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Coloration bleue des urines chez les cholériques

(In Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie, 1851.)

J’ai constaté dans les urines des cholériques, à la période algide, une coloration bleue déterminée par l’acide nitrique, qui apparaît vers le fond du vase, un instant après la formation du précipité d’albumine. Cette coloration, d’abord bleuâtre, devient bientôt d’un bleu indigo, et se développe mieux quand on emploie de l’acide nitrique contenant de l’acide hypoazotique que lorsqu’on se sert d’acide nitrique pur.

Ce premier fait, communiqué à la Société de biologie, et mentionné aussitôt, en raison de son importance, dans le formulaire de M. le professeur Bouchardat, a été le point de départ de recherches nombreuses, établissant de la façon la plus nette que le même phénomène se produit dans toutes les maladies fébriles graves qui troublent profondément la nutrition, la crase sanguine et par suite les sécrétions. Mes travaux ont été exposés dans un mémoire lu à la Société médicale des hôpitaux de Paris, en 1855, mais resté inédit; puis dans les thèses de mes élèves, MM. Jules Brongniart (1860) et Durante (1862) ; et dans le cours de pathologie et de thérapeutique générales professé à la Faculté de médecine dans le semestre d’hiver de l’année 1858-1859. J’ai montré que cette coloration est due à une substance fortement carbonée, d’un bleu foncé, que j’ai pu isoler et étudier avec M. le professeur Berthelot. Je rapproche cette substance de l’indigo, avec lequel elle offre les plus grandes analogies, mais non une identité complète, et propose, pour cette raison, de l’appeler indigose. Elle se place naturellement dans cette série de matières colorantes qui commence au tournesol pour finir à l’indigo, et doit se ranger après ce dernier, comme étant de toutes la plus réfractaire à l’action des agents de destruction. Je fais voir en outre que, de même que l’indigo bleu dérive d’un indigo blanc, l’indigose dérive d’une substance incolore, que l’on rencontre sous l’une de ses modifications dans toutes les urines normales, où elle fournit une couleur rose par l’acide nitrique.

L’indigose urinaire serait donc un de ces corps à transformations multiples, une de ces substances sériaires dont les différents termes, comme la pectine, la pectose et la pectase, ne diffèrent que par des nuances de composition élémentaire ou d’état moléculaire. Enfin , pour expliquer l’apparition de l’indigosë dans toutes les maladies fébriles qui troublent profondément la nutrition et l’hématose, je fais remarquer que les fièvres franchement inflammatoires sont les seules qui se manifestent par une simple exaltation des fonctions circulatoire et calorifique, et qui consistent en une combustion respiratoire plus active ; que les fièvres de mauvais caractère, où la combustion respiratoire paraît amoindrie, se distinguent plutôt par un mode particulier de combustion, et que leur température excessive, mais d’une source peu abondante, provient en partie de la restitution à l’état de chaleur des forces préalablement emmagasinées dans l’économie.

En pareille circonstance, il apparaît dans les urines, non pas un excès d’urée, dernier terme de la combustion des substances albuminoïdes, ni même un excès d’acide urique, indiquant l’activité de la dénutrition, mais de l’indigose urinaire éminemment carbonée, de l’albumine et de l’albuminose, substances nullement brûlées ; enfin j’ajouterais aujourd’hui la présence d’une proportion plus notable de la matière grasse normale des urines, sur laquelle j’ai fait, en 1864, à la Société de biologie, une communication ayant pour titre : De la pimélurie normale et pathologique.

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