‹ Notice sur les peintures de l'église de Saint-SavinChapitre 44 sur 52 · Et dixit serpens mulieri : Non morte moriemini · texte numérisé non relu

Et dixit serpens mulieri : Non morte moriemini

On remarquera avec étonnement que les deux figures nues, Adam et Eve, dans la composition centrale, ont l’une et l’autre une barbe naissante au menton. J’attribue- cette singularité à un repentir du peintre, dont une retouche à la détrempe aurait été effacée par le temps. Je suppose qu’ayant d’abord placé, par inadvertance, Adam à la gauche du Seigneur, il aura voulu le remettre à la place la plus honorable. Son dessin, très-chaste, ne marquant d’autre

EXPLICATION DES PLANCHES

différence entre l’homme et la femme que la barbe au menton, il lui suffisait de donner de la barbe à Eve, placée à droite, pour en faire un Adam, puis d’effacer la barbe de la figure à gauche, pour la changer en une Eve. Probablement le mortier était sec quand cette transformation eut beu, et la fresque repoussant, comme cela est inévitable, Eve est demeurée barbue. Cette explication me semble plus vraisemblable que celle qu’on pourrait chercher dans l’hermaphroditisme des premiers humains, résultant de l’interprétation littérale du verset 27 du premier chapitre de la Genèse.

Au beu de représenter le serpent enroulé autour de l’arbre de vie, à la manière des modernes, on l’a posé droit, debout sur sa queue.

Pl. VIL Troisième travée du narthex, rangée inférieure. — Trois sujets : A, Tentation d’Adam; B, Reproches du Seigneur; C, Adam et Eve chassés du Paradis. G en. ni, 6, 9-11, 17, 23, 24-

6. « Et vidit millier quia bonum est bgnum ad escam et quia gratum ocubs ad videndum « et speciosum est ad inteUigendum. Et sumens de fructu ejus edit : et dédit et viro suo « secum, et ederunt. » •/

9. « Et vocavit Dominus Deus Adam, et dixit. illi : Adam, ubi es? »

10. « Et dixit ei : Vocem tuam audivi deambulantis in Paradiso, et timui, quia nudus « sum, et abscondi me. »

11. « Et dixit illi Deus : Quis nunciavit tibi quia nudus es, nisi a ligno, quod præcepe- « ram tibi tantum ne ex eo manducares, ab eo edisti? »

17. « Adæ autem dixit : Quia audisti vocem mulieris tuæ et edisti de bgno, de quo præ- « ceperam tibi de eo solo non edere, de eo edisti; maledicta terra in operibus tuis, in tristi- « tiis edes illam omnes dies vitæ tuæ. »

23. « Et dimisit ilium Dominus Deus de Paradiso voluptatis, operari terram ex qua « sumptus est. »

24. « Etejecit Adam et collocavit eum contra Paradisum voluptatis, et ordinavit Cheru- « bim et flammeam romphæam, quæ vertitur, custodire viam hgni vitæ. »

Toute la partie supérieure de ces fresques est détruite. Les sujets sont cependant faciles à reconnaître. On ne peut savoir si la figure en robe blanche et en manteau rouge de la dernière composition est le Seigneur, ou bien son ange qui chasse les coupables du Paradis.

Pl. VIII. Nef, première rangée à gauche. — Offrandes de Caïn et d’Abel. Gen. iv, 3-5.

3. « Et factum est post dies : obtulit Caïn ex fructibus terræ sacrificium Domino. »

4. « Abel autem obtubt et ipse de primogenitis ovium suarum, et de adipibus earum. Et « respexit Deus super Abel et super munera ejus. »

5. « Super Caïn autem et super sacrificia ejus non advertit; et contristatus est Caïn valde, « et concidit vultu suo. »

EXPLICATION DES PLANCHES

Vers 1 entrée de la nef il y a une lacune d’un ou deux sujets. En cet endroit il y avait une crevasse considérable, résultat d’anciennes infiltrations. Le mortier s’était détaché presque entièrement alentour; cependant je me rappelle que, lorsque je visitai l’église pour la première fois, on voyait encore quelques traces des peintures, et je retrouve même dans mes notes l’indication d’un des sujets , qui paraissait être les travaux des premiers hommes. Tout a disparu dans la déplorable restauration dont j’ai déjà parlé; on n’aperçoit plus aujourd’hui, et encore très-confusément, que le buste d’une femme (Eve) assise et filant avec une quenouille fixée à sa ceinture.

Le sujet de la planche VIII ne peut être méconnu. Abel a la tête entourée d’un nimbe qui exprime ici sa sainteté. Il présente un agneau en s’enveloppant les mains d’une draperie, suivant l’usage ancien des sacrifices, conservé dans l’étiquette de quelques cours orientales. Il n’est pas aisé de deviner quelle est l’offrande de Caïn. Ce n’est pas, comme il semble, une gerbe de blé. D’après la couleur de l’objet qu’il présente, on pourrait croire que c’est une masse d’argile. Peut-être est-ce un vase, ou bien encore une grosse racine; peut-être enfin la teinte de l’ébauche (le poscli) s’est-elle conservée, la couleur appliquée par-dessus ayant été détruite. Dans ce cas, on peut admettre que l’offrande de Caïn est une gerbe. L’attitude de Caïn exprime assez heureusement le dépit orgueilleux. L’artiste l’a représenté chauve : j’ignore si quelque tradition l’y autorisait, ou s’il a voulu marquer ainsi le résultat de ses fatigues, ou enfin si, au point de vue purement pittoresque, il a cherché à l’enlaidir pour le rendre plus odieux.

Le Seigneur bénit Abel à la manière latine.

Pl. IX. Nef. Deux sujets : A, Meurtre d’Abel; B, Malédiction de Caïn. Gen. iv, 8-i5.

8. « Et dixit Caïn ad Abel fratrem suum : Transeamus in campum. Et factum est; dum « esset in campo, surrexit Caïn super Abel fratrem suum, et occidit eum. »

9. « Et dixit Dominus Deus ad Caïn : Ubi est Abel frater tuusP Et dixit : Nescio. Num- « quid custos fratris mei ego sum? »

10. « Et dixit Dominus : Quid fecisti? Vox sanguinis fratris tui clamat ad me de terra. »

11. « Et nunc maledictus tu a terra , quæ aperuit os suum accipere sanguinem fratris « tui de manu tua. »

13. « Et dixit Caïn ad Dominum Deum: Major causa mea, quam ut ego dimittar.

14. « Si ejicis me a facie terræ, et a facie tua abscondar; et ero gemens et tremens « super terram; et omnis qui invenerit me, occidet me. »

15. «Et dixit ei Dominus Deus : Non sic. Omnis qui occiderit Caïn septem vindictas « exsolvet. Et posuit Dominus Deus signum super Caïn, ne eum occidat omnis qui inve- « nerit eum. »

Caïn frappe Abel avec une espèce de casse-tête.

Dans la seconde composition, la tête du fratricide est entourée d'un nimbe : c’est le signe dont il vient d’être marqué par Dieu. En rapprochant cette planche de la précédente, on voit les différentes significations du nimbe dans les idées des anciens artistes.

EXPLICATION DES PLANCHES

Pl. X. Nef, rangée supérieure. — Deux sujets : A, Une figure debout, les bras élevés vers le ciel. Prière d’Enos (?); B, Vocation de Noé. Gen. iv, 26; vi, 8, 1 3- 1 4 .

IV, 26. « Et Seth factus est lilius (Adæ) et vocavit nomen ejus Enos. Hic speravit invo- « care nomen Domini Dei. »

vi, 8. « Noe autem invenit gratiam coram Domino Deo. »

13. « El dixit Dominus Dcus Noe : Tempus omnis hominis venil coram me : quia terra « impleta est iniquitate ab ipsis. Et ego disperdo ipsos cl terrain. »

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