‹ Notice sur les Indiens de l'Amérique du Nord [microform]Chapitre 14 sur 38 · PAR EP LE LS · texte numérisé non relu

PAR EP LE LS

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sans doute, mais essayer de le brusquer, serait s’exposer à se heurter contre plus fort que soi, et à ne rencontrer, en définitive, que le côté tranchant de sa faux.

L'histoire nous offre de nombreux exemples des obstacles que rencontraient les nations anciennes dans la civilisation des hordes barbares qu’elles soumettaient à leurs armes. D'abord, elles plantaient des colonies militaires, système encore suivi de nos jours par la Russie, dans les pays qu’elles subjuguaient. Ces gouvernemens y régnaient plutôt par la terreur que par les lois, et ce n’est que de guerre las que les peuples vaincus se soumettaient en définitive aux us et coritiimes de leurs civilisateurs imposés. Les conquérans demeuraient -ils assez long-temps pour voit passer devant eux une ou deux générations, ils se trouvaient, par le cours de la nature, débarrassés de l’entêtement caractéristique de la vieillesse, et de la répugnance des hommes mürs, à tous changemers d’habitudes nationales ; les jennes gens, plus dociles et plns aisément dessillés, étaient en outre attirés vers leurs nouveaux maitres, par la pompe des armes et par l'attrait de la gloire; ils s'enrégimentaient dans leurs cohortes et s’identifiaient bient5f aux nouvelles coutumes. Le cercle s’agraudissait ainsi autour des conquérans. Mais ceux-ci venaient-ils à être rappelés ou à disparaitre devant les événemens et les révolutions survenus dans leur propre pays,

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premiere place, et bientôt il n’y restait plus que de bien faibles vestiges d’une œuvre qui, quoique commencée par l'injustice sous la forme de conquête, devait, du moins en résultat, tourner au profit de l'humanité.

Au reste, n’avons-nous pas sous les yeux des preuves incontestables de la lenteur avec laquelle les améliorations physiques et morales s’introduisent dans les masses? En Europe, où la civilisation (en la datant de l’époque de la .chrétienté qui en est le plus puissant levier moderne) est de quatorze siècles plus ancienne que celle d'Amérique, il se trouve des populations entières ayant identité de conformation , de peau, et nées presque sous les mêmes conditions géographiques, et qui cependant, à cette heure, retiennent une forte portion de leur barbarie.Sans s'arrêter au nord de l'Europe, comme en Russie, en Pologne et dans quelques parties de l’Allemagne , où on compte encore les ames comme on fait des bestiaux,et où celles-ci se laissent faire; qui ne sait pas, que l’un des coins les plus fertiles de la France,de ce chefde file de la civili sation européenne, que l’ancienne Armorique, enfin,est peuplée par une classe d'hommes qui a retenu toutes les habitudes et beaucoup de superstitions des âges primitifs? Il faut avoir vécu parmi les Bas- Bretons, peuple qu'on ne connait pas en France aussi bien que ceux de la Nouvelle-Hollande, pour apprécier Jusqu'à quel point ils se refusent obs-

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combien ils sont, aujourd’hui même, en arrière par rapport aux autres parties de la France, leur patrie commune. Et cependant, ici existe le puissant auxiliaire de la religion, car ils sont catholiques comme la majorité des Français, condition qui manque essentiellement chez nous, entre le blanc et l’Indien. C’est là un puissant motif d'union, que celui qui nous mène au ciel par le même sentier; et malgré cela, le Bas-Breton est là ce qu'il était il y a des siècles et ce qu’il sera de long-temps.

\dmettant donc qu'il nous est impérativement commandé par la religion et la morale d'étendre sur tout ce qui nous entoure les bienfaits de la civilisation , de l’'envelopper comme dans un réseau de philanthropie, il est juste toutefois, pour éviter tout reproche, d'en constater l'immense difficulté, et de démontrer que nous avons affaire, nous, à des récalcitrans intraitables et rétifs qui sont par nature continuellement disposés à se soustraire au réseau et à en ronger les mailles.

Chez nous tout est à remodeler, religion, vêtemens, coutumes, et l’on pourrait presque dire conformation physique; car cette dernière s'accommode difficilement de ce dont veut l’affubler la société civilisée.

Et, en effet, si à ces courses de tous les jours où le succès dans la chasse dépend de l’agilité avec laquelle il poursuit, et du silence par lequel il trompe la sagacité instinctive du daim et du buffle; si à ce genre de vie convient , seul, un costume lé-

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er, qui n'entrave en rien ses mouvemens naturels, quel contraste n'offre pas l’Indien lorsqu'il se trouve comine emprisonné dans un habit, des pantalons qui le gênent, et des bottes dont le retentissement peut-être dénonce son approche et rend nulle son activité? Habillé à l'européenne, nous ne connaissons rien de comparable à la maladresse d’un Indien, si ce n’est un Turc dans son uniforme à la moderne. Avant de lui dérober ses draperies naturelles, il faudrait pouvoir lui inspirer les goûts de la vie sociale ou aratoire à laquelle est adapté le costume dont on veut l’affubier.

Que si l’on nous objectait qu’il serait peut-être possible de laisser les Indiens subsister, là ou ils se trouvent, en communautés distinctes, et dans toutes leurs mœurs primitives, nous demanderions , nous, à notre tour, s'il serait possible que, dans l’Europe civilisée d'aujourd'hui, en France par exemple, une communauté telle que celle des anciens Gaulois gouvernée par ses druides, avec leur culte abominable et leurs sanglans sacrifices; ailleurs , une autre chez laquelle le droit d’asile offrirait l'impunité au meurtre et à l'assassinat, s’il serait possible, disons-nous, qu'un tel état de choses subsistät un seul instant. Eh bien! cette hwpothèse est une réalité chez nous, où, d’une part, se trouve un assemblage d'êtres incivilisés se refusant à toute législation et à tout effort industriel, tandis que tout autour est agitation et travail, et

que l’agriculture, qui se développe d’une manière

étonnante, demande à toute fonce un vaste théâtre qui soit proportionné à son action.

Si l’on admettait ce point d’arrèt , la conséquence immédiate serait que nos frontières demeureraient immobiles au milieu de tous ces élémens de prospérité, et que l’une des plus fertiles portions du globe resterait à jamais imculte. Ainsi, quelques hordes barbares inhabiles à profiter des biens de la terre, errantes, de Détroit à Natchitoches, sur une ligne de quinze cents milles, seraient un obstacle invincible à la culture d’une aussi immense région que celle qui se trouve au delà, et que, sans doute, la Providence destine à la sustentation de plusieurs millions d'ames.

Voici les remarques que ce sujet suggere à M. Cass , lui dont une grande portion de l'existence à été consacrée à améliorer le sort des Indiens, et dont personne peut-être ne connait mieux que lui le caractère distinctif :

« © Ja situation de la population primitive est « un phénomène qui ma pas de parallele dans « l'histoire du genre humain. Depuis deux siècles, « elle s’est trouvée en contact avec un peuple civi- « lisé. Elle a été témoin de nos perfectionnemens « et de notre supériorité. Les Indiens ont aban- « donné leurs arcs et leurs flèches, leurs peaux d’a- « nimaux, leur couteaux de pierre à fusil et leur

ï Zreatment of (he Indians by the United-States and Great-Britain, by Lewis Cass, 29

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« tomahawks , et ont adopté nos armes, nos mu-

ji « nitions de guerre, nos draps et beaucoup de nos REA « outils de fer et d'acier. Mais dans leur caractère Pé « moral, s'ils n'ont pas reculé en arrière, ils n’ont 5" « certainement fait aucun progrès. Un principe d’ade « mélioration progressive semble presque être in- RE « hérent dans la nature humaine. Les communautés sscle « d'hommes et d'individus en général sentent l’é- | « mulation d'améliorer leur condition. Rien au- | | pe * « tour de nous n’est stationnaire, Dans la carrière | « de la vie nous nous efforçons tous d'acquérir des Vers « richesses, des honneurs, du pouvoir ou tel au- « tre objet que nous croyons devoir réaliser les 4 dé « rêves enchantés de notre imagination, et c’est ” « l’ensemble de tous ces efforts qui constitue les ik | « progrès de la société.

__. « Mais il n’existe que fort peu de chose de ceci 2e « chez nos sauvages. Tel que l'ours, le daim, et le dns « buffle de ses propres forèis, l’Indien vit comme LS « a véeu son pére , et, ainsi que son père, il mourra é , ä « aussi. Il n’essaie jamais d’imiter les arts en pracn « tique chez ses voisins civilisés. Sa vie se passe | : « dans une indolence continuelle , et en des efforts « vigoureux pour pourvoir à ses besoins matériels su « ou à satisfaire ses mauvaises passions. Jamais il "4 « n’examine autour de lui dans un esprit d'émulaes « tion, afin de comparer son état à celui des autres

« et avec la ferme résolution de le perfectionner. «€ Dans un temps d’abondance, il ne songe ja-

ritain, mais à se prémunir contre une saison de disette.

« Le besoin ne lui enseigne pas plus la prudence « que la misère l'industr.e. Cet aveuglement n’est « pas le résultat de l'ignorance. De nombreux es- « sais, bien ou mal dirigés pour l’amener à la « bonne voie, n’ont pas été négligés. Mais il est « peut-être destiné à disparaître avec ces forêts qui « lui procurèrent sa nourriture etses vêtemens, et « dont l'existence semble être indispensable à la « sienne. »

Il est incontestable que la haine du travail est la cause première de la ruine complète qui menace ce qui reste encore d’indigères ; là est la racine du mal, et c’est elle qu'il s’agit de déraciner. Chercher à inculquer de l'instruction à l’homme, tant qu'il reste dans l’état sauvage, c’est semer dans le sable.

Comme preuve, la seule tribu qui ait fait jusqu’à présent quelque avance vers la civilisation, est celle des Cherokees, parce que c’est elle aussi, avecles Choctaws, quipresque exclusivement se soit un peu occupée d'agriculture; et encore est-on forcé de rembrunir ce tableau eu n’attribuant la cause de cette exception à la règle générale qu’à l'existence de l'esclavage chez cette première tribu. C'est à la nécessité et à la violence qu’on doit les premiers pas faits vers l’agriculture, observation qui au reste, dans son application, nous reporterait naturellement assez profondément vers l’histoire ancienne , en y associant les Grecs, les Romains et mêmes le Israélites, c’est-à-dire les nations chez lesquelles on vit poindre d'abord la ci-

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vilisation par le moyen de la culture. Les hommes se soumettent dificilement aux fatigues qu’exigent les travaux de la terre; mais dans leur injustice ils n’objectent nullement, et en ceci l’homme sauvage et l’homme social se ressemblent singulièrement, à se servir des mains des autres, et à jouir dans l’oisiveté du fruit de leurs sueurs. Ainsi firent les Péruviens et les Mexicains, les pionniers de la civilisation indigène en Amérique.

Les Cherokees, dans leurs excursions prédatoires dans les uarolines, commencèrent d’abord à y enlever des esclaves africains qu'ils forcèrent à labourer leurs terres; et les bons résultats de ce travail se faisant bientôt sentir, cet appât devint pour eux une nouvelle cause de guerre et de pillage sur les propriétés des blancs. Plus tard enfin, et lorsqu'ils purent écouter les bons avis et recevoir les secours humains de quelques missionnaires établis chez eux , plusieurs, qui ne pouvaient pas obtenir d'esclaves par le vol ou par achat, se laisserent persuader, quoique avec peine , qu’en mettant euxmêmes la main à l'œuvre, ils en recueilleraient le fruit. De là, les premiers commencemens d’agriculture des Cherokees que, dans les derniers recensemens, on a trouvés possesseurs, SUT UNE pOpulation de moins de vingt mille ames , de mille deux cent soixante-dix-sept esclaves africains , dont six cent dix mâles et six cent soixante-sept femmes. Leurs richesses agricoles et industrielles consistent

entrente-trois moulins à farine, treize à scier le bois,

soixante-neuf forges, deux tanneries, sept cent soixante-deux métiers, deux mille quatre cent quatre-vingt-six rouets à filer , cent soixante-douze fourgons, deux mille neuf cent vingt-trois charrues, sept mille six cent quatre-vingt-trois chevaux, etc. etc. Le nombre de charrues, comparé au nombre des adultes mâles, démontre clairement que nombre d’entre eux s'appliquent à l'agriculture, et qu'ainsi déjà tout le dur travail de la culture n'était plus, comme chez les autres tribus, à l'exception des Choctaws, l’autre tribu agricole que nous avons déjà citée exceptionnellement, laissé exclusivement aux mains des femmes, signe transcendant d’une approche vers la civilisation.

Sans leurs esclaves, qui les ont dans le principe conduits vers ce résultat, cette tribu serait tout aussi peu avancée que Îles autres. C’est toutefois un moyen qui répugne trop à l'humanité que celui d'acheter et de faire don d'esclaves aux Indiens pour les civiliser : aussi est-il tout-à-fait hors de question. Il devient donc nécessaire de chercher s'il n’est pas quelque autre remède à apporter à cette apathie, cause principale des malheurs qui les déciment , et les rend inaptes à résider près des établissemens des blancs et à s'incorporer avec eux.

Nous n'en voyons qu'un seul praticable, et qui est celui auquel s'arrêtent aussi quelques uns de nos compatriotes,animés également du désir d'arrèter autant que faire se peut le déclin de la race.

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De la part des hommes arrivés à un certain ag, il nest rien à espérer, leur immutabilité étant r° e partie de leur croyance religieuse. C’est à la ,2unesse quil faut s'attaquer; c’est elle qu'il faut, au moyen de la persuasion, attirer vers des écoles instituées par le gouvernement, professées par des hommes doués d’une inspiration divine; par ces missionnaires qui savent quitter toutes les douceurs de la vie dans le seul but, à travers toutes les souffrances , d'éclairer des créitures humaines, et dont notre histoire offre bon ombre d'exemples dans les différentes sectes religieuses. Qu’en outre de la morale, ces esprits encore ductiles soient principalement dirigés vers une éducation industrielle, et surtout rurale et agricole. Au bout de leur apprentissage , ces jeunes gens seraient conduits sur les terres affectées à leur tribu, à l'Ouest, terre dont la fertilité naturelle n’est surpassée par aucune sur la surface du globe. Ainsi arraché au vice de la paresse, et comme récompense à ses travaux, l'Indien verrait la terre, qui n'est jamais ingrate, lui prodiguer, sous mille formes, ses richesses de chaque saison ; et, par ce langage du Tout-Puissant, qui promet et qui donne à l’homme en proportion de ce qu'il seme ici-bas, il apprendrait qu'il n’est pas de maxime plus vraie que celle : Æide-toi, et Dieu t'aidera.

Nous terminerons cet article par une citation de M. Gallatin qui, dans son grand désir de perfectionner le sort des Indiens, considere comme in-

dispensable « qu'ils soient amenés au travail, enfin

à cultiver la terre ainsi que nous le faisons nous” mêmes , ainsi que les fils de nos industrieux fermiers. Ils ont de la terre à eux, et quand ils auront atteint l’âge de raison, ils ne se verront plus obligés à travailler pour les autres, Ils possèdent une abondante quantité de terre, et peuvent, s'ils le veulent, se perpétuer et se multiplier ainsi que nous. {{ n’y a pas de raison pourquoi, s'ils deviennent un peuple agricole, les soixante mille 1 Indiens du Sud ne s’accroissent pas dans

moins d'un siècle jusqu'à un million *!

1 Ces soixante-sept mille (non pas soixante mille ) Indiens sont ainsi

répartis : Les Cherokees. .........,..............e.scee 15,000 Choctaws..... 18,500 } | ne A HOD dtenrs 24,000 Muskhogees, Seminoles et Hitchittees......... 26,000 Uchees, Alibamans, Coosadas et Natches...... 2,000

Cette évaluation varie quelque peu de celle donnée dans notre récapitulation générale ; mais elle n’affecte pas beaucoup le total. 2 American antiquarian society, vol. IE, p. 159.

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