‹ Notice sur les manuscrits autographes de Pierre de Lestoile, sur ceux du cardinal de Retz, et l'édition nouvelle de leurs ouvrages;Chapitre 3 sur 8 · II. REGISTRES-JOURNAUX · texte numérisé non relu

II. REGISTRES-JOURNAUX

N° Vr. Registre journal d'un curieux, de plusieurs choses mémorables advenues, et publiées librement à la française, pendant et durant le règne de Henri III, roy de France et de Polongne, lequel commença le dimanche XXX may, jour de Pente-

(1) Fragment inédit du Journal de Henri III, p. 292, première colonne , de notre nouvelle édition.

cosle, 1574, sur les trois heures après-midi, ctfinisl le mercredi 2 aoust 1589, à deux heures après minute l.

Le plus important et en même temps le plus curieux de tous les Journaux de Pierre de Lestoile, c'est sans contredit celui du règne de Henri III; c'est aussi la seule époque que notre historien ait pu voir dune manière complète, et il nous la transmet sous la forme d'un journal où il écrit librement et avec toute la finesse et la malignité de son esprit, ses observations, ses réflexions, et son opinion sur les événements de toute nature au milieu desquels il vivait.

Ce volume a été inconnu à tous les éditeurs précédents, et c'est un heureux hasard qui l'a mis en mes mains; il est de format grand in-folio, de 454 feuillets, dont quelques-uns ont été arrachés (1). Il avait appartenu aussi à l'abbaye de Saint-Acheul d'Amiens , comme l'indique l'inscription « Ex libris Sancli-Acheoli; » et les lettres S. A. gravées en or sur la couverture, prouvent que ce fut dans cette abbaye qu'on le fit de nouveau relier. Il y était inscrit sous la cotte P. n° 25, de la bibliothèque de cette maison.

On remarque, à l'intérieur de la couverture, en regard du titre, un portrait de Henri III. gravé par Gourdelle et Jacobus Granthomme. en 1588, et au bas duquel ou lit les vers suivants imprimés avec le portrait :

Peintre, afin que ton art imite la nature,

Au tableau de ce Roy dont l'honneur touche aux cieux ,

(1) Les feuillets qui ont disparu, ont été arrachés fort anciennement, et l'on peut présumer que c'est Lestoile lui-même qui, pour des motifs sans doute fort graves, se décida à les supprimer. L'on remarque aussi, dans la pagination de notre manuscrit, quelques erreurs de chiffres.

i>eins sur son chef Pallas, sur ses lèvres Mercure , Mars dessus son visage et l'amour dans ses yeux.

A la fin du manuscrit, on a aussi collé sur la cou* verture le portrait de Henri IV, accompagné de? vers suivants :

Enfin les ans pourront effacer le visage

De ce prince honoré des hommes et des dieux ;

Mais des siècles entiers le fer audacieulx

Sur l'honneur de ce roy n'aura point d'advantage.

Peins icy, pour tirer d'un pinceau vif et prompt,

L'ombre du plus grand Roy que le ciel ait fait naistrc,

Les myrtes sous ses pieds, les lauriers sur son front ,

Les astres pour couronne et la foudre en sa dextre.

Le feuillet 454 et dernier contenait une estampe représentant le tableau de la Ligue , estampe accompagnée d'une longue légende en vers, et que Ton ne remarque pas dans le recueil n° iv; mais ce feuillet a été collé avec le suivant, et le portrait de la Ligue se trouve par là avoir entièrement disparu. Au verso de ces deux feuillets réunis en un, se lit une oraison pour le Roy (Henri IV) , (Jue Les toile y avait aussi collée.

Long-temps avant que ce Volume nous fût communiqué , son existence était déjà connue , et il avait été l'objet des recherches de plusieurs personnes. Lestoiie lui-même le signale ainsi dans ses Tablettes, sous la date du 14 décembre 1606.

a Jay preste, ce jour, et consigné entre les » mains de M. Despinelle, mon gros Regislre- » Journal in-folio, tout escrit de ma main, conte- ) nant les choses plus mémorables avenues sous » le règne de Henri III, où le bon et le mauvais, » le véritable et le mesdisant, sontpesle-meslés en- » semble, et dont j'ay fait un livre à part du meil- » leur, qui est pour moi seul, et non pour autre (1).»

(1) Manuscrit ft° vin, tome 1* des Tablettes, feuillet 24 recto,

Dès lors l'existence d'un gros journal de Henri III était incontestable; mais ni Godefroy , ni Lenglet du Fresnois, qui ont enrichi leur édition de Lestoile de quelques fragments inédits des Journaux, n'avaient vu ce précieux manuscrit ; et Petitot, le dernier éditeur, l'avait cherché sans succès.

Cependant , à plusieurs époques , et à des intervalles plus ou moins éloignés, ce manuscrit avait été indiqué à l'attention publique.

Le premier personnage qui le remarqua dans la bibliothèque de Saint- Acheul , fut M. Jardel deBraine, qui, en 1777, l'indiqua à Fontette, nouvel éditeur du Père Lelong , ainsi que les quatre autres volumes dont nous parlerons dans la suite (1). Fontette inscrivit dans sa Bibliothèque de la France (2) le titre du Journal de Henri III, tel qu'on le lit sur le premier feuillet de notre manuscrit. Il apprit aussi du même M. Jardel, que ces volumes autographes de Lestoile avaient été donnés au monastère de Saint-Acheul d'Amiens, par un de ses abbés, petit-fils de l'auteur, Pierre de Poussemothe de Lestoile, qui exerça ces fonctions de 1667 à 1718 , et il est très vraisemblable que tous les autres manuscrits de Lestoile, registresjournaux, tablettes, recueils, etc. , furent portés en même temps dans la bibliothèque de cette maison, où ils restèrent tous jusqu'au moment où. par la suppression des ordres religieux, ces volumes furent disséminés et passèrent en différentes mains.

En examinant avec quelqu'attention ce précieux manuscrit, il est facile de reconnaître que ce ne fut point une réunion de ces cahiers de papier sur lesquels Lestoile jetait tous les jours ses réflexions

(1) Les manuscrits nos vi, vm, ix et x.

(2) Tome V, p. 16, édition de 1778

politiques ou littéraires, et où il inscrivait en même temps le nombre des pulsations de son pouls , les atteintes de goutte dont il était menacé, ou la dépense que lui occasionnait la nécessité de faire épousseter sa bibliothèque : des registres portant le nom de Tablettes étaient destinés à cet usage. Le Journal de Henri III, au contraire, est le résultat des dépouillements de toutes les Tablettes de Lestoile , d'où il a soigneusement extrait les relations des événements politiques d'un intérêt réel, et celles des accidents notables survenus pendant le règne du dernier des Valois, afin d'en composer désormais un Journal suivi et complet, depuis 1574 jusqu'en 1589. Le petit nombre de corrections qui existent dans ce manuscrit, montrent aussi qu'il est réellement une mise au net de l'auteur ; comme les mots, pour réformer ou pour brusler, que l'on remarque dans l'intérieur de la couverture , et qui peuvent nous révéler une ingénieuse précaution, prouvent que l'auteur n'avait point failli dans son journal à l'intention qu'il avait déclarée dans le titre de son livre, qu'il disait a publié librement à la françoise. » Cette maxime était tellement dans son caractère, qu'il ajoute cette sentence, un peu hâtive pour son siècle : « // est aussi peu en la puissance de toute la fa- » culte terrienne d'engarder la liberté françoise » de parler, comme d'enfouir le soleil en terre ou » l'enfermer dans un trou. » Nous pouvons assurer que Lestoile a tenu sa parole, et que sa fidélité d'historien est aussi grande que sa liberté de parler.

Le règne de Henri de Valois était déjà bien avancé , lorsque Lestoile entreprit de rédiger le journal des actes les plus marquants de son gouvernement, traversé de tant de cruelles menées, et ce journal fut très-probablement l'ouvrage de plusieurs années. La date de!580, que l'on trouve au

( io )

bas du premier feuillet, nous parait être celle que l'on doit adopter pour l'époque du commencement de la rédaction du Registre-journal du règne de Henri III. Le passage suivant indique aussi qu'il écrivait long-temps après 1582, les faits relatifs à cette même année; puisqu'il y parle, sous la date du 15 juin, d'un monument que le chancelier de Birague « avoit jà pieça fait ériger à sa feu femme, )) tel qu'il s'y void encores aujhourdui ; » et comme ce fut véritablement en 1582 que Birague érigea ce monument à Valentine Balbianne , morte le 20 décembre de cette même année, le jà pieça doit s'entendre de l'intervalle de temps qui se trouvait entre le moment où Lestoile écrivait, et la date du monument tel qu'il le voyait au moment où il parlait. Voici le passage où ces faits sont mentionnés :

« En ce temps la roine de Navarre , arrivée à » Paris , trouvant l'hostel d'Anjou vendu par le w président Pybraq à la dame de Longueville , » acheta le logis du chancelier de Biragues; et se » retira le dit chancelier au prieuré sainte Kathe- » rine, proche de son logis, en l'une des chapelles » de Téglise duquel prioré il avait jà pieça fait » ériger à sa feu femme un monument eslevé de » marbre, de sumptueuse et magnifique structure, )> tel qu'il s'y void encores aujhourdui (1). »

Lestoile travaillait encore à son Begistre en 1585, comme il l'indique évidemment par ces lignes : « En cest an 1580, ceux de la maison de » Lorraine recherchèrent fort et ferme ceux de » la religion , et les solicitèrent pour entrer en » leur ligue, et en parla le duc de Maienne entre » autres au baron de Salignac, qui depuis a es- » pousé la fille de la chancelière de L'Hospilal (2) . »

(1) Nouvelle édition, p. 148, première colonne ; manuscrit autographe, feuillet 192 R°.

(2) Manuscrit, feuillet 168 verso, et page 129de notre nouvelle édition.

On trouve ces lignes sous la date de 1580 , et Lestoile n'aurait pu, à cette époque , parler d'un fait accompli en 1585 (date du mariage de Marguerite Hurault de L'Hospital), si ce n'était à une date postérieure qu'il écrivait cette partie de son Registre -journal. Lestoile en continuait encore la rédaction après 1589, année de la mort du Roi, comme le prouve cet autre passage de son journal :

« Le 21 janvier, le Roi, après avoir fait ses Pas- )> ques, s'en revinst au Louvre ; où»arrivé , il fist » tuer à coups d'harquebuze les lions , ours , etc., » qu'il souloit nourrir pour combattre contre les » dogues, et ce, à l'occasion d'un songe qui lui » estoit advenu, par lequel lui sembla que les )> lions, etc., le mangeoient et dévoroient, songe » qui sembloit présager ce que depuis on a veu ad- » venir, lorsque ces bestes furieuses de la Ligue se » ruans sur ce pauvre prince, Vont déchiré et man- » gé avec son peuple (1). » Si Lestoile avait rédigé cette partie de son journal avant 1589, il n'aurait pu faire allusion à l'assassinat de Henri III, arrivé au mois d'août de cette même année 1589. Le millésime de 1593, que l'on remarque sur le feuillet 26 verso, nous avait fait penser tout d'abord que la fin de la rédaction du journal de Henri III était encore postérieure à cette date : le passage suivant du manuscrit, relatif à un de ses recueils, nous paraît servir à confirmer cette opinion : « Desquels » pasquils, libelles diffamatoires contre Sa Majes- » té, j'ai esté curieux jusques là , d'en ramasser » jusques à plus de trois cens, contenans quatre » gros tomes, sans un grand in- folio plein de figu- » res, etc. (2). » Or, ce grand in-folio renferme

(1) Manuscrit, feuillet 201, v°; et page 156, deuxième colonne de notre nouvelle édition.

(2) Manuscrit, feuillet 420 verso; nouvelle édition , page 292, première colonne.

des figures et drôleries de la Ligue et d'autre* relatives au commencement du règne de Henri IV : il en résulte donc que Lestoile n'aurait achevé ce gros in-folio que pendant le règne de ce dernier Roi, et, pour la même raison, que la fin du Registre-journal de Henri III aurait été rédigée vers ce même temps. On doit remarquer aussi que sur le feuillet 425 dudit registre, et sous la date de 1589 , Lestoile désigne Henri III comme un roi qui n'existe plus , et Henri IV comme le souverain alors régnant; mais plus tard, s'étant aperçu de sa méprise, il la redressa à la marge.

Mais à un terme plus avancé de sa vie, lorsque l'âge eut affaibli la vivacité deses pensées,etcomprimé l'élan de la liberté avec laquelle il les exprimait, Lestoile qui, du reste , ne se séparait presque jamais de son grand registre in-folio, se mit de nouveau à le parcourir , et se laissant aller à de trop vives impressions de terreur, à propos de quelques phrases qui lui étaient échappées contre la personne du roi Henri III, ou contée le roi de Navarre, lors roi de France , il les condamna sans réserve, et toutes furent effacées. Il est facile de reconnaître, à leur écriture incertaine, que ces suppressions furent faites vers les derniers temps de la vie de Lestoile.

Avant d'avoir fait ce dernier travail sur son Registre-journal, Lestoile paraît s'être occupé de rédiger un extrait de ce grand volume in-folio, « pour en faire un livre à part du meilleur, pour » lui seul, et non pour autre (1). » Ce fut ce même extrait qu'il prêta à Dupuy , et il nous l'apprend dans ses Tablettes, sous la date du 20 octobre 1607: « J'ay preste ce jour à M. Dupuy (2) , mon journal » du règne du feu Roy, qui n'estoit jamais sorti

(1) Registre, n° vin, tom 1er des Tablettes, feuillet 2i.

(2) Manuscrit n° vin, feuillet 107 recto.

» de mon estude. » En même temps qu'il étail occupé à faire un livre à part pour lui seul et non pour autre, notre historien désignait sur son grand volume in-folio tous les pamphlets et recueils de vers satiriques que l'on y remarque sous le titre général de Ramas de Pasquils, etc. , comme devant être supprimés de son journal de Henri III , et l'on ne peut expliquer cette intention que par le projet que Lestoile avait formé de faire, pour le règne de Henri de Valois , un recueil spécial de ce genre d'écrits, comme il en a formé un semblable sur la Ligue. Celui-ci est arrivé jusqu'à nous , mais on ignore si le recueil sur Henri III a jamais été exécuté; notre Registre-journal acquiert donc un prix de plus, par le grand nombre de pièces satiriques qu'il renferme, contre les différents partis, qui coururent alors et qu'il serait impossible de rencontrer ailleurs. Aussi cette partie du journal de Henri III n'est-elle pas la moins curieuse de notre nouvelle édition.

Lestoile trouva donc, entre l'époque où il rédigeoit son journal de Henri III et celle où les évévenements dont il parlait dans ce même journal s'étaient accomplis, un intervalle assez long pour donner à ses passions trop vives contre tel parti, ou contre tel personnage , le temps de s'affaiblir, afin de ne laisser de place qu'à l'expression d'une véritable et juste indignation contre les atrocités de tous genres et réellement inouies qui s'exerçaient journellement en France , tantôt sous le nom et la protection du Roi, tantôt sous celle de la Ligue , ou enfin au profit des Huguenots , la chose publique et le pauvre peuple des villes et des campagnes faisant presque toujours les frais de ces nobles discordes. On peut donc regarder comme mal fondé le reproche (1) adressé à Les-

(1) Petitot, notice sur Lestoile, page 18.

toile par Petitot, « de s'attacher plutôt à outrer qu'à » adoucir les peintures des vices et des ridiculesde » son siècle. » Lestoile ressentit une juste horreur et lança des traits bien acérés contre les immoralités , contre les brigandages de tout rang et de toute origine. Un assassinat est toujours pour lui un assassinat, qu'il soit d'origine royale, ou catholique ou protestante. Il demeura fidèle à la couronne de France, à l'autorité légitime, quand il y avait quelque mérite et de grands périls à cette fidélité; et s'il nous montre Henri III avec tous les vices et tous les préjugés de son siècle, plus forts que ses bonnes inclinations naturelles , il nous montre aussi le roi de France abaissant la majesté de son rang devant les factieux qui méconnaissent son autorité , et qui assassinent le monarque afin d'usurper la couronne.

Bien des considérations nous portent aussi à croire que ce journal de Henri III est le seul travail réellement historique qui ait été rédigé par Lestoile ; il est, sans comparaison, le plus intéressant à lire pour qui aime étudier l'histoire à fond, et connaître les différentes phases de l'état des partis qui, pendant seize années consécutives, accablèrent la France d'affreuses calamités. L'âge auquel Lestoile était arrivé , lorsqu'il commença de consigner sur des tablettes les notes qui plus tard devaient former son journal, était en effet l'époque de sa vie où il était dans toute sa vigueur morale et physique; alors il pouvait satisfaire son âme, trop portée, disait-il, à une vaine curiosité et liberté. Les nombreuses personnes , soit de familles parlementaires , soit des autres classes privilégiées qu'il fréquentait , fournissaient de précieux aliments à cette curiosité; et lorsqu'un événement de quelqu'importance arrivait, il pouvait l'explorer et aller en apprendre les détails sur le lieu même où le fait s'était passé. Lestoile

n'était pas alors menacé dans sa liberté par le parti dominant; il pouvait fréquenter, en toute sûreté et sans courir aucun risque, les maisons et les personnages, d'opinions souvent diverses , qu'il voulait interroger , et recueillir par ce moyen une foule de renseignements qui durent lui manquer pour la rédaction des journaux de la Ligue; nous ne disons pas pour les journaux du règne de Henri IV, qui ne sont que des tablettes, et non un véritable journal comme l'est celui du règne de Henri III. Aussi le Registre -journal de 1574 à 1589, est-il entièrement à l'abri du reproche que fait un critique français (1) au travail de Lestoile relatif au règne de Henri IV, celui de traiter d'affaires d'état qui sont confondues avec des affaires de famille, et avec les dépenses domestiques de leur auteur. Le registre-journal a été , dans l'intention de l'auteur, une composition historique , et cette intention n'a pas été sans effet.

Quant à des remarques sur des expressions que ce même critique appelle quelquefois grossières , on ne doit jamais perdre de vue l'époque à laquelle Lestoile écrivait, et qu'une foule de mots, laissés aujourd'hui à l'usage particulier de la populace ou de ceux qui parlent comme elle , se trouvaient alors dans la bouche élégante de la noblesse , et même du clergé prêchant la parole de Dieu dans le sanctuaire. C'est donc au temps où Lestoile vivait , et non plus à l'écrivain même qu'il faut renvoyer ce reproche. Ajoutons , à ce sujet , que quelques-uns des anciens éditeurs de Lestoile ne sont pas du tout à l'abri d'une juste désapprobation , pour avoir inséré de leur chef, dans le texte , des remarques quelquefois grossières qui n'ont jamais appartenu à Lestoile. La page 102 , première colonne de notre édition , en

(4) Petitot, notice sur Lestoile, page 16.

offre un exemple ; enfin, ces mêmes éditeurs ne se sont-ils pas oubliés jusqu'à abuser outrageusement du nom de Lestoile, en publiant sous son nom ; et accréditant ainsi des faits historiques dont il n'a jamais parlé dans ses écrits, et dont la véracité a été depuis plus ou moins contestée? Nous n'en citerons que les deux exemples suivants, qui sont les plus marquants.

Premier exemple : « Selon ses bons amis les » Huguenots, le cardinal de Lorraine eut un vi- » lain commerce avec la reine-mère, comme iî » paraissoit dans leur dialogue de la paix en » 1574, et en leurs autres satires. Mais un de » mes amis , non huguenot , m'a conté qu'étant » couché avec un valet-de-chambre du cardinal » dans une chambre qui entroit en celle de la » reine-mère , il vit sur le minuit ledit cardinal . » avec une robe de nuit seulement sur ses épau- » les , qui passoit pour aller voir la Reine , et » que son ami lui dit que, s'il lui avenoit jamais » de parler de ce qu'il avoit vu, il en perdroit la » vie. » Ce fut sans doute à cause de cette recommandation qu'il se serait empressé d'en informer Lestoile.

Deuxième exemple : il paraît que les détails de l'assassinat du duc de Guise n'avaient pas semblé assez atroces aux anciens éditeurs, car l'on voit qu'ils prennent la peine d'y ajouter les lignes suivantes, qui n'existent pas plus dans le manuscrit de Lestoile, que les détails qu'on vient de lire sur la reine-mère.

« Lequel (le Roi) étant en son cabinet, leur )> ayant demandé s'ils avoientfait, en sortit, et )> donna un coup de pied sur le visage à ce pau- » vre mort, tout ainsi que le duc de Guise en » avoit donné au feu amiral; chose véritable et » remarquable avec une, que le Roy l'ayant un » peu contemplé, dit tout haut: « Mon Dieu,

» qu'il est grand ! Il paroît encore plus grand, h mort que vivant. »

Par ces suppositions inexcusables , par ces véritables fraudes historiques , il est prouvé que les ignobles vengeances de Henri III sur le cadavre de Guise, et les intimités supposées entre la Reine-mère et le cardinal de Lorraine, nous ont été faussement transmises sous l'autorité du témoignage de Lestoile ; il n'aurait manqué de les consigner dans son journal si elles étaient parvenues à sa connaissance; mais il est constant qu'il n'en parle pas dans ses écrits.

L'on voit par le journal de Henri III combien Lestoile haïssait la Ligue , et il fallut que cette haine fut bien grande chez lui , pour porter un homme aussi réservé et aussi méticuleusement circonspect , à l'acte de courage qu'il nous révèle en ces lignes:

« Sur la fin de ce mois (mars 1589) se firent » voir à Paris des sonnets contre la Ligue, faits et » adressés au Roy par le lieutenant Rappin, des- » quels la première copie sortist de la Bastille » (encores qu'il y fist bien chaud pour tels écrits) : » et estans trouvés bien faits, ne laissèrent de » courir nonobstant la fureur et malice du temps. » Je les copiai moi-mesme le soir, dans mon estude, » le jour de V Ânnunciation 25 mars, et les fis » tumber plus hardiment que prudemment, en beauté coup de bonnes mains (1) . »

Il est vrai que c'était une petite vengeance de Lestoile contre cette Ligue, qui « commença la » guerre par les bourses, envoiant fouiller les » maisons des Roiaux et Politiques par les Seize, » comme fust la mienne, la première du quar- » tier, fouillée par maistre Pierre Senault et

(1) Fragment inédit ; manuscrit autographe n° v, feuillet 414, recto, et page 290, première colonne, de notre nouvelle édition.

La Rue, le mercredi 28 de ce mois ( décem- W bre 1588 ) (1). »

Notre historien donne de fréquentes marques de son affection pour Henri IV, pendant la durée du règne de ce Roi , et on les trouve consignées dans ses Tablettes; mais bien avant l'avènement du Roi de Navarre au trône de France , il en avait donné une non moins significative, en rédigeant lui-même, pour ce prince, une opposition à la bulle a" eœcommunialion lancée par le pape Sixte V. Lestoile s'en déclare l'auteur en ces termes :

« Au susdit escrit fait par Vaucteur des présens » mémoires, on a fait faire du palais de Paris un » voiage à Rome, où on l'a mis, signifié et affi- » ché,etl'a-t-on inséré aux recueils de ce temps » imprimés à La Rochelle, tant la vanité et curio- » site des hommes de ce temps estoit grande (2).» Cet acte doit donc encore être mis au nombre des actions de courage qui honorent la vie de Lestoile.

Il resterait à ajouter à cette Notice de notre volume, qui était resté entièrement inconnu aux éditeurs précédents, quelques indications sur les parties inédites qu'il renferme et sur l'importance des faits qu'il nous révèle; mais nous devons en faire juge l'indulgent lecteur, et le prier de remarquer que le journal de Henri III , que nous reproduisons aujourd'hui, entièrement d'après les manuscrits autographes de Lestoile, contient plus du double de texte que n'en donnent les éditions antérieures à la nôtre, et que l'importance

(1) Registre-Journal de Henri III, manuscrit n° v, feuillet 388 verso, et p/*ge 269, deuxième colonne, de notre nouvelle édition.

(2) Fragment inédit, manuscrit autographe n° v, feuillet 287, y°, et page 190, deuxième colonne, de notre nouvelle édition.

des événements historiques inédits que Lestoile nous raconte avec un esprit et une vivacité qui charment, l'emporte assez fréquemment sur les textes déjà connus. On se le persuadera facilement, en pensant que cette partie non publiée renferme principalement des faits que l'on ne pouvait pas librement révéler à l'époque où fut donnée la première édition. Du reste, ce volume manuscrit de Lestoile est le seul sur lequel on ne trouve pas la devise: Mihi,non aliis, qui se lit sur tous les autres; c'est aussi la seule époque décrite d'une manière complète par notre fidèle historien, et avec tout ce qu'il y a de causticité , de vigueur et de hardiesse dans sa narration; circonstances qui purent le décider plus tard à la supprimer, et à en manifester son intention par ces mots écrits de sa main sur l'intérieur de la couverture : à réformer ou à brusler. On ne voit pas du reste d'autre motif à la condamnation de ce travail, puisqu'il n'a du être achevé qu'à une époque où il n'y avait plus aucun danger à posséder un pareil écrit, la paix et la tranquillité ayant succédé aux discordes civiles , par l'établissement du Béarnais sur le trône des Valois.

N° VI. Mémoires de P. D. depuis le 2 aoust 1589 jour de la mort du Roy, jusques au 22 mars 1594 jour de la réduction de Paris.

N°VII. Mémoires-journaux depuis la réduction de Paris jusques à la fin de Van 1597.

Ces deux volumes ont été connus du dernier éditeur. Le premier, le n°VI, est de format in-folio parvo , contenant 689 pages , et il a conservé la reliure primitive que Lestoile lui avait donnée. L'inscription Ex libris Sancti-Âcheoli lui assigne une origine pareille à celle du volume précédent, comme la cotte P, n° 26, nous apprend que, dans la bibliothèque de Saint- Acheul , il était placé à côte du registre-journal de Henri III. Le second

de ces volumes, le n° VII, est au contraire de format in-8°, semblable au recueil n°III;il n'a jamais fait partie de la bibliothèque de la maison d'Amiens , et c'est de la bibliothèque du président Bouhier qu'il a passé dans celle du Roi à Paris, avec les autres manuscrits de ce savant magistrat. Le volume in-i°, n°VI, fut acquis par cette même bibliothèque en 1824, comme l'ont été les Recueils uos 1 et II dont nous avons déjà parlé.

Les morceaux inédits que les deux manuscrits [VI et VII) ont fournis à notre édition, sont fort peu nombreux; mais il existait dans les Recueils I, II et III des fragments négligés par l'éditeur précédent, qui se rapportaient aux époques que nous retracent ces deux Registres-journaux. Nous avons donc cru devoir comprendre ces fragments dans notre édition, en les insérant aux dates auxquelles ils se rapportent, parce que ces pièces n'ont été connues de Lestoiïe, comme l'indiquent ses Tablettes , qu'après qu'il eut rédigé ses deux Registres-journaux. Nous avons donc par là rempli en quelque sorte une lacune laissée, à regret sans doute, par notre historien.

Quoique d'une importance moindre et dune lecture moins attrayante , ces deux volumes méritent néanmoins leur titre de Mémoires-journaux. S'ils sont moins complets sur les époques qu'ifs touchent, que ne l'est le journal de Henri III, c'est à la difficulté de se procurer des renseignements pour ces temps d'émeute qu'il faut sans doute attribuer ces lacunes. On doit se ressouvenir aussi qu'à cette même époque Lestoiïe était en butte à des tracasseries continuelles de la part de la faction dominante, puisqu'il appartenait au parti des Royaux, que son nom figurait sur des listes de proscription, et qu'il fut même incarcéré pendant quelque temps. Les Tablettes de Lestoiïe servent ■également à authentiquer le manuscrit n° VI .

ainsi qu'à le caractériser parfaitement. A la date du 10 novembre 1607 (1), on y lit le passage suivant : « J'ay preste à M. Dupuy mon Registre- » journal de ce qui s'est passé de plus mémora- » ble depuis la mort du feu Roy jusques à la ré- » duction de Paris, c'est-à-dire de ce que j'y ay » veu et remarqué curieusement estre avenu à » Paris pendant ce temps de plus notable, comme » aiant tousjours esté dans la ville, mesme pen- » dant le siège : mon naturel avec le loisir me » portant à telles recherches que je me suis pieu » à rédiger par escrit, la plus part vaines mais » véritables, et que j'avois désiré de ne jamais » communiquer à personne, comme escrites par- » ticulièrement pour moy . Dans ce registre où il y » a mille fadèzes et sornettes, principalement des » beaux sermons de Paris contre le Roy , la plus- » part desquels j'ay extraits de la bouche propre » des prédicateurs, quej'allois ouïr fort soingneu- » sèment; j'y ai mis la famine de Paris durant le » siège , qui est notable et véritable ; les conjura - )> tions des Seize contre Testât et tous les gens de )> bien et serviteurs du Roy (et quorum pars ma- » gna fui); leurs penderies deprésidens et autres, a et finalement la leur, par un juste jugement de » Dieu, qui se peult remarquer en tout le progrès » de ces mémoires, dont j'ay fait un gros livre petit » in-folio, en aiant assés d'autres pour en faire » un second encores plus gros, si le loisir me » le permectoit ; et l'ay consigné, ce jour, entre » les mains du dit sieur Dupuy, à la charge qu'il » n'y aura que lui tesmoin de ceste vanité et » curiosité. Il est relié en parchemin, tout escrit o de ma main et fort griffoné , et où il y a des » renvois qu'il est mal aisé d'entendre sans moy. »

(1) Manuscrit n° vin, t. lei des Tablettes, feuillet 12'* recto.

Enfin on voit par ces mêmes Tablettes que Lestoile avait fait d'autres recueils sur la Ligue (1).

§111. Interruption entre les registres-journaux et les tablettes.

Les nouveaux manuscrits connus jusqu'à ce jour ne complètent cependant pas le règne de Henri IV. 11 reste toujours une lacune de près de huit ans, c'est-à-dire pendant 1598, 1599, 1600, 1601, 1602, 1603, 1604, 1605, jusqu'au mois de juillet 1606. Lestoile parle dans ses Tablettes de plusieurs de ses recueils sur la Ligue, mais nulle part il ne fait allusion à un travail sur les premières années du XVIIe siècle. Notre infatigable annotateur n'était pourtant pas homme à se passer de Tablettes pendant un espace de temps si long. On doit donc regarder les volumes qui se rapportent à ces temps comme ignorés jusqu'à ce jour, à moins que ceux dont il est question dans les Tablettes ne se rapportent à ce même intervalle de temps; nous reprendrons ce sujet dans le paragraphe relatif aux manuscrits perdus ou ignorés jusqu'à ce jour.

Cependant, pour éviter de laisser dans notre édition une lacune dans le tableau général des principaux événements des règnes si agités de Henri III et Henri IV, nous avons suivi l'exemple du dernier éditeur, et comme lui nous avons adopté des Suppléments tirés des éditions de 1719. 1732 et 1736 , en avertissant qu'ils manquent entièrement d'authenticité et que tout porte à croire qu'ils furent l'ouvrage des éditeurs de ces différentes époques. On pourra donc lire ces fragments comme contenant des particularités quelquefois curieuses, mais à la rédaction desquelles Lestoile a été presque entièrement étranger, et nous di-

(1) Voyez § vi, manuscrits de Lestoile perdus ou in connus jusqu'à ce jour.

sons presque, parce que nous avons tiré des Recueils mêmes de Lestoile les pièces de quelque intérêt qui pouvaient être insérées à leur date parmi ces suppléments. Par ces additions toutes nouvelles, ces suppléments se rapprocheront donc davantage du vrai travail de l'auteur, que rien ne peut réellement remplacer.

§ IV. Tablettes.

Nos VIÎÏ et IX. Premières et secondes Tablettes de mes curiosités, de juillet 1606 à may 1610.

N° X. Troisième Tablette. Continuation de mes mémoires-journaux et curiosités, tant publiques que particulières ; commençans au règne de noslre petit nouveau roy Loy s XIII [que Dieu bénie), aagé de huict ans, sept mois, dix-huict jours ; depuis le 15 mai 1610 jus que s à (où il plaira à Dieu). — // m'y a conduict jusques à l'autre XVe du mois de may 1611, qui fait l'an justement.

Ces trois volumes de format in-folio, connus sous le titre de Registres-journaux du règne de Henri IV et de Louis XIII, ne nous paraissent pas mériter ce titre. Les affaires personnelles de l'auteur y occupent en effet plus de place que les événements publics. Il faut donc regarder ces recueils comme contenant des notes destinées à aider la mémoire labile de V auteur, plutôt qu'à rappeler les circonstances diverses qui occupèrent l'attention publique pendant les années 1606 à 1611. C'est ce qui nous a déterminés à ne considérer ces trois manuscrits que comme des Tablettes sur lesquelles Lestoile inscrivait indifféremment soit l'état de sa santé, et les dépenses qu'il faisait pour des livres, pour faire copier des pamphlets, ou épousseter sa bibliothèque, soit aussi les événements dont la renommée arrivait jusqu'à lui. A l'époque où il les écrivait, sa santé avait déjà reçu de graves atteintes; les infirmités l'assiégeaient de tou-

tes paris; sa fortune, compromise par un procès interminable, lui donnait de sérieuses inquiétudes. Lestoile n'était plus le même homme pendant ces derniers temps de sa vie, et ses facultés affaiblies ne lui permettaient plus autant de rechercher et de recueillir avec les mêmes soins les faits dont son impérieuse curiosité l'obligeait de s'enquérir.

Toutefois, si l'on ne trouve pas dans ces Tablettes des récits d'un intérêt aussi soutenu que dans le Registre journal de Henri ///, elles sont loin de mériter un dédain complet. Elles nous ont conservé un grand nombre de renseignements historiques qui, sous la plume de Lestoile, acquièrent encore du charme et de l'intérêt. Les détails bibliographiques qu'elles nous transmettent, en forment peut-être la partie la plus curieuse, et, nous devons le dire, celle qui a été la plus négligée par le dernier éditeur à qui les manuscrits desTablettes ont été communiqués.

Le tome premier de ces Tablettes (le n° VIII) contient, sur son premier feuillet, une note de Lestoile relative aux Registres-journaux ; on la trouve en tête de notre édition : elle avait été en grande partie omise par les derniers éditeurs. Les premiers feuillets du manuscrit ont eu à souffrir de l'humidité; quelques uns mêmes ont été arrachés, mais il ne paraît pas qu'ils aient occasionné des lacunes, et l'on peut présumer que c'étaient des pages laissées en blanc par Lestoile, pour le cas où il aurait de nouveaux faits à insérer dans ces Tablettes.

Le tome second (n° IX) des Tablettes, commençantes du dernier febvrier 1609 , est un volume de 339 feuillets, très bien conservé, et qui finit avec la vie de mon Roy (Henri IV). Il avait souvent été interrompu « par les veillées des tristes a et fascheuses nuits que j'ay souffertes, mesœc-

» ment ceste dernière pour la mort de mon Roy.» C'est ainsi que l'auteur s'exprime sur le dernier feuillet de son manuscrit.

Le tome troisième (n°X), se rapporte entièrement à la première année du règne de Louis XIII, et il se termine quelques mois avant la mort de Lestoile. On remarque au verso du deuxième feuillet, la note suivante écrite de la main de Pierre de Poussemothe (1), abbé de Saint- Acheul d'Amiens, et petit-fils de Lestoile, qui authentique entièrement les journaux de son aïeul.

a Monsieur de L'Estoile, autheur de ce journal et des précédens, est mort au mois d'octobre 1611, et a été enterré le 8, dans l'église de Saint-André-des-Arts. Il fut marié deux fois; sa première femme étoit Anne de Bâillon , fille de Jean Bâillon, baron de Bruyères-Chastel, trésorier de l'Espargne. La seconde, qu'il épousa le 28 janvier 1582, fut Colombe Marteau, fille de Marteau, sieur de Gland. »

Enfin, pour confirmer cette authenticité des Tablettes de Lestoile, s'il existait quelques doutes encore, nous avons sous nos yeux une signature autographe de Pierre de Lestoile, apposée au bas d'une quittance, en date de l'an 1596, et qui existe dans la collection des titres originaux manuscrits de la Bibliothèque du Roi.

Ces trois volumes de Tablettes faisaient aussi partie de l'ancienne bibliothèque de Saint-Acheul, où ils étaient cotés, P, nos 27,28 et 29, et ils sont du nombre de ceux qui furent acquis par la Bibliothèque du Roi en 1824.

Petitot s'en est servi pour son édition. Les fragments qui sont tirés de ces manuscrits, portent dans l'imprimé le titre d'extraits des registresjournaux de Pierre de Lestoile sur le règne de

(1) Fontette, t. V, p. 16, édition de 1778.

Verni IV et de Louis XIII, mais il ena néglige un très grand nombre d'articles, d'une imporlance réelle sous le rapport bibliographique ou littéraire. Il nous a donc été possible de donner une édition nouvelle de ces Tablettes, avec des additions assez nombreuses et assez importantes: enfin nous avons complété cette époque en insérant à leurs dates plusieurs pièces qui faisaient partie des Recueils de Lestoile.

Les renseignements nouveaux que fournit cette partie de notre édition, sont relatifs à la personne de l'auteur, et surtout à de nombreuses singularités bibliographiques. Il est curieux de connaître par lui l'origine de certains pamphlets et les instructions secrètes de tel prince ou de tel parti pour les faire supprimer, ou les répandre en grand nombre, selon leurs intérêts divers.

On pourra aussi y trouver matière à un supplément au dictionnaire des anonymes et pseudonymes, en profitant des indications que Lestoile nous a transmises.

Nous avons appris de plus, par divers passages inédits de ces Tablettes , que Lestoile avoit formé de nombreux recueils à différentes époques de sa vie : on le verra , dans le paragraphe relatif aux manuscrits perdus ou ignorés jusqu'à ce jour. Nous y avons aussi remarqué des particularités relatives à sa personne, ignorées de ses biographes . et de ce nombre est son emprisonnement, qu'il indique ainsi :

« Boucherard , auditeur des comptes, que ï'i- )) gnorance des médecins fist mourir; ce bon hom- » me, regretté de tous les gens de bien et de moi » particulièrement, qui avois été son compagnon ». de prison à la Conciergerie, lorsque le feu roy )) Henri III fust assassiné par le moine (1).»

(1) Fragment inédit , manuscrit n° x , t. III des Tablettes, feuillet 20.

En y suivant aussi les différentes phases de sa santé , on peut y voir les influences qui agirent sur ses recherches ; et, à mesure qu'elle décroît, on voit aussi l'intérêt de ses Tablettes s'affaiblir. Il nous a conservé les noms des personnes qu'il fréquentait habituellement , celles avec lesquelles il n'entretenait que des relations éloignées, et enfin ies noms des hommes qu'il ne voyait que pour apprendre d'eux certaines particularités qui l'intéressaient. Ces détails ne nous ont pas semblé devoir être négligés, puisqu'ils fournissaient des sujets d'observations de quelque intérêt à faire sur la personne de Lestoile et sur le degré d'authenticité que l'on devait attacher aux renseignements rassemblés dans ses Recueils, ses Registres-journaux ou ses Tablettes. Tous ces faits, utiles à connaître, sont réunis dans notre édition.

Mais les détails bibliographiques nouveaux qui s'y trouvent en grand nombre, nous ont paru non moins précieux. Ils nous apprennent en effet le titre des pamphlets que le nonce faisait secrètement imprimer et répandre à Paris; de ceux qui s'y publiaient contre le roi d'Angleterre ; le soin de l'ambassadeur à les recueillir et à les acheter à tout prix pour les envoyer au roi son maître, qui les livrait tous aux flammes ; les écrits qui avaient excité des plaintes officielles de la part de l'ambassadeur anglais, pour avoir été imprimés avec privilège du roi de France ; ceux de ces imprimés que Lestoile a connus ou possédés , et le jugement qu'il en porte ; le nom de la personne qui avait ordre du roi d'Angleterre de répondre à des pamphlets lancés contre lui par le nonce ou par les jésuites , et le zèle de l'ambassadeur d'outre-mer à faire distribuer ces réponses ; enfin ceux de ces libelles contre tout autre prince, que l'on ne se procurait que difficilement. Le différend survenu entre le pape et les Vénitiens souleva

des haines profondes, et mit en jeu la presse pour et contre les deux partis : Fra Paolo courut même risque de perdre la vie. Lestoile dit à ce sujet :

« On m'a donné, le 10 (juin 1608) des épi— » grammes latins contre le pape Paul V, im- » primées en une feuille , qu'on avoit envoyés » d'Allemagne à M. Bongars, faits en faveur de » Fra Paolo de Venise, que le pape Paul voulait » faire assassiner (1). »

Lestoile nous a conservé soigneusement le titre de tous les pamphlets qui furent semés à ce sujet.

Si l'on veut connaître plus spécialement les ouvrages , sortis de la presse française, relatifs à des matières qui touchent plus directement aux intérêts de notre histoire , on trouve dans les Tablettes des détails d'un certain intérêt. C'est ainsi qu'elles nous apprennent que le roi Henri IV avait chargé M. de Birenghende lui rassembler toutes qui s'imprimerait pour et contre les jésuites.

« M. de Birenguan en devoit faire voir un » (écrit) au Roy, aiiant eu commandement, de- » puis peu , de Sa Majesté , de lui recouvrir tout » ce qui se feroit de nouveau à Paris , bon et mau- » vais, et que rien ne lui eschappast s'il pouvoit , » principalement pour le regard desjésuistes, qu'il » désiroit de voir tout ce qui s'en feroit et pour et » contre (2).»

Lorsque la vie de Henri IV par Sully fut imprimée, Lestoile escrivit à ce sujet :

a Le jeudi 19 (mars 1609) , M. B. m'a donné, an » palais , l'inscription de M. de Sully, intitulée : » Abrégé de la Vie de Henri IV Auguste, etc. , qui » est celle de Matthieu, hormis qu'en aiant voula

(1) Fragment inédit, manuscrit n° vin, t. I des Tablettes, feuillet 195.

(2) Fragment inédit, manuscrit n° ix, t. II des Tablettes, feuillet 101 verso.

« y changer tout plain de choses, on disoit qui) » avoit tout gasté (1).»

Lestoile ne met pas moins d'empressement à constater que « depuis la censure faite à Romine de » l'histoire de M. le président de Thou, on Ta af- » fichée (l'histoire) à toutes les portes des boutiques » des libraires de Yenize , comme si , par là , on » ^ust voulu braver et contrepeter la censure de » nostre S. P. le Pape (2).» Ces renseignements sont tirés d'une « lettre de Fra Paolo , escrite » dudit Venize à un mien ami, qu'il m'a fait voir » le dernier de ce mois (3).»

Parmi les livres déjà devenus rares de son temps, Lestoile compte les Annales d' Anjou , infolio, imprimées à Angers , l'an 1529 (4) , un livre intitulé : Peregrinatio sancti Bernardi de Breidenbach, imprimé à Mayence Fan 1486 (5) , et surtout un Seramus, de fide catholicâ, in-fol., dont il n'avait été tiré que vingt-cinq exemplaires de ce format, et qui fut réimprimé in -8° par Mettayer. a pour ce qu'il ne s'en trouvoitplus dès long -temps )> in-fol. » Cette particularité paraît avoir été ignorée des Bibliographes, et la Bibliothèque du Roi possède aujourd'hui un des vingt-cinq exemplaires in-fol. Lestoile a même inscrit dans ses Tablettes des indications qui ont échappé à des recherches toutes locales, comme le sont les bibliographies

(1) Fragment inédit, manuscrit n° ix, tome II des Tablettes, feuillet 9.

(2) Fragment inédit, manuscrit n° ix, tome II ôes Tablettes, feuillet 275.

(3) Fragment inédit, manuscrit n° ix, t. II des Tablettes, feuillet 275.

(4) Fragment inédit , manuscrit n° ix, t. II des Tablettes , feuillet 101. — Cet ouvragé a été imprimé par Erhard Reuwich, cum figuris.

(5) Fragment inédit, manuscrit n° vin, feuillet 85.

de province ou de département. C'est ainsi que notre annotateur nous donne le nom d'un auteur Dauphinois qui n'a pas été recueilli par AIlard dans sa Bibliothèque du Dauphiné. L'on remarque encore beaucoup d'autres renseignements sur des mystères imprimés de son temps, sur des livres qui ne se vendaient pas, sur le nom de certains auteurs qu'on lui a dit, à condition qu'il n'en parlerait pas ; sur ceux qui, après avoir fait des pamphlets , les ont désavoués, quoique réellement ils en fussent les auteurs, et sur ceux à qui on les avait faussement attribués. Il nous parle aussi de livres traduits de l'italien, dont le traducteur s'était attribué la composition; ainsi que des ruses employées par des auteurs pour obtenir plus facilement le privilège d'impression , etc.

Parmi les manuscrits rares qui lui ont appartenu ou dont il obtint communication , on remarque deux manuscrits précieux par leur ancienneté : l'un est un ouvrage grec de Gregorius Palamus, archevêque de Thessalonique; et la Bibliothèque du Roi ne possède qu'un manuscrit très moderne du traité de ce Gregorius Palamus contre le pape ; l'autre est un manuscrit contenant des vers sur la mort , par Elimandus , moine de Beaufremont, qui florissait en 1180, et cet ouvrage n'existe pas à Paris.

Enfin nous y avons remarqué des renseignements parfois curieux, qui avaient échappé même à des historiens spéciaux, attentifs et consciencieux : tel est le passage des Tablettes relatif à la Fierté de Rouen , dont M. Floquet a récemment écrit l'histoire d'une manière à la fois s i exacte et si attrayante. Nous avons aussi suppléé à quelques omissions du dernier éditeur,, qui a souvent rapporté les réflexions de Lestoile sur un ouvrage dont il supprimait le titre dans son ' édition , et Lestoile n'avait eu garde de l'omettre.

Si notre historien n'a pas caché, dans son Registre-journal de Henri III, sa haine profonde pour la Ligue, il ne cache pas davantage dans ses Tablettes, celle dont il est animé contre les Jésuites. Plusieurs passages nouveaux feront encore ressortir davantage ce sentiment. Du reste, il demeure fidèle jusqu'à la fin de ses jours à sa chère devise : « Il est aussi difficile d'engarder la li- » berté franroise de parler, etc.; » et il exprime encore, quelques mois avant sa mort, son admiration pour « Duhaillan , mort fort âgé, célèbre » historiographe et docte , mais grand langager , )) toutefois libre et hardi à écrire, qui est ce que » j'aime (1). »

Quoique Lestoile n'ait jamais condamné ses Tablettes à être réformées ou bruslées , il désirait cependant qu'elles fussent détruites après sa mort; il s'en explique ainsi : ce La garde de ce mémorial » rempli d'une infinité de fadèzes, escrites libre- » ment selon mon humeur, doit estre, après moir ». donné au feu , comme ne pouvant servir qu'à » moi et à ma mémoire , pour mes particulières > * occupations et curiosités (2). »

Heureusement son intention n'a pas été remplie.

§ V. Extraits anciens des registres- journaux

N° XI. Exlraict d'un journal pendant tout le règne de Henri III , roi de France et de Pologne.

Un passage des Tablettes , déjà rapporté , annonce que Pierre de Lestoile avait « preste à Du- » puy son journal du règne du feu Roi, qui n'es- » toit jamais sorti de son estude. »Nous avons vu

fl) Fragment inédit. n° x, t. III des Tablettes, feuillet 141.

(2) Fragment inédit , manuscrit na vin, tome premier des Tablettes, feuillet 315.

également que ce volume, qui n'éloit jamais sorti de V élude de Lestoile, n'était qu'un extrait de son grand journal in-folio tout escrit de sa main. Il parait que Dupuy obtint l'autorisation d'en faire an extrait, et on retrouve aujourd'hui 'et extrait dans les volumes de la précieuse collection des pièces recueillies par les frères Dupuy, et conservée à la Bibliothèque du Roi. On sait aussi qu'environ dix ans après la mort de Lestoile (en 1621), il parut une première édition d'un « Journal des cho- » ses mémorables advenues durant le règne de » Henri 71/, roy de France et de Pologne; » que cette édition fut publiée contre le gré de la famille Lestoile , et qu'elle fut attribuée à Dupuy : le fait qui suit nous paraît confirmer cette opinion.

L'extrait manuscrit du Journal contient plus de texte que l'édition de 1621 ; mais une note, écrite par Dupuy même sur sa copie manuscrite , nous apprend que tout ce « qui est rayé (dans le manuscrit) a été retranché à l'impression.)) Or, les articles qui sont en moins dans l'édition de 1621 in-i° et in-8° , sont précisément ceux qui ont été rayés dans la copie de Dupuy. Il en résulte donc, que lorsque Dupuy voulut faire imprimer cette première édition d'après l'extrait qu'il avait fait du journal autographe de Lestoile, on lui imposa de nombreuses suppressions, et qu'il les a indiquées dans la copie manuscrite qui fait partie de sa collection.

On ne sait si un exemplaire in-4° de cette première édition, qui appartient à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (L., n° 532), n'offre pas l'exemple d'une petite vengeance contre la censure de 1621. On y remarque en effet que tous les articles du manuscrit dont la censure exigea la suppression, se trouvent rétablis tantôt sur la marge du volume imprimé , tantôt sur des feuillets de papier insérés; et l'on peut assurer que ces adrîi-

lions manuscrites sont de l'époque même où le volume fut publié.

Il est à présumer , du reste , que l'extrait que Lestoile avoit fait de son gros journal in-folio, pour lui et non pour autre , a été à la disposition de ceux de ses anciens éditeurs qui ont donné le texte le plus approchant du manuscrit original , ce volume d'extraits n'étant pas passé avec les autres dans la Bibliothèque de Saint- Acheul.

N° XII. Mémoires pour servir à l'histoire de France, depuis 1562 jusqu'en 1611, contenus dans les journaux et mémoires de M. de Lestoile,

( Manuscrit copié sur les mémoires de M. de Lestoile. M. de Lestoile est né sous François Ier , et mort sous Louis XIII.)

Ce volume in-foîio n'est qu'un extrait des manuscrits autographes de Lestoile , ayant d'abord appartenu à la maison de Saint- Acheul d'Amiens, et étant passé , en 1753, dans la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris, par les soins du père La Barre» Ce volume d'extraits tirait de son origine un certain intérêt , et l'on pouvait présumer qu'il avait été fait sur les volumes autographes. Le dernier éditeur de Lestoile indique ce volume dans sa notice, mais il n'y a pas recueilli les passages alors inédits, et il n'en a pas enrichi son édition. Il en aurait été autrement , sans doute , si M. Petitot avait remarqué la conformité de l'écriture de cette copie avec l'écriture de la note insérée sur le verso du feuillet 2 du tome m des Tablettes , et que Fontette indique , d'après Jardel, comme étant de la-main de Pierre de Poussemothe , petit-fils de Lestoile et abbé de Saint- Acheul. Ce rapprochement , qui authentique suffisamment le volume de la Bibliothèque de Sainte- Geneviève, aurait sans doute changé la résolution de M. Petitot, qui s'est privé ainsi de ce qu'il' y avait de nouveau dans ce manuscrit.

$ VI. Manuscrits de lestoile perdus oc inconnus jusqu'à ce jour.

Nous avons fait remarquer que l'on peut tirer, lies (rois volumes des Tablettes de Lestoile, des indications propres à reconnaître les registresjournaux ou les recueils qu'il s'occupait à rédiger, ou qu'il possédait lorsque la mort est venue le surprendre.

On reconnaît en effet, par les notes autographes , qu'en outre des recueils que nous venons de décrire, il en possédait d'autres qu'il désigne ainsi : « J'ay preste, le 2 juillet, à M. Dupuy, un » de mes manuscrits, relié en parchemin, in-fol. , » dans lequel il y a trente-sept traictés divers. » entre les autres, le procès -verbal du duel de » Jarnac et la Chastaingneraie, qui est beau à » voir, et que j'avois promis audit Dupuy le luy » prester (1) ; » et l'on ne trouve dans aucun des volumes connus, le procès-verbal du duel de Jarnac et La Chastaigneraye.

Lestoile avait aussi réservé un volume pour les harangues et remontrances des plus beaux esprits de son siècle, comme on l'apprend par le passage suivant :

« Ce mesme jour 16 (janvier 1609), j'ay preste » à M. Justel, un mien registre in-folio, dans le- » quel il y a plusieurs harangues, remonstrances. » plaidoiers, et autres traictés rares des plus » beaux esprits et doctes hommes de nostre siècle. » comme de M. le premier président Duprés, Sert guier, Brisson, Marion et plusieurs autres (2).»

Ce volume est encore perdu pour nous : de

(1) Fragment inédit, manuscrit n° vin , tome Ier des Tablettes, feuillet 71.

(2) Fragment inédit, manuscrit n° vin, tome lerJdes- Tablettes, feuillet 301.

l'humeur dout on connaît notre historien , des notes marginal es dévoient inévitablement s'y trouver. Si donc ce volume existe encore, il sera facile de le reconnaître, ainsi que le précédent, et de les sortir tous deux de la poussière où ils gisent inconnus jusqu'ici.

Plusieurs passages des Tablettes paraissent confirmer encore l'opinion que nous avons émise au sujet des Registres-Journaux de la Ligue et de Henri IV; nous ne les possédons qu'en partie pour la première époque , et ceux de la seconde sont absolument inconnus. Ces mêmes passages annoncent aussi que Lestoile complétait , par d'autres volumes dont il faisait recueil, ses journaux de la Ligue, et qu'il commençait à s'occuper de la rédaction des journaux du règne de Henri IV. Voici le texte tiré des Tablettes :

Pour la ligue : « J'ay donné à M. Dupuy ung » petit livret relié en parchemin m-8°, en forme » de musique, inscript : Drolleries de la Ligue, dans » lequel il y a force pasquiis et folies que j'ay » toutes receuillies ailleurs (1).

» Le vendredi 16 (janvier 16091, j'ai preste à » M. Dupuy, en continuant trois de mes tomes de » la Ligue, reliés en parchemin , in-8° , dans les- » quels y a LXXIII traictés divers, avec le livre » de Boucher De justâ Henrici III abdicatio- » ne (2).

» Le mercredi 21 (janvier 1609), j'ay preste à » M. D. P. de mes Mémoires de la Ligue , les » sermons de Boucher, ceux de Panigarole, avec /> les discours d'un nommé Bossu de Bretagne , » insigne ligueur, et le livre d'un Escossois qui , » en matière de boucherie ligueuse, n'en doit rien

(1) Fragment inédit, manuscrit n° vin, t. Ier des Ta- Mettes, feuillet 74.

(2) - Idem, feuillet 300.

i) à Boucher, intitulé : Dcjustà Reip. Christ, in » reges impios et hœrciicos auclorilate , relié en » parchemin (1).

» Jay preste ce jour (31 janvier 1609) à M. D. P. » et Chr. un pacquet de mes Mémoires de la » Ligue, où il y a huit volumes in-8° reliés en » parchemin, qui sont les escrits injurieus de » l'avocat Dorléans contre le Roy, avec les res- » ponses qu'on y a faites , entre lesquels est son » banquet d'arrêt (2).»

Pour le règne de henri iv. « Le 8 (avril 1608). » Chausson (3) aiant eu nouvelles de la mort de » son père , reprist le chemin de sa ville de Ge- » nève, me remectant fidèlement entre les main* » tous les papiers et escritures qu'il avoit àmoy. » et me laissante achever mes Recherches curiei --' » ses de ce temps , que je desirois qu'il achevast . » n'y aiiant homme en qui je m'en eusse voulu » fier que de lui, lequel j'ay congnu très hom- » me de bien, fidèle et vigilant (4).

» Le mardi 6 (novembre 1607), M.Dupuy m'a » donné des lettres de relief d'appel comme d'a- )> bus , obtenues par M. Leschassier , contre

» Me Anthoine Rose, évesque de Senlis J'en

» ay les factum et procédures... recueillies en un » de mes manuscrits in- fol.* qui sont de l'an 1605 » et 1606(5).»

Telles sont les indications que l'on peut tirer des Tablettes sur les manuscrits et recueils de Lestoile qui ne nous sont pas parvenus; ces indications pourront peut-être servir à les faire re-

(1) Fragment inédit, manuscrit n° vin, t. l€l des Tablettes, feuillet 303.

(2) - Idem, feuillet 318.

(3) L'un des copistes de Lestoile.

(4) Fragment inédit, manuscrit n° vin, t. Ier des Tablettes, feuillet 172.

(5) - Idem, feuillet 121 .

connaître un jour. Nous n'avons pas compris dans ces notes les passages qui se rapportent au recueil de livres et de pamphlets imprimés , et que Lestoile désignait sous le nom de « Livres et Recueils de ce temps , imprimés, » ou « mes Paquets de drolleries jésuitiques, » et même encore « mes Fadèzes superstitieuses , » et les Livres de recettes (1), etc. Mais les notes de Lestoile sur ces recueils sont fidèlement reproduites dans notre texte.

§ VIL Des éditions des journaux de lestoile.

Journal de Henri III, — 1° La première édition contenant des fragments des journaux de Lestoile, date de 1621, comme nous l'avons déjà dit en même temps que nous avons fait remarquer qu'on pouvait avec probabilité l'attribuer à Dupuy : son format est in-8° et in-4° (2), sans nom d'imprimeur, et il s'arrête à la mort de Henri III. Après cette édition , nous avons les suivantes :

2° Recueil de diverses pièces servant à l'histoire de Henri III, roy de France et de Pologne. A Cologne, chezPierre du Marteau, M. DC. LXVI (3); in-12.

3° Autre édition avec le même titre , mais publiée en M. DC. LXXXXIII , et chez le même Libraire ; in-12.

4° Autre édition du même libraire, avec la date de M. DC. LXXXXIX; in-12.

5° Mémoires pour servir à l'histoire de France

(1) «Le mercredi 13 septembre, M. de Gland , mon » beau-frère, me donna la recepte de l'eau du Gaudis- » seur, que M. de Rozoy lui avoit donnée , qu'on tient » estre excellente pour les plaies , et qu'on trouvera » escrite dans mon Livre de receptes.»

(2) Supra, page xn. colonne première.

(3) Fontette (Bibliothèque historique de la France) en eite aussi une sous la date de 1662 et une autre de 1706

depuis 1515 jusqu'en 1611, avec des portraits. Cologne, chez les héritiers de Herman Deraen . MDCCXIX : in-8°. (Edition de Godefroy ) (1).

6° Journal deschoses mémorables advenues durant le règne de Henri III , Roy de France et de Pologne. M. DCCXX. Chez le même libraire que l'édition précédente. (Edition de Jacob Le Duchat. 4 volumes (2).

7° Journal de Henri III , Roy de France et de Pologne, ou Mémoires pour servir à l'histoire de France, par M. Pierre de Lestoile , avec des remarques historiques et des pièces manuscrites les plus curieuses de ce règne. A La Haye et Paris, chez la veuve de Pierre Gandouin, quay des Augustins, à la belle Image. M DCCXLIV. (Edition de l'abbé Lenglet du Fresnoy) ; 5 volumes grand in-12.

Journal de Henri IV. — I. La première édition n'est pas antérieure à 1719 , et elle parut pour la première fois avec l'édition du Journal de Henri III, donnée par Godefroy ; elle fut suivie d'une autre, imprimée en 1732(3) ; 2 volumes in-8°. Les suppléments à ces éditions, publiés par le président Bouhier , d'après le manuscrit que lui avait donné un descendant de Lestoile (manuscrit n°VII), parut à la même époque. Quatre ans après, 1736 , on en eut également une

(1) C'est le premier qui ait donné le mémoire qui commence au règne de François Ier : son édition contient beaucoup plus de texte que les précédentes.

(2) C'est le premier éditeur qui ait expliqué les initiales A. G. D. P. D. P. par le nom de Servin, avocatgénéral au parlement de Paris. Cette erreur a été reconnue plus tard, quoiqu'elle ait été répétée par Lacaille Dufourny.

(3) Il en existe aussi une sans nom de ville ni d'imprimeur, de format in-12, attribuée à l'abbé d'Olivet.

autre en deux volumes in-8° , et c'est à torl que Fontette, dans sa Bibliothèque historique de la France, l'attribue au père Bouges (1) , comme nous l'établirons tout à l'heure à propos de l'édition suivante.

Enfin, en 1741, parut une autre édition avec ce titre :

Journal du règne de Henri IV, roi de France et de Navarre t par M. Pierre de Lestoile, grand audiencier à la chancellerie de Paris , avec des remarques historiques et politiques du chevalier C. B. A. , et plusieurs pièces historiques du même temps. A La Haye , chez les frères Vaillant. M DCCXLI. 4 volumes in-8°.

Les bibliographes se sont assez longuement exercés pour savoir quel était le nom de l'éditeur dont on ne trouvait que les initiales; et comme l'abbé Lenglet Dufresnoy publia, trois ans après . une édition du Journal de Henri III de même format, et aussi avec un grand nombre de notes , ils n'hésitèrent pas à lui attribuer également celle du Journal de Henri IV* Il suffit cependant de lire le titre donné à ces deux éditions des différents Journaux, pour reconnaître dès l'abord qu'elles ne sont pas l'ouvrage de la même personne. Il eût été très singulier , en effet , de voir cette différence dans les titres des éditions qui parurent à des époques si rapprochées ; et il ne l'aurait pas moins été que les initiales C. B. A. , qui se trouvent dans l'édition de Henri IV, ne fussent plus dans l'édition du Journal de Henri III. Nulle part, dans sa préface, Lenglet Dufresnoy ne parle d[e son édition du Journal de Henri IV, et , bien au contraire, il justifie le système de notes qu'il a adopté pour le Journal de Henri III, chose qu'il

(1) Cette erreur est soigneusement répétée par Pelitot, dans sa Notice sur Lestoile, p. 25.

aurait déjà faite si l'édition du Journal de Henri IV avait été de lui. Le nom du libraire n'esi pas non plus le même. Enfin Petitot (1) fait remarquer que l'éditeur du Journal d'Henri IV, qu'il croit être aussi Lenglet Dufresnoy, ne parle pas <Je l'édition de ce même journal donnée en 1719, qu'il connaissait très bien, puisqu'il l'avait citée long-temps auparavant dans sa Méthode pour étudier l'histoire. Toutes ces contradictions manifestes n'ont pas amené nos critiques à examiner quelle en pouvait être la source , et tous , contre l'avis du Dictionnaire des anonymes et des pseudonymes, ont attribué cette édition de 1741 à Lenglet Dufresnoy ; rien de plus erroné cependant. Il est constant, au contraire, qu'elle appartient au père Bouges, Augustin, et c'est un fait incontestable. Voici les raisons qui nous paraissent établir ce fait d'une manière positive.

Il existe à la Bibliothèque du Roi deux volumes ayant pour titre :

Remarques historiques etpolitiques sur le Journal durègne d'Henri IV, par le sieur P. C. B. D. A.*** L'un est une première rédaction de ces remarques historiques; l'autre est la mise au net de ce même volume , mais dans un ordre régulier et par une main différente, bien et duement authentiqués, du reste , par des corrections ou des additions de la main de la personne qui avait rédigé le premier de ces deux manuscrits. Or, les notes historiques que l'on y trouve sont précisément toutes celles qui existent dans l'édition de 1741 ;

(1) Petitot, dans sa Notice sur Lestoile, avait paru d'abord hésiter à attribuer cette édition à Lenglet Dufresnoy, mais avant la fin de cette même Notice , il déclare bien mal à propos que « quoique les initiales c.b.a . ne désignent pas Lenglet Dufresnoy, il a été reconnu que c'était lui qui avait donné l'édition et fait les notes et remarques. »

et comme ces volumes nous sont arrivés catalogués dans la bibliothèque de l'ancien monastère des Grands-Augustins, sous le nom du père Bouges, et que, de plus, quelques notes du premier volume sont écrites sur des débris de lettres où l'on trouve encore l'adresse au révérend père Bouges, il est évident que les initiales C. B. A. désignent le père C. Bouges , Augustin, et que l'édition du Henri IV appartient au père Bouges, comme celle du Henri III à Lendet Dufresnov.

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