‹ Notice sur les Indiens de l'Amérique du NordChapitre 18 sur 27 · RANT-CHAI-WAI-ME OU LE PIGEON VOLANT · texte numérisé non relu

RANT-CHAI-WAI-ME OU LE PIGEON VOLANT

Rant- Chai-Wai-Me ou le Pigeon volant était femme du Nuage blanc , Mahaskah , chef dans la tribu des Ioway et descendu originairement de celle des Nez percés.

Elle avait mérité, en raison de sa beauté, le surnom de V aigle qui voltige dans les airs . Le portrait fidèle que nous en donnons à la page 70 justifie en quelques points la réputation dont elle jouissait dans sa tribu. C’est, sans nul doute, la figure indienne la plus attrayante qui ait jamais été aperçue aux États-Unis, à notre connaissance du moins. Ses vêtemens, on le conçoit, ne sont pas son propre ouvrage. Nous eussions préféré la présenter dans son habillement primitif; mais son portrait a été peint d’après nature, ainsi que nous le donnons.

Quand , il y a des années, nous la vîmes à Washington , on aurait pu croire que les dix-huit printemps qu’elle comptait alors n’avaient pas été pré-

cédés d’autant d’hivers, tant était caractérisée sur ses traits cette empreinte d’espérance qui appartient à l’âge des illusions. Il y avait en elle une douceur naïve qui contrastait péniblement avec l’expression féroce des hommes faisant partie de l’ambassade.

Mais Rantchaiwaime n’était pas seulement belle, elle était éminemment bonne. Sa main , disait Mahaskah, était toujours ouverte à celui qui avait faim.

Sessentimens de religion , à la manière de sa tribu , étaient des plus fervens. Dans la crainte d’avoir indisposé le méchant esprit, on la voyait souvent, en signe de pénitence, se noircir la figure et les mains et s6 retirer pour prier dans la solitude.

Jeune encore , elle fut enlevée à son mari qui en exprima une douleur peu commune chez les Indiens.

Mahaskah et elle portant son enfant traversaient un pays inhabité ; ils étaient tous deux montés séparément, et comme il craignait quelque embûche, il la précédait à une certaine distance. Cependant comme elle tardait à arriver, il retourna sur ses pas et rencontra bientôt le coursier de Rantchawaime seul, et qui paissait tranquillement. Appréhendant un malheur, il accourut, et non loin de là sur le bord d’un précipice s’offrit à sa vue le corps inanimé de sa femme, et, reposant sur le sein, son enfant âgé alors de quatre ans. A l’approche de Mahaskah, l’enfant s’écria : Père ! ma mère

dort. Une chute de cheval avait mis fin à ses jours.

Le chagrin de Mahaskah fut sincère et profond. Sur la tombe de sa femme , il crut devoir apaiser la colère du méchant génie à laquelle il attribuait cette affreuse calamité en immolant deux chiens et un cheval. Sur la tête de l’un des chiens étaient placées quelques feuilles de tabac.

MA-HAS-KAH LE JEtJNE } CHEF IOWAY (P. 157).

Il est fils des précédens. A la mort de son père, il prit la direction de sa famille. Quoique appelé par droit d’hérédité à succéder à la dignité de son père, il la refusa néanmoins jusqu’à ce qu’il fût élu par la tribu. Cette noble détermination ayant été connue , il fut choisi à l’unanimité ; il avait alors vingt-quatre ans.

Concurremment avec son oncle Nauchenanga sans cœur, il gouverne encore avec beaucoup de succès. Doué d’un caractère doux et pacifique, et l’ami constant des blancs , il recommande sans cesse à sa tribu de vivre en paix avec eux , d’abandonner la chasse et la pêche pour ne s’appliquer qu’à l’industrie et à l’agriculture.

Il se rendit à Washington , en i838 , afin de faire des représentations au président au sujet des

terres de sa tribu. Là, il reconnut avec joie le portrait de sa mère Rantchewaime, et l’art qui avait ainsi préservé ses traits excita son enthousiasme au plus haut degré.

Une copie en a été faite par ordre du président qui la lui a fait parvenir, et il la conserve avec un soin pieux.

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