POPULATIONS ET RAGES
Nos établissements sont habités par les Hindous. On estime que ces peuples appartiennent à diverses races : ceux de nos établissements seraient vraisemblablement un mélange d'Aryens venus du cœur de TAsie, de Touraniens arrivés du Turkestan par la porte de Caboul, et enfin de Musulmans, Arabes, Persans et Mongols, qui auraient modifié singulièrement les mœurs, les croyances et la civilisation générale de ITnde et auraient augmenté la confusion des races en créant par le croisement un grand nombre de races secondaires. On suppose en plus ce que les premiers habitants de ITnde étaient noirs : les uns au centre et à l'Est, petite taille, aux cheveux laineux et aux traits écrasés, les autres plus grands, aux cheveux plus lisses, dans le Sud et l'Ouest, dont les descendants existent encore dans la vallée des Nilghiris (i) ».
Ainsi, les populations de ITnde peuvent se grouper en quatre familles de race diflerente : race nègre, race jaune, race touranienne, race aryenne. Mais ces races fondamentales se sont fondues dans une race unique, connue sous la dénomination générale d'Hindous. Ces peuples sont rigoureusement répartis en castes qui n'ont aucune relation les unes avec les autres. « Nulle part, même là où se parle la même langue, un lien com-
(i) Voir Lanier, Lectures géographiques.
miiii de patriotisme ne réunit pauvres et riches, parias et brahmanes. (Jii distingue quatre castes : i" les brahmanes: 2'^ les gens des campagnes; 3" les marchands. et 4° 1^^ industriels : mais ces quatre castes principales se subdivisent en un très grand nombre de castes secondaires, dont il est bien difficile de faire le dénombrement. Ce qu il V a dt- certain, c'est que les deux extrêmes sont représentés par les brahmanes au sommet et les Tchandala, « êtres impurs, rebut du rebuta), au bas de Téchelle. L'Hindou n'a d'autre tribu que sa caste. C'est une grande famille, une véritable corporation qui défend avec acharnement. les. droits de ses membres; mais une seule faute suffit pour précipiter l'individu dans une caste inférieure. <' Le crime le plus grave est de se laisser approcher par un homme de race impure, d'accepter de sa main un vase d'eau ou ([uelque nourriture défendue, ( I ). .>r Comme on voit, cette division rigoureuse par castes procède directement de la religion. C'est, en etl'êt, le brahmanisme qui constitue encore aujourd'hui la religion fondamentale de l'Inde, avec son rituel, son organisation et ses prêtres. Mais le brahmanisme lutte contre le boudhisme, fondé six siècles avant Jésus- Christ par le prophète Çakya-AIouni. Aujourd'hui le brahmanisme a repris son inlluence sous le nom général dhindouïsme,. qui est la reli^'ion nationale des Hindous, et se propage rapidement chez les tribus païennes. Les autres religions moins importantes sont rislamisme, entrée au xiii^. siècle dans l'Inde ce parla prédication du sabre )):le parsisme, qui ne compte dans nos établissements qu'un très petit nombre d'adhérents, et entin le christianisme, avec un assez petit Tionibre
(i) Elisée Reclus, t. VIII.
(le prosélytes, qui augmentent d'ailleurs rapidement. Les races qui dominent dans nos établissements sont à Chandernagor les Soudras, issus d'un mélange entre brahmanistes, et les Yaysias. Les Soudras se subdivisent à| leur tour en hautes castes, généralement agricoles, castes intermédiaires, qui se recrutent chez les mar-
Yue du sud du quartier européen.
chands, et basses castes, presque toutes industrielles. Ces Soudras appartiennent aux peuplades Tamoul et Telinga à Pondichéry, Yanaon et Karikal; aux Gaurs et Bengalis à Chandernagor, et aux Maplots ou Maléalums à Mahé. La caste d'un Hindou se reconnaît à la désinence de son nom, chacun possédant un sufîixe qui s'ajoute aux noms individuels. Quant aux Parias, ils sont subdivisés en trois ordres et treize castes. Bien que les castes doivent défendre leurs prérogatives et obéir aveuglément à un chef général dit Nadou, il n'est pas douteux que l'influence
de la France ne tende à les faire disparaître. Les Indiens ayant renoncé à leur statut personnel [deviennent de plus en plus nombreux, de sorte qu'entre les Européens et les natifs, se placent aujourd'hui les renonçants qui sont latalement destinés à absorber les Indiens restés fidèles à leurs cultes et à leurs traditions. « Profondément attachées à leurs usages et à leurs cultes, les populations de rinde française ont néanmoins un vif amour pour leur patrie d'adoption et de choix, la France ; leur esprit patriotique et leur sagesse sont également remarquables. Les mœurs ont une certaine simplicité ; le travail des champs est assidu ; les industries récemment créées ont trouvé chez les natifs un concours patient et habile. Ce qui gouverne dans la caste, c'est la famille; les lois de Manou l'entourent d'un grand nombre de garanties précieuses (i). ))
Le dernier recensement de l'Inde française (27 février 1891) avait donné comme population totale un chiffre de 288. o53 hal^itants; celui de 1897 était seulement de 279.581, en diminution de 3.472. Cette population se répartit ainsi qu'il suit : hommes 135.978, femmes i4i.o35. Si nous examinons la répartition par commune, nous trouvons les chiffres suivants :
Pondichéi'v 23.o56
Oulgaret 29-296
Villenour 21.869
Bahour 15.910
Chandernagor 11.724
Karikal 8.167
Grand e-Aldée 7-617
Nédouncadou 11.936
Mahé 4.765
Yanaon 2.295
(i) La France coloniale, Indiens français, par Henri Deloncle.
Ces populations se répartiraient à peu près ainsi qu'il suit :
Européens 920
Descendants d'Européens (créoles Eurasiens) 1.757
Anglais 34
Descendants d'Européens anglais 36
Le reste est exclusivement fourni par la population indigène. En somme, Plnde française est peuplée d'environ 55 habitants par kilomètre carré, mais certains centres sont singulièrement plus importants; c'est ainsi que Chandernagor accuse une population kilométrique de 347 habitants.