hectares
Les orangers ne sont pas indiqués en tant que superficie couverte, ces arbres croissant à l'état naturel et étant disséminés un peu partout. Ils avaient néanmoins fourni à l'exportation 700,000 oranges valant 175,000 francs.
Il a été fait, en 1891, un autre recensement très incomplet qui n’a porté que sur les plantations dont les propriétaires ont demandé l’inscription, ce qui laissait en dehors les autres, dont quelques-unes importantes, encore ne donna-t-il aucun renseignement sur les cocotiers et les prairies artificielles, lont les plantations, capricieusement espacées, n'ont pas permis à la commission d’en faire le dénombrement, ni d’en mesurer l’étendue.
Les cultures visitées se répartissaient ainsi ]>our les deux îles :
Tahiti
Moorea
Totaux
Coton .
298 hectares
Vanille .
Café .
Cannes à sucre . . . .
Enfin les cultures diverses couvraient 28 —
Soit un total de . 709 hectares
Les plantations n’ont pas été visitées depuis, l’année 1891, toutefois on peut dire que :
Le colon, s'il n'a pas complètement disparu, est du moins en décroissance marquée par suite de la vileté de son prix ;
La vanille a quadruplé son étendue, par suite de la hausse marquée qui s'est faite depuis 1895 sur ce parfum ;
Le café a plus que doublé sa surface pour une raison analogue :
La canne à sucre a également doublé sa production sous l'influence des mesures protectrices plus haut signalées.
A en juger par le nombre de plants délivrés depuis quelques années par le jardin Raoul, on peut assurer que la culture du café et du cacao se développe à Tahiti ; sous les auspices de la Chambre d’agriculture, une plantation de café et de cacao, selon les méthodes rationnelles, se crée à deux kilomètres de Papeete. On espère que les résultats seront de nature à encourager la population agricole dans cette voie.
Céréales. — La culture des céréales proprement dite est inconnue à Tahiti. Le riz a été tenté autrefois, mais les essais ont été coûteux et n’ont pas été renouvelés.
Le maïs vient bien et les récoltes sont abondantes. Dans
des conditions favorables, la récolte se fait cent jours après le semis. Cette culture n’est pas développée ainsi qu’elle devrait l’être, capable qu’elle est de restreindre, sinon arrêter, l'importation de l'orge qui coûte à la colonie environ 60,000 francs.
Le manioc est toujours cultivé à Taliili et à Moorea, mais il n'est l’objet' d'aucun commerce avec l'extérieur, étant consommé totalement dans la colonie même.
La culture vivrière est peu répandue, eu égard au chiffre de la population, ce qui est attribué à la préférence accordée par les indigènes aux fruits à pain et aux féï, qui croissent naturellement auprès des habitations et dans les vallées.
Elevage. — Les renseignements font défaut sur le nombre d’hectares consacrés aux pâturages.
Les espèces élevées sont celles chevaline, bovine, ovine et porcine. Les chevaux sont de petite taille, mais ont généralement du fond et de l’endurance. Produits de croisements de races importées des pays voisins, souvent opérés au hasard des rencontres, par conséquent sans méthode, les chevaux tahitiens vont s’abâtardissant, à ce point que pour y remédier la Chambre d’agriculture vient, par un récent voLe, de solliciter de l'Administration une réglementation visant à la sélection des étalons. Celle assemblée a aussi introduit de Californie un étalon de race.
L’espèce bovine réussit fort bien, malheureusement, comme pour les chevaux, les animaux reproducteurs ne sont généralement l’objet d’aucun choix.
L'espèce ovine est peu représentée, la plupart des essais tenlés n'ayant pas donné de bons résultats à cause de l'humidité des lieux adoptés pour le pâturage de ces animaux. Les quelques tentatives faites dans les endroits dégagés et secs ont, en revanche, parfaitement réussi. Le mouton, dit Leicester, de la Nouvelle-Zélande, parait être celui qui s'acclimate le mieux dans la colonie.
La race porcine est très répandue, mais la plupart des porcs vivent encore à l’état errant.
Voici d'ailleurs les quantités d'animaux, recensés en 1884 et 1887 :
Chevaux .
Anes .
ry
Mulets .
Béliers et brebis .
Taureaux, bœufs, veaux.
vaches, génisses .
Porcs .
La quantité des porcs constatée en 1884, était une simpleestimation comprenant les animaux errants, ce qui expliquela différence avec les chiffres de 1897.
Le tableau ci-dessus ne s’occupe que des iles Tahiti et Moorea. Les renseignements font défaut pour les autres archipels.
Le bétail n'es! l'objet d'aucun commerce avec l’extérieur. La colonie en importe même de Nouvelle-Zélande, bien qu'elle en produise, avec le stock des iles Marquises, en quantité plus que suffisante pour ses besoins. Cette anomalie est expliquée par les difficultés de capture et de transport du bétail local.
Les bœufs el les vaches pèsent un poids moyen de 250 kilog. Les moutons 30 kilog. et les porcs, 70 kilog., le tout sur pied.
Les moyens propres à développer l'élevage consisteraient dans une taxe prohibitive sur le bétail étranger et l'amélioration des moyens de transport dans les districts de Tahiti.
Moyens de communications commerciales el postales. — 4° Autour de Vile Tahiti — l ue route de 1G0 kilomètres fait le tour de 'Tahiti et met en relation Papeete avec les autres-
centres de population. Dans la petite presqu’île, la voie n'est qu'un large sentier, à peine praticable aux voitures.
Le service postal autour de l'ile est assuré quotidiennement par une entreprise de voitures publiques.
L’intérieur montagneux de Tahiti ne permet pas l'établissement de voies transversales accessibles aux véhicules. On ne peut y pénétrer qu'à cheval ou à pied par de nombreux sen-
Gase indigène à Tahiti
tiers qui deviennent de plus en plus rares au fur et à mesure qu’on remonte les vallées ou qu’on s’élève sur le liane des montagnes.
Plusieurs fois a été soulevée la question de la création d’un chemin de fer à voie étroite sur la partie Ouest du pourtour de l’ile. Mais cet important projet est subordonné au développement commercial qu'apporteraient dans la colonie les vapeurs de la ligne de San Francisco.
2° Entre les archipels. — Papeete est relié par des services
maritimes réguliers avec tous les archipels de nos Etablissements océaniens.
Jusqu'en 1897, la voile était l’unique moyen de transport faisant communiquer les archipels entre eux. Depuis cette époque une ligne subventionnée, à vapeur, met en communications rapides et régulières les principales îles de la colonie. Les départs ont lieu tous les 28 jours de Papeete.
L'unique vapeur de la ligne dessert d’abord 4 îles des Tuamotu, continue son parcours sur les Marquises, touche à Taiohae et à Atuana et revient sur Papeete en visitant 4 autres îles Tuamotu. Ce premier trajet dure 18 jours.
Le même vapeur repart le lendemain de son arrivée pour les Iles-sous-le-Vent, touche à Huahine, Raitea et Borabora et fait escale à Moorea, aller et retour.
Un service hebdomadaire existe en outre avec Moorea, au moyen de l'unique remorqueur attaché au port de Papeete.
De nombreuses baleinières et pirogues construites par les indigènes viennent journellement de Moorea et de tout le littoral de Tahiti, apporter à Papeete les divers produits de ces deux îles.
Les îles Gambier, Tubuai et Rapa, sont reliés au chef-lieu par une goélette subventionnée, effectuant 4 voyages par an.
Indépendamment de ces services réguliers, subventionnés spécialement pour assurer le transport de la correspondance postale, il existe de nombreux cotres et goélettes circulant dans tous les archipels, surtout entre PapeeLeetles Tuamotu. Tous ces petits voiliers, qui assurent également le transport des dépêches postales, rendent la circulation à l’intérieur de la colonie, sinon rapide, du moins très active.
3° Avec l’ Amérique et l'Europe. — La voie la plus directe et la moins longue reliant nos possessions océaniennes avec l'Europe est celle d’Amérique, par San Francisco et New-
York (1). C'est celle qui est adoptée depuis de nombreuses années pour le transport des dépêches postales.
De Papeete à San Francisco, le parcours est assuré par des voiliers américains partant du 12 au 15 de chaque mois et effectuant la traversée dans une durée moyenne de trente-cinq jours.
La traversée de l'Amérique est de cinq jours et celle de l’Atlantique d’environ une semaine. A New-York, le courrier emprunte une des nombreuses lignes des paquebots anglais, allemands et français reliant journellement l’Amérique à l’Europe. Les paquebots les plus rapides (anglais et allemands) effectuent actuellement le voyage en cinq ou six jours. En ré sumé, Tahiti est donc à environ quarante-huit jours de la Métropole.
Le retour, de France à Tahiti, s’effectue dans une moyenne -de quarante-cinq jours (2). Cette légère différence provient de l’influence des vents alizés qui favorisent toujours davantage la traversée de retour des voiliers. Les départs de San Francisco ont lieu le 1er de chaque mois ; le voyage de retour comporte une escale à Taiohae (îles Marquises) (3).
Le prix du passage de Tahiti en France, par San Francisco,
(1) Parla voie du Havre et d’Amérique, Tahiti est à 18.000 kilomètres de France, en chiffres ronds, se décomposant comme suit :
Traversée de l'Atlantique . 5.800 kilom.
— de l’Amérique . 5.000
— du Pacifique . 7.000 —
Par Marseille et l’Australie, on compte 26.000 kilomètres :
de Marseille à Colombo (Cevlani . 9.300 kilom.
île Colombo à Sydney . 10.200
de Sydney à Auckland . 2.400
d’Auckland à Tahiti . 4.100 —
(2) Les dépêches postales de Paris pour Tahiti sont acheminées par les paquebots partant du Havre tous les samedis.
(3) Depuis le 1er janvier 1899, lesarmateurs des voiliers, alléguant diverses raisons d’intérêt commercial, ont refusé de renouveler leur marché annuel pour le Irinsport du courrier. Les dispositions provisoires qui ont été prises à la suite de ce refus n’exigent plus, présentement, de ces voiliers le caractère de périodicité qui existait précédemment. L’opportunité de la création d’une ligne à vapeur se lait donc sentir plus que jamais.
New-York et le Havre, est de 1,400 francs en i1'0 classe et de 1)00 francs en seconde.
De tous les pays du monde, Tahiti est peut-être le seul qui emploie encore la navigation à voile comme moyen de transport maritime postal. Depuis de longues années, divers projets ont été étudiés et proposes pour substituer la vapeur à ce système suranné de communications périodiques; mais jusqu'à ce jour aucun n'a pu aboutir, soit par suite de mauvaise entente entre les parties intéressées, soit surtout en raison du chilfre relativement élevé de la subvention demandée.
Bref, cette question de création d'une ligne à vapeur est toujours pendante ; les récentes et nombreuses démarches de l'Administration locale lui ont donné un regain d'actualité qui semblerait augurer une solution définitive à bref délai. L'avènement très prochain du vingtième siècle inaugurera-t-il enfin cette ligue à vapeur tant souhaitée, qui mettrait Tahitià quinze jours de San Francisco et à vingt-huit jours de France, et qui ouvrirait pour la colonie une ère de prospérité que son isolement et la lenteur actuelle de ses relations ont jusqu’alors entravée ? (1).
4° Avec les pays anglais d’ Australasie — - Une ligne à vapeur anglaise à service de vingt-huit jours, coïncidant avec la grande ligne des Messageries Maritimes de Sydney-Marseille, relie Tahiti à Auckland (Nouvelle-Zélande). La durée du trajet est de dix jours. Cette ligne met la colonie en relation avec l’Australie, la Nouvelle-Calédonie, les nombreuses iles du Pacifique occidental, l’Asie, la côte orientale d’Afrique, Madagascar, et l’Europe par la voie de Suez.
Par cette voie la durée du trajet de Tahiti en France et
r ' (1) Des propositions viennent d’être faites par une maison française qui s’engagerait à relier par vapeurs Tahiti à Nouinéa et Saigon. Les correspondances pour la France seraient transbordées à Apia (Iles Samoa) et acheminées par les vapeurs anglais d’Auckland à San Francisco relâchant à Apia. Cette combinaison mettrait Tahiti à un mois de Franco.
vice-versa est de cinquante-cinq jours. Le prix du passage est de 1,800 francs en lre classe et 1.100 francs en 2e classe.
Les correspondances postales et même les passagers de France peuvent effectuer le trajet en quarante-huit jours en prenant, par la voie anglaise de Brindisi, le vapeur qui part huit jours après celui de Marseille.
5° Avec la France par bateaux à voile directs. — Trois fois par an, Papeete est relié au port de Bordeaux par des voiliers de la maison Tandonnet, effectuant, soit par le cap de Bonne-Espérance, soit par le cap Horn, leur traversée en trois ou quatre mois.
Ces bateaux ne servent qu’aux transport des marchandises venant principalement de France, telles que charbon, matériaux, vins, produits alimentaires et manufacturés divers (voir Chapitre VIL — Importations). Ils s'en retournent chargés de coprah et de nacres, à destination de l’Anglerre ou de la France, et vont quelquefois compléter leur chargement sur la côte occidentale d'Amérique.
Communications télégraphiques. — La situation géographique de la colonie, sa configuration particulière, l'importance relativement faible de son commerce, ne lui permettent pas d'espérer être reliée par câble télégraphique avant longtemps aux continents américain ou australien.
La division multiple de son territoire empêche également toute installation télégraphique à l'intérieur.
Quant à Tahiti proprement dit, un réseau téléphonique desservant Papeete et rayonnant autour de l'ile est le seul moyen de transmission électrique que l'on puisse projeter d’établir dans un avenir prochain.
Les télégrammes de France pour Tahiti sont taxés à raison de 1 fr. 90 le mot, par la voie de Californie. A cette taxe principale il faut ajouter 1 fr. 25 pour transport postal à partir de San Francisco, avec la mention taxée, « Poste San Francisco. »
Suivant la date à laquelle on se trouve, par rapport aux départs des bateaux de San Francisco ou d’Auckland pour Tahiti, il est quelquefois plus expéditif d’emprunter la voie télégraphique de Nouvelle-Zélande dont la taxe par mot est de 6 fr. 20.
Existence matérielle. — L'existence matérielle est assez difficile pour l’Européen habitant Tahiti.
On ne sera pas surpris de ce détail si l’on considère : 1° le peu de développement qu’ont atteint, jusqu’à présent, les ressources du pays et la nécessité qui en résulte de s’ approvisionner de presque tout à l’extérieur ; 2° le grand éloignement de la colonie de tout centre de production important ; 8° le taux élevé des tarifs de transport dù à la longueur des parcours; 4° l'indolence native des indigènes et leur obstination à ne pas vouloir vendre des terres qu’ils laissent presque toalement incultes, alors qu’entre les mains de colons travailleurs elles pourraient devenir une source de richesse générale en augmentant les exportations et diminuant les importations.
La domesticité y est très chère et le recrutement de bons serviteurs n'est pas chose facile. Le peu de soumission de l’indigène tahitien vis-à-vis des maîtres, son penchant inné pour l’oisiveté et les plaisirs, le rendent peu apte au rôle de domestique. Rien ne saurait le retenir quand il a résolu de cesser son service pour un motif souvent futile, comme par exemple, changer de résidence ou d’emploi, ou bien jouir immédiatement des quelques économies qu'il a pu faire. Les mêmes considérations s’appliquent à la femme indigène.
Quelques chiffres pris au hasard des dépenses courantes donneront un aperçu de ce que coûte la vie matérielle à Tahiti.
1 kilog. de pain se paie 0 fr. 65.
1 litre de vin ordinaire, 0 fr. 63.
1 kilog. de pommes de terre d’importation, 0 fr. 5).
1 kilog. de beurre en boîte, 4 fr. 50.
1 kilog. de sucre, 1,25.
1 kilog. de bœuf frais, de 1 fr. 75 à 2 fr.
1 litre de lait, 0 fr. 40.
1 paire de bottines, 25 fr.
1 paire de chaussettes, de 2 fr. à 4 fr.
1 tricot de coton, de 2 fr. 50 à 4 fr.
1 coupe de cheveux, 1 fr.
1 journée de charpentier, de 6 fr. à 10 fr.
1 — forgeron, de 8 fr. à 12 fr.
1 domestique (par mois), de 75 à 100 fr.
1 bonne (par mois), de 25 fr. à 30 fr.
1 loyer de garçon à Papeete, par mois, en moyenne 50 fr.
1 loyer pour famille, de 50 à 100 fr.
Location d’un cheval et d’une voiture, par jour, 25 fr.
Blanchissage pour un homme (par mois), de 10 à 15 francs.
La plupart des légumes d’Europe peuvent être cultivés à Tahiti ; leur prix est assez variable suivant la période de l’année ; mais en général ces produits sont plutôt vendus à bon marché, sauf quelques espèces, le chou principalement. On paie un chou de moyenne grosseur de 0 fr. 75 à 1 fr., tandis qu’un demi-kilog. de haricots verts ne coûte guère que O fr. 25.
En raison de la température tropicale, les légumes ne produisent qu’une graine de mauvaise qualité, ne donnant ellemême que des plantes dégénérées ; ce n’est donc qu’avec des graines venant des pays tempérés que les semences sont renouvelées. Certains légumes, tels que le chou, peuvent se reproduire par boutures.
Presque tous les légumes consommés à Papeete sont cultivés et vendus par des Chinois.
Le porc, la volaille et le poisson, très abondants, s’obtiennent relativement à bon marché : on a un poulet pour 1 fr. 50 à 2 fr. et une douzaine d’œufs pour 1 fr. 25.