‹ Notice sur les peintures de l'église de Saint-SavinChapitre 48 sur 52 · Et erat. omnis terra labium unum et vox una omnibus · texte numérisé non relu

Et erat. omnis terra labium unum et vox una omnibus

3. « Et dixit liomo proximo suo : Venite, faciamus lateres et coquemus illos igni. Et « facti sunt illis lateres in lapidem, et bitumen erat illis lutum. »

4. «Et dixerunt : Venite, ædificemus nobismet ipsis civitatem et turrim, cujus caput « erit usque ad cœlum; et faciamus nobis nomen, antequam cbspergamur in faciem omnis « terræ. »

5. « Et descendit Dominus videre civitatem et turrim quam ædificaverant filii homi- « num. »

6. « Et dixit Dominus : Ecce genus unum et labium unum omnium : et hoc inchoave- « runt facere : et nunc non déficient ab illis omnia quæ conati fuerinl facere. »

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7. « Venite, et descendentes confundamus ibi linguam eorum : ut non audiat unusquis- « que vocem proximi. »

8. « Et dispersit eos Dominus inde super faciem omnis terræ : et cessaverunt ædificantes « civitatem et turrim. »

Parmi les travailleurs qui s’empressent autour de la construction nouvelle, on remarque une espèce de géant tenant une brique qu’il passe par-dessus la tête de tous ses compagnons. Je crois qu’on a voulu représenter Nembrod le géant, chasseur contre le Seigneur. Nembrod, suivant une antique tradition, avait conseillé la construction de la tour. « Homines timentes « diluvium, consilio Nemroth volentis regnare, cœperunt ædiûcare turrim, etc. » (Petr. Comestor. Hist. Schol. cap. xxxvm.)

Ici se présente une série de sujets assez obscurs, et dont l’interprétation est d’autant plus difficile, que nous ne rencontrons plus qu’à d’assez longs intervalles quelques-unes de ces compositions sur le sens desquelles on ne peut élever de doutes, et qui servent, pour ainsi dire, de jalons dans nos recherches. Je ne hasarde donc les explications suivantes que comme de simples conjectures.

Pl. XX. Nef, côté sud. — Apparition du Seigneur à Abraham, auprès du grand chêne de Sychem (?). Gen. xir, 6, 7.

6. «Et perambulavit Abram terram in longitudinem ipsius, usque ad locum Sychem, « ad quercum altam. Chananæi autem tune liabitabant terram. »

7 . « Et apparuit Dominus Abram et dixit illi : Semini tuo dabo terram hanc. Et ædifi- « cavit ibi altarc Domino, et invocavit in nominc Domini. »

L’arbre, derrière le personnage représenté dans une attitude d’adoration devant le Seigneur, me paraît un accessoire caractéristique de cette scène. Le petit homme qui grimpe à cet arbre est là, je pense, uniquement pour servir de terme de comparaison, et montrer la grandeur du chêne de Sychem, cjuercus alla.

Pour l’interprétation de la composition suivante, je crois qu’il faut réunir les planches XIX et XVIII. J’y suis conduit non-seulement par l’impossibilité d’expliquer séparément la planche XVIII, mais encore par cette considération qu’il n’existe aucune division marquée entre les deux groupes représentés. On observera que la plupart des compositions qui précèdent ou qui suivent sont séparées les unes des autres, soit par un encadrement donné par l’architecture, tel qu’un arc doubleau, soit par quelque accessoire peint, tel qu’un arbre ou une maison. Ici rien de semblable. Les deux groupes de figures se touchent, et je ne vois aucun motif pour les considérer isolément. Quant au sujet, je crois pouvoir affirmer qu’il est tiré de l’histoire d’ Abraham; mais sa détermination précise me paraît offrir beaucoup de difficultés, et ce n’est qu’une conjecture que j’offre au lecteur.

explication DES PLANCHES. 111

Pl. XIX, Pl. XVIII. Nef, côté sud. — Abraham et Lot se séparent. Gen. xm, 8-12.

8. Dixit autem Abram ad Lot : Non sit rixâ inter me et te, et inter pastores meos et « pastores tuos : quia hommes fratres, sumus nos. »

9. « Nonne ecce tota terra ante te est? Discede a me. Si tu in sinistram, ego in dexteram; « vel si tu in dexteram, ego in sinistram. »

10. « Et levans Lot oculos suos vidit omnem regionem circa Jordanem : quod esset om- <« nis irrigua antequam everteret Deus Sodoma et Gomorrha, sicuL paradisus Dei, et sicut « terra Ægypti, usquedum venias in Zogora. »

11. «Et elegit sibi Lot omnem regionem circa Jordanem : et abiit Lot ab oriente. Et « sépara ti sunt unusquisque a fratre suo. »

12. « Abram autem habitavit in terra Chanaan. Lot autem habita vit in civitate circumja- « centium , et tabernaculum tetendit in Sodomis. »

Il me semble que le geste du personnage principal indique la séparation amiable des deux patriarches. Les deux figures de la planche XVIII seraient Lot et l’un de ses gendres se dirigeant vers Sodome. La porte et la tour marquent une ville; et quant à cette espèce de nain sonnant de l’oliphant sur la terrasse du beffroi, il est là, je pense, pour faire voir qu’il s’agit d’une ville et d’une ville fortifiée.

En dessinant cette composition, M. Gérard Séguin a commis une légère erreur, inévitable, en quelque sorte à l’époque où il travaillait à Saint-Savin. H 11’a vu que deux personnages se disposant à entrer dans la ville ; aujourd’hui on en distingue au moins quatre. D’après son dessin , on pourrait croire que l’un de ces personnages est revêtu cl’une tunique mi-partie rouge et jaune, et d’un pantalon ayant une jambe blanche et l’autre jaune. Ces vêlements mi-partis, très-communs au xiv° siècle, étaient inconnus, je crois, à l’époque byzantine. Dans la réalité, il y a deux tuniques, et les jambes appartiennent à deux personnages différents.

Cette composition peut encore recevoir une autre explication, mais, à mon avis, moins probable que la précédente : on pourrait y voir les reproches du Pharaon, qui, trompé par Abraham, lui rend Sara, qu’il avait prise pour la sœur de ce dernier. (Gen. xir, 11, 20.) Mais outre qu’il est peu vraisemblable que cette scène, dont le sens mystique échappe à la foule, ait été choisie de préférence pour être retracée dans une église, je ne vois point de personnage portant une couronne, et le Pharaon ne pouvait être représenté autrement. Déplus, si tel était le sujet du tableau qui nous occupe, il faudrait supposer que le Pharaon est le personnage vêtu d’un manteau et qui semble s’éloigner du groupe où l’on voit deux femmes. Abraham alors serait imberbe, ce qui n’est point admissible, puiscpie dans la composition précédente et dans les suivantes il est représenté barbu et dans la force de l’âge. Enfin, la ville et les deux hommes qui vont y entrer demeureraient sans explication dans cette hypothèse.

Pl. XVII. Troisième travée sud du narthex. — Défaite des quatre rois par Abraham (?). Gen. xiv, 8-16.

EXPLICATION DES PLANCHES

8. « Egressus est autem rex Sodomorum, et rex Gomorrhæ, et rex Adama, et rex Seboim, « et rex Balac, liæc est Segor; et direxerunt aciem contra eos in bellum in valle salsa. »

9. «Contra Cliodollogomor, regem Elam, et Thargal, regem Gentium, etAmarphal, re- « gem Sennaar, et Ariocli, regem Zellasar : qua tuor reges adversus quinque. »

10. « Vallis autem salsa, putei bituminis. Fugit autem rex Sodomorum et rex Gomor- « rhæ, et ceciderunt ibi ; residui autem fugerunt in montanam. »

11. « Ceperunt autem omnem equitatum Sodomorum et Gomorrhæ et omnes escas « eorum, et abierunt. »

12. « Ceperunt autem et Lot filium fratris Abram et apparatum ejus : et discesserunt. « Erat enim habitans in Sodomis. »

14. « Audiens autem Abram quia captivatus est Lot filius fratris sui , numeravit proprios « vernaculos suos trecentos decem et octo et persecutus est post eos usque Dan. »

15. « Et irruit super eos de nocte, ipse et pueri ejus : percussitque eos et persecutus est « eos usque Chola, quæ est ad sinistram Damasci. »

16. « Et reduxit omnem equitatum Sodomorum : et Lot fratris sui filium reduxit et om- « nem substantiam ejus et uxores et populum. »

L’action me paraît assez clairement exprimée pour laisser peu de doutes sur le sujet. Abraham, la lance à la main, à la tête d’une petite troupe d’infanterie, poursuit la cavalerie des rois. Lot, qui vient d’être délivré, embrasse son oncle, qui le repousse doucement pour achever la défaite de l’ennemi. Derrière Abraham est une femme tenant une lance à la main : c’est sans doute une des captives, qui a pris cette arme pour l’offrir à Lot. Je ne connais point d’amazone dans la Genèse; mais il en est si souvent question dans les romans grecs du moyen âge, que des peintres byzantins ont pu, à l’imitation des poètes, se complaire à les représenter dans leurs ouvrages 1 .

Aucun des personnages de ce tableau ne porte de cuirasse. Abraham a la tête couverte d’un casque, ou plutôt d’une espèce de capuchon d’étofFe ou de cuir : telle est la coiffure de ses gens et des cavaliers ennemis. Les rois vaincus portent en tête des diadèmes ornés de pierreries; quelques-uns de leurs soldats ont des boucliers. Il faut noter que pas un seul de ces boucliers n’a d’armoiries ni même d’emblèmes. A une époque où cette fresque était bien mieux conservée, je me souviens d’avoir remarqué que le cavalier vêtu de jaune du premier plan n’avait point d’étriers. J’ai déjà indiqué ce qu’il faut penser de ce trait d’archaïsme.

L’absence de mouvement est remarquable dans toute cette composition. Si le lecteur veut bien me pardonner mon insistance à lui présenter les mêmes observations, je dirai qu’ici, dans les attitudes compassées de toutes les figures, il me semble retrouver quelque trace du système de l’art antique, qui évite les mouvements violents, parce qu’ils nuisent à la beauté .

Pl. XVI. Deuxième travée sud du narthex. — Melchisédech donne le pain et le vin à Abraham et le bénit. Gen. xiv, 18, 19.

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EXPLICATION DES PLANCHES. 113

18. «Et Melchisedecnf, rex Salem, protulit panes et vinum : erat autem sacerdos Dei « altissimi. »

19. « Et benedixit Abram, et dixit : Benedictus Abram Deo altissimo, qui creavit cœlum « et terrain. »

Bien que cette fresque soit fort mutilée, le sujet ne me semble pas incertain. Les Pères de 1 Eglise ont vu clans cette scène une figure de la communion , et l’artiste a suivi leur interprétation, en mettant dans les mains de Melchisédech un calice et un pain rond et plat au milieu duquel est tracée une croix. Une main divine bénit le grand-prêtre, et derrière lui un chœur d anges paraît prendre part à la scène dans une attitude d’adoration.

Pl. XXIV. Deuxième travée du nartliex, rangée inférieure. — Abraham refuse la part du butin que lui offre le roi de Sodome (?). Gen. xiv, 2 1-2 3.

21. « Dixit autem rex Sodomorum ad Abram : Da rnibi homines, equitatum autem sume « tibi. »

22. « Dixit autem Abram ad regem Sodomorum : Extendam manum meam ad Domi- « num altissimum qui creavit cœlum et terram ,

23. « Si a filo usque ad corrigiam calceamenti sumam ab omnibus tuis ; ut non dicas : « Quia ego ditavi Abram. »

Tout le haut de cette composition a disparu. Mais un roi sur son trône, auprès duquel sont couchés des bœufs et des moutons, un personnage qui s’éloigne du roi, enfin la position de ce tableau rapproché des précédents, me paraissent des motifs suffisants pour justifier l’interprétation que je propose. Le roi a un manteau et une chaussure de pourpre : on sait que c’était la couleur essentiellement royale chez les Grecs du Bas-Empire.

Jusqu’à présent l’ordre des compositions s’est toujours maintenu de gauche à droite ; nous devons à présent suivre l’ordre contraire.

Pl. XXV. Troisième travée sud du narlhex, rangée inférieure. — Funérailles d’Abraham (?). Gen. xxv, 9.

9. « Et sepelierunt eum Isaac et. Ismael filii ejus in spelunca duplici, in agro Ephron filii « Saar Chettæi, qui est e regione Mambre. »

Les deux jeunes gens qui soutiennent le cadavre me déterminent à croire que le sujet de cette fresque est l’enterrement d’ Abraham. On remarque que l’un et l’autre sont vêtus d’une tunique sans ceinture : c’est, je crois, un signe de deuil.

Pi XXVI. Nef, côté sud, rangée inférieure. — Jacob envoie Joseph a Sychem. Gen. xxxvn,

EXPLICATION DES PLANCHES

13. « Et dixit Israël ad Joseph : Nonne fratres tui pascunt in SychemP Yeni, mittam te « ad eos. Dixit autem ei : Ecce ego. »

14. « Dixit autem ei Israël : Vadens, vide si valent fratres tui et oves, et nuntia mibi. Et « misit eum de valle Chebron. Et venit in Sychem. »

Les compositions suivantes, se rapportant à l’histoire de Joseph, nous donnent, je pense, la clef de celle-ci, qui , si elle était isolée, serait d’une explication difficile. On pourrait, à la rigueur, y voir la bénédiction donnée par Isaac à Jacob; mais les mains du jeune homme sont nues, et il est douteux que la main du vieillard soit étendue pour une bénédiction. Il fait plutôt un geste de commandement; il montre à son fils la direction qu’il doit prendre. D’ailleurs il faut tenir compte des habitudes du peintre ou de celui qui le dirigeait dans ses travaux. On voit qu’il choisit dans l’Ecriture quelques personnages à l’histoire desquels il s’attache particulièrement et qu’il se complaît à développer. C’est ainsi que Caïn a été le sujet de deux ou trois tableaux. Noé en a inspiré sept; Abraham, sept. Nous commençons ici l’histoire de Joseph, qui en fournira un aussi grand nombre.

Pl. XXVII. Nef, côté sud, rangée inférieure. — Joseph vendu par ses frères aux marchands madianites. Gen. xxxvii, 26-28.

26. «Dixit autem Judas ad fratres suos : Quid utile si occiderimus fratrem nostrum, et « absconderimus sanguinem ejus ? »

27. « Venite, vendamus ilium Ismaelitis istis ; manus autem nostræ non sint in eum, quo- « niam frater noster et caro nostra est. Et audierunt fratres ejus. »

28. « Et præteribant hommes Madianæi mercatores : et extraxcrunt et ascendere fecerunl « Joseph de cisterna, et vendiderunt Joseph Ismaelitis viginti aureis. Et deduxerunt Joseph « in Ægyptum. »

La scène me paraît assez clairement indiquée par la pantomime des personnages. Un des marchands saisit Joseph par le bras, tandis que l’un de ses frères le pousse par les épaules.

Pl. XXVII. Nef, côté sud, rangée inférieure. — Joseph vendu à l’eunuque Putiphar par les marchands madianites. Gen. xxxVn, 63.

63. « Madianæi autem vendiderunt Joseph in Ægyplo Petephræ spadonï, Pharaonis ar- « chimagiro. »

Plusieurs des acteurs de la scène précédente figurent dans ce tableau. Joseph et les marchands ont le même costume; ces derniers sont revêtus du bournous arabe. Il est assez singulier que deux compositions presque semblables aient été placées de la sorte à la suite 1 une de 1 autre. C’est pour moi une raison de croire que le choix des sujets a été abandonné

explication des planches.

au peintre. \ssurcment, si labbe de Saint-Savin lui avait donné un programme, il aurait évité cette espèce de répétition.

11.. XXVIII. Nef, côte sud, rangée inférieure. — Joseph accusé par la femme de Putiphar. Gen. xxxix, i4-2o.

14. « Et vocavit (uxor Petephræ) eos qui erant in domo : et ait illis, dicens : Videte,

« intioduxit nobis puerum Hebræum ad illudendum nobis. Introivit ad me dicens : Dormi « mecum, et clamavi voce magna. »

15. « Cum autem audiret ipse quia exalta veram vocem meam et clamaveram, relin- « quens vestimenta sua apud me fugit et exivit foras. »

16. « Et retinet vestimenta apud seipsam, donec venit dominus in domum suam. »

19. « factum est autem ut audivit dominus ejus verba uxoris suæ quæ locuta est ad « eum dicens : Sic fecit. mihi puer tuus, et indignatus est. »

20. «Et capiens dominus Joseph, injecit ilium in custodiam in locum in quo vincti « regis detinentur ibi in custodia. »

Quoique la femme de Putiphar ne tienne point le manteau de Joseph, je pense que l’explication que je propose est la véritable. Putiphar est probablement le personnage vêtu dune longue robe et d’une espèce de voile, costume féminin qui rappelle sa position. L’homme à sa droite est sans doute le gardien de la prison royale.

Pl. XXIX. Nef, côté sud, rangée inférieure. — Deux sujets : A, Joseph en prison; B, Joseph conduit devant le Pharaon. Gen. xli, i4-

I 4. « Mittens autem Pharao vocavit Joseph : eteduxerunt eum de custodia, et totonderunt « eum et mutaverunt stolam ejus; et venit ad Pharaonem. »

L’artiste n’a point suivi fort exactement le texte sacré. En effet, Joseph a le même costume dans la prison qu’en présence du roi. On lit le nom de Joseph au-dessus de sa tête. Vraisemblablement autrefois les principaux personnages étaient partout désignés de la sorte par des inscriptions. 11 y avait encore au-dessous de chaque sujet une légende explicative; mais aujourd’hui toutes ces inscriptions sont devenues absolument illisibles.

Pl. XXX. Nef, côté sud, rangée inférieure. — Deux sujets : A, Joseph explique les songes du Pharaon; B, Triomphe de Joseph. Gen. xli, 2 5, 37, 4 1-4 3 , 45.

25. « Et dixit Joseph Pharaoni : Somnium Pharaonis unum est. Quæcumque Deus facit « ostendit Pharaoni , etc. »

37 « Placuit autem verbum Joseph coram Pharaone, coram omnibus puens ejus. »

41. «Dixit autem Pharao ad Joseph : Ecce constituo te hodie super omnem terram « Ægypti. » I5

EXPLICATION DES PLANCHES

42. « Et detrahens Pharao annulum de manu sua circumposuit ilium super manum « Joseph, et induit eum stola byssina, et circumposuit torquem aureum circa collum ejus. »

43. « Et ascendere eum fecit super currum secundum curruum suorum : et clamavit «ante eum præco, et. constituit eum super totam terram Ægypti. »

45. « Et vocavit Pharao nomen Joseph Psonthomphanech, et dédit ei Aseneth, filiam « Petephræ, sacerdotis Heliopoleos ei, in uxorem. »

J’ai cité ce dernier verset, parce qu’il me paraît expliquer la présence d’une femme auprès de Joseph et du Pharaon. Ce serait cette Aseneth que le roi lui donna en mariage. La forme du char est singulière : il n’a point de timon, mais on voit dessous une pièce de bois qui paraît faire office de ressort.

Il faut maintenant revenir au côté nord de la nef, et poursuivre notre examen, en allant du narthex vers le chœur. D’abord se présente une lacune considérable , à partir de l’arc doubleau du narthex. L’enduit ancien a complètement disparu. Vient ensuite une grande composition trop mal conservée pour être reproduite ici. Grâce au dernier nettoiement , on distingue ou plutôt on devine un roi assis sur son trône et plusieurs personnages debout auprès de lui. Dans l’état où se trouve cette peinture, toutes les suppositions sont possibles, et il est inutile d’en fatiguer le lecteur. Ce que l’on peut affirmer, c’est que le sujet est tiré de l’Exode et qu’il appartient à l’histoire de Moïse.

Vers le troisième pilier de la nef commence une série de peintures d’explication facile, toutes tirées de l’Exode.

Pl. XV et XIV. Nef, côté nord, rangée inférieure. — Passage de la mer Rouge. Exod. xiv, 27-29.

27. « Extendit autem Moyses manum super mare, et rediit aqua, diem versus, super lo- « eum. Ægyptii autem fugerunt sub aquam : et excussit Dominus Ægyptios medium maris. »

28. « Et reversa aqua operuit currus et ascensores, et omnem virtutem Pharaonis, eos « qui ingrediebantur post ipsos in mare. Et non remansit de eis ne unus quidem. *>

29. « Filii autem Israël iverunt per siccum in medio maris : aqua autem ipsis erat murus « a dextris, et murus a sinistris. »

Dans la première partie de la composition pl. XV, on voit le Pharaon, reconnaissable à son diadème, debout sur son char, dont les chevaux se cabrent. Un ange étend la main vers lui , et les eaux s’élèvent pour l’engloutir. L’ange est une invention du peintre. C’est, d’ailleurs, une des meilleures figures de toute l’église, et son attitude est remplie de noblesse et de grandeur. Moïse, tenant en main sa verge divine, est suivi du peuple hébreu, hommes et femmes. La colonne de flamme et de fumée sépare l’armée israélite des Egyptiens.

La première fois que je visitai l’église de Saint-Savin, je remarquai la tunique du Pharaon semée de paillettes dorées, que l’altération de la peinture a fait disparaître aujourd’hui. Peut-être était-ce une armure du genre de la cotte d’armes attribuée à Philippe le Bel, que

EXPLICATION DES PLANCHES

Ion conserve au musée de Chartres, et dont l’étoffe est doublée intérieurement de petites plaques de fer attachées avec des clous rivés. Cette sorte d’armure est, je crois, fort ancienne en Asie; on en voit souvent dans les musées, qui viennent de la Chine ou du Japon. Les Tartares en faisaient usage. Si ces clous n’étaient pas une simple broderie, ce serait le seul exemple d armure qu’offriraient les fresques de la nef.

M. Gérard Séguin n’a pu dessiner plusieurs cavaliers galopant derrière le char du Pharaon. Ces figures, bien que débarrassées aujourd’hui de la poussière qui les dérobait entièrement à la vue il y a quelques années, sont trop effacées pour pouvoir être reproduites. Je crois pouvoir assurer cependant que le cavalier du premier plan n’a point d’étriers.

Pl. XIII. Nef, côté nord, rangée inférieure. — Le Seigneur apparaît à Moïse sur le mont Sinaï, et lui remet les tables de la loi. Exod. xix, 18-20; xxxi, 18.

xix, 18. « Mons Sina fumabat totus , eo quod descenderat super eum Deus in igni : et « ascendebat fumus tanquam fumus fornacis. Et obstupuit omnis populus valde. »

19. « Factæ sunt autem voces tubæ procedentes fortiores valde. Moyses loquebatur, Deus « autem respondebat ei voce. »

20. « Descendit autem Dominus super montem Sina, super cacumen montis : et vocavit « Dominus Moysen in cacumen montis, et ascendit Moyses. »

xxxi, 18. « Et dédit Moysi statim ut cessavit loqui ad eum in monte Sina, duas tabulas « testimonii : tabulas lapideas scriptas digito Dei. »

Après cette composition, il devait y en avoir encore une ou deux; mais tout l’enduit est tombé jusqu’au mur du transsept, et il ne reste plus la moindre trace de peinture. Probablement l’adoration du veau d’or et la punition des coupables terminaient la série des peintures de la nef.

Nous passerons maintenant à celles de la crypte.

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