NOTICE SLR LES PEINT IRE S
île de la Gartempe, en l'ace d’un champ appelé Sceaux (Scllis ou Psellis). Là il leur fit souffrir tous les supplices que sa rage suj. imaginer. Un malheureux, tourmenté par un esprit de ténèbres, assistait à ce triste spectacle. « Tu vois ce fou, dit Maximus à Savin; ne saurais-tu faire sur ce misérable quelqu’un de ces miracles que tu faisais en Ausonie, par la vertu de ton Christ crucifié? » Savin, levant les yeux et .les mains au ciel, supplia le Seigneur de délivrer le possédé : incontinent l’esprit immonde sortit du corps de ce malheureux avec une horrible puanteur. Le possédé demanda le baptême, et avec lui dix des satellites de Maximus. Nul miracle ne pouvant toucher ce maudit, il fit trancher la tête à Savin et à ses dix soldats; quant à Cyprien et à ses deux compagnons, Asclepius et Valère, il les emmena avec lui à Antigny.
La nuit même, les deux prêtres Asclepius et Valère, miraculeusement délivrés de leurs fers, se rendirent dans l’île où gisait abandonné le cadavre du martyr; ils le portèrent de l’autre côté de la rivière, sur une hauteur qu’on nommait alors le mont des Trois Cyprès [ad très Cupressos). H y avait là une chapelle ruinée par les Vandales, consacrée jadis au bienheureux saint Vincent. Ce fut ce saint lieu que les deux prêtres choisirent pour la sépulture de Savin. Ils l’y déposèrent le 9 des ides de juillet. Cyprien trouva le martyre à Antigny et fut enterré à côté de son frère. Pour Maximus et ses soldats, livrés aux démons et agités d’une fureur divine, ils périrent tous misérablement bientôt après. Ainsi finit la légende. L’île de la Gartempe, où Savin souffrit le martyre, existe à quelque distance du bourg actuel de Saint- Savin, non loin d’ Antigny : on la nomme l’île du Gué de Sceaux; elle est en face d’un hameau nommé Saint-Cyprien , que longe une voie romaine. On voyait encore, il y a vingt-cinq ou trente ans, près de l’île, sur la rive gauche de la Gartempe, les ruines d’un village nommé le Gué de Sceaux. Quant au mont des Trois Cyprès, il est connu aujourd’hui sous le nom de mont Saint-Savin. On passe par cette hauteur pour aller au hameau du Breuil. Je n’y ai observé nul vestige de chapelle, mais, au xviT siècle, il y avait, sur le coteau, une église dédiée à saint Vincent. Le P. Labbe l’appelle l’église paroissiale de Saint-Savin :
« Ecclesia parochialis, S° Vincentio dicata, in monte imposita est2. »
Un des religieux réformés de l’abbaye de Saint-Savin, à propos de la légende dont on vient de lire l’abrégé, a écrit en note :
« L’endroit qu’on appelle le mont Saint-Savin, oii l’on prétend (pie ce saint a été martyrisé1, n’est décoré d’aucune marque ni d’aucun monument d’antiquité. L’église est d’un goût trèsmoderne. Tout ce qu’on dit sur le martyre de saint Savin, arrivé dans ce lieu, n’est fondé que sur une tradition, aussi bien que ce qu’on dit sur le martyre de saint Cyprien, son frère, au Gué de Sceaux3.
1 L’auteur de cette note confond les faits et les lieux. Le mont des Trois Cyprès est le lieu de la sépulture et non du martyre de saint Savin. Saint Cyprien fut décapité à Antigny, et non au Gué de Sceaux.
Le Martyrologium (jallicanum de Dusaussay rapporte en deux mots le martyre des saints Savin et Cyprien. Il croit à tort que le monastère de Cerisier fut consacré à un autre saint :
« V” Idus Julii.
« In linibus Pictonum passio SS. martyrum Savini et Cypriani, « qui apud oppidum Confluentium, snb Maximo præside, fidem
" Xpi asseverantes, gloriosum pro eius confessione martyrium «•compleverunl. Fuit alius Savinus, alias Sabinus, confessor, » eodem in tractu meritis gratia conspicuus, in cuius honorem « conditum est antiquum ccenobium ad Garempam (sic) amnem, « 9 leucis ab Augustorito Pictonum, ubi colitur proprio natali «7 Idus octobris. " (André Dusaussay, Martyroloijium gallicanum,
2 Bibl. Labb. II, 665.
3 Recueil de dom Fonteneau, t. LXXX. Voir l’appendice A, n° a3.
DE L’ÉGLISE DE SAINT-SAVIN