‹ Notice sur les peintures de l'église de Saint-SavinChapitre 10 sur 52 · NOTICE SCR LES PEINTURES · texte numérisé non relu

NOTICE SCR LES PEINTURES

En même temps la réputation de sainteté de ses religieux s’étendait au loin. C’était aux abbés de Saint-Savin qu’on demandait des réformateurs pour rétablir la discipline dans les monastères du midi de la France. Depuis le IXe jusqu’au xû siècle, ils envoient de pieuses colonies dans le Poitou, fAngoumois, le Limousin et jusque dans la haute Bourgogne1. S’il en faut croire les traditions locales du monastère, la fameuse abbaye de Cluny serait une fille de Saint-Savin2.

Je ne puis m’empêcher de rapporter ici une anecdote intéressante qui lait connaître quelle était la rigueur de la règle de saint Benoît et la ferveur de ses disciples. « Nous lisons dans « un vieux manuscrit de Limoges, dit fauteur anonyme d’une histoire de Saint-Savin, que « ces barbares (des pirates normands) ayant rencontré un soir, près de Cbâtellerault, un de « nos religieux et l’ayant fait prisonnier, ils lui firent en vain éprouver tous les tourments que « leur malice put inventer, pensant l’obliger à parler, sans en venir about; dont étant extrê- 11 mement surpris, ce saint personnage leur fit réponse, lorsque l’heure de prime du lendemain « fut passée , que s’il ne leur avait pas parlé , ce n’était pour autre raison , smon que sa règle ne « lui permettait pas de rompre le silence depuis complies jusqu’au lendemain après prime 3. »

Peu après leur translation de Bourges, les reliques de saint Savin disparurent sans qu’on pût savoir où elles avaient été déposées. A l’approche d’une troupe de pillards, les religieux avaient enterré la châsse dans leur église, qui, bientôt après, fut saccagée et détruite. Probablement les moines qui avaient pris part au dépôt des reliques périrent dans la catastrophe qui suivit, et avec eux s’éteignit leur secret4. La destruction du château et de l’église est niée par quelques-uns des historiens de l’abbaye : il est impossible, néanmoins, d’expliquer autrement la disparition des reliques de saint Savin dans une communauté si pieuse et si intéressée à leur conservation.

Lorsque la tranquillité fut un peu rétablie dans le Poitou, vers 888 ou 890, un prêtre nommé Bonitus (si je lis bien un nom surchargé dans le manuscrit d’où je tire ces renseignements) répara le monastère et probablement aussi le château de Cerisier5 * *.

Au commencement du xie siècle, Adelmodis ou Almodie, comtesse de Poitiers, première femme de Guillaume IV, surnommé Fier à bras, duc d’Aquitaine, laissa une somme d’argent très-considérable, par testament, à Odon II, abbé de Saint-Savin, pour qu’il en fît l’usage qui lui semblerait le plus utile au salut de son âme. Odon fît aussitôt reconstruire l’église de son monastère sur un plan plus vaste, et l’église actuelle de Saint-Savin passe pour être son ouvrage8.

1 A Ruffec, Sainl-Cybard d’Angoulême, Saint-Martial de Limoges, la Baulme ( probablement Baulme-les-Messieurs dans le Jura). Mèm. pour servir à l'hist. etc. chap. vu, x, xi.

2 'Id. chap. xm.

3 Id. chap. ix.

11 «Tuac a Nortmannis obsesso Castro Ceracensi captoque, « funditus eversum fuit monasterium sancti Savini, ut deliistoria “ translations ejusdem sancti habetur. » ( Mss. de dom Esliennot.)

« Timentes monachi S. Savini de incursione Nortmannorum

“ recondiderunt terræ, quam secretius potuerunt, non solum

«S. Marinum, verum etiam beatissimum marlyrem Savinum,

« necnon venerabilem egregiumque versificatorem Prudentium,

quem ab Hispania référant ab imperatore Carolo Magno in lias regionum partes fuisse delaluin , qui qualis quantæque peritiæ nient satis ab eo libris editis cognosci potest; Sm quoque Maxentium, qui et Adjutor dicitur, quem ejusdem persecutionis tempore, occasione quadam hue référant esse delatum; Venerandum quoque Romardum ex castello Haylone, ac beatum Florentium ab Hoya insula... Terra itaque hos omnes pariter per diversa ecclesiæ loca , sine aliquibus indiciis quibus reperiri ullatenus possent, recondiderunt. Ex Ms. codice Mon. S. Savini. » (Mss. de dom Estiercnot.) s Mss. de dom Estiennot.

« Odo sub régi mi ne Gumbaldi Karrofensi cœnobio præfecti,

DE L’EGLISE DE 8 VINT-SAVÏN

(Jdon prit en 102 3 la direction de l’abbaye de Saint-Savin, pendanl l’absence de Gombauld, qui s était rendu à Charroux pour y établir la réforme. On ignore la date précise de la mort de la comtesse Vdelmodis; mais son mari, qui lui survécut., mourut en io3o. En io4o, Odon assistait à la consécration de l’abbaye de la Trinité, à Vendôme1. L’époque de sa mort est inconnue. Gervais, son successeur, non pas immédiat , était abbé de Saint-Savin en 1 o 7 4 2 - H réforma, dit-on, la discipline, qui s’était relâchée sous l’abbé son prédécesseur: or il est évident que le reproche ne peut s’adresser à Odon, qui avait tant fait pour le monastère 3. Il est donc probable que Odon mourut au plus tard vers 1 o5o. Si, comme l’attestent les traditions de l’abbaye, Téglise fut entièrement construite par lui, on ne peut douter qu elle ne fût terminée au milieu du xip siècle. Commencés vraisemblablement vers 102 3, avec des ressources considérables, on ne peut guère supposer que les travaux aient duré plus de vingt-sept ans.

Ainsi que nous l’avons vu, les caractères architectoniques de l’église de Saint-Savin se rapportent parfaitement à cette date, et l’archéologie, par ses inductions, confirme le témoignage de l’histoire. Il est. vraisemblable que le plan d’Odon fut modifié par l’existence de l’église du ix1' siècle sur le même emplacement. D’un côté, le désir de conserver la crypte et certains autels a pu obliger Odon, soit à respecter la disposition primitive, soit à la reproduire dans l’édifice qu’il a fait élever; d’un autre côté, les anciennes fondations pouvaient être assez solides pour que les architectes en voulussent tirer parti. J’ai fait remarquer l’espèce de désaccord qui existe entre la nef et le chœur de Saint-Savin. Ce désaccord tient peut-être aux deux causes que je viens d’indiquer.

Admettons un moment, comme une pure supposition, que l’église du ix° siècle ait eu la

licentia et deprecatione ejusdem patris subrogatur et curam agit cœnobii sancti Savini. Hic non môdicam pecuniæ quantitatem suscepit ab Almoide, Pictavorum comilissa, ab bac vita recedente, quatenus dum quo utilius proficere sciret ad suæ ipsius remedium animæ ordinaret; qui Odo statuit ut ecclesia sancti Savini melioraretur et a statu quo primitus fabricata fueral omni parte sui amplificaretur. — Hæc vêtus codex de inventione sancti Ma-rini. Dum novæ ecclesiæ fundaraen la jaciuntur, inventas fuere sancti Marini reliquiæ. Almoidis aulem, comitissa Pictaviensîum , Guillelmi IV, dicli Ferri Bracchio, ducis Aquitaniæ, conjuxerat. Cujusquidempecunia basilica quam Odo construxerat eadem ipsa est quæ haclenus extal ampla et ornata eathedralique liaud impar. » ( Mss. de dom Estiennol. )

1 Gnllia christ. Il, 1287.

* Id. ibid.

3 « Gervasius, monaebum in asceterio sanCli Cypriani professus sub Rainaldo abbate, vil' summæ abstinentiæ omniumque virtutum ornamento præclarus (inquit Gofridus, in vita S. Bernardi de Tyronio) , ad regimèn ecclesiæ S. Savini suscipiendum multis totius congregationis petitus precibus, sanctum Bernardum adjutorem postulat... et hæc duo luminaria mittuntur ad depellendas illius ecclesiæ tenebras, quia per præcedentis abbatis negligentiam, loci illius congregatio, regularis vitæ deseruerat tramilem, et rigorem disciplinæ in teporem vitæ ac dissolutionem commuta veral. » [Gallia christ. Il, 1287.)

» Odo Put donc établi abbé de Saint-Savin par Gombaud-, qui

se chargea de la conduite de l'abbaye de Charroux environ l’an 1 023. Odo se comporta d’une manière très-louable, conserva l’esprit de saint Benoît dans l’abbaye de Saint-Savin. Pendant son gouvernement, Almoide, que d’autres appellent Adelmodis, comtesse de Poitou, épouse de Guillaume IV, dit Bras-de-Fer, duc d’Aquitaine, donna à Odo une grosse somme d’argent pour l’employer à quelque ouvrage pieux pour le repos de son âme. Odo résolut de cet argent de réparer et même d’agrandir l’église de Saint-Savin , ce qu’il ht aussi ; et ce fut pour lors qu’en jetant les fondements de celte nouvelle église, telle que nous la voyons aujourd’hui, on trouva les corps saints de saint Maixent ou Adjulor, de saint Romard, de saint Florent, de saint Prudence, de saint Savin et de saint Marin, ce qui causa une joie incroyable à tous ces bons religieux, aussi bien qta’à tout le peuple des lieux circonvoisins....

" Nous ne savons pas le nom de l’abbé qui succéda à Odo environ l’an io5o; mais nous n’ignorons pas qu’il n’avait pas le zèle de ses prédécesseurs. Sa négligence fut cause d’un grand débordement, et la dissolution des religieux faisait autant de bruit que leur vie exemplaire avait fait d’éclat peu de temps auparavant....

« Environ l’an 1 070, l’abbé qui était cause de ce débordement mourut, et ces bons religieux dont je viens de parler portèrent toute la communauté à choisir pour abbé Gervasius, religieux de saint Cyprien de Poitiers. » [Abrégé de l'histoire de Saint-Savin ,

forme dune croix laline, quelle n’ait1 eu qu’une seule ne!, el que le chœur n’ait consisté, comme dans la plupart des édilices de ce temps, qu’en une grande abside, laquelle aurait occupé tout l’espace compris aujourd’hui par le stylobate sembcirculaire. Supposons encore que, par un motif de respect religieux, ou seulement pour la commodité et l’économie de la construction, on ait conservé dans le nouveau plan les murs anciens ou du moins leurs fondations et leurs soubassements, qu’en serait- il résulte:* Les murs de 1 abside seraient devenus le stylobate du chœur; les murs des transsepts auraient servi à soutenir la coupole et le clocher central; les fondations des murs latéraux de la nef ancienne auraient reçu les colonnes de la nef moderne. Cette hypothèse, que je ne présente qu’avec la plus grande réserve, pourrait expliquer, ce me semble, le rétrécissement de l’église à l’intersection des transsepts et la position des collatéraux du chœur sur un autre axe que ceux de la nef. J’ajouterai que la tour occidentale ou plutôt la base de cette tour, qui n’est pas liée à la nef, a probablement fait partie des fortifications du château de Cerisier, et quelle ne s’est réunie à l’église que par suite de l’agrandissement de cette dernière sous Odon II. Le caractère tout militaire qu’on observe à la base de cette tour et l’absence de liaison avec les murs de la nef, me semblent une forte présomption en faveur de ma conjecture.

Je dois dire ici quelques mots d’une tradition du pays, à laquelle il ne faut pas attacher trop d’importance, mais que l’on ne doit pas négliger pourtant. Les habitants de Saint- Savin, probablement d’après les religieux de l’abbaye, tiennent pour constant que la tour occidentale a été construite par Charlemagne, et en allèguent une preuve singulière. Sur an grand nombre de pierres du parement, on observe des E gravés au ciseau, et voici, dit-on, le sens mystérieux de cette lettre. Charlemagne aurait fait vœu de fonder autant de monastères qu’il y a de lettres dans l’alphabet. Chaque monastère aurait été pour ainsi dire numéroté suivant son ordre de fondation, et Saint-Savin, comme le cinquième, aurait été désigné par un E. En efFet, un E figure dans les armes de l’abbaye.

Je lis ce qui suit dans un des manuscrits de dont Fonteneau :

«Jacques Charron, en son histoire universelle, dit que Charlemagne fonda autant de monastères comme il y a de lettres à l’alphabet, parmi lesquels il compte Saint-Savin. François Belleforest, en ses Chroniques et Annales de France, assure la même chose, et ajoute que ces monastères furent bâtis et fondés des trésors que cet empereur avait conquis en son expédition d’Espagne. De Saint-Lazare Senonais, en son troisième tome de l’Histoire romaine, livre YI , le confirme, et dit de plus qu’il donna à chacune de ces abbayes une lettre d’or valant cent livres, qui marquait le rang de sa fondation, et qu’il y .en avait qui montraient encore la leur, l’ayant gardée jusqu a son temps; ce qui nous fait juger que Saint-Savin fut la cinquième que cet empereur fit bâtir à son retour d’Espagne, d’autant que l’on remarque dans les pierres du clocher, bâti consternent il y a plus de six cents ans, et dans lès vestiges des autres anciens bâtiments, un E gravé partout; et voilà pourquoi Saint-Savin porte de France à une palme d’or et un coutelas d’argent, la poignée d’or posée en sautoir, cantonné de trois fleurs de lys d’or, avec un E couronné d’or en chef, le tout timbré d’une crosse et d’une mitre et entouré de deux palmes de sinople1. »

1 Mémoire pour servir à l’histoire de l'abbaye de Saint-Savin , chap. ni. Voir la 'vignette 11° IX, page 1 1

DE L’ÉGLISE DE SAINT-SAV1N

Mon savant confrère, M. Natalis de Wailly, a bien voulu me communiquer un document fort curieux relatif à ces fondations attribuées à Charlemagne. Il est extrait du chapitre xiii du livre Ie1' d’une vie manuscrite de Charlemagne, que les Bollandistes (tome II de janvier, page 875) supposent avoir été écrite peu après 1 165. Ils n’en ont publié que le prologue et la table des chapitres. Les extraits du manuscrit concordent parfaitement avec ceux qu’ont donnés les Bollandistes, en sorte qu’on ne peut douter qu’ils 11’appartiennent au même ouvrage.

« Bibliothèque royale, manuscrits Bouhier, n° 29, page 189.

« Nomina xxuj monasteriorum secundum numerum litterarum distinctorum.

« Placet vero quarumdam ecclesiarum ab eodem Christi athleta fundatarum nomina dis- « tinguere, sicut in gestis ipsius apud Parisiacum pagum triumphamus nos legisse, etc. {sic.) « Hæc sub istis titulis et numéro legimus comprehensa :

A. Monasteriùm Sancti-Philiberti.

Sancti-Florentii.

- Sancti-Salvatoris, Caroffi.

Conchas.

Sancti-Maxentii.

Menate.

Magni loci.

Massiacum (ou Mussiacum).

Sancti-Savini.

Moniliacum ( peut-être Monisaten, le même que Fenolhetum).

Sancti-Theofredi.

Sancti-Pascensii.

Donosa sic (?).

Solempniacum.

- — Puellare Sanctæ-Mariæ.

- Puellare Sanctæ-Radegundis.

De Vera.

Deutera in pago Tolosano (?).

Valida in Septimania (Valada).

Sancti-Aniani .

Galunæ (Galliaci?).

Sanc.ti-Laurentii.

Sanctæ-Mariæ cfuæ dicitur in Rulune ( peut-être in Rubinem ou de Régula).

Cannas.

« Et alia quam plurima, quibus, veluti signis, totum decoravit Aquitaniæ regnum.

« Hæc autem xxuj monasteria secundum ordinem et numerum litterarum alphabeti notum « est fuisse certo epigrammate figuræ in superliminari ecclesiæ insigniter distincta, et ideo « sola certis numeris et nominibus sunt adnotata, ciun longe plura superesse constet, etc. {sic.) « Quos etiam ditavit amplissime et reliquiarum patrociniis insignivit, etc. »

On le voit, le manuscrit, en confirmant le fait des vingt-trois fondations carlovingiennes, contredirait la tradition relative à Saint-Savin, puisque sa lettre serait l’I et non pas TE. On

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