Yanaon.
L'état actuel de l'établissement de Yanaon est presque nul. Il n'y a guère à signaler que 3i métiers de tissage à la main, 3 moulins à huile et 9 poteries. De ces produits, la majeure partie est consommée sur le territoire même; le reste est vendu sur le territoire anglais.
Mahé.
Il n'existe actuellement dans les dépendances de Mahé aucune usine, puisque celle qui avait été ouverte en 1892 pour la fabrication des conserves de sardines a été transférée sur l'autre rive de la rÎA'ière. c'est-à-dire sur le territoire anglais, en vue d'échapper au droit de 5 % dont les produits français sont frappés à la sortie du territoire. Les seules industries intéressantes sont, d'une part, la pèche, mais la salaison des poissons, qui autrefois faisait vivre un très grand nombre de pécheurs, est complètement abandonnée aujourd'hui, puisqu'il faudrait payer à la sortie des droits supérieurs au prix de la marchandise elle-même; d'autre part, la fabrication du coprah par le broyage du coco. La majeure partie de cette huile est consommée sur place, le reste est exporté par le petit port de Tellichéry.
En somme, la situation ne s'améliorera pas, tant que le régime douanier qui a supprimé toute vie commerciale et industrielle dans l'établissement ne sera pas profondément modifié.
Karikal.
Aucun produit du pays n'est manufacturé dans la colonie, sauf cependant le coco dont on extrait l'huile au moven d'un moulin en bois, de forme rudimentaire, actionné par 2 bœufs. Les bourres de coco sont employées au chauftage des fours à chaux. Mais, à part cette industrie, nous n'avons pas à citer d'usines importantes. L'unique industrie est le tissage fait à la main au moyen de métiers très primitifs. Ces tissages restent le monopole
— Gl -
des castes de Caïclava, de Cannadia et de Seiiia qui utilisent des fds d'Europe et une petite quantité de fds fabriqués avec le coton du pays et apportés du territoire anglais. Ces toiles sont pour la plupart employées sur place, le reste est exporté vers Colombo; mais cette industrie même est en décadence, et elle est incapable de lutter contre la concurrence européenne. Depuis quelques années, en effet, les manufactures de Londres expédient dans Tlnde entière, à des prix très réduits, toutes les espèces autrefois fabriquées par les tisserands indigènes, avec un dessin et une couleur absolument identiques. Il faudrait, pour relever cette industrie, substituer aux procédés actuels des usines et des métiers mécaniques, puisque la main-d'œuvre estàbon marché et que les matières premières se trouvent à proximité. Jusqu'à présent le tissage se pratique, dans chaque maison, avec un ou deux métiers dont chacun ne comporte qu'un seul ouvrier, en dehors de ceux qui sont employés au lavage, à la teinture et à l'ajustage. Tous les habitants de la maison, hommes et femmes, participent à ce travail, et le capital engagé est des plus minimes, puisqu'il ne dépasse pas la somme de 5o roupies, c'est-à-dire 80 fr. environ.
Telle est, exactement résumée, la situation du commerce dans nos établissements de ITnde. Cette situation n'est pas bonne. 11 est évident que nos comptoirs, écrasés par les droits fiscaux dont les frappe le gouvernement anglais, ne peuvent se livrer à aucune industrie rémunératrice, et cette situation ne s'améliorera que si les négociations tendant à l'abrogation de l'indian Act aboutissent enfin, ou si la France, par des mesures de faveur, s'efforce de relever l'industrie en décadence.