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IV. — GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

Faune. — En dehors des animaux domestiques introduits

(1) Cette partie a été préparée par des documents et un rapport fournis par M. Goupil, Président de la Chambre d’agriculture à Tahiti.

à Tahiti qui y ont prospéré, et du porc sauvage que les premiers navigateurs y ont trouvé, les quadrupèdes sont inconnus dans les îles de la Société.

On pourrait presque, eu dire autant des oiseaux. L'ornithologie de Tahiti est limitée à une sorte de pigeon appelé rvpe, à une colombe verte, Youpa, à un martin-pêcheur, le ruro, à un oiseau brun ayant la queue en éventail, appelé it citai , à deux oiseaux chanteurs, Yomamao et Yotatare , et enfin à deux oiseaux des plages, le torea , sorte de pluvier, et Yotuu , héron crabier de petite taille. Indépendamment des volatiles domestiques, poules, dindons, paons, canards, pintades qui y ont été acclimatés sans peine, des oiseaux exotiques ont été introduits avec succès, ce sont : le donacol, espèce de bec de corail qui s’est multiplié avec une rapidité extraordinaire, le merle des Moluques , insectivore précieux, le pape, passereau importé de la Nouvelle-Calédonie, la tourterelle verte, de même origine, et le bengali.

Les poissons de rivière sont le nato, sorte de truite d’un goût excellent, et un petit poisson noir appelé oopu. Les anguilles y sont très belles; les ruisseaux fournissent aussi une grosse crevette semblable aux langostines des côtes d’Espagne. Le poisson de mer abonde. Il y est de toutes formes et de toutes couleurs. Les plages tahitiennes peuvent à bon droit être considérées comme le paradis de fichtyophage et de l’ichtyologiste.

Flore. — Si la zoologie lahitienne ne peut, à raison de sa pauvreté, fournir matière à une longue description, il n'en est, pas de même de la flore ; si bien qu'après avoir été bref pour a faune, parce qu’elle est à peu près nulle, on est obligé d’être également bref pour la flore, parce qu'elle est trop riche.

Cependant avant l’arrivée des Européens à Tahiti la végétation, quoique d'une intensité remarquable, ne comprenait guère que ôô’.) espèces do plantes ou arbres.

Aujourd’hui ce nombre a plus que quadruplé par l'introduction constante des espèces tropicales qui, toutes, s'acclimatent et se développent admirablement dans le sol tahitien.

Minéralogie. — Comme le règne animal, le règne minéral est très pauvre à Tahiti. En dehors des pierres et du corail qui servent pour les travaux de maçonnerie, la minéralogie n'offre aucun intérêt. La chaux ordinaire employée dans la colonie est également préparée avec le corail. Il n’y a pas trace de sels ou de combustibles. Quant aux métaux, la présence du fera été constatée, mais dans de faibles proportions.

Disons toutefois que l’élude minéralogique des îles Tahiti et Moorea ne parait pas avoir] été sérieusement entreprise jusqu’à ce jour.

Culture. — La grande culture n'est pas connue à Tahiti. Le seul domaine où elle serait possible est celui d’Atimaono, dont la superficie totale est de 4,001) hectares. Longtemps exploité par une compagnie agricole pour la culture du coton, il est maintenant complètement en friche, par suite de la baisse considérable survenue sur ce produit industriel et du manque de bras pour l’entreprise de nouvelles cultures.

De nombreux troupeaux de bétail y vivent actuellement à l’état sauvage.

Ce vaste et riche domaine est à vendre. Puissent quelques intelligents colons en devenir acquéreurs el y faire revivre une nouvelle ère de prospérité et de richesse dont les résultats bienfaisants se feraient sentir sur tout le pays (1).

Les principales cultures adoptées aujourd'hui à Tahiti et Moorea sont celles de la canne à sucre, du cocotier, du café et de la vanille. Ensuite viennent les fourrages, le maïs, le tabac, les fruits, les légumes.

(1) Des négociations viennent d’être entamées avec la Caisse agricole, dont l’intention serait de doter la colonie d’un terrain domanial qu’elle céderait après morcellement à des colons agriculteurs.

Déveloïipement de l' Agriculture. — L’institution du Protectorat de la France sur Tahiti (1842) ayant donné lieu à des difficultés qui ne furent définitivement réglées qu’après une longue campagne de guerre, ce n'est qu’en 1848, après le réta-

Tahitiennes tressant des chapeaux de paille

blissement de la paix, que les travaux agricoles purent reprendre leur cours.

Toutefois l’existence de la vaine pâture constituait un sérieux obstacle à la création des plantations, aussi n’est-ce qu’après son abolition, d’abord partielle, puis totale que Ion put songera travailler avec méthode.

On s'accorde généralement à reconnaître que le quart do la superficie totale des îles Tahiti et Moorea est cultivable, ce qui donnerait 25,000 hectares pour Tahiti et 3,500 pour Moorera.

Vers 1862, des encouragements furent donnés aux agriculteurs et des produits comme le coton, le café, le tabac, le sucre, la vanille, en dehors des végétaux spéciaux à la colonie, firent leur apparition aux quelques expositions agricoles tenues depuis cette époque.

En 1863, sous le gouvernement de M. de la Richerie, qui l'avait puissamment encouragée, l’agriculture lit de grands progrès/Gent mille francs furent affectés à son développement.

Cette somme était ainsi répartie :

40.000 lr. pour les caféiers a raison de 1.000 fr. par hectolitre.

cacaoyers

cotonniers

cannes à sucre

prairies artificielles

cocotiers

élevage

huile de coco

vanille

tabac.

L impulsion fut réelle ; des plantations de calé et plusieurs grandes plantations de cocotiers furent créées alors et ne cessèrent de produire depuis, récompensant largement les propriétaires de leurs efforts.

Cette année 1863 constatait aussi un accroissement notable dans la culture du coton.

C'est depuis cette époque, (pii a vu naître la grande compagnie anglaise d’Alimaono, que le coton de Tahiti a été ap-

précié sur les marchés européens où il était exporté en grande quantité, grâce à la guerre civile qui avait arrêté la production américaine.

L’exportation en 1865 et 1866 a atteint deux millions et demi.

C/est aussi de 1865 que datent les premiers essais sérieux de culture de la canne. Ces essais faits sur une superficie de quinze hectares donnèrent de médiocres résultats quant au rendement par hectare, mais excellents quant à la qualité. Les quinze hectares en question fournirent alors 21.400 kilos de sucre, soit environ une tonne et demie par hectare. Ce n'était pas la faute de la terre, mais celle des procédés de culture, puisque la même plantation, exploitée par d’autres, donne aujourd’hui environ sept tonnes à l'hectare sans aucun engrais.

Cette culture n'a jamais été complètement délaissée, mais elle a failli disparaître. La production des sucres étrangers (Maurice, Fidji, Queensland) avait atteint de telles proportions, que les planteur?, découragés, ne faisaient plus guère que du rhum qui, trop abondant, se vendait lui-même fort mal. La Chambre d’agriculture en 1887 s’émut de cette situation et, après de longs débats, recommanda comme remède l'établissement d’une taxe protectrice de l’industrie sucrière. Ce vœu ayant été favorablement accueilli, la taxe fut votée, mais elle dut être retirée à cause de son caractère douanier, qui exigeait l’intervention du pouvoir métropolitain.

Elle fut heureusement rétablie par le décret sur l’octroi de mer et la loi douanière de 1892. Cette industrie a pu, depuis lors, améliorer son matériel el réaliser de réels progrès.

11 a été fait, en 1869, une visite des cultures des îles Tahiti et Moorea, puis encore en 1878, mais aucun tableau des résultats constatés n'a été établi, de sorte qu'il n’est pas possible de faire connaître l'étendue de chacune des cultures existant à ces diverses époques dans ces îles.

Ce n'est qu'en 1884 qu’un recensement avec tableau synoptique a été fait. 11 en ressortait que la superficie cultivée était de 3,255 hectares, dans lesquels les cocotiers figurent pour 2,279, ce qui laissait 976 pour les autres cultures.

C'est le cotonnier qui, à cette époque, occupait la plus grande surface, après le cocotier : 467 hectares. Cette culture a été abandonnée depuis, malgré les efforts tentés en 1887 pour les relever. Voici d’ailleurs le tableau dressé en 1884:

Cotonnier .

467 hectares

Cocotier .

Canne à sucre .

Caféier .

Tabac .

Vanille .

Maïs .

Fourrage . .

Vivres cultivés .

Légumes .

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