GEOGRAPHIE
Les établissements français de llnde se répartissent aujourd'hui en fractions de territoires, isolés les uns des autres, dont la superficie totale est de 5o.8o3 hectares.
Ce sont :
i^ Sur la cote de Coroniandel : Pondichéry et son territoire composé des communes de Pondichéry, d'Oulgaret, de Yillenour et de Baliour; Karikaletles maganoms ou districts qui en dépendent ;
L»*^ Sur la cote d'Orixa : Yanaon, son territoire et les aidées ou villages qui en dépendent ; la loge de Masulipatam ;
3*^ Sur la cote de Malabar: Mahé et son territoire, la loge de Calicut;
4*^ Dans le Goudjerate : la factorerie de Surate;
y Au Beno-ale : Chandernao-or et son territoire ; les loges de Cassimbazar, Jougdia, Dacca, Balassore et Patna.
Territoire de Pondichéry.
Le ten'itoire de Pondichéry, qui occupe une superficie de 29.143 hectares, est compris tout entier dans la présidence de Madras, et sa capitale se trouve environ à 143 kilomètres de la ville anglaise. Il est très exactement limité à l'est par le golfe de Bengale, à Touestpar une chaîne de collines de couleur jaune et de composition crétacée, connue sous le nom de « Montagnes rouges »
ou de (( Goudelour ». Le sol est pres(|iie tout entier formé de couches de sable et de dépots d'alluvions apportés par les cours d'eau qui traversent ce territoire. Notre établissement est, en effet, situé dans le bassin inférieur de plusieurs rivières, dont la principale est celle du Gingy, qui elle-même se grossit d'un certain nombre d'affluents dont les principaux sont le Pam1)rar, le Chou-
Yiie de Pondichéi-y (sud de la ville).
nambar et enfin le Ponnéar ( loo kilomètres) qui arrose la commune de Bahour et communique avec les autres rivières par des canaux de décharge, dont fun, le Maltar, communique à son tour avec le Coudouvéar et dont Tautre tombe directement dans la mer. En somme, rétablissement de Pondichéry n'est qu'un vaste delta dont la côte extrême est bordée d'étangs, de canaux et de lagunes, en relations les uns avec les autres. Toutes ces rivières sont navigables, grâce à une série de barrages, jusqu'à 20 kilomètres de l'embouchure, mais pendant quatre mois seulement et pour des bateaux à fond
plat. Ces rivières, comme tous les cours d'eau en pavs tropical, très pauvres dans la saison des moussons, s'enflent quelquefois brusquement et leurs inondations sont généralement terribles. C'est ainsi qu'en 1884 une inondation du Ging-v dévasta l'établissement tout entier et enleva plusieurs villaores; les dio^ues des étan^-s furent rompues, les ponts enlevés et plus de 3o.ooo habitants se trouvèrent brusquement sans abri. Quelquefois aussi des raz de marée et des cyclones viennent s'abattre sur les villages situés à proximité de la mer. Ces cvclones souftlent généralement à la fin du printemps et en automne, c'est-à-dire à l'époque où les moussons changent de direction. Le territoire de Pondichérv contient 93 aidées ou grands villages et 141 villages secondaires.
Karikal.
Le territoire de Karikal est tout entier situé dans la province de Tanjaour, dans Lancienne nahahie de Carnate. à 26 lieues au sud de Pondichérv. Sa superficie est de i3.ji.j hectares répartis en 3 communes et tio villages. Elle est arrosée par le cours inférieur du Cavéry qui, après être descendu des Ghats^ se ramifie en un grand nombre de branches dont quelques-unes sont d'anciens canaux d'origine artificielle. C est un de ces bras. l'Arselar. qui passe non loin de la ville de Karikal. Le delta de la Cavéry ne consiste pas en alluvions modernes; des couches de sable éleiées de ^) à 9 mètres au-dessus des plus hautes crues recouvrent la superficie du delta, traversé par les bras du lleuve et par des canaux. Un compte à Karikal 8 de ces bras et 5 grands canaux; aussi le sol de la colonie, constitué par les apports du fleuve régulièrement irrigués par les canaux qui
sont construits depuis environ quinze siècles et périodiquement inondés, est-il extrêmement fertile et constitue ce qu'on a appelé ce un des jardins de l'Inde méridionale ».
Yanaon.
Le territoire de Yanaon 1.429 hectaresi est situé dans la province de Golconde, à 780 kilomètres au nord-est de Pondichéry. C'est une étroite bande de terre qui est bornée au sud par le Godavéry, le plus grand fleuve du Dekan, et au nord et à Test par une dérivation de la même rivière, la Coringuy ou Coringha. Comme tous les fleuves de la côte de Coromandel, le Godavéry se termine, en effet, par un delta s'étendant sur un espace de 4.000 kilomètres carrés environ. A Textrémité septentrionale, des marais, des rivières errantes et des rangées de dunes marquent la ligne des anciens littoraux qui se sont successivement formés. C'est ainsi que Yanaon est séparé de la mer par des eaux basses et changeantes, où n'osent s'aventurer les navires. Yanaon est exposé comme Pondichéry aux cyclones, dont le plus terrible fut celui de 1789, qui submergea tout le pays sous trois lames successives. Le sol de Yanaon est naturellement de composition alluvionnaire.
Mahé.
Mahé (5.909 hectares) est situé sur la cote de Malabar, dans la province de Calicut et à 4i6 kilomètres de Pondichéry. C'est le plus petit des territoires conservés par la France. Il est borné d'un côté par la mer et par un petit cours d'eau appelé rivière de Mahé, et de l'autre
côté par une bande de collines calcaires de hauteur moyenne et qui se rattachent aux Ghats par une série de mamelons boisés. L'entrée de la rivière est barrée par des rochers, franchissables à marée haute. Au delà de cette barrière, elle est assez profonde et navigable pour des bateaux de 20 à 20 tonneaux jusqu'à 3 kilomètres dans rintérieur des terres. La ville de Mahé, située sur la rive gauche, est, comme on a dit, « moins une ville qu'un jardin touffu où on a construit des maisons ». Elle communique avec Beidour par une grande route côtière. C'est non loin de là que se trouve la loge de Surate où prit naissance notre colonisation dans Tlnde.
Chandernagor.
Chandernagor est situé dans la province du Bengale. Ce territoire occupe une superficie de 940 hectares environ et est à peu près situé à 1.200 kilomètres nord-est de Pondichéry et seulement à 28 de Calcutta, auquel il est relié par un chemin de fer. Chandernagor a été construit à 35 lieues environ des bouches du Gange et sur le bras principal, l'Hougly. Il semblerait donc que cette situation fut tout à fait favorable à la prospérité de notre établissement. Malheureusement, outre que la navigation directe nous est interdite de Chandernagor à la mer, la profondeur du fleuve, qui varie en face de Calcutta entre 3 et 10 mètres, n'en a plus guère que 3 en face de la ville française, et Tanse spacieuse au fond de laquelle s'élève Chandernagor est de plus en plus envahie par les alluvions du Gange. La plus grande longueur du territoire français de Chandernagor, du nord au sud, est de 5 kilom. 200 et sa plus grande largeur, de l'est à l'ouest, est de i kilom. 900.
Climat de l'Inde française.
Le climat de nos établissenients français de l'Inde s'explique tout entier par le régime des moussons, dont Tinfluence se l'ait plus particulièrement sentir sur les bords de la mer. L'année se répartit en trois saisons : une saison pluvieuse de mai à octobre, une saison froide de novembre à février et une saison chaude de mars au commencement de juin. C'est, en effet, vers cette époque que la chaleur devient accablante : les cours d'eau se dessèchent et le soleil lui-même n'apparaît plus qu'à travers un ardent brouillard, qui lui donne l'aspect d'un disque de métal rouge. Brusquement, vers la fin de mai, les nuages s'avancent en masses énormes, la pluie tombe en véritable déluge et les rivières grossissent. Pendant cinq ou six mois, le vent venu de la mer apporte par instants une abondante humidité et la pluie tombe à des intervalles plus ou moins éloignés. Quelle est l'explication de ce phénomène? « Deux vents contraires soufflent sur rinde, se partageant également l'année, l'un du nord-est, de novembre à mai, l'autre du sud-ouest, pendant les six autres mois. Le premier, arrivant de l'Asie centrale et n'ayant parcouru que les continents, n'apporte pas une goutte de pluie : c'est la mousson sèche; elle se confond avec les alizés et ne constitue pas, à vrai dire, un phénomène spécial. Le second, qui a traversé la mer des Indes, s'est chargé de vapeurs dont la condensation produit une période d'averses continues; c'est la mousson pluvieuse. La mousson proprement dite, qui tient à l'inégale répartition des continents et des mers, est plus particulièrement due à l'excessive température de la péninsule indienne pendant les trois mois d'été. A la fin de la sai-
son chaude, en effet, les couches cFair qui reposent sur rinde se dilatent de plus en plus, en raison de la haute température qu'elles atteignent, commencent à s'élever dans l'atmosphère et toute la contrée se change en fournaise d'appel. A ce moment, les masses saturées d'humidité qui couvrent la mer des Indes s'ébranlent et s'avan-
Hôpital colonial.
cent pour remplir le vide qui s'est produit et continuent ce mouvement jusqu'à ce que l'équilibre se soit rétabli dans l'atmosphère si profondément troublée... Mais les nuages du sud-ouest, qui abordent si facilement l'Inde par la côte de Malabar, sont généralement impuissants à traverser les Ghats et remontent vers le nord-est, sans apporter par conséquent une goutte de pluie à la cote de Coromandel. Pour cette dernière région, c'est au contraire la mousson du nord-est qui, après avoir recueilli quelques nuages sur le golfe du Bengale, se charge plus
tard de l'arroser, rôle qu'elle remplit, du reste, de la façon la plus insuffisante. La sécheresse est le fléau de la côté de Coromandel, et nulle part dans Plnde les étangs artificiels ne sont aussi nécessaires (i). » En vertu de cette théorie, Pondichéry, ^ situé beaucoup plus au sud, et Karikal, qui n'en est pas très éloigné, recevront la presque totalité de leurs précipitations de juillet à août et d'octobre à décembre; la quantité tombée annuellement sera d'environ 65 centimètres, mais Pondichéry sera exposé à des sécheresses prolongées (la plus grave fut celle de 187^). A Mahé, les pluies seront beaucoup plus abondantes et véritablement continues. Elles commencent en juin, deviennent torrentielles en juillet et en août et ne cessent qu'en octobre. Chandernagor, par suite du voisinage de THymalaya, sera beaucoup plus arrosé; de mars à octobre, les pluies sont, en effet, très abondantes. Enfin, à Yanaon, il pleut de juin à novembre et d'une manière constante.
Quant à la température, elle varie d'une façon générale entre 22 à 28 degrés pendant la période la plus froide, pour s^élever jusqu'à 35 ou 4<^ pendant la saison chaude.
Pondichéry. — La température moyenne de janvier à octobre est de 3/ à ^o degrés centigrades pendant le jour et de 27 à 29 pendant la nuit ; d'octobre à janvier, 25 à 32 pendant le jour et i3 à 20 pendant la nuit.
Karikal. — La température de Karikal est à peu près identique.
Yanaon. — De 20 à 26 degrés de novembre à janvier
(i) Gustave Lebon, les Civilisations de llnde.
et 2j à 36 degrés de février en avril; de 36 à 02 de mai en juin, de 28 à 34 de juillet en octobre.
Mahé. — A ^lahé, au contraire, situé sur la côte de Malabar, l'hivernage commence vers le i5 septembre et dure jusqu'au i5 mai. La température varie entre 22 et 26 degrés de janvier à mars, de 2 5 à 3o d'avril en septembre et de 23 à 2j d'octobre à décembre.
Chandernagor. — Il faut faire une exception pour le territoire de Chandernagor qui, encadré d'étangs et de bois, a un climat beaucoup plus frais que celui des pays voisins. C'est ainsi que le thermomètre peut tomber en février jusqu'à 7 ou 8 degrés, s'élever à 43 en mai et varier entre 2 ^ et 2 5 d'octobre à mars. En résumé, la température moyenne d'été et d'hiver est respectivement :
Pour Pondichéry 3o et 26 degrés.
— Karikal 3 1 et 24 —
— Yanaon 28 et 32 —
— Mahé 25 et 3o —
— Chandernagor. . . 20 et 26 —
Villes.
Le chef-lieu est Pondichéry, ville de 5o.ooo habitants, régulièrement bâtie et qui tranche, par sa propreté, sur la plupart des centres anglo-indiens. Les habitations européennes, édifiées à une époque où la colonie était prospère, sont particulièrement confortables. Vue des terrasses de ces habitations, la ville semble noyée dans un nid de verdure. Elle apparaît ainsi au voyageur comme un séjour des plus agréables, mais cette opinion ne
tarde pas à se modifier, Pondichéry manquant un peu trop d'animation et de gaîté.
La rade est une rade foraine, d'ailleurs comme toutes les rades des côtes de Coromandel et de Malabar; cependant son mouillage est apprécié et considéré comme fun des plus sûrs de cette région par les capitaines de navires. Les esprits optimistes prétendent que Pondichéry serait aujourd'hui une ville de plusieurs centaines de mille habitants si Ton avait su jeter en temps utile quelques millions à la mer pour construire des ouvrages de protection. Il est maintenant trop tard ; la ville de Madras a pris les devants en construisant de belles jetées et un outillage. Pondichéry n'en reste pas moins un port de transit qui retrouvera une partie de son ancienne prospérité lorsqu'on aura établi une voie ferrée de Pondichéry à Goudelour, voie ferrée surtout réclamée par le commerce d'exportation des arachides.
Mahé. — Mahé, sur la côte de Malabar, est un tout petit territoire, mais qui a bien son caractère. La température moyenne y est moins élevée que dans nos autres établissements; l'aspect général est celui d'une forêt de cocotiers et d'élégants aréquiers; quant à l'hôtel de l'administrateur, à l'angle de la plage et de la rivière, c'est une délicieuse installation coloniale.
Chandernagor. — Chandernagor évoque le souvenir d'un passé glorieux et du long séjour que fit dans cette dépendance le grand Dupleix. Aujourd'hui la ville manque d'animation, ses habitants ayant leurs affaires en pays anglais, notamment à Calcutta, où ils se rendent le matin et d'où ils rentrent le soir. La population s'accroîtra
rapidement, lorsque la ville aura été dotée d'une alimentation'sérieuse en eau potable. Ce travail est inscrit au premier rang du programme des grands travaux publics proposé par le gouvernement local.