MŒURS. — US ET COUTUMES
Un auteur, l’honneur de sou pays, et dont la réputation est cosmopolite , Washington Irving, a dit : « L’Indien des fictions poétiques est , comme le berger du roman pastoral, une pure personnification d’attributs imaginaires.» Afin d’éclairer une conscience naturellement encline à adopter les traditions indiennes, enveloppées, comme elles le sont généralement, dans l’enchantement du romantisme et du merveilleux, il a voulu voir et juger par luimême. Ni la privation des douceurs de la vie sociale dans laquelle il tient un rang si éminent, ni les rigueurs de la vie sauvage ne l’ont arrêté.
Suivant pas à pas, pendant des mois entiers, l’homme des bois, il l’a pu observer de près dans ses bons momens comme dans sa colère, l’étudier
dans ses habitudes et sa manière d’agir, et nous avons ici, en peu de mots, le résultat peu favorable de cet examen consciencieux.
Il lui aura , sans nul doute , beaucoup coûté de voir ainsi s’évaporer l’être idéal de la poésie, auquel il crut un jour, pour ne plus retrouver à sa place que l’homme tel que la nature le fit avec beaucoup des vices de la société et avec ses qualités de moins.
Lorsqu’on s’est long- temps bercé d’une idée flatteuse, il est bien pénible d’être tout-à-coup rappelé à la froide réalité. Disciple indigne de l’illustre astronome qui semble du bout des doigts jouer avec les astres, tant et si souvent il s’est entretenu avec eux, nous avons été victimes de cette impression amère de désappointement, lorsqu’il arriva à nous démontrer, hélas! avec trop d’évidence, que la lune n’est qu’une terre inhabitée et inhabitable; un monceau de rocailles volcaniques et de sables, sans végétation aucune, sans prairie, sans ombrage, partant sans bergères ni moutons! Nous qui toujours savourâmes des yeux les effusions des poètes sur cet astre paisible; nous qui, comme tant d’autres amans , y vîmes maintes fois reflétés les beaux yeux de notre dulcinée , fallaitil que de si douces émotions fussent mises à néant par une simple démonstration.
Dans les traits que nous essaierons de tracer, on rencontrera des vertus d’habitude, si l’on veut, mais, nous le craignons, peu de celles du cœur»
Des qualités transcendantes des Indiens de l’Amérique du Nord, il n’en est pas qui émeuvent, mais beaucoup qui excitent l’admiration. Afin qu’on apprécie un tableau, il faut le produire avec toutes ses parties saillantes aussi bien que ses ombres.
Par malheur, les circonstances qui meuvent les groupes indiens sont tellement différentes les unes des autres , soit qu’elles les portent à chercher leurs moyens de subsistance dans la pêche, la chasse ou rarement dans l’agriculture, qu’il n’est pas facile de saisir les traits individuels, et il est presque impossible de définir un ensemble d’habitudes et de caractères nationaux. D’abord nous traiterons de leur religion.