IX
20. « Et cœpit. Noe homo agricola esse terræ, et plantavit vineam. »
21 . « Et bibit de vino et inebriatus est et nudavit se in domo sua. »
Toute la partie inférieure de la première composition est détruite, et le haut n’est visible que depuis que M. Joly est parvenu à enlever la couche épaisse de lichens et de poussière qui couvrait les dernières travées de la nef. Cette fresque et la suivante ont été dessinées par M. Yiollet-Leduc.
Noé debout, une large serpe à la main, sous une espèce de treille, coupe des grappes de raisin. Le nom du patriarche est tracé en lettres jaunes sur le fond même du tableau.
La disposition de la vigne est fort remarquable. Elle est évidemment soutenue par une
EXPLICATION DES PLANCHES
espèce de pergola ou treille italienne. Cette manière cle cultiver la vigne, inusitée en France, me semble caractéristique , et je n’ai pas besoin d’insister de nouveau sur les conséquences qu’on en doit tirer. Un passage de Xénophon indique l’origine de ce mode de culture, que l’on suit encore en Grèce et dans une grande partie de l’Italie.
XiniKa àfwreXos dvctGatvovcrct pèv èm rà SévSpa, ôrotv ri -a'kvo’iov SévSpov, StSctaxei icfldvai ati-nj».
(Xen. Œconom. xix, 18.)
Les premiers mots du verset 2 1 ont servi de texte au peintre pour la seconde composition : Noé goûte le jus de la vigne. 11 est revêtu d’une tunique brune et d’un manteau blanc, les jambes nues; de la main droite il tient une grande coupe. On aperçoit derrière lui une maison ou plutôt une suite de bâtiments renfermés dans une enceinte de pierre dont la porte est ouverte. 11 est difficile de décider, vu le mauvais état de cette peinture, si le patriarche est assis, ou bien s’il danse, éprouvant déjà les effets du breuvage qu’il vient d’inventer. On n’aperçoit pas de siège derrière lui, et la complaisance avec laquelle le peintre s’est arrêté sur un texte qui plaisait à sa malice me disposerait à croire qu'il a voulu s’amuser à représenter les premiers symptômes de l’ivresse. — Deux mains appartenant à des figures effacées aujourd’hui prouvent que l’artiste avait représenté Noé au milieu de sa famille.
Pl. XXIII. Nef, côté sud, rangée supérieure. Gen. ix, 22, 2 3.
22. « Et viditCham, pater Clianaan , nudationem patris sui, et egressus annunciavit duoci bus fratribus suis foris. »
23. « Et sumentes Sem et Japhct vestimentum, imposuerunt super duos bumeros suos, et « perrexerunt retrorsum et cooperuerunt nudationem patris sui : et faciès eorum retrorsum « et nuditatem patris sui non viderunt. »
Il y a dans la représentation de ce sujet une certaine naïveté grossière qui peut surprendre, après une observation toute contraire que l’on a faite au sujet des personnages nus des premières compositions. — Chain, de la main droite, dont un doigt est replié, fait les cornes au dormeur, geste de mépris fort usité encore en Italie; l’autre main, développée perpendiculairement à l’horizon, semble indiquer le mouvement de tailler1. Tout cela n’a pas besoin de commentaire.
Sem et Japliet ne détournent point la tête et ne s’avancent pas à reculons. Le peintre n’a pas suivi à la lettre le texte de la Bible.
Noé est couché sur un matelas recouvert d’un drap sur lequel on voit de larges bandes bleues ondulées, accompagnées d’autres bandes jaunes plus étroites. Le lit semble être en l’air.
Des femmes sortant de la maison assistent à la scène et semblent l’observer avec quelque curiosité. On voit cpie Gozzoli, en plaçant sa Vergognosa dans le Campo Santo, n’a fait que se conformer à une tradition déjà consacrée.
A la droite du spectateur est un arbre, ou plutôt un signe qui doit représenter un arbre.
1 \ . Jorio, Mimica degli antichi, lxxxxiv, 3 12.
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l n animal y est pendu; un chien se dresse comme pour le flairer ou pour le mordre. Fautil voir la simplement un caprice, une bamboche de l’artiste, ou bien plutôt cette bête exposée ne i appelle-t-elle pas un châtiment infligé par Noé aux animaux qui nuisent à la vigne? Cet animal pendu est un chevreau, je pense, et son crime est d’avoir brouté les bourgeons de la vigne. Probablement quelque réminiscence classique de Bacchus attribuait au patriarche planteur de la vigne la haine que les poètes prêtent au dieu du vin contre le bouc destructeur des jeunes plants.
Rode, caper, vitem : tamen hinc quum stabis ad aram Tn tua quod spargi cornua posait, erit...
Culpa sui nocuil : nocuit quoque culpa capellæ.
(Ovin. Fait. I, 357 et seq.)
Servius rapporte que le bouc était sacrifié à Bacchus comme ennemi de la vigne : « V ictimæ numinibus aut per simili tudinem, aut per contrarietatem , immolantur : per simi- « litudinem, ut nigrum pecus Plutoni; per contrarietatem, ut porca quæ obest frugibus « Cereri, et caper qui obest vitibus, Libero. » (Serv. ad Georg. II, 3 80.)
Pl. XXII. Nef, côté sud, rangée supérieure. — Malédiction de Cham (?). Gen. ix, 24-27.
24. « Et sobrius factus est Noe a vino, et cognovit omnia quæ fecit ei fihus ejus junior. »
25. « Et dixit : Maledictus Chanaan puer : famulus erit fratribus suis. »
26. « Et dixit : Benedictus Dominus Deus Sem : et erit Chanaan puer famulus ejus. »
27. « Dilatet Deus Japhet, et habitet in domibus Sem : et fiat Chanaan puer ejus. »
La pantomime de cette scène .n’est point clairement exprimée, et, pour l’interprétation que je propose, je n’ai d’autre argument à faire valoir que l’ordre des tableaux de la nef, qui correspond avec celui des textes de la Genèse. Entre l’ivresse de Noé et la tour de Babel, deux compositions dont les sujets ne sauraient être méconnus, on ne peut placer, je pense, que la malédiction de Cham.
Pl. XXI. Nef, côté sud, rangée supérieure. — Tour de Babel. Gen. xi, 1-8.